Complexe militaro-industriel allemand

Complexe militaro-industriel allemand

Le complexe militaro-industriel allemand fonctionna à plein pendant les deux guerres mondiales. De forme évolutive, il passe des Konzern associés aux marchands de canons et d'obus de la Ruhr en 1914, forme prise par le capitalisme bourgeois lié à de riches familles associées à l'aristocratie prussienne et militaire, à un secteur de l'armement intégré par les nazis comprenant des concepteurs de technologies de pointe en 1945 qui intéresseront les vainqueurs du deuxième conflit mondial.

Équipement de levage et enseigne de l'entreprise métallurgique Zeche Zollverein à Essen, située au cœur du complexe minier de la Ruhr. Ces lieux font partie du patrimoine mondial de l'Unesco.

Observant la forme prise par l'industrie de guerre dans les régimes fascistes, le livre de Daniel Guérin édité en 1936 Fascisme et grand capital. Italie-Allemagne (en) examine l'interventionnisme du gouvernement dans l'industrie lourde. Cette implication peut être caractérisée comme "une coalition informelle et mouvante de groupes qui investissent des intérêts matériels, moraux et psychologiques pour assurer le développement permanent et le maintien de hauts niveaux d'armement, la préservation des marchés coloniaux et assumer des conceptions stratégiques de type militaire pour les affaires intérieures[1]".
Le complexe militaro-industriel mis en place par les nazis se conformera à cette définition.

Sommaire

Première Guerre mondiale

Usine Krupp fabricant des pièces d'artillerie durant la Première Guerre mondiale.

Le complexe est situé géographiquement dans les houillères de la Ruhr pour l'essentiel; il est associé à la production métallurgique de masse assurée par le financement de grandes familles capitalistes au sortir de la concentration monopolistique obtenue par la révolution industrielle: ce capitalisme rhénan structure les Konzern, intégrations verticales et horizontales liées à tout le secteur du charbon et de l'acier donnant un avantage en termes de puissance de feu à la Deutsches Heer.

La production d'armements s'effectuait entre autres dans les arsenaux impériaux allemands comme l’Arsenal Germania de Kiel (exemple d'armement : Maschinengewehr 08). La production de canons était principalement réalisée par Krupp Ag, Thyssen et Preussag, lesquelles étaient liées à la métallurgie dans le bassin de la Ruhr (exemple de canon : Grosse Bertha).

Seconde Guerre mondiale

Article détaillé : Réarmement du Troisième Reich.

Alors que le Traité de Versailles avait interdit à l'Allemagne d'avoir des armements modernes, la République de Weimar parvint peu à peu à contourner celui-ci et permit à ses industries de maintenir une capacité de recherche et développement.

Accédant au pouvoir en Allemagne en 1933, en plein contexte de crise mondiale, liée aux conséquences du « jeudi noir », Hitler décide d'en finir avec la Reichswehr qualifiée de « honteuse armée de Versailles » et des gausseries sur les Tankattrappen des mises en pratique de Guderian. Remilitarisée par l'industrie, l'armée allemande serait crainte à nouveau par ses voisins, restaurant le mythe de son invincibilité qui avait été contournée dans l'opinion par le « coup de poignard dans le dos » au sortir de la Première Guerre mondiale.

Les entreprises doivent légalement se constituer en cartels dès le 15 juillet 1933.

Le Führer lance le pays dans une politique de grands travaux pour le moderniser. Ce seront bientôt les panzer qui circuleront de part et d'autre des frontières sur les nouvelles autoroutes (voir Autobahnen) ; parmi ces grands travaux se trouve une militarisation menée tambour battant qui mobilise l'acier obtenu des mines de fer de Suède et de Norvège avant la guerre.

Le nouveau régime s'appuie dans sa politique de réarmement sur la puissance de l'industrie mécanographique fournie par la Dehomag, dont une nouvelle usine s'ouvre en 1934. Cette technique de traitement de l'information, antérieure aux ordinateurs, contribua à organiser et optimiser les lignes de production.

Fabrique de Panzer VI "Tigre", en 1943.

