Fonds souverain

Fonds souverain

Un fonds souverain (sovereign wealth funds), ou fonds dÉtat, est un fonds de placements financiers (actions, obligations, etc.) détenu par un État. Les fonds souverains gèrent l'épargne nationale et l'investissent dans des placements variés (actions, obligations, immobilier, etc.). Dans une acception restreinte, ils désignent spécifiquement « les avoirs des États en monnaie étrangère »[1]. Dans une acception plus large, ils désignent tous les fonds d'investissement détenus par un État[2].

Sommaire

Introduction

Les fonds souverains ne sont ni des fonds de pension publics, ni des réserves de liquidités. Ce sont des fonds dinvestissement, détenus par des États et financés pour la plupart par des excédents de lactivité économique du pays. Leur objectif est de faire fructifier des surplus de revenus pour en recueillir les bénéfices dans un futur plus ou moins lointain. Ces fonds suscitent des craintes pour bon nombre de raisons. Certains dentre eux peuvent manquer de transparence, dautres peuvent prendre des parts dune entreprise dans un but qui peut être politique. Dautres encore peuvent avoir un poids entraînant une forte influence sur le marché.

Certaines de ces participations ont fait naître des craintes dans les pays occidentaux. Aux États-Unis, la compagnie pétrolière Unocal a fait lobjet dune tentative dOPA en août 2005 de la part de lentreprise publique chinoise CNOOC. Les autorités américaines ont tenté dempêcher la transaction, au motif quelle était un risque pour la sécurité nationale. La CNOOC a alors abandonné le rapprochement. En mai 2006, cest lentreprise publique Dubai Ports World qui a faire machine arrière, après le rachat au groupe maritime anglais P&O de six ports de la côte Est des États-Unis. encore, les pressions du Congrès américain ont poussé lentreprise publique à annuler le rachat. Au même moment, des rumeurs dOPA du géant gazier Gazprom sur la compagnie Centrica ont poussé le ministre du Commerce britannique à déclarer son intention de suivre de très près le dossier et de sopposer par la voie juridique si cela savérait nécessaire.

Définitions générales

Définition du Fonds monétaire international

Les fonds souverains, ou sovereign wealth funds, sont des fonds publics dinvestissement définis par le Fonds monétaire international comme appartenant à des administrations publiques et répondant aux trois critères ci-dessous :

  • ils sont gérés ou contrôlés par un gouvernement national ;
  • ils gèrent des actifs financiers dans une logique de plus ou moins long terme ;
  • leur politique dinvestissement vise à atteindre des objectifs macroéconomiques précis, comme lépargne inter-générationnelle, la diversification du PIB national ou le lissage de lactivité[3].

Cette liste nest cependant pas exhaustive. Il est tout à fait possible de rajouter dautres critères à ceux retenus par le FMI :

  • ils ont généralement peu dobjectifs de résultats prédéfinis (ou alors à très long terme) et empruntent peu. Lemprunt est même interdit pour un certain nombre de fonds souverains ;
  • ils investissent lexcédent de liquidités du pays, les réserves officielles étant gérées par les banques centrales ;
  • ils investissent pour un bon nombre dentre eux massivement dans des actifs étrangers. À lexception du fonds malais Khazanah National Berhad ou du Fonds stratégique dinvestissement français, les fonds souverains investissent à linternational, avec pour volonté une diversification du portefeuille.

Historique

Le premier fonds souverain, le Koweit Investment Board, créé a été le fonds du Koweït en 1953[4]. Il gère en 2009 entre $200 et $250 milliards d'excédents liés à l'exportation de pétrole. Sa création fut suivie, en 1956, du Kiribati Revenue Equalisation Reserve Fund qui gère aujourd'hui $630 millions[5], soit 7 fois le PIB de l'archipel. Ils se développent fortement depuis quelques années[6]. Lactivité des fonds souverains remonte donc à plus dun demi-siècle, même si celle-ci est restée anecdotique sur le plan international pendant tout le XXe siècle.

L'attention soudaine que les fonds souverains suscitent s'explique donc par trois facteurs :

  • la croissance soutenue des actifs sous gestion quils possèdent (la plupart des études sur le sujet saccorde sur un chiffre supérieur à $3 000 milliards en 2009) dont les analyses montrent une tendance au maintien malgré la crise, voire une accélération de cette croissance.
  • la très grande largeur du spectre dinvestissement dans les sociétés cotées étrangères, au point de voir des prises de participations permettant laccès aux conseils dadministrations de ces sociétés.
  • la création de nouveaux fonds dans des pays émergents (Brésil, Libye, Venezuela…) ou plus traditionnels (Russie, Chine) qui sappuient sur des exportations de matières premières fortement rémunératrices ou des balances commerciales largement excédentaires. Ces nouveaux fonds constituent des arguments pour des acteurs publics jusquà présent peu en vue sur la scène économique internationale.
Date de création et volume d'actifs des fonds souverains (en milliards de dollars)

On distingue donc trois vagues dapparitions des fonds souverains :

La première est la génération historique, et commence avec la création en 1953 du fonds Koweitien KIB (Koweit Investment Board). Ce sont des fonds situés dans la région du golfe Persique, en Norvège et au Canada, et qui ont fortement profité des exportations dhydrocarbures, grâce à une demande toujours plus croissante. Ce sont aussi les fonds Temasek (1974) et GIC (1981) qui ont fait fructifier les excédents commerciaux de Singapour. Leurs stratégies dinvestissement ont été pendant de nombreuses années limitées aux bons du Trésor américain ou à linvestissement dans les entreprises nationales ou locales.

La deuxième vague est plus récente et concerne pour la première fois des pays déjà présents dans les grands échanges internationaux. Avec la création des fonds chinois et russes, notamment, naît linquiétude toute récente de la possibilité pour un État émergent de prendre le contrôle dune entreprise étrangère. Ces entités ont très peu de données historiques, et sont plutôt opaques, ce qui vient accroître les craintes les concernant.

La troisième génération est encore passablement à venir. Ces fonds feront de leurs pays des nouvelles puissances. Encore considérés aujourdhui comme émergents, ces États profiteront de leurs excédents commerciaux pour soutenir leurs économies en soutenant les investissements des entreprises locales dans le marché intérieur ou à linternational. Cest le cas de pays comme le Brésil, lAlgérie, le Venezuela ou lArabie saoudite.

Nombre de fonds souverains dans le monde

Ressources

Les fonds souverains tirent leurs ressources des réserves des banques centrales (Chine), des réserves pour les retraites (Norvège) ou des fonds tirés de l'exploitation de matières premières (Norvège, Russie, Qatar). Les fonds alimentés par l'exportation de pétrole représentent deux tiers des montants gérés par ces fonds[4].

Les principaux fonds souverains en termes dactifs sous gestion sont le résultat dun excédent de liquidités lié à une forte demande en hydrocarbures ou métaux précieux. On les appelle parfois fonds « matières premières ». Cest le cas notamment des fonds du Golfe (Émirats arabes unis, Arabie saoudite, Koweït…). Leurs apparitions sont liées au fait que ces réserves ne sont pas inépuisables et lon peut remarquer que la plupart des grands pays exportateurs de pétrole ont leurs propres fonds souverains. Pour ces pays, la majeure partie des revenus est réalisée via des entreprises dexploitation publiques ou bien une taxation des profits liés à lexploitation pétrolière. La rente minière permet également à des pays comme la Russie ou le Chili d'avoir leurs fonds souverains.

Dautres fonds sont issus des excédents budgétaires liés aux exportations. La balance commerciale, largement en leur faveur, fait rentrer de grandes quantités de devises, mais rend également le pays dépendant dune consommation extérieure. Cest le cas notamment des fonds chinois CIC (China Investment Corporation), et SAFE (State Administration of Foreign Exchange) investment et singapourien GIC (Government of Singapore Investment Corporation).

Il existe également des fonds issus des excédents budgétaires liés à une fiscalité et des cotisations aux retraites conséquentes ou bien encore des ventes dactifs ou des privatisations. Ces fonds sont principalement localisés en Océanie (Nouvelle-Zélande, Australie) ou en Asie du Sud-Est (Malaisie, Thaïlande, Viêt-Nam). On peut également citer dans cette catégorie le fonds de réserve des retraites français.

Les fonds matières premières représentent actuellement les deux tiers des actifs sous gestion. Selon lIFSL (International Financial Services, London), les fonds hors matières premières devraient pourtant inverser cette tendance, au point de représenter plus de la moitié des actifs sous gestion dici 2015.

Origines géographiques

Dun point de vue géographique, plus de la moitié des actifs gérés par les fonds dÉtat proviennent du Moyen-Orient. Grâce à leurs sous-sols riches en hydrocarbures, les pays du Golfe ont emmagasiné au cours des dernières décennies des quantités conséquentes de capitaux. LAsie occupe la deuxième place avec plus du quart des actifs, grâce à la Chine et Singapour. Leurs balances commerciales extérieures largement excédentaires ont fait de leurs fonds souverains des investisseurs de premier plan. La présence de lEurope au sein des pays dotés de fonds souverains est uniquement due à la Norvège et à la Russie. Cette répartition du secteur devrait cependant changer rapidement dici quelques années. Les gains effectués grâce aux exportations dhydrocarbures ont une croissance plus faible et les pays du Golfe subissent le ralentissement économique car ils sont entièrement dépendants des pays occidentaux. La Chine, pour sa part, continue de connaître une croissance forte, et malgré la crise, ses exportations, beaucoup plus diversifiées et très compétitives, continuent dapprovisionner la banque centrale chinoise en devises.

Profils d'investissement

Chaque fonds souverain a son propre profil dinvestisseur. Ces profils sont extrêmement diversifiés en fonction du pays, de la volonté de lÉtat, des contraintes économiques du pays ou bien tout simplement des fonds dont il dispose. On peut classer et distinguer les fonds souverains entre eux en fonction des rôles qui leur sont attribués, des règles quon leur fixe, des optiques de performances et des buts de lÉtat ou du gouvernement.

Objectif d'investissement

À chaque fonds, son objectif

Lobjectif commun de tous ces fonds est de transférer de la richesse aux générations suivantes. Mais tous les fonds nont pas les mêmes besoins ni les mêmes horizons dinvestissement. Les objectifs des fonds souverains peuvent donc être très différents :

- les fonds de stabilisation ont pour but de protéger le pays (et lÉtat) contre les baisses potentielles de revenus liées aux exportations de matières premières. Ces ressources à forte volatilité peuvent financer des dépenses publiques établies sur plusieurs années. Lobjectif est donc de stabiliser ces revenus à travers des produits dérivés de couvertures sur les marchés financiers afin de subvenir aux besoins du pays. Les fonds peuvent ainsi résorber les pertes liées aux chutes de cours grâce à des instruments décorellés des marchés et ainsi produire un revenu pérenne et stable.

- les fonds de constitution dépargne intergénérationnelle doivent assurer la pérennisation des capitaux issus des exportations minières et réaliser une épargne à destination des futures générations. Les matières premières étant non renouvelables, les États dont lexploitation tient une part importante de léconomie doivent donc anticiper lépuisement de leurs réserves afin de subvenir aux besoins des générations futures. L'épargne a alors un effet à la fois préventif (en neutralisant la rente aujourd'hui) et palliatif (pour demain) sur la maladie hollandaise.

- les fonds de financement de retraites sont mis en place dans certains pays un vieillissement avéré de la population va vraisemblablement nuire à léconomie locale et nationale. Pour palier au risque de défaut de paiement des systèmes de cotisation des retraites par répartition, ces fonds engrangent et investissent des revenus financiers pendant que les données démographiques le permettent. Ils participeront ensuite au financement de ces retraites à partir du moment les finances du régime actuel ny suffiront plus. Ces fonds sont similaires aux fonds de pension à une différence près : les salariés ne cotisent pas au financement des fonds et, en retour, les fonds nont pas dengagements de financement explicite des retraites. Lestimation des besoins futurs des caisses de retraites fixe les performances à réaliser pour ces fonds.

- les fonds doptimisation, comme leur nom lindique, doivent optimiser les profits des réserves de liquidités du pays. Ces réserves de change sont en partie utilisées dans le cadre de la protection des transactions en cours contre les taux de change ou de la politique monétaire du pays. Elles doivent en effet subvenir à lensemble des obligations financières extérieures à court terme ou léquivalent dun trimestre dimportations. Une partie des réserves de change doit donc être garantie et placée dans des actifs sans risque. La partie excédentaire peut, quant à elle, être placée dans un fonds qui va investir dans des actifs plus risqués. Le but est doptimiser le rendement global des réserves de change. Il est important de noter que ce transfert a un coût pour le fonds souverain. Par exemple, lorsque la banque centrale chinoise reçoit des bons du Trésor américain, le taux de lobligation va représenter un point mort que le fonds CIC va devoir dépasser pour gagner de largent.

- les fonds de développement ont pour objectif de permettre au pays de diversifier son économie en finançant les grands projets industriels, économiques ou touristiques. Lobjectif est, à terme, de permettre le développement du pays dans de nouveaux secteurs desquels ils sont dