Révolution de Mars

Révolution de Mars

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Révolutionnaires triomphant sur les barricades le 18 mars 1848 à Berlin.

La Révolution de Mars (Märzrevolution) s'est déroulée entre mars 1848 et la fin de l'été 1849 au sein de la Confédération germanique. Des soulèvements ont aussi touché les provinces et pays sous domination de l'Empire d'Autriche ou de la Prusse, comme la Hongrie, l'Italie du Nord ou la Posnanie.

La Révolution de Mars s'est associée à des soulèvements d'unité et d'indépendance nationalistes et bourgeois-démocratiques contre les tentatives de restauration des membres de la Sainte-Alliance en Europe centrale (cf. Printemps des peuples). Dès janvier 1848, les révolutionnaires italiens s'étaient soulevés contre la domination autrichienne des Habsbourg au nord de la péninsule apennine et de la domination espagnole des Bourbons au sud. Après le début de la Révolution française de 1848, les Länder allemands rejoignirent ce soulèvement contre les puissances dominantes de la Restauration.

Parmi les principautés allemandes, c'est dans le grand-duché du Pays de Bade que commença la révolution, et celle-ci se propagea en l'espace de quelques semaines dans les autres États de la Confédération. De Berlin jusqu'à Vienne, elle força la nomination de gouvernements libéraux et l'élection du Parlement de Francfort qui se rassembla dans l'église Saint-Paul de l'ancienne ville libre de Francfort. Après les rapides succès de la Révolution de Mars en ce qui concerne la levée de la censure ou la libération des paysans, le mouvement révolutionnaire se fit plus défensif à partir du milieu de l'année 1848. L'automne 1848 et les campagnes pour la reconnaissance de la Constitution de Francfort de mai 1849 connurent un nouveau pic de soulèvements, ayant localement des allures de guerre civile, mais qui ne purent finalement pas empêcher l'échec de la révolution en ce qui concerne ses principales revendications.

En juillet 1849, cette première tentative de création d'un État-nation unifié et démocratique fut violemment réprimée par les troupes prussiennes et autrichiennes.

Sommaire

Parties en présence, contexte historique et incidence en Europe centrale

Carte politique de la Confédération germanique (1815-1866) et ses 39 États fondateurs.

Les révolutionnaires des États allemands aspiraient à la mise en place de libertés politiques par le biais de réformes démocratiques ainsi qu'à l'unité nationale des principautés au sein de la Confédération germanique. Ils soutenaient particulièrement les idées du libéralisme. Cependant, celui-ci se divisa en différents courants révolutionnaires, qui définirent des priorités différentes dans des domaines essentiels et s'opposèrent les uns aux autres (notamment à propos de la position quant à l'importance de la nation, de la question sociale, de l'ouverture économique, des droits civiques, mais aussi de la révolution même).

Certains cercles étaient très investis dans les activités et insurrections révolutionnaires avec des objectifs radicaux-démocrates, sociaux-révolutionnaires, socialistes utopiques ou même anarchistes. Ceux-ci opéraient surtout de manière extraparlementaire car ils étaient peu ou pas représentés dans les parlements. Ainsi, il ne pouvaient pas s'imposer dans les comités décideurs de la Révolution.

En dehors de la Confédération germanique, les pays et régions qui étaient rattachés à l'Autriche des Habsburg aspiraient à leur indépendance, comme la Hongrie, les provinces polonaises ou encore les principautés d'Italie du Nord. En outre, les révolutionnaires défendirent la séparation de la Posnanie, dont la population était majoritairement polonaise, de la domination prussienne.

Dans la plupart de ces pays, la Révolution fut écrasée au plus tard en 1849. En France, la République se maintint jusqu'en 1851/1852. Les succès révolutionnaires ne s'installèrent durablement qu'au Danemark et au Royaume de Sardaigne. Ainsi, jusqu'au XXe siècle, il s'y maintint par exemple les modifications de constitution qui en firent des monarchies constitutionnelles. La constitution du Royaume de Sardaigne fut la base du royaume d'Italie unifié en 1861 (cf. Risorgimento).

Un résultat durable des efforts bourgeois-démocrates en Europe centrale depuis les années 1830 fut la transformation de la Suisse, jusqu'alors une confédération d'États peu solidaires et politiquement très hétérogènes, en un État fédéral libéral. La nouvelle constitution fédérale de 1848, obtenue à l'issue de la guerre du Sonderbund, est encore aujourd'hui à la base de ses structures étatique et sociale.

Les seules puissances européennes épargnées par ces événements furent le Royaume-Uni, l'Espagne et l'Empire russe, à l'exception pour cette dernière de la participation des troupes russes à la répression des soulèvements d'indépendance hongrois contre l'empire d'Autriche en 1849.

La déroute du Printemps des Peuples en 1849 caricaturée par Ferdinand Schröder dans le Düsseldorfer Monatshefte sous le titre de Panorama de l'Europe en Août MDCCCXLIX.

Alors que la Révolution de Mars échoua en ce qui concerne son objectif d'un État national et les changements fondamentaux qu'il impliquait, et déboucha en outre sur une période de réaction politique, elle permit à la bourgeoisie aisée de s'imposer dans une considération historique ; celle-ci renforça définitivement son influence aux côtés de l'aristocratie, tant sur le plan politique qu'économique. À partir de 1848 au plus tard, la bourgeoisie, et plus précisément la haute bourgeoisie, devint la classe économique dominante des sociétés d'Europe centrale. Cette ascension avait déjà commencé avec les luttes politiques et sociales de la Révolution française de 1789.

Les révolutions de 1848-1849 marquèrent durablement la culture politique et la compréhension de la démocratie pluraliste de la plupart des pays d'Europe centrale dans la modernité : l'Allemagne, dont la Loi fondamentale est fondée sur le projet de constitution élaboré dans l'église Saint-Paul de Francfort, l'Autriche, la France, l'Italie, la Hongrie, la Pologne, le Danemark et la Tchécoslovaquie modernes (aujourd'hui République Tchèque et Slovaquie). Les événements de 1848-1849 mirent en branle la marche triomphale de la démocratie, qui détermina à long terme le futur développement historique, politique et social de presque toute l'Europe.

La Révolution de Mars, par l'ajout de premiers rapports inter-étatiques aux conceptions des Lumières, donna, selon l'avis de certains historiens, une impulsion intellectuelle au développement de l'Union européenne qui interviendrait au XXe siècle. Ainsi, le révolutionnaire italien Giuseppe Mazzini défendait, déjà avant le chaos révolutionnaire de 1848, l'idée d'une "Europe des peuples". Il opposait cette utopie à l'Europe des principautés autoritaires et, en cela, peut-être anticipa-t-il l'idée fondamentale politique et sociale de l'Union européenne. Ces idées de Mazzini furent reprises dès 1834 au sein de la société secrète Junges Deutschland (Jeune Allemagne) par des Allemands républicains et idéalistes, comme Carl Theodor Barth. Avec la Giovine Italia (jeune Italie) de Mazzini et la "Jeune Pologne" fondée par des émigrés polonais, ils formèrent en 1834 la société secrète supranationale Giovine Europa (Jeune Europe). L'ambiance, au début de la Révolution de Mars, était souvent empreinte de ces idéaux ; on parlait d'un Printemps des peuples.

Causes et signes avant-coureurs

Contexte économique et social

Article détaillé : révolution industrielle#Allemagne.

Un signe avant-coureur de la Révolution de Mars en Europe centrale fut l'année de crise de 1847, engendrée par une très mauvaise récolte en 1846. Elle provoqua dans les pays allemands une augmentation des prix des denrées alimentaires, bientôt suivie par des famines et des révoltes de la faim dans presque tous les pays et régions allemands. De nombreuses couches de la population, plus pauvres et touchées par le paupérisme (pauvreté de masse pré-industrielle), comme les ouvriers, les artisans appauvris, les travailleurs agricoles, etc. se joignirent, en raison de leur misère sociale, aux revendications des cercles démocratiques et libéraux. En outre, une autre conséquence de la crise fut la diminution du pouvoir d'achat de la monnaie (quantité de biens et de services qu'il est possible de se procurer avec une unité monétaire) en ce qui concerne les produits industriels, particulièrement les produits textiles, ce qui causa, entre autres, le déclin du secteur textile, encore largement dominé par l'artisanat.

Les Tisserands silésiens (peinture de Carl Wilhelm Hübner, 1846)
L'éclaircissement d'une futaie Caricature contre le particularisme allemand et ses barrières douanières, première moitié du XIXème siècle

Le secteur textile était encore marqué par le travail à domicile pour un faible salaire de nombreuses familles des campagnes allemandes pour quelques riches entrepreneurs et propriétaires fonciers. Son déclin, et en général la crise de l'artisanat étaient aussi dus à la révolution industrielle croissante en Europe, qui bouleversa peu à peu les rapports sociaux, économiques et industriels de tout le continent dès le milieu du XVIIIe siècle par de nouvelles découvertes et inventions techniques venant d'Angleterre. De plus, il y eut à cette époque une telle croissance démographique qu'à la campagne comme à la ville l'économie agricole, dont la productivité augmentait pourtant, et l'industrie ne pouvaient plus accueillir la masse grandissante de la main-d'œuvre, ce qui causa un taux de chômage extrêmement important. La main-d'œuvre excédentaire formait une "armée de réserve de travailleurs". Les villes étant en expansion continuelle, de plus en plus de personnes cherchèrent du travail dans les manufactures et les usines nouvellement construites, qui produisaient de nombreux produits bon marché grâce à une production en série plus rationnelle.

Une nouvelle couche de population, le prolétariat, grandit très rapidement. Les conditions de vie et de travail dans les entreprises industrielles et leur environnement étaient, en règle générale, désastreuses au XIXe siècle. La plupart des ouvriers vivaient dans les ghettos et les bidonvilles des villes, au bord du minimum vital et même souvent en-dessous, menacés par le chômage et sans couverture sociale. Déjà quelques années avant la Révolution de Mars, on assistait régulièrement à de petits soulèvements régionaux contre les barons de l'industrie. Ainsi, par exemple, la "révolte des tisseurs" (Weberaufstand) de juin 1844 en Silésie, une révolte de la faim des tisseurs de Bielawa et de Pieszyce, fut sur le plan supra-régional le premier soulèvement public significatif du prolétariat allemand, conséquence de la misère sociale engendrée par l'industrialisation. Le soulèvement fut cependant réprimé en quelques jours par les troupes prussiennes.

La bourgeoisie aisée se vit elle aussi de plus en plus freinée dans son développement. En raison de la politique douanière des principautés, les possibilités de libre-échange étaient très limitées. Dans les États allemands également, les exigences d'une libéralisation de l'économie et du commerce se firent entendre de plus en plus fort au cours des premières décennies du XIXe siècle. Le 22 mars 1833, la Zollverein fut fondée ; elle facilita le commerce entre les pays allemands. Ainsi, à la fin des années 1830, on put constater dans l'ensemble un certain essor économique. Toutefois, cela ne changea pas grand chose à la misère sociale des couches de population les plus pauvres.

Contexte politique

Metternich (1773-1859)

Le but essentiel de la Révolution de Mars était la victoire sur la politique de restauration qui était en vigueur depuis le congrès de Vienne de 1815.

L'un des plus grands défenseurs de la restauration politique était le diplomate et chancelier autrichien réactionnaire Klemens Wenzel von Metternich. La politique de restauration qui avait été décidée par la plupart des États européens lors du congrès de Vienne le 9 juin 1815 (juste avant l'irrémédiable défaite de Napoléon Bonaparte à la bataille de Waterloo le 18 juin 1815) devait restaurer le rapport de force politique de l'Ancien Régime en Europe, tel qu'il était avant la Révolution française de 1789. Cela signifiait la prédominance de la noblesse et le rétablissement de ses privilèges. En outre, la réorganisation napoléonienne d'Europe, qui avait établi des droits civils avec la mise en place du Code civil, devait être annulée.

Sur le plan de la politique intérieure, dans le cadre de la restauration, les exigences de réformes libérales ou d'unification nationale furent étouffées, les mesures de censure renforcées et la liberté de la presse très diminuée. Les œuvres de la Jeune-Allemagne, une groupe de jeunes écrivains révolutionnaires, furent censurées ou interdites. D'autres poètes sociocritiques ou nationalistes furent concernés par la censure, si bien que certains durent partir en exil, notamment vers la France ou la Suisse. On peut citer par exemple Heinrich Heine, Georg Herwegh, Georg Büchner (qui écrivit le libelle Le Messager des campagnes hessoises (Der Hessische Landbote) dont le mot d'ordre était « Paix aux chaumières, guerre aux palais ! » (Friede den Hütten, Krieg den Palästen!)) ou encore August Heinrich Hoffmann von Fallersleben (qui écrivit le Deutschlandlied).

Les Burschenschaften (sociétés étudiantes) de cette époque exigeaient l'unité nationale ainsi que des droits civils démocratiques. En octobre 1817, elles se réunirent massivement à proximité de Wartburg à l'occasion du quatrième anniversaire de la Bataille de Leipzig et du 300e anniversaire de la réforme protestante de Martin Luther. C'est pendant cette fête de la Wartbourg qu'elles défendirent avec véhémence leur revendication d'unité allemande. Pendant cet événement, on brûla publiquement des livres : certains participants brûlèrent des œuvres d'écrivains réactionnaires qualifiées d'anti-allemandes, comme la Deutsche Geschichte d'August von Kotzebue ou encore des œuvres d'auteurs juifs comme la Germanomanie de Saul Ascher, une condamnation du nationalisme allemand.

Heinrich Heine, bien qu'ayant des opinions démocrates, était néanmoins réservé à l'égard du nationalisme exacerbé des Burschenschaften, et énonça à cette époque sa formule prophétique devenue célèbre « Ce n'était qu'un début. Là où on brûle des livres, on finit par brûler des hommes. » Celle-ci faisait certes littéralement référence à la Reconquista espagnole dans sa pièce de théâtre Almansor, mais elle est cependant empreinte d'une expérience contemporaine, Heine ayant toujours été un poète critique à l'égard de son temps.

Représentation de l'assassinat de Kotzebue en 1819, qui fut la cause des répressions par les décrets de Karlsbad (gravure sur cuivre).

Les activités inspirées de la fête de la Wartbourg attirèrent l'attention des autorités sur les Burschenschaften qui subirent bientôt des répressions grandissante. En 1819, ces répressions prirent une forme juridique : les décrets de Karlsbad, en réaction à l'assassinat du poète August von Kotzebue par Karl Ludwig Sand, un nationaliste fanatique, membre d'une Burschenchaft. Malgré l'interdiction et les persécutions, les membres des Burschenschaften restèrent souvent actifs dans la clandestinité. Des organisations camouflées apparemment apolitiques se constituèrent, comme par exemple le Mouvement gymnique allemand (Turnbewegung) du "Turnvater Jahn", où on continuait à développer des idées libérales inspirées des romantiques, culturelles et nationales qui portaient cependant des aspects contraires aux idées émancipatrices et à celles des Lumières. Ainsi l'antisémitisme était très répandu dans ces groupements comme dans l'ensemble des Burschenschaften, annonçant déjà les concepts antisémites empreints de préjugés racistes biologiques de la fin des années 1870, auxquels par exemple Jahn lui-même se reconnaissait ouvert. Pendant le Vormärz, l'expression de cette haine des Juifs se matérialisa par les émeutes Hep-Hep de 1819, parties de Wurtzbourg, qui s'étendirent à presque tous les pays allemands, se dirigeant contre l'émancipation des Juifs en général, et contre leur égalité économique en particulier, et qui dégénérèrent en bien des endroits en pogrom.

En France, la Révolution de Juillet de 1830, pendant laquelle la Maison de Bourbon fut renversée en la personne de Charles X et les forces libérales instituèrent le « roi des Français » (et non « roi de France ») Louis-Philippe, donna aussi une nouvelle poussée aux forces libérales en Allemagne et dans d'autres régions d'Europe. Ainsi, cela amena dès 1830 des soulèvements limités au niveau régional dans différentes principautés allemandes, comme par exemple à Brunswick, en Hesse-Cassel, dans le Royaume de Saxe et à Hanovre, qui conduisirent à l'introduction de constitutions dans ces régions respectives.

La fête de Hambach de 1832 : le défilé jusqu'au château d'Hambach

Il y eut également des soulèvements en 1830 dans les États italiens ainsi que dans les provinces polonaises de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie (Royaume du Congrès) dont le but était l'autonomie d'un État national. Dans le Royaume des Pays-Bas, la Révolution belge mena au détachement des provinces du sud et à la création d'un État belge indépendant prenant la forme d'une monarchie constitutionnelle.

Dans l'ensemble, le système de Metternich se maintint néanmoins, même si des fissures se manifestèrent dans de nombreux endroits. Ainsi, même après les décrets de Karlsbad, il y eut de nouveaux rassemblements spectaculaires semblables à la fête de la Wartbourg, comme la fête de Hambach en 1832, pendant laquelle (comme déjà en 1817 lors de la fête de la Wartbourg) on arbora des drapeaux républicains de couleur noir, rouge et or, qui étaient pourtant interdits.

Insurrection de Francfort, gravure de François Georgin.

Le "Frankfurter Wachensturm" (littéralement l'Attaque de la Garde de Francfort) du 3 avril 1833 constitua déjà une première tentative de la part d'une cinquantaine d'étudiants de déclencher une révolution dans toute l'Allemagne. L'action était dirigée contre le siège du Bundestag allemand, situé à l'époque à Francfort-sur-le-Main, qui était considéré par les démocrates comme un instrument de la politique de restauration. Après la prise d'assaut des deux postes de police de Francfort, les insurgés voulurent capturer les envoyés des princes et ainsi asseoir l'idée d'un soulèvement de toute l'Allemagne. L'action, qui avait déjà été trahie avant même de commencer, échoua dès le début, après un échange de coups de feu pendant lequel il y eut quelques morts et blessés.

Déroulement

Prémices

Un facteur déclencheur essentiel de la Révolution de Mars fut le succès de la Révolution de Février en France, d'où l'étincelle révolutionnaire se diffusa rapidement aux États allemands limitrophes. Les événements qui eurent lieu en France aboutirent à la destitution du roi Louis-Philippe qui s'éloignait de plus en plus des idées libérales et à la proclamation de la Deuxième République, ce qui amorça des bouleversements révolutionnaires, dont les confusions tinrent le continent en haleine pendant plus d'un an et demi.

Les foyers de la Révolution les plus importants, après la France, étaient le Pays de Bade, la Prusse, l'Autriche, l'Italie du Nord, la Hongrie, le Royaume de Bavière et la Saxe. Mais il y eut également des soulèvements et des rassemblements populaires dans d'autres États et principautés, qui émirent des exigences révolutionnaires. À la sortie de l'assemblée populaire de Mannheim du 27 février 1848, pendant laquelle les « revendications de Mars » (Märzforderungen) furent formulées pour la première fois, les principales revendications de la révolution en Allemagne consistèrent en « 1. Armement du peuple avec libre élection des officiers 2. Liberté de la presse inconditionnée 3. Cour d'assise selon l'exemple anglais 4. Établissement immédiat d'un parlement allemand. » [1]

Dans le Royaume du Danemark, les événements révolutionnaires de 1849 aboutirent à une nouvelle constitution établissant une monarchie constitutionnelle ainsi qu'un parlement à deux chambres élu au suffrage universel.

Dans certains pays de la Confédération germanique, comme les royaumes de Royaume de Wurtemberg et d'Hanovre, ou le Grand-duché de Hesse, les princes cédèrent rapidement. On y établit aussitôt des "ministères de Mars" d'orientation libérale, qui satisfirent en partie les exigences révolutionnaires, notamment en instituant des cours d'assise, en abolissant la censure de la presse ainsi qu'en libérant les paysans (Bauernbefreiung). Cependant, il ne s'agissait souvent que de simples promesses. Dans ces pays, la révolution connut un déroulement relativement pacifique grâce à de rapides concessions.

Dès mai/juin 1848, les maisons princières affirmèrent de plus belle leur volonté de restauration, si bien que les révolutionnaires des pays de la Confédération germanique furent de plus en plus sur la défensive. Au même moment, la défaite à Paris des insurgés des Journées de Juin constitua un événement décisif de la contre-révolution (réaction) non seulement en ce qui concerne le déroulement de la Révolution de Février en France mais aussi dans les autres pays européens. Ce soulèvement des travailleurs parisiens en juin 1848 marque aussi historiquement le point de scission entre le prolétariat et la bourgeoisie révolutionnaire.

Il est difficile d'établir un déroulement chronologique de la révolution dans son ensemble, car les événements ne peuvent pas toujours être mis en relation de manière univoque.

Résumé chronologique des différents événements

Développement pré-révolutionnaire

Le congrès de Vienne - gravure d'après un dessin de Jean-Baptiste Isabey, 1819
  • Du 18 septembre 1814 au 9 juin 1815 : Congrès de Vienne. On y décide du "nouvel ordre" de l'Europe, enclenchant la restauration. C'est aussi le commencement de la phase du Vormärz politique.
  • 18 octobre 1817 : L'unification allemande est exigée lors de la fête de la Wartbourg.
  • Fin de l'été et automne 1819 : Dans la plupart des pays de la Confédération germanique, les émeutes Hep-Hep aboutissent à des bagarres antisémites s'opposant à l'émancipation juive et vont jusqu'à prendre en certains endroits la forme de pogroms.
  • 20 septembre 1819 : Suite à l'assassinat du poète August von Kotzebue, les décrets de Karlsbad créent une assise légale aux répressions des efforts démocratiques et nationaux des Burschenschaften et d'autres cercles d'opposition, notamment au travers d'interdictions de groupes et d'associations démocratiques ou de la censure de la presse.
Les Sept de Göttingen. De gauche à droite et de haut en bas : (1) Wilhelm Grimm (2) Jacob Grimm (3) Wilhelm Eduard Albrecht (4) Friedrich Christoph Dahlmann (5) Georg Gottfried Gervinus (6) Wilhelm Eduard Weber (7) Heinrich Georg August Ewald - lithographie de Carl Rohde, 1837
  • Juillet 1830 : En France, la Révolution de Juillet provoque quelques soulèvements localisés sur le plan régional dans les pays de la Confédération germanique.
  • 27 mai 1832 : Pendant la fête de Hambach, une Allemagne unifiée et des droits démocratiques sont de nouveau exigés.
  • 3 avril 1833 : Pendant le "Frankfurter Wachensturm", la tentative d'un soulèvement révolutionnaire pangermaniste échoue.
  • 1834 : À Berne, les sociétés secrètes Giovine Italia (jeune Italie), Junges Deutschland (Jeune Allemagne) et "Jeune Pologne" formées par des démocrates exilés se rassemblent au sein de la société secrète supranationale Giovine Europa (Jeune Europe) à l'initiative du révolutionnaire italien Giuseppe Mazzini.
  • 1834 : Georg Büchner et Friedrich Ludwig Weidig diffusent dans la clandestinité le libelle Le Messager des campagnes hessoises (Der Hessische Landbote) avec le mot d'ordre « Paix aux chaumières, guerre aux palais ! » (Friede den Hütten, Krieg den Palästen!) dans le grand-duché de Hesse.
  • 1837 : La lettre de protestation solennelle des Sept de Göttingen (un groupe de professeurs d'université libéraux notables, parmi lesquels on compte les frères Grimm) contre la révocation de la constitution du Royaume de Hanovre trouve un écho dans tout la Confédération germanique. Les professeurs sont renvoyés et certains d'entre eux sont expulsés du pays.
  • Juin 1844 : Dans une partie de la Silésie, des tisseurs se révoltent à cause de la détresse sociale croissante (Weberaufstand).
  • 12 septembre 1847 : Pendant le rassemblement d'Offenburg, les politiciens badois radicaux-démocrates exigent des droits fondamentaux avec les "exigences du peuple" (Forderungen des Volkes).
  • 10 octobre 1847 : Lors du congrès d'Heppenheimer, les libéraux modérés formulent leur programme politique.

Phase de transition vers la Révolution de Mars à partir de janvier 1848

Développement révolutionnaire en 1848

  • 27 février 1848 : Inspiré par la révolution française de 1848, la réunion populaire de Mannheim (Mannheimer Volksversammlung) formule une pétition adressée au gouvernement à Karlsruhe énonçant les revendications de mars (Märzforderungen). Elle devient un symbole de la Révolution de Mars dans les pays de la Confédération germanique.* 1er mars : Début de la Révolution de Mars dans le Pays de Bade par l'occupation de la Ständehaus du parlement de Bade à Karlsruhe.
  • 4 mars : Début de la Révolution de Mars dans le royaume de Bavière par des soulèvements à Munich.
  • 5 mars : Le rassemblement de Heidelberg convoque un pré-parlement (Vorparlament).
  • 6 mars : Début de la Révolution de Mars en Prusse avec les premiers troubles à Berlin.
  • 13 mars : Début de la Révolution de Mars à Vienne avec l'attaque de la Ständehaus ; retrait du chancelier Klemens Wenzel von Metternich qui émigre en Angleterre.
  • 15 mars : à Budapest, le Stadthalterbeirat (l'organe administratif suprême de la partie hongroise de l'empire autrichien), intimidé par 20 000 manifestants, satisfait les revendications formulées en "douze points" des intellectuels hongrois radicaux rassemblés autour de Sándor Petőfi (notamment un ministère et un parlement hongrois indépendants de Vienne, le retrait de toutes les troupes autrichiennes de Hongrie, la mise en place d'une armée nationale hongroise et la création d'une banque nationale) et fait ainsi réellement du Royaume de Hongrie un État indépendant.
  • 17 mars : Milan déclare la séparation de la Lombardie de l'Autriche ainsi que son rattachement au Royaume de Sardaigne
  • 18 mars : à la lecture d'une loi du roi Frédéric-Guillaume IV à propos de réformes en Prusse, un rassemblement devant le Château de Berlin conduit à un combat armé entre citoyens et militaires. Pendant la lecture, l'ambiance initialement pacifique cède la place à des paroles révolutionnaires. Deux coups de feu sont tirés, on ne saura jamais s'ils étaient intentionnels ou le fruit d'un malentendu. Cela provoque le revirement de l'humeur des manifestants et de l'intervention de l'armée. De violents combats dans les rues et sur les barricades s'ensuivent et provoquent plusieurs centaines de morts : 303 personnes selon les autorités, dont onze femmes et quatre enfants[2].
Exposition des corps des "victimes de mars", peinture à l'huile de Adolph von Menzel, 1848

Développement révolutionnaire en 1849

  • février-mars : De nouveaux soulèvements dans quelques régions autrichiennes d'Italie du nord, notamment le putsch révolutionnaire contre l'archiduc Léopold II de Toscane, mènent à une nouvelle guerre entre l'Autriche et le Royaume de Sardaigne.
  • 23 mars : Nouvelle défaite des révolutionnaires nord-italiens et du Royaume de Sardaigne contre l'armée autrichienne à la Bataille de Novare
  • 28 mars : Le parlement adopte la Constitution de Francfort après de nombreuses controverses.
  • 3 avril : Le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse refuse la couronne d'empereur qui lui est proposée par le parlement de Francfort. De ce fait, l'unité allemande et la constitution de l'empire échouent.
  • 14 avril : La Hongrie déclare son indépendance vis-à-vis de l'Autriche et proclame la république. Peu après a lieu la guerre d'indépendance hongroise contre l'Autriche.
Dissolution du parlement croupion le 18 juin 1849 à Stuttgart : des dragons wurtembergeois dispersent la manifestation des députés enfermés dehors (illustration d'un livre de 1893)
  • Mai : Pendant les soulèvements de mai commence la "campagne de la constitution de l'empire" (Reichsverfassungskampagne) avec la tentative de faire adopter la constitution dans certains États et régions de la Confédération germanique, et ainsi d'installer une république unique. La confrontation entre la révolution et la réaction conduit dans certains États à l'escalade d'une sorte de guerre civile. En plus du Royaume de Saxe et du Grand-duché de Bade, la Rhénanie prussienne et la Province de Westphalie ainsi que le Rhin-Palatinat bavarois par exemple sont aussi des centres de soulèvements représentatifs.
  • Du 3 au 9 mai : La proclamation d'une république de Saxe échoue lors du soulèvement de mai à Dresde qui est réprimé par les troupes prussiennes.
  • 11 mai : Mutinerie de la garnison badoise à Rastatt : Début du soulèvement de mai badois.
  • 1er juin : La république est proclamée dans le Grand-duché de Bade. Lorenz Brentano prend la présidence du gouvernement provisoire. Les troupes prussiennes commencent à avancer contre la République badoise.
  • Du 6 au 18 juin : Le "parlement croupion" (Rumpfparlament), comme on nomme ce qui reste du parlement de Francfort, siège à Stuttgart, il est dissout le 18 juin par les troupes wurtembergeoises.
  • 23 juillet : Prise de Rastatt par les troupes prussiennes, fin de la révolution badoise et point final symbolique de la révolution allemande de 1848-49.

Répercussions jusqu'en octobre 1849

  • 6 août : traité de paix milanais entre l'Autriche et le Royaume de Sardaigne.
  • 23 août : Les troupes autrichiennes écrasent la république révolutionnaire de Venise. L'Italie du Nord est de nouveau entre les mains autrichiennes.
  • 3 octobre : Les derniers révolutionnaires hongrois capitulent face aux Autrichiens dans la forteresse de Komárom.

Les différents théâtres de la Révolution de Mars

Grand-duché de Bade

Représentation idéalisée de Friedrich Hecker (1811-1881)
Représentation idéalisée de Friedrich Hecker (1811-1881)
Lithographie contemporaine du combat de Kandern, depuis la perspective des révolutionnaires, le 20 avril 1848, lors duquel le soulèvement d'Hecker fut défait.
Lithographie contemporaine du combat de Kandern, depuis la perspective des révolutionnaires, le 20 avril 1848, lors duquel le soulèvement d'Hecker fut défait.
Gustav Struve (1805-1870)
Gustav Struve (1805-1870)

Le 27 février 1848, une assemblée populaire se forma à Mannheim, qui par ses revendications posait les bases de la révolution à venir. Parmi les révolutionnaires badois, c'est l'aile radicale-démocrate, assez représentative du mouvement, qui réclamait les changements les plus extrêmes.

Menés par les avocats Friedrich Hecker et Gustav Struve, ils exigèrent entre autres la création d'une souveraineté populaire de fait, l'abolition des privilèges, l'armement du peuple et un impôt sur le revenu progressif. Exigences qui seront reprises ailleurs par tous les mouvements sociaux-révolutionnaires et socialistes.

Struve et Hecker, en tant que représentants de l'aile gauche au "pré-parlement" de Francfort (Frankfurter Vorparlament), qui devait préparer l'élection d'un parlement en charge de la rédaction d'une constitution, avaient exigé une république allemande fédérative qui conduirait des changements non seulement politiques, mais aussi sociaux. Un programme représentatif publié par Struve fut cependant refusé par la majorité du "pré-parlement".

Hecker et Struve prirent la route en essayant de faire prévaloir leurs idées sur leur chemin. En Allemagne du sud-ouest, cela sera désigné par le terme soulèvement d'Hecker (Heckeraufstand). Ainsi à Constance, ils prétendirent avoir proclamé la république le 12 avril 1848 avec le professeur de faculté de Bonn Gottfried Kinkel et d'autres sympathisants ; cependant, aucun des trois journaux de Constance ne mentionna dans ses bulletins le discours en question. Le "cortège d'Hecker" (Heckerzug), composé d'environ 1200 hommes, se mit en route vers le fossé rhénan, où il voulut fusionner avec un cortège, dit "Légion démocratique allemande" (Deutscher Demokratischer Legion), revenant de France, et mené par le poète révolutionnaire de gauche Georg Herwegh et sa femme Emma qui jouait le rôle d'éclaireur. Tout cela pour marcher sur la capitale badoise Karlsruhe et ainsi étendre à partir de là la république sur tout le duché de Bade. Mais les deux groupes furent en peu de temps vaincus et dispersés par l'armée régulière : celui d'Hecker le 20 avril 1848 dans un combat à Kandern, situé dans la Forêt Noire, et celui de Herwegh une semaine plus tard, à Schwörstadt.

Hecker réussit à s'enfuir en exil, ce qui le mena à travers la Suisse puis aux USA. Suite à sa défaite, le poète d'Heidelberg Karl Gottfried Nadler composa une chanson parodique : « Le Chant zograscopique du grand Hecker » (Guckkastenlied vom großen Hecker).

En septembre 1848, à Lörrach, une nouvelle insurrection menée par Struve échoua également. Avec ses partisans, il tenta d'y proclamer la république le 21 septembre. Il fut capturé et condamné à une peine d'emprisonnement avec quelques autres révolutionnaires lors d'un procès de haute trahison, à Fribourg-en-Brisgau, et ne fut libéré que lors des troubles de mai 1849. La suite du développement révolutionnaire du grand-duché de Bade se limita alors pour l'essentiel aux algarades au parlement de Francfort.

En mai 1849, après l'échec du parlement à Francfort, il y eut de nouveaux soulèvements dans des États allemands, dont le grand-duché de Bade, appelés les "soulèvements de mai" dans le cadre de la campagne pour la constitution de l'empire. Les démocrates voulaient ainsi obtenir par la force, dans une constitution impériale, la reconnaissance de leurs gouvernements respectifs.

Le 11 mai, la garnison badoise se mutina dans la forteresse de Rastatt. Peu de temps après, le grand-duc Léopold Ier de Bade fuit à Coblence. Le 1er juin 1849, un gouvernement provisoire dirigé par le politicien libéral Lorenz Brentano prit le pouvoir. Cela mena à des combats contre des troupes de la confédération et l'armée prussienne sous les ordres du "prince de la mitraille" Guillaume de Prusse, le futur empereur allemand Guillaume Ier. L'armée révolutionnaire badoise ne put pas résister à la supériorité des troupes prussiennes.

En juin 1849, les révolutionnaires badois étaient sous les ordres du général révolutionnaire polonais Ludwik Mierosławski. C'était un adroit stratège et un soldat expérimenté de la révolution. Au cours de la Révolution de Mars, il avait déjà conduit des soulèvements en Pologne dont, en 1848, le soulèvement de la Posnanie contre la domination prussienne (voir ci-dessous). Mierosławski abandonna cependant dès le 1er juillet 1849 le commandement des troupes révolutionnaires badoises ; il était résigné par l'attitude frileuse du gouvernement de Brentano, qui misait sur des négociations et retardait un armement général du peuple que réclamaient les radicaux. Ce qui minait le moral des troupes, si bien que Mierosławski considéra finalement que la situation militaire ne permettrait pas la victoire de la république badoise.

Fin juin 1849, l'irrésolution de Brentano avait conduit à sa chute par le biais de Gustav Struve et de ses partisans. Mais ce pas en avant ne put pas arrêter le processus de déliquescence des troupes révolutionnaires. Sans un encadrement militaire cohérent, ce qui restait de convaincu parmi les révolutionnaires n'avait presque aucune chance. Le déclin de la révolution badoise était scellé.

Aux côtés des révolutionnaires badois, le socialiste Friedrich Engels participa aussi activement aux combats. En 1848-49, Engels était rédacteur de la « Nouvelle Gazette rhénane » (Neue Rheinische Zeitung) publiée par Karl Marx, ainsi qu'un observateur critique et sympathisant de la révolution. Un an auparavant, en février 1848, Engels avait publié avec Karl Marx, suite à une commande de la Ligue des communistes, le Manifeste du Parti communiste. Wilhelm Liebknecht, le futur cofondateur du parti précurseur du SPD, le "Parti travailliste social-démocrate" (Sozialdemokratischen Arbeiterpartei (SDAP)), relativement inconnu à l'époque, était également, entre autres, adjudant de Gustav Struve et actif aux côtés des révolutionnaires.

Le 23 juillet 1849 la forteresse de Rastatt tomba après trois semaines de siège, ce qui marque l'échec définitif de la révolution badoise. 23 révolutionnaires furent exécutés, quelques autres comme Gustav Struve, Carl Schurz ou Lorenz Brentano purent s'enfuir en exil. En tout, environ 80 000 Badois quittèrent leur pays après la révolution, c'est-à-dire environ 5% de la population. Quelques uns des célèbres révolutionnaires poursuivirent plus tard leur engagement politique aux objectifs démocratiques aux USA, et y firent une carrière politique. En 1877, Carl Schurz devint ministre de l'intérieur des USA et occupa cette fonction jusqu'en 1881.

Ce qui était caractéristique de la révolution badoise, par opposition aux autres soulèvements de la confédération germanique, était la fermeté avec laquelle la revendication d'une république démocratique y fut défendue. En effet, dans les commissions et les parlements révolutionnaires des autres principautés de la confédération germanique, une monarchie constitutionnelle héréditaire fut privilégiée.

Prusse, Poznań, Pologne

Prusse

De jeunes combattants sur les barricades, en 1848 à Berlin.
De jeunes combattants sur les barricades, en 1848 à Berlin.
Caricature de l'attaque de l'arsenal de Berlin
Caricature de l'attaque de l'arsenal de Berlin
La dissolution de l'assemblée nationale prussienne, représentation contemporaine, novembre 1848
La dissolution de l'assemblée nationale prussienne, représentation contemporaine, novembre 1848

Sous la pression des événements révolutionnaires ayant lieu à Berlin depuis le 6 mars 1848, le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse fit dans un premier temps des concessions. Il consentit à la mise en place d'un Landtag, à introduire la liberté de la presse, à supprimer les barrières douanières et à réformer la confédération germanique. Le 18 mars, après la lecture de la loi en question, deux tirs échappèrent des fusils de l'armée et dispersèrent des milliers de citoyens qui étaient réunis sur la place du château. Cela provoqua d'abord un mouvement de panique puis des combats sur les barricades et dans les rues de Berlin entre les révolutionnaires et l'armée régulière prussienne ; les rebelles réussirent dans un premier temps à l'emporter. Le 19 mars, les troupes furent retirées de Berlin sur l'ordre du roi. Ces combats eurent pour conséquence plusieurs centaines de morts et plus d'un millier de blessés, des deux côtés[3].

Le cimetière des victimes de mars, Berlin quartier Friedrichshain.
Le cimetière des victimes de mars, Berlin quartier Friedrichshain.

Au vue du nombre des victimes, le roi se vit forcé d'honorer les révolutionnaires tués. Le 19 mars, il s'inclina devant les corps exposés des "victimes de mars" (Märzgefallenen), avant qu'ils soient enterrés le 22 mars au "cimetière des victimes de mars" (Friedhof der Märzgefallenen), et il se montra en public avec un bandeau aux couleurs de la révolution (noir, rouge et or)[3]. Le jour suivant, il écrivit en secret à son frère, le prince Guillaume : « Hier, j'ai dû arborer volontairement les couleurs de l'empire pour tout sauver. Dès que le coup a réussi... alors je les enlève de nouveau ! ». Dans un appel à « Mon peuple et la nation allemande », il promit la dissolution de la Prusse dans l'Allemagne. Le 29 mars 1848, un ministère de mars libéral fut mis en place, qui ne put cependant pas s'imposer face à la noblesse et à l'armée. Le 20 juin 1848, le premier ministre Ludolf Camphausen présente sa démission. Son ministre des finances David Hansemann est alors chargé de formé un nouveau gouvernement dont le ministre-président était Rudolf von Auerswald. Ce gouvernement dure jusqu'au 21 septembre date à laquelle est appelé Ernst von Pfuel, militaire de formation, à la tête du gouvernment[4].

Fin mai 1848, lorsque les événements se furent un peu calmés, le roi exécuta un revirement réactionnaire. Le 14 juin, avec "l'attaque de l'arsenal" (Berliner Zeughaussturm) le bouillonnement révolutionnaire reprit : le peuple prit les armes présentes dans l'arsenal. Le 2 novembre 1848, le général Friedrich Wilhelm, comte de Brandenburg fut nommé ministre-président de Prusse[4]. Une semaine plus tard, les troupes royales rentrèrent à Berlin. Parmi les personnes qui participèrent activement à cette contre-révolution, on peut également citer le député conservateur Otto von Bismarck, qui devint plus tard ministre-président de Prusse, puis chancelier impérial de l'Empire allemand, fondé en 1871. Les négociations de l'assemblée nationale prussienne, menées depuis le 22 mai pour l'obtention d'une constitution qui avait été promise sans cesse depuis 1815 par Frédéric-Guillaume IV de Prusse et ses successeurs, mais n'avait jamais été réalisée, furent finalement infructueuses. L'ébauche de constitution présentée en juillet 1848, la "Charte Waldeck", qui prévoyait quelques réformes libérales-démocrates, fut rejetée aussi bien par les députés conservateurs que par le roi.

Les 10 et 15 novembre 1848, le roi fit disperser par l'armée l'assemblée nationale prussienne. Le 5 décembre, il ordonna la dissolution de l'assemblée nationale, qu'il avait fait déplacer à Brandebourg et octroya le jour même une constitution, bien en-dessous des revendications de la révolution de mars[4]. La position de pouvoir du roi resta ainsi intacte. Celui-ci se réserva un droit de véto contre chaque décision du Landtag prussien, aussi bien que le droit de pouvoir dissoudre le parlement à tout moment. Le Staatsministerium - le gouvernement prussien - n'avait pas de comptes à rendre au parlement, mais seulement au roi. Néanmoins, la constitution qui avait été octroyée contenait quelques concessions libérales tirées de la "Charte Waldeck", qui furent cependant modifiées dans les mois suivants.

À la fin du mois de mai 1849, l'assemblée nationale fut remplacée par la deuxième chambre des députés prussienne. Un système des trois classes fut mis en place, afin d'assurer la suprématie des grands propriétaires. Ce droit de vote inégalitaire resta en vigueur en Prusse jusqu'en 1918.

Cette réaction aboutit avant tout à des mouvements de grogne dans les provinces occidentales de Prusse. Dans les anciennes circonscriptions à dominante libérale ou catholique de la Rhénanie et de la Westphalie, de multiples députés démocrates furent élus à la chambre des députés prussienne aux nouvelles élections. Les troupes du roi avaient cependant, au plus tard en mai 1849, repris le dessus sur la révolution, avec l'échec du soulèvement d'Iserlohn en Westphalie et de celui de l'attaque de l'arsenal de Prüm en Rhénanie.

Posnanie et Pologne

Carte représentant la division de la Pologne après le congrès de Vienne
Carte représentant la division de la Pologne après le congrès de Vienne

Le grand-duché de Posnanie, la région la plus peuplée de Pologne, était en 1848 une province prussienne. L'ancien État lituano-polonais était déjà au XVIIIe siècle le jouet politique des grandes puissances européennes. Après plusieurs partitions entre la Russie, la Prusse et l'Autriche, l'État cessa d'exister en 1795.
Au début du XIXe siècle, il n'y eut un État polonais qu'entre 1807 et 1815, en tant qu'État vassal sous protection napoléonienne : le Duché de Varsovie du duc Frédéric-Auguste Ier de Saxe, qui était également roi de Saxe. Après la victoire sur Napoléon Ier des pays alliés (Russie, Prusse et Autriche), le duché de Varsovie fut divisé en 1815 entre la Russie et la Prusse au congrès de Vienne, mais on reconnut une obligation de garantir l'identité polonaise des habitants. Par la suite, de plus en plus de conjurations se formèrent dans les régions polonaises de Russie, de Prusse et d'Autriche, dans le but d'établir de nouveau une Pologne autonome. À la suite de la Révolution de Juillet de 1830 en France, il y eut une insurrection dans la partie russe qui fut cependant un échec.

Ludwik Mierosławski (1814-1878)
Ludwik Mierosławski (1814-1878)

En 1846, un soulèvement polonais préparé secrètement dans le grand-duché de Posnanie fut découvert et étouffé dans l'œuf. Son meneur, le révolutionnaire polonais Ludwik Mierosławski, fut fait prisonnier et condamné à mort en décembre 1847 au "procès polonais" (Polenprozess) de Berlin, mais ensuite gracié avec sept autres personnes le 11 mars 1848, et sa peine fut convertie en détention à vie.

Après les combats des 18 et 19 mars 1848 à Berlin, 90 révolutionnaires polonais, dont Mierosławski et Karol Libelt furent relâchés de la prison de Moabit. Au premier stade de la Révolution de Mars, qui fut ressentie en Europe comme le Printemps des peuples, une attitude pro-polonaise prédominait encore parmi les révolutionnaires, qui saluait et encourageait les insurrections en Posnanie. Peu après sa libération, en avril et mai 1848, Ludwik Mierosławski se plaça à la tête du soulèvement de la Posnanie contre la domination prussienne, qui était à présent ressentie comme allemande. Le soulèvement se dirigea contre l'intégration des régions majoritairement polonaises aux votes pour parlement de Francfort, et ainsi contre l'incorporation d'une partie de la Pologne au sein d'un État national allemand. Un objectif plus lointain était la réunification de toute la Pologne. À cet égard, la révolution en Posnanie visait également la libération du royaume de Pologne, nommé Royaume du Congrès, qui était depuis 1831, suite à sa perte d'autonomie, une province sous la domination indirecte de la Russie.

Au cours du déroulement de la révolution en Prusse, où les forces conservatrices avaient de nouveau progressivement gagné une position déterminante, l'enthousiasme initial pour la Pologne se mua en une position nationaliste. En outre, le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse ne voulait pas risquer une guerre avec la Russie à cause du soulèvement en Posnanie. Le 9 mai 1848, l'insurrection en Posnanie fut écrasée les troupes prussiennes, largement supérieures, et Mierosławski fut de nouveau arrêté. Sur intervention de la France révolutionnaire, il fut amnistié peu après et expulsé en France - jusqu'à ce qu'en juin 1849 il soit appelé par les révolutionnaires badois qui voulaient le placer à la tête de leur armée révolutionnaire (voir ci-dessus).

Après la révolution de 1848, les Polonais de Prusse reconnurent qu'un soulèvement violent ne conduirait jamais au succès. Comme méthode pour maintenir leur cohésion nationale et en parade à la politique de germanisation de la Prusse, le "travail organique" ((pl) praca organiczna) prit une importance toujours grandissante au sein du désormais État prussien constitutionnel.

Autriche, Bohème, Hongrie, Italie et première guerre d'indépendance italienne

Voir l'article : Révolution autrichienne de 1848

Autriche

Dans l'Empire des Habsbourg et l'État-multination de l'Empire d'Autriche, la monarchie ne fut pas menacée uniquement par de violents soulèvements en Autriche, c'est-à-dire l'État central de l'Empire, mais aussi par d'autres troubles révolutionnaires, comme en Bohème, en Hongrie ou en Italie du Nord. Le Royaume de Sardaigne soutenait militairement les révolutionnaires. Alors que les soulèvements hongrois, bohémiens et italiens aspiraient entre autres à l'indépendance vis-à-vis de la domination autrichienne, la révolution autrichienne, semblable à celle des autres États de la Confédération germanique, avait pour objectif un changement libéral et démocratique de la politique du gouvernement, et la fin de la Restauration.

Caricature contemporaine de la fuite de Metternich (mars 1848).
Caricature contemporaine de la fuite de Metternich (mars 1848).
Construction des barricades révolutionnaires à Vienne, mai 1848.
Construction des barricades révolutionnaires à Vienne, mai 1848.
La promesse d'une constitution de Ferdinand Ier, 15 mars 1848.
La promesse d'une constitution de Ferdinand Ier, 15 mars 1848.
L'exécution de Robert Blum ; peinture de Carl Steffeck, 1848-49.
L'exécution de Robert Blum ; peinture de Carl Steffeck, 1848-49.

1847-48 fut pour l'Autriche un hiver de famine. Les groupes de population défavorisés étaient les plus touchés par la détresse économique. Dans les milieux ouvriers également, la colère contre le système politique en place devint très forte. Des œuvres comme Nouveaux esclaves (Neue Sklaven) d'Alfred Meissner ou Pourquoi nous sommes pauvres (Warum wir arm sind), un poème de Karl Beck donnent une image parlante de la colère et du désespoir qui régnaient dans la population.

Finalement, la révolution éclata en Autriche le 13 mars 1848 avec l'attaque de la Ständehaus à Vienne et des attentats de révolutionnaires socialistes contre des magasins et des usines dans les faubourgs. La chanson Ce qui nous vient d'en haut (Was kommt dort von der Höh), où « haut (Höh) » désigne la police et les casernes, devint la chanson de la révolution. Elle est chantée aujourd'hui encore par diverses fraternités d'étudiants pour commémorer la participation de la légion académique. Avant l'attaque de la Ständehaus, la colère contre le système policier et les revendications des révolutionnaires pour une transformation constitutionnelle de la monarchie et à la mise en place d'une constitution dans les pays autrichiens avaient déjà été exprimée le 3 mars 1848 dans un discours rédigé par le chef nationaliste hongrois Kossuth. Ce discours fut lu par Adolf Fischhof à un rassemblement de la Ständehaus. La tentative de remettre une pétition à l'empereur Ferdinand se transforma en un véritable défilé de manifestation, si bien que l'archiduc Albert de Teschen donna l'ordre d'ouvrir le feu, ce qui fit les premières victimes.

Le soir du 13 mars, le chancelier Metternich, âgé de 74 ans, détesté par les socialistes et les réformateurs, démissionna et s'enfuit en Angleterre. Cet événement inspira notamment Hermann Rollett, qui écrivit le poème Le Tilleul de Metternich (Metternichs Linde).

Le 14 mars, l'empereur Ferdinand Ier d'Autriche fit ses premières concessions : il consentit à l'établissement d'une garde nationale et leva la censure. Le lendemain, il précisa à ce sujet qu'il avait « octroyé une totale liberté de la presse (vollkommene Preßfreiheit gewährt) » et il promit également par décret une constitution.

Le 17 mars, le premier gouvernement fut formé ; son ministre de l'intérieur, Franz von Pillersdorf esquissa une constitution à laquelle on donna son nom par la suite (Pillersdorfsche Verfassung), et qui fut rendue publique pour la fête d'anniversaire de l'empereur, le 25 avril 1848. Cette constitution avait un caractère pré-constitutionnel ; le bicamérisme et le système de vote au Reichstag publié le 9 mai provoquèrent notamment l'indignation, et menèrent ainsi à de nouvelles perturbations (révolution de mai). En raison de la pétition du 15 mai, cette constitution fut réaménagée : le Reichstag ne devait plus être constitué que d'une seule chambre et celle-ci devait être déclarée "constituante", c'est-à-dire qu'elle avait la charge d'établir une constitution définitive. La constitution de Pillersdorf resta en vigueur de façon provisoire. L'empereur, dépassé par les émeutes qui s'intensifiaient, partit se mettre en sécurité à Innsbruck.

Le 16 juin, les troupes autrichiennes dirigées par le prince de Windischgrätz réprimèrent le soulèvement de la Pentecôte de Prague.

Le 22 juillet 1848, le Reichstag constituant autrichien, composé de 383 déléguées venus d'Autriche et des pays slaves, fut ouvert par l'archiduc Jean-Baptiste d'Autriche. On y décida, entre autres, la libération des paysans de la féodalité dès septembre

Les évènements qui eurent lieu en Hongrie à partir du 12 septembre 1848, pendant lesquels le soulèvement hongrois dirigé par Kossuth mena à un affrontement contre les troupes impériales puis par la suite à l'assassinat du ministre de la Guerre autrichien Theodor Baillet von Latour le 6 octobre, provoquèrent à Vienne la troisième phase de la révolution autrichienne, appelée insurrection viennoise d'octobre 1848. Au cours de son développement, les citoyens, étudiants et travailleurs viennois parvinrent à prendre la capitale après que les troupes du gouvernement aient fui. Mais les révolutionnaires ne purent la garder en leur pouvoir qu'une courte période.

Le 23 octobre, Vienne fut encerclée par des troupes contre-révolutionnaires venant de Croatie, sous les ordres du Ban Josip Jelačić, et de Prague, sous les ordres du maréchal de Windischgrätz. Malgré la résistance farouche quoique désespérée de la population viennoise, la ville fut reprise par les troupes impériales en une semaine. Quelque deux mille insurgés furent tués. D'autres meneurs de l'insurrection viennoise d'octobre furent condamnés à mort ou à de longues peines de prison.

Parmi les victimes des exécutions sommaires, il y eut notamment le député populaire gauche-libéral et républicain du Parlement de Francfort, Robert Blum, qui fut exécuté le 9 novembre 1848 en dépit de son immunité diplomatique et fut ainsi élevé au rang des martyrs de la révolution. Cet événement fut repris dans la "Chanson de Robert Blum" qui fut surtout chantée dans les États allemands en-dehors de l'Autriche.

Le 2 décembre 1848, il y eut en Autriche une passation du pouvoir impérial. Les événements révolutionnaires avaient mis en évidence les faiblesses de l'empereur Ferdinand I. À l'initiative du ministre-président autrichien, le maréchal-prince de Schwarzenberg, l'empereur Ferdinand abdiqua et céda le trône à son neveu âgé de 18 ans, François (Franz), qui prit pour nom d'empereur François-Joseph Ier d'Autriche. Avec ce nom, il faisait volontairement allusion à son arrière-grand-oncle, Joseph II (1741–1790), qui mena une politique favorable aux réformes.

C'est ainsi que la révolution en Autriche fut matée. La constitution élaborée en mars n'entra jamais en vigueur. Cependant, les événements qui suivirent en Hongrie et en Italie demeurèrent un obstacle à la prétention de François-Joseph d'imposer son pouvoir dans l'ensemble de l'empire des Habsbourg.

L'année 1848 fut marquée, d'un point de vue culturel, par l'abolition de courte durée de la censure. En conséquence, on publia une multitude d'œuvres, les magazines se multiplièrent puis disparurent et la culture écrite se modifia radicalement. La presse libre ! (Die Presse frei!) de Friedrich Gerhard, Le censeur mort (Der tote Zensor) de Moritz Gottlieb Saphir, la Police secrète (Geheime Polizei) de Ferdinand Sauter ou la Chanson du censeur (Zensorlied) permettent de dresser un tableau de cette ambiance de renouveau. On critiqua aussi sévèrement le système existant. On en trouve des exemples dans certaines œuvres de Johann Nestroy comme Liberté à Krähwinkel (Freiheit in Krähwinkel), dans les poèmes politiques d'Anastasius Grün ou dans les écrits de Grillparzer.

Bohème

Série d'images représentant des scènes du soulèvement de Prague.

En juin 1848, la Bohème fut touchée par le soulèvement de Prague. Ce soulèvement fut précédé du congrès panslave qui eut lieu à Prague entre le 2 et le 12 juin, et auquel participa, aux côtés des Polonais de Posnanie et des Autrichiens slaves, l'anarchiste Mikhaïl Bakounine, seul représentant des Russes. Les participants du congrès réclamèrent la conversion de la "Monarchie du Danube" en un État fédéral aux peuples égaux en droits. La revendication d'un État national tchèque fut expressément rejetée ; à la place, ils demandèrent seulement des droits d'autonomie vis-à-vis du gouvernement central autrichien. L'empereur Ferdinand Ier d'Autriche refusa strictement chacune de ces revendications. C'est alors que les révolutionnaires tchèques commencèrent leur soulèvement contre la suprématie autrichienne. L'insurrection fut écrasée le 16 juin 1848 par les troupes autrichiennes menées par Alfred de Windisch-Graetz.

Hongrie

Article détaillé : Révolution hongroise de 1848.
Lajos Kossuth (1802–1894), Lithographie de Jacott.

En Hongrie, où Lajos Kossuth, jusqu'alors ministre des Finances et président de la commission de défense du parlement, succéda le 12 septembre 1848 au ministre-président libéral Lajos Batthyány, on empêcha, suite aux événements révolutionnaires autrichiens, l'empereur Ferdinand Ier d'être reconnu roi de Hongrie.

Le décret impérial octroyant la constitution de mars déboucha le 7 mars 1849 sur un soulèvement pour l'indépendance. Afin d'écraser l'insurrection, l'armée impériale, menée par Alfred de Windisch-Graetz marcha sur la Hongrie. Mais, devant l'armée révolutionnaire renforcée par des corps franc et des émigrants polonais, elle dut se retirer le 10 avril 1849.

le 14 avril 1849, la Diète de Hongrie annonça son indépendance vis-à-vis de la maison des Habsbourg-Lorraine et proclama la république. Lajos Kossuth fut alors nommé régent et investi des pleins pouvoirs.

Cependant, les autres États européens ne reconnurent pas l'indépendance de la Hongrie. Ainsi, les troupes russes prêtèrent assistance à l'armée autrichienne et, ensemble, elles écrasèrent finalement la révolution hongroise. Le 3 octobre 1849, les dernières unités hongroises capitulèrent dans la forteresse de Komárom. Dans les semaines qui suivirent, plus de cent meneurs du soulèvement hongrois furent exécutés à Arad. Le 6 octobre 1849, au jour anniversaire de la révolution d'octobre à Vienne, l'ancien ministre-président Batthyány fut exécuté à Pest (ville).

Lajos Kossuth, le représentant politique le plus important du mouvement de libération hongrois put fuir en exil en août 1849. Jusqu'à sa mort à Turin en 1894, il plaida pour l'indépendance de la Hongrie.

Provinces et États italiens

Giuseppe Mazzini (1805–1872)
Giuseppe Garibaldi (1807–1882)
Proclamation de la République de Saint-Marc dans la lagune de Venise, devant le palais des Doges, le 23 mars 1848 (lithographie de Sanesi, vers 1850).

Au XXe siècle, après la fin de l'hégémonie napoléonienne en Europe et dans les principautés italiennes, l'Italie était composée de différents États isolés. Les régions d'Italie du Nord (Lombardie, Venise, la Toscane et Modène) étaient sous domination autrichienne. Au moins à partir des années 1820, eurent lieu les soulèvements du Risorgimento, qui aspiraient à un État unitaire italien, et se dirigeaient ainsi également contre la domination autrichienne en Italie du Nord. Suite à la Révolution de Juillet, dans les années 1830, plusieurs soulèvements furent initiés dans différentes régions italiennes par des groupes clandestins. On citera notamment ceux gravitant autour des groupes radicaux-démocrates partisans de la Révolution nationale de Giuseppe Mazzini et Giuseppe Garibaldi ; cependant, tous échouèrent.

À l'époque de la révolution de Mars, ces révolutionnaires jouèrent également un rôle important en Italie. Les thèses de Mazzini d'une Italie unie et libre au sein d'une Europe des peuples libérée des dynasties monarchiques, qui furent diffusées par le journal interdit Giovine Italia, n'eurent pas seulement une influence sur les révolutions des États italiens, mais furent aussi significatives pour les courants radicaux-démocrates dans de nombreuses autres régions d'Europe.

Les événements révolutionnaires de 1848 eurent un fort retentissement, non seulement en Italie du Nord, mais aussi dans d'autres provinces d'Italie. En janvier 1848 déjà, de premiers soulèvements de combattants pour la liberté eurent lieu en Sicile, à Milan, à Brescia et à Padoue contre la suprématie des Bourbons au sud et des Autrichiens au nord, qui s'intensifièrent le 17 mars 1848 à Venise et à Milan. À Milan, les révolutionnaires déclarèrent l'indépendance de la Lombardie vis-à-vis de l'Autriche, et son rattachement au Royaume de Sardaigne. Cette situation mena finalement à la guerre entre le Royaume de Sardaigne et l'Autriche (Première guerre d'indépendance italienne).

Le 4 mars 1848, Le roi Charles-Albert de Sardaigne avait déjà concédé dans son État une constitution représentative d'inspiration française, avec laquelle il introduisit une monarchie constitutionnelle, de façon à tirer profit de l'ambiance révolutionnaire pour unifier l'Italie sous son règne. Le 25 juillet 1848, malgré ses premiers succès, les troupes du roi Charles-Albert furent défaites par les Autrichiens menés par le maréchal Joseph Radetzky lors de la bataille de Custoza, près du lac de Garde. Selon l'armistice du 9 août, la Lombardie dut être cédée à l'Autriche. Seule Venise demeura provisoirement inoccupée. Les révolutionnaires italiens avaient déclarée la ville indépendante le 23 mars 1848 et proclamé la République de Saint-Marc, dirigée par Daniele Manin.

En février 1849, lorsque les insurgés fomentèrent un putsch contre le grand-duc Léopold II de Toscane de la maison des Habsbourg, la guerre fut relancée. Celle-ci tourna de nouveau en faveur des Autrichiens menés par Radetzky, lors de la bataille de Novare contre l'armée de Sardaigne, forte de 100.000 hommes. Le mouvement d'unification italien fut ainsi momentanément anéanti, et la prédominance autrichienne en Italie du Nord fut, pour l'essentiel, de nouveau restaurée. Le roi Charles-Albert de Sardaigne abdiqua au profit de son fils, Victor-Emmanuel II de Savoie, et partit en exil au Portugal. Le nouveau roi conclut le 6 août à Milan un traité de paix avec l'Autriche.

Le 24 août 1849, la république révolutionnaire de Venise, dernier bastion des soulèvements italiens de 1848/49, fut écrasée. Joseph Radetzky reçut de l'empereur la charge de gouverneur général, civil et militaire du Royaume lombard-vénitien.

Dans de nombreuses régions non-autrichiennes d'Italie, il y eut également en 1848/49 des troubles révolutionnaires, dans le Royaume des Deux-Siciles par exemple, où les soulèvements de de janvier 1848 poussèrent le roi Ferdinand II des Deux-Siciles à se doter d'une constitution.

En novembre 1848, le pape Pie IX fuit Rome et abandonna les États pontificaux devant les troubles qui s'intensifiaient. Il se replia à Gaeta, sur la côte du Royaume des deux Siciles. Le 9 février 1849, les révolutionnaires romains menés par Giuseppe Mazzini proclamèrent la république dans les États pontificaux (République romaine). Le 3 juillet 1849, la révolution romaine fut écrasée par les troupes françaises et espagnoles, ce qui provoqua des protestations en certains endroits de France, comme à Lyon. Après le démantèlement du soulèvement, le pouvoir du comité exécutif fut transmis aux cardinaux. Ce n'est qu'en 1850 que le pape revint, annula une grande partie de ses réformes introduites en 1846 et établit des mesures dignes d'un État policier.

Bavière

À partir du 4 mars 1848 il y eut en Bavière une recrudescence de troubles et de soulèvements à visée démocratique et libérale. Le roi Louis Ier de Bavière céda le 6 mars à certaines revendications des révolutionnaires et convoqua un cabinet plus libéral. Cependant, le roi se trouvait par ailleurs dans une situation de crise à cause de son comportement non conforme à son rang vis-à-vis de la prétendue danseuse espagnole, Lola Montez, délaissant en partie ses affaires d'État. Cette affaire exposa également Louis aux critiques du camp conservateur et catholique. Le 11 mars 1848, Lola Montez fut bannie de Munich. Il y eut de nouveaux troubles lorsque le bruit courut que la danseuse était de retour. Suite à cela, le roi abdiqua finalement au profit de son fils, Maximilien II de Bavière.

Après l'échec de la Constitution de Francfort, il y eut en Rhénanie-Palatinat (qui appartenait autrefois à la Bavière), dans le cadre de la "campagne de la constitution de l'empire" (Reichsverfassungskampagne) qui eut lieu également dans d'autres régions d'Allemagne, le soulèvement palatin de mai 1849. Au cours de ce soulèvement, la Rhénanie-Palatinat fut temporairement séparée du pouvoir bavarois. Cependant l'insurrection fut rapidement écrasée par l'armée prussienne.

Saxe

Mikhaïl Bakounine (1815–1876)

Dans le Royaume de Saxe il y eut, suite aux événements révolutionnaires, un changement de ministres et quelques réformes libérales. Après que le roi de Saxe eut refusé la constitution de l'empire votée à Francfort le 28 mars 1849, il y eut un soulèvement à Dresde le 3 mai.

La figure centrale de ce soulèvement d'environ 12 000 insurgés, parmi lesquels se trouvaient également Richard Wagner, fut l'anarchiste russe Mikhaïl Bakounine. L'objectif du soulèvement étaient d'imposer la constitution de l'empire et d'obtenir des droits démocratiques. Le combat des radicaux, organisés au sein des "associations de mars" (Märzverein), visait cependant moins la reconnaissance de la constitution elle-même que l'imposition et la reconnaissance d'une république saxonne dans la constitution de l'empire.

Après que le roi eut fuit la ville pour se réfugier dans la forteresse de Königstein, que les chambres furent dissoutes et que les ministres se furent retirés, les révolutionnaires formèrent un gouvernement provisoire. Les troupes saxonnes étaient, pour la plus grande partie dans le Duché de Holstein. Le gouvernement saxon en fuite se tourna vers la Prusse pour obtenir de l'aide. Les troupes prussiennes et les unités militaires régulières saxonnes restées sur place écrasèrent l'insurrection le 9 mai 1849 après des combats de rue acharnés.

Holstein et Schleswig ; première guerre dano-allemande

Prise d'assaut des barricades par l'armée prussienne sur la Konstablerwache à Francfort le 18 septembre 1848. Lithographie de E. G. May d'après un dessin de Jean Nicolas Ventadour.

Fin mars 1848, un soulèvement allemand national se produisit dans les duchés nordiques de Schleswig et de Holstein, après que le roi Frédéric VII de Danemark, sous l'influence des nationaux-libéraux danois, voulut faire adopter une constitution commune au Royaume de Danemark et aux duchés de Schleswig et de Holstein. Ces duchés dépendaient à l'époque du roi danois en sa qualité de duc. Holstein, en tant que fief allemand, était cependant membre du Saint-Empire romain germanique et plus exactement de la Confédération germanique à partir de 1815, tandis que Schleswig était un fief du Royaume de Danemark. Les nationaux-libéraux allemands craignirent l'incorporation de Schleswig dans le Danemark et formèrent un gouvernement provisoire. Ce gouvernement fut reconnu par le Bundestag de la Confédération germanique à Francfort avant même l'ouverture du Parlement de Francfort, toutefois l'absorption formelle de Schleswig dans la confédération fut évitée. À la suite de cela, la première guerre dano-allemande commença. À la demande de la confédération, les troupes prussiennes, dirigées par le Generalfeldmarschall Frédéric von Wrangel, parvinrent jusqu'au Jutland.

Cette manœuvre conduisit à une pression diplomatique sur la Prusse de la part de la Russie et de l'Angleterre qui menacèrent de soutenir militairement le Danemark. La Prusse céda, et le roi Guillaume IV conclut l'armistice de Malmö avec le Danemark le 26 août 1848. Le retrait des troupes de la Confédération germanique de Schleswig et de Holstein ainsi que la dissolution du gouvernement provisoire de Kiel y étaient prévus.

Cette action arbitraire de la Prusse conduisit à une crise au sein du Parlement de Francfort, qui avait commencé entre temps à sièger. Il devint clair que les moyens et l'influence du Parlement étaient minimes. Il était soumis au bon vouloir de la Prusse et de l'Autriche. Puisque le Parlement ne disposait d'aucun moyen de poursuivre la guerre contre le Danemark sans la Prusse, il se vit contraint d'approuver l'armistice le 16 septembre 1848. Cette approbation eut pour conséquence de nouveaux troubles dans toute l'Allemagne, et plus particulièrement à Francfort. Puis, les troupes prussiennes et autrichiennes furent envoyées à Francfort contre ce qui dégénéra en combats de barricades. Lors de ces affrontements, il n'était plus tellement question de Schleswig-Holstein pour les insurgés, mais désormais, et de manière grandissante, de la défense de la révolution elle-même.

Le parlement de Francfort

Un débat au Parlement de Francfort pendant un discours de Robert Blum. Peinture de Ludwig von Elliott, juin 1848.
Caricature de la création d'un État national. De gauche à droite : Heinrich von Gagern, Alexander von Soiron, Carl Theodor Welcker et Friedrich Daniel Bassermann.
Schéma de la structure de l'État allemand unifié prévue dans la Constitution du Parlement de Francfort de 1849.
Article détaillé : Parlement de Francfort.

Après que Friedrich Daniel Bassermann eut exigé le 12 février 1848 au parlement de Bade (badische Ständeversammlung) une représentation populaire au sein du Bundestag allemand, cette revendication se diffusa au-delà du parlement et ainsi, le 5 mars, l'assemblée de Heidelberg se conclut par une invitation à un « pré-parlement » (Vorparlament) constituant. Après que le Bundestag eut réagi à la pression publique par l'autorisation de la liberté de la presse, il essaya aussi de regagner sur-le-champ la souveraineté de la constitution et de la représentation parlementaire en reconnaissant la nécessité d'une révision de l'Acte confédéral allemand et de la mise en place du comité des dix-sept afin d'élaborer une nouvelle base à la constitution pour une Allemagne unie. Le « pré-parlement », au sein duquel les libéraux avaient le dessus sur la gauche radicale, décida dans les premiers jours d'avril de travailler en commun avec la Confédération germanique et d'amorcer ensemble les élections pour une assemblée nationale constituante afin de donner un cadre juridique au mouvement. Le comité des quinze fut mis en place pour représenter le mouvement révolutionnaire auprès du Bundestag, et celui-ci appela les États de la Confédération germanique à mettre en œuvre l'élection de l'assemblée nationale. Elle s'assembla pour la première fois le 18 mai 1848 en l'église Saint-Paul de Francfort et élut le libéral modéré Heinrich von Gagern comme président. L'assemblée nationale établit un pouvoir central exécutif provisoire et reprit le pouvoir étatique du Bundestag. Jean-Baptiste d'Autriche, en tant que régent, se trouvait à la tête du pouvoir central et le prince Karl zu Leiningen faisait office de ministre-président de ce nouveau « ministère de l'empire ».

Le Parlement de Francfort devait préparer l'unité allemande et élaborer la constitution de l'empire. Au sein de ce parlement, c'étaient les couches sociales de la bourgeoisie qui étaient principalement représentées : des hommes propriétaires et cultivés, de hauts fonctionnaires, des professeurs, des officiers, des juges, des magistrats, des avocats, etc. En raison de cette forte présence de la haute bourgeoisie, le parlement fut affublé de surnoms peu flatteurs par le peuple goguenard : « parlement des notables » ou « parlement des professeurs ». Dans le cadre du travail parlementaire, différents groupes et factions se formèrent bientôt, qui furent baptisés en fonction des cafés où leurs membres se rencontraient après ou entre les séances pour convenir de leurs propositions et de leurs idées. À l'exception d'un grand groupe de députés qui n'appartenaient pas aux factions (de toute façon soumises aux glissements), deux ailes idéologiques et deux partis centristes se constituèrent :

  • La gauche démocratique (die demokratische Linke, également appelée die Ganzen à l'époque) - Elle était composée des fractions du Deutscher Hof, du Donnersberg auxquels se joignit en novembre le Nürnberger Hof. À partir de début 1849 elle fut globalement réunie au sein du Centralmärzverein (association centrale de mars) duquel naquit le "parlement croupion" (Rumpfparlament).
  • Le centre gauche parlementaire-libéral (das parlamentarisch-liberale linke Zentrum) - Il était composé du Württemberger Hof et du Westendhall, puis également du Augsburger Hof à partir de septembre. Il s'unit avec le centre droit en février 1849 au sein du groupe Weidenbusch.
  • Le centre droit constitutionnel-libéral (das konstitutionell-liberale rechte Zentrum) - À partir d'août, avec le détachement du Landsberg, il est empreint par la grande fraction Casino. Avec le centre gauche, il forma la liberale Mitte (centre libéral), connu sous le nom die Halben. Début 1849, une partie de la fraction du Casino fusionna avec les fractions de droite pour former le Pariser Hof.
  • La droite conservatrice (die konservative Rechte) - Elle était pour la plupart composée de conservateurs protestants. Ils siégèrent au départ dans la Steinernen Haus, puis ils furent connus à partir de septembre comme étant la fraction du Café Milani.

Les idées des fractions allaient de la position minoritaire "radicale-démocrate" représentée par die Ganzen : la création d'une république démocratique parlementaire pangermanique, à une position représentée par die Halben : une monarchie constitutionnelle héréditaire adoptant soit la solution petite-allemande (sans l'Autriche), soit la solution grande-allemande (avec l'Autriche), jusqu'au statu quo.

Avec le désaccord paralysant des députés, il vint à manquer un pouvoir exécutif capable de faire appliquer les décisions du Parlement qui échouaient souvent en raison des initiatives individuelles de l'Autriche ou de la Prusse. Cela mena à plusieurs crises, comme par exemple la question de Schleswig et Holstein relative à une guerre contre le Danemark. (Voir plus haut : Holstein et Schleswig ; première guerre dano-allemande).

Malgré tout, la Constitution de Francfort, qui prévoyait une solution petit-Allemagne dont le roi de Prusse serait l'empereur, fut votée le 28 mars 1849 avec une majorité de 42 voix. Le 3 avril, lorsque le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse refusa la dignité d'empereur que lui proposait la députation impériale (Kaiserdeputation, le Parlement de Francfort fut de fait un échec. 29 des États de moyenne puissance approuvèrent la Constitution. L'Autriche, la Bavière, la Prusse, la Saxe et Hanovre la refusèrent. Les députés prussiens et autrichiens quittèrent le Parlement lorsqu'ils furent révoqués par leur gouvernement.

Afin de faire toutefois aboutir la Constitution dans les Länder isolés malgré le renforcement de la contre-révolution, il y eut en mai 1849 dans certains centres révolutionnaires des "soulèvements de mai" dans le cadre de la campagne pour la Constitution du Reich (Reichsverfassungskampagne). Ces soulèvements créèrent un deuxième sursaut révolutionnaire radicalisé qui prit des proportions semblables à une guerre civile dans certaines régions de la Confédération, comme par exemple le Pays de Bade et la Saxe. Le Parlement de Francfort perdit la plus grande partie de ses membres en raison des révocations et d'autres défections, et se retira à Stuttgart le 30 mai 1849 sans les députés prussiens et autrichiens sous la forme d'un "parlement croupion" (Rumpfparlament. Le 18 juin 1849, ce "parlement croupion" fut violemment dissout par les troupes du Wurtemberg. C'est avec la défaite des derniers combats révolutionnaires du 23 juillet à Rastatt que la Révolution allemande de 1848-1849 fut définitivement mise en échec.

Répercussions et conséquences en Allemagne

La répression de la Révolution et la victoire des réactionnaires engendrèrent un dualisme spécifiquement allemand entre les idées de Nation et de Démocratie qui marqua pour longtemps l'histoire allemande et qui est encore sensible de nos jours. À la différence de la France, des États-Unis ou d'autres pays où, suite à des révolutions victorieuses, "Nation" et "Démocratie" sont plutôt vues traditionnellement comme une unité et où l'adhésion à la Nation inclut en général également l'adhésion à la Démocratie, en Allemagne la relation entre Nation et Démocratie est jusqu'à aujourd'hui un objet de débats polarisant, controversé et souvent très empreints d'une dimension émotionnelle (voir l'article Sonderweg).

Après l'échec de la Révolution, une contre-révolution réactionnaire triompha. Dans la décennie qui suivit 1848, appelée "ère de réaction" (Reaktionsära), s'établit de nouveau une Restauration certaine de l'ancienne situation, qui ne prit cependant pas tout à fait les proportions de la répression de Metternich pendant le Vormärz.

L'échec évident des objectifs nationalistes de la Révolution de 1848/49 détourne souvent l'attention des succès solides et des progrès durables qui furent atteints dans les années de la Révolution et sur lesquels la contre-révolution victorieuse ne put revenir. En premier lieu on peut citer la fin définitive de l'ordre féodal. Les revendications d'abolition du servage héréditaire et des redevances féodales ont pu être comprises par une large part de la population rurale et paysanne comme faisant partie des leurs, et les conduisit à participer aux mouvements de Mars 1848. Cette "masse populaire" donna une base à la Révolution et fut ainsi déterminante pour le succès des Révolutions de Mars. La peur d'un soulèvement paysan et d'une révolution sociale a contribué de manière essentielle au fait que les hommes de pouvoir aient rapidement reculé puis cédé. L'idée selon laquelle les paysans en se retirant de la Révolution après que leurs revendications ont été satisfaites lui ont ainsi retiré sa "base populaire" et furent donc une cause d'échec fut suggérée par le sociologue contemporain de la Révolution Wilhelm Heinrich Riehl. Cette idée fut relativisée dans la nouvelle historiographie : Des études en histoire quotidienne et culturelle montrent que la participation de parts rurales de la population aux événements révolutionnaires de 1849/1849 était largement supérieure à ce que l'on avait admis jusqu'alors. La campagne pour la constitution de l'empire (Reichsverfassungkampagne) fut en particulier portée par une large mobilisation dans les zones rurales, et également par des parts paysannes de la population.

Un autre succès solide des années révolutionnaires fut l'abolition de la justice inquisitrice secrète des périodes de la Restauration et du Vormärz. L'exigence du caractère publique de la juridiction répressive et de la cour d'assise faisait partie des revendications fondamentales de Mars. Sa mise en place conduisit à une amélioration durable de la sécurité juridique.

Première édition du magazine satirique Kladderadatsch (Mai 1848).

De plus, pendant la Révolution, suite à l'assouplissement de la censure de la presse, un paysage de la presse plus ou moins pluraliste se constitua. De nouveaux journaux à gauche comme à droite gagnèrent de l'influence sur les actualités politiques. À gauche, on peut citer par exemple le journal publié par Karl Marx, la Neue Rheinische Zeitung (Nouvelle Gazette rhénane), qui fut interdit en 1849. Le centre modéré était entre autres représenté par la Deutsche Zeitung (Journal allemand) et la droite par la Neue Preußische Zeitung (Nouvelle Gazette prussienne) dont Otto von Bismarck fut associé à la création. C'est avec le Kladderadatsch (Patatras) que vit le jour le 7 mai 1848 l'un des premiers grands magazines satiriques d'Allemagne.

Après son échec provisoire lors de la conférence d'Olmütz de 1850, l'idée nationale d'une union de la petite Allemagne fut finalement imposée et réalisée "d'en haut" par les puissances conservatrices dominantes menées par la Prusse et en particulier par Otto von Bismarck en tant que ministre-président prussien à partir de 1862, après les trois guerres d'unification allemande de la Prusse contre le Danemark, contre l'Autriche et contre la France. En 1871, suite à la victoire de la Prusse sur la France, le roi Guillaume de Prusse fut couronné premier empereur allemand à Versailles sous le nom de Guillaume Ier d'Allemagne et l'Empire allemand fut proclamé ; jusqu'en 1890, le chancelier impérial Bismarck joua un rôle prépondérant dans sa politique.

Développement de groupes révolutionnaires

Le "Résumé" de Georg Herweghs

Voir aussi

Articles connexes

Références

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  2. (de)Siemann 1985, page 68 et suivantes
  3. a et b Clark 2008, p. 536-544
  4. a, b et c Clark 2008, p. 544-556

Sources

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