L'intégration du complexe industriel bâti par les nazis passe par le traitement des grandes familles industrielles chrétiennes qui réalisèrent la première industrialisation dans la Ruhr : certains capitaines d'industrie seront naturellement favorables ( héritier Krupp, Emil Kirdorf (en)), d'autres seront manipulés[2]. La refondation de l'industrie de l'armement donna un potentiel guerrier extrêmement dangereux pour l'Europe à la veille du conflit[3] dont les matières premières parviennent jusqu'en juin 1941 en très grande partie des relations économiques entre l'Union soviétique et l'Allemagne nazie.

Le 17 mars 1940, Fritz Todt est nommé ministre de l'Armement du Reich et organise la rationalisation du secteur en temps de guerre dans une perspective d'intégration des industries des pays occupés. Celle-ci tournera à plein régime à partir de 1942 mais la capacité de production de ses adversaires s'est montrée largement supérieure.

Le complexe militaro-industriel soviétique combiné à celui celui des États-Unis et du Commonwealth ont contribué à écraser l'Allemagne et ses alliés par une production industrielle conjointe de matériel logistique et de guerre supérieure en quantité : c'est ce que Roosevelt a désigné sous le terme d’arsenal des démocraties.

Voici un comparatif de la production Allemagne nazie/Union soviétique sur la période 1941-1945 en milliers d'unités[4] :

  • Fusils : 8 525/ 12 139
  • pistolets-mitrailleurs : 1 098/ 6 174
  • Mitrailleuses : 1 097/ 1 516
  • Mortiers : 73/ 351,8
  • Blindés : 43,4/ 102,8
  • Avions : 80,6/ 112,1

Ce tableau en image donne un comparatif Allemagne nazie/États-Unis/Union soviétique sur les quatre « années pleines » de guerre :

Effort de guerre industriel de l'Allemagne, des États-Unis et de l'URSS.

Composantes

L'armement des fantassins

L'arme standard des fantassins allemands de la Seconde Guerre mondiale fut le Karabiner 98k, dérivé d'une arme conçue en 1898, et ayant déjà servi pendant la Grande guerre. Néanmoins cette ancienneté ne doit pas tromper. La plupart des armes individuelles allemandes de la Seconde Guerre mondiale étaient meilleures que leurs équivalents étrangers.

  • Le pistolet mitrailleur MP40 était ainsi une arme révolutionnaire à son entrée en service.
  • Les mitrailleuses MG34 puis MG42 étaient toutes deux également révolutionnaires de par leur mobilité (les mitrailleuses à bandes étaient jusqu'alors très lourdes et indéplaçables au combat).
  • Le MP44 Sturmgewehr fut le premier fusil d'assaut de l'histoire, et a inspiré les armes des armées de la fin du XXe siècle (dont l'AK47) ; la firme Sauer & Sohn en a produit 44 000 pendant le conflit.
  • Le pistolet Luger Parabellum, très prisé comme trophée par les G.I.s dans le bocage normand[5], était fabriqué par la Deutsche Waffen und Munitionsfabriken.
  • Le Panzerfaust, de conception tout à fait novatrice, a inspiré les armes RPG qui sont en service aujourd'hui dans le monde entier.
  • Le Panzerschreck répondait au bazooka américain.

Après guerre, la firme Mauser se trouva dans la zone d'occupation de l'armée française. Le système de retardement de l'action par verrouillage par galets équipant les MG-42 fut repris par Heckler & Koch lors de la fondation de la firme en 1949, ce qui contribua à sa réputation.


  • Remarquer l'évolution, d'armes complexes et chères à produire (MP40, FG42, MG34) à des armes en tôle emboutie, plus rustiques et économiques (MG42, MP44, MP3008) :

La filière Panzerkampfwagen

Article détaillé : Panzer.
Outre les fameux panzers, les inspecteurs de l'armement commandèrent tout un ensemble de blindés de transport permettant d'assurer la mobilité des troupes de la Heer.
Ici, les dépôts de la fabrique de Sonderkraftfahrzeug 250 et 251 située à Potsdam (région de Berlin).photo prise en 1942.

Les ingénieurs allemands se distinguent dans une remontée de filière afin de développer les armements pour garantir les victoires de la Heer dans la Wehrmacht. Ils fabriquent des avions et font évoluer le principe du tank, véhicule à chenilles que les Britanniques avaient introduit au front sous ce nom de code (réservoir en anglais). Les constructeurs allemands se groupent autour de commandes étatiques, telles la création du Panzer I et son industrialisation, dissimulée au départ sous le nom anodin de tracteur agricole[6]. Ce char léger et opérationnel fut préféré aux chars lourds qui lui étaient contemporains, à plusieurs tourelles et beaucoup moins mobiles (semblables au char B-1bis français) car il permettait de concrétiser la Blitzkrieg mise au point par les stratèges.

Après les accords de Munich, les nazis mettent la main sur la filière tchèque de production de chars, Škodovy závody[7], et l'intègrent à leur complexe de production avec la bénédiction de Jozef Tiso. Les chars sont indicés t comme tchèques 35(t) et 38(t) et leurs lignes de production continuent. Ils fourniront un contingent non négligeable lors de la bataille de Varsovie, la bataille de France et jusque l'opération Barbarossa, après quoi ils seront remplacés par des générations plus récentes de blindés.

Les Panzer furent employés par des commandants imaginatifs, palliant par la tactique des situations d'infériorité numérique ; on peut citer l'emploi que fait Rommel de ses canons de 88 mm lors des premiers échanges de la guerre du désert pour utiliser ses chars légers comme rabatteurs afin d'amener les tanks moyens Matilda de la VIIIe armée, si problématiques avec leurs panneaux de blindage latéral[8], à portée des canons anti-aériens employés en tir horizontal. Les 88 prisés par le renard du désert furent plus tard adaptés directement sur les Tigres I et II une fois que la taille du châssis l'autorisa.

Cette filière va montrer sa supériorité technique jusque l'apparition du char T-34, très mauvaise surprise sur le front de l'Est puisqu'il surclassait les Panzer IV qui formaient le fer de lance des panzerdivisionen au moment de son apparition. Les généraux qui furent confrontés à ce tank soviétique demandèrent même à leur hiérarchie la formation d'unités militaires de tankistes allemands équipés de T-34 ! Ce fut la fin de la Blitzkrieg, les catégories suivantes allaient monter en poids ; les unités de tankistes furent ensuite réorganisées dans les Mot Pulk jusque la grande bataille de Koursk.

Les ingénieurs développèrent systématiquement des dérivés à partir des châssis de toutes les générations de Panzerkampfwagen introduites [9]:

  1. exemple d'automoteur d'artillerie : Wespe (guêpe), sur châssis de Panzer II ;
  2. exemples de canon d'assaut : Brummbär (grizzly), sur châssis de Panzer IV - Sturmpanzer IV ou Sturmtiger (Sturmmörser = mortier d'assaut), sur châssis de Panzer VI - tigre ;
  3. exemple de chasseur de chars : Jagdpanzer V, sur châssis de Panzer V panthère.

Vers la fin de la guerre, les entreprises du C.M.I. constitué par les nazis étaient passés des 5 tonnes du panzer I au monstrueux Panzerkampfwagen VI Königstiger et ses 70 tonnes. À l'état de prototype fut rencontré le Maus qui fut détruit par l'armée soviétique, un blindé gigantesque qui avait sacrifié la vélocité au blindage et à la puissance de feu, engloutissant d'énormes quantités d'essence dans ses déplacements. Titan d'un poids de 188 tonnes, il s'agissait de la génération Panzerkampfwagen VIII [10], qui acheva la filière ; la technique avait dépassé le réalisme du terrain, l'Allemagne nazie se trouvant depuis deux ans privée d'accès aux champs pétroliers [11] qui lui aurait permis un emploi efficace de tels armements.

Note : la problématique pétrolière de l'Allemagne nazie est développée dans cet article de l'encyclopédie.

La filière des tanks était complétée par une série de véhicules blindés permettant le transport des troupes et la mobilité des divisions : ainsi l'entreprise Opel fabrica les Panzerwerfer. Les SdKfz 7 furent eux largement employés pour tracter les canons anti-aériens de 88mm, l'arme absolue du Renard du désert contre les tanks adverses dans les combats de l'Afrika Korps.


  • Remarquons l'évolution contradictoire de la production de blindés : d'un côté, les chars de bataille Panzer I à Panzer VIII accusent une augmentation continue de poids, complexité, et coût. D'un autre côté l'industrie allemande fournit de plus en plus de blindés légers, et économiques pouvant être produits rapidement et en grande série.

Les panzers "économiques" :

La filière aéronautique

Usine de montage d'avions de transport militaire Junkers 90 (en) ; photo prise en 1938 (cadre : plan de quatre ans).
Atelier d'assemblage souterrain de Heinkel He 162 en janvier 1945, relocalisé dans les galeries d'une ancienne mine de sel. Le bombardement stratégique intensif des Alliés a conduit à la dispersion des usines d'armement.

Des ingénieurs aéronautiques de talent dont Willy Messerschmitt ou Kurt Tank ont permis à l'Allemagne d'être le pays le plus avancé technologiquement sur le plan aéronautique, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dès avant la guerre, l'Allemagne se dote de l'armée de l'air la plus moderne du monde. Ses appareils sont tous récents, et sur le plan tactique, elle est à la pointe des nouveaux concepts tels le bombardement en piqué (Stuka). Cet armement fera ses preuves pendant la guerre d'Espagne dès 1937 puis lors des campagnes de 1939 et 1940. Trop peu véloce face aux chasseurs monoplaces, notamment lors de la bataille d'Angleterre, le Junkers Ju 87 "Stuka" disparaît ensuite des théâtres où l'Allemagne ne dispose de la supériorité aérienne.

L'Allemagne produira également des chasseurs "classiques" de haute qualité, équivalents à leurs homologues alliés, parfois ponctuellement supérieurs. Les plus fameux sont le Messerschmitt Bf 109 et le Focke Wulf FW 190. Le successeur de ce dernier, le Focke-Wulf Ta 152, entré en service en 1945, est considéré comme le meilleur avion à pistons du conflit.

Mais le principal apport de l'industrie allemande à l'histoire de l'aéronautique sera la production des premiers avions fusées, tel le Me 163, et surtout des premiers avions à réaction opérationnels. Il s'agit du bombardier Arado Ar 234, et du chasseur et chasseur-bombardier Me 262.

La production aéronautique allemande culmina en 1944 avec près de 36 000 appareils dont 3 800 pour le seul mois de septembre soit sans doute deux ans trop tard pour influer sur le cours de la guerre : l'essentiel de la chasse était depuis un an et demi absorbé à la défense du Reich, que l'apparition du Mustang P51-D en mars 1944 dans le ciel d'Allemagne avait transformée en saignée continue pour les pilotes et les appareils. Même après un engagement massif des appareils de la Luftwaffe, le Führer, à qui on avait présenté le tableau comparé des pertes avec les bombardiers abattus, décida de réaffecter les appareils comme chasseurs-bombardiers en appui des opérations terrestres qu'il projetait sur le front Ouest[12].

Les combinats industriels avaient, dans une phase plus avancée de la guerre, fini par s'intégrer aux Arbeitslager qui leur fournissait une main d'œuvre servile, employable à merci. C'est le cas des usines de production de Mercedes-Benz, devenu équipementier pour une variété d'appareils de la Luftwaffe (fabrication des moteurs d'avions).

D'une manière moins significative, Blohm & Voss développa une filière de constructions d'hydravions en poursuivant la fabrique de la Hamburger Flugzeugbau sur l'Elbe. L'un d'eux fut neutralisé par les Alliés alors que l'appareil nazi envisageait son emploi pour une fuite dans les derniers mois de la guerre en Europe. Cette guerre sonna le glas de l'emploi de ce type d'avions dans un contexte militaire.

La filière balistique

Le V1 pour Vergeltungswaffe 1, « arme de représailles ».
V2, quatre secondes après le décollage depuis le banc d'essai VII du centre de recherches balistiques de Peenemünde, le 21 juin 1943.
Missile V2 disposé sur son dispositif de traction ambulant, le Meillerwagen (en).

Du petit centre d'essais secret de Peenemünde depuis 1937 ont été élaborés les bombes volantes précurseur des drones sans intervention humaine avec la fusée à vol horizontal V1, produite par la firme Fieseler, qui relancèrent pendant un laps de temps la terreur du Blitz sur Londres par de nouvelles destructions.

Le missile V2 fut le premier missile balistique de l'histoire. Ses tirs d'essais eurent lieu pendant l'été 1943 sur la mer baltique. Les V2 étaient construits dans une usine distincte du centre d'essais, sous le système de production carcéral instauré par les nazis (un camp de prisonniers couplé à une unité de productions enterrée afin de continuer malgré les bombardements). Cette usine produisait 45 V-2 par mois à la fin de la guerre. Les conditions de vie des prisonniers étant semblables aux survivants dans les complexes d'extermination, il a été estimé que la production des V-2 a causé plus de victimes que leur emploi au total.

Fin 1944, il fut demandé aux scientifiques de la filière missiles ballistiques de plancher sur un projet d'IRBM (missile de portée intermédiaire) visant à bombarder les côtes de Nouvelle Angleterre depuis des bases de lancement en Europe occidentale. Ces études, codées Projekt Amerika, donnèrent lieu à ébaucher une évolution de la filière des V2 : A9 et A10 (en). Ludwig Roth (en) et Hermann Oberth y travaillèrent.

Uniques machines employées dans une logique de production industrielle d'échelle, les autres engins en restèrent en 1945 à la situation d'épreuve sur la table à dessin ou ne sortirent pas des phases de test, hormis des engins moins connus tel le Kramer X4.

Les travaux de Wernher von Braun avaient attiré l'attention des services secrets américains ; ce savant symbolise à lui seul la filière scientifique et l'innovation sectorielle placée par les nazis au service d'engins de mort et de destruction, qui fut réutilisée au même escient par les deux camps vainqueurs à l'issue du conflit mondial. Les tentatives de mettre la main sur cette technologie ne se sont pas restreints aux scientifiques : les Britanniques ont mené pour le compte des Alliés l'opération Backfire (en) dans la région de Cuxhaven (Basse-Saxe), visant à évacuer par pièces détachées les multiples rampes de lancement qui s'y trouvaient, ce qui souligne la priorité donnée à cet objectif.

Resté sur le plan théorique et expérimental, le projet de bombe allemande n'eut aucune concrétisation efficace, quoiqu'il ait été mené bel et bien. Fort heureusement pour les forces alliées, pressées tout autant d'en finir.
Concernant ce sujet, lire les articles Course à la bombe et Recherches atomiques sous le régime nazi.

Un outil de propagande

Le projet de char forteresse, ici représenté à côté de chars conventionnels, fut initié par Krupp en 1942 et finalement abandonné après une visite de Heinz Guderian, alors l'inspecteur de l'armement.

Afin de suppléer au mythe de l'invincibilité de la Wehrmacht écorné dans la seconde partie de la guerre, les propagandistes d'État se servirent de l'existence de l'innovation technologique dans le secteur de l'armement, devenue fierté nationale, pour propager des rumeurs d'armes secrètes qui allaient inverser le cours de la guerre.

Néanmoins, il faut reconnaître que les Allemands ont effectivement conçu de nombreux prototypes aux caractéristiques tout à fait inhabituelles et ont même mis en service un certain nombre d'armes pouvant être qualifiées d'armes 'miracles'.

Citons ainsi, parmi les armes étant entrées en service :

  • Les chasseurs à réaction Me 262 et He 162, ou encore le bombardier à réaction Ar 234
  • Les avions fusées Me 163
  • Les missiles balistiques V1 et V2
  • Les missiles anti-navires Fritz X et Henschel Hs 293
  • Les roquettes air-air R4M
  • Les canons géants V3


Parmi les prototypes ayant été effectivement fabriqués :

  • Les ailes volantes Horten, dont la Ho IX à réaction conservée au musée NASM de Washington.
  • Les missiles air-air, dont le Kramer X4
  • Les missiles sol-air Enzian, Rheintochter, Schmetterling, ou Wasserfall
  • Les appareils de vision nocturne 'vipère'
  • Les chars géants, dont le Panzerkampfwagen VIII Maus

Alors que manifestement tout était perdu, on trouvait encore des Allemands parmi la population civile, et ce jusqu'aux dernières heures du conflit[13], attendre le fantasme de la survenue de machines diaboliques, inexplicablement laissées en réserve.

Démantèlement

Chaîne de montage de missile V2 dans le complexe Mittelwerk de Dora-Nordhausen.
Photo prise par l'armée américaine après la prise du complexe.
Wernher Von Braun en vêtements civils, entouré d'officiers de l'armée allemande, en 1941 sur le site de Peenemünde. La compétition technologique n'allant pas de pair avec des questions idéologiques, le scientifique fut récupéré dans le camp américain.
Source: Bundesarchiv.

L'industrie de l'armement en temps de guerre, durcie par la tournure prise par la forme de guerre totale et d'usure des ressources, donna une forme d'encadrement très particulière des ouvriers chargés de la production des armes. Les peuples soumis se retrouvèrent dans des usines d'assemblage dans des conditions proches du servage, les usines étant couplées avec des quartiers d'habitation bâtis comme des camps de travail[14]. Les bombardements d'usine par les forteresses volantes alliées se concentrant, les usines de matériel stratégiques avaient fini par être souterraines : c'est par exemple le cas pour le site de production de Dora-Mittelbau, qui se situe dans un réseau de tunnels sous la montagne de Kohnstein à Nordhausen et réunit dix mille travailleurs dans des conditions éprouvantes liées à cet environnement ; 2 900 moururent dans ces travaux forcés d'octobre 1943 à mars 1944. Quoique cette usine profondément enfouie sous le massif du Harz, en Thuringe, ne fut jamais bombardée par les Alliés, les bombardements parvinrent tout de même à nuire significativement au potentiel de renouvellement de l'arsenal du Troisième Reich à compter de l'année 1944.

L'identifiant comme fauteuse de crimes de guerre, les Alliés ont démantelé cette industrie de l'armement et veillé à mettre fin à sa nocivité au cours de la période des zones d'occupation en Allemagne. Certains capitaines d'industries passèrent en jugement lors du procès de Nuremberg [15] . Le consortium de l'industrie chimique, qui avait contribué au ravitaillement en essence synthétique, Interessengemeinschaft Farbenindustrie, fut éclaté en cinq entreprises par métier : Agfa, BASF, Hoechst, Bayer AG, Dynamit Nobel. Fritz Thyssen fut déchu, et le cartel Vereinigte Stahlwerke AG fut démantelé : lointaine héritière de l'empire Krupp, ThyssenKrupp AG est aujourd'hui un fabricant d'ascenseurs ainsi qu'une fondation investissant dans l'art pictural[16]. Les ingénieurs en balistique furent transférés par les deux Grands à l'occasion de l'opération Paperclip (ainsi qu'une démarche équivalente côté soviétique) dans les effectifs qui allaient s'affronter dans la course à l'Espace la décennie suivante : l'URSS comme les États-Unis eurent donc « leurs Allemands » pour s'affronter sur le plan de la concurrence technologique. Si les Américains mettent la main sur le cerveau de la filière, Wernher von Braun, les Soviétiques ne parviennent à attirer que son assistant : Helmut Gröttrup.

De nos jours

Formation de chars Leopard 2 en 1986. Il est depuis les années 1980 le char le plus courant en Europe de l'Ouest.

Après avoir été en partie réactivée à cause de la Guerre froide à partir de 1955 et construisant alors des équipements américains sous licence, l’industrie de l'armement en Allemagne de l'Ouest fut de nouveau l’une des plus puissantes d’Europe et construit depuis du matériel d’excellente facture couvrant la majorité de la gamme des armements conventionnel telle la série des chars Leopard I et Leopard 2 fabriqués par Krauss-Maffei, des corvettes et frégates légères ainsi que des sous-marins d'attaque et dans le domaine aéronautique, en collaboration avec d'autres nations d'Europe, le Noratlas (sous licence), le C-160 Transall, le Panavia Tornado et actuellement l'Eurofighter Typhoon.

Type 209 des Forces armées turques. L'Allemagne est le premier exportateur occidental de sous-marins.

Dans les années 1980, les commandes à la seule industrie des blindés représentaient, pour le développement et la production, un chiffre d’affaires annuel moyen de près de 2,3 milliards de Deutsche Mark (environ 1,15 milliard d’euros). À partir de 1993, le volume annuel des commandes est passé en dessous de 1 milliard de DM (environ 500 000 €).

Après la réunification allemande et la fin de la Guerre froide, elle s'est contractée de manière spectaculaire comme ce fut le cas dans les autres pays d’Europe. Près de 280 000 personnes étaient employées dans l'ensemble du secteur en 1990; en 2007, il n’y en a pas plus de 80 000[17].

Depuis 1990, le nombre d’emplois dans la seule industrie d’armement terrestre allemande a baissé de 250 000 à 90 000 en 2003, celui de l’industrie des blindés de 44 000 à 10 000 personnes et celui de l’industrie des munitions, de 16 000 à 6 000 personnes.

Les chiffres sont à considérer en regard des bataillons mécanisés de la Bundeswehr, qui sont passés sur la même période de 96 à 18.

Krauss-Maffei, MaK, Wegmann et Rheinmetall assurent alors le développement et la fabrication des systèmes lourds, alors que les sociétés Thyssen-Henschel et Kuka Wehrtechnik sont les centres de développement et de fabrication de systèmes légers comprenant les véhicules blindés à roues[18].

Cette industrie trouve en 2008 au 3e rang des exportateurs d'armes avec 10 % du marché mondial pour un montant de 8,7 milliards d'euros[19]. La vente de matériels militaires d'occasion à rapporté 1,4 milliards d'euros entre 2000 et 2009[20].

En 2007, le budget de la défense de l'Allemagne est de 36,9 milliards d'euros (soit au 6e rang mondial d'après la SIPRI) et, en 2006, cinq entreprises de cette nation se classent dans les cent plus grandes du secteur et vendu un total de 6,08 milliards de dollars américains d'armement[21] :

En Allemagne de l'Est

Suite à des dispositions de la conférence de Potsdam qui déterminent, entre autres, les réparations au titre de dommage de guerre, l'URSS transfère 600 usines d’armement sur son territoire. Deux cents autres restent en Allemagne de l'Est où elles deviennent des sociétés anonymes soviétiques qui participeront à la reconstruction économique de la République démocratique allemande.

À partir des années 1950, cet État produira également des armements sous licence d'origine soviétique pour la Nationale Volksarmee ainsi des navires de guerre légers de conception nationale pour la Volksmarine, ceux-ci dans les chantiers naval de Wolgast.

Notes et références

  1. Pursell, C. (1972). The military-industrial complex. Harper & Row Publishers, New York, New York.
  2. Le film Les Damnés de Luchino Visconti, sorti en 1969, montre la manière dont les nazis obtiennent la mainmise sur une puissante famille bourgeoise, dont le patriarche farouchement anti-nazi laisse la place à un héritier ambigu qui se laisse séduire par la propagande du régime ; ce que révèle la dernière image de l'héritier faisant le salut de la main.
  3. Jusqu'à la drôle de guerre où le ministre de la Défense français lut avec incrédulité un rapport présentant la disparité drastique des unités d'aviation comparées à la Luftwaffe (Source)
  4. Seconde Guerre mondiale magazine
  5. Détail fidèlement reproduit dans les productions cinématographiques Il faut sauver le soldat Ryan et Band of Brothers
  6. Landwirtschaftlicher Schlepper.
  7. Ancêtre des voitures Skoda actuelles.
  8. Rommel avait déjà pu observer en France la déconfiture des Matilda et des chars lourds B1 français lorsque traités par ce canon antiaérien.
  9. PzKpfw. I-II-III-IV, V avec le panther jusque VI avec le tiger I et le tiger II.
  10. Le lion, génération VII entrant dans la catégorie chars de poids lourd, ne fut jamais construit et en resta à l'état de plans.
  11. les chars roulaient à l'essence synthétique.
  12. Source
  13. Ce trait est notamment représenté par le personnage du père de Kurt Gerstein dans le film Amen. de Costa-Gavras, abusé jusqu'au bout.
  14. Un témoignage : Les Russkoffs de François Cavanna.
  15. voir notamment les articles Procès Krupp, Procès Flick et Procès IG Farben.
  16. Exemple : Collection du musée Thyssen-Bornemisza, Madrid.
  17. Défense et Sécurité internationale
  18. [PDF] (fr) ALLEMAGNE Industrie et armements terrestres, Dossier TTU
  19. (de) Deutschland verkauft 13 Prozent mehr Waffen, 8 décembre 2008
  20. arm nbrs., bn ét, lar. chx, ch clnt, Le mamouth, 8 avril 2011
  21. Diplomatie hors-série n° 7, Atlas géostratégique 2009, décembre 2008-janvier 2009

Annexe

Articles connexes

Liens externes



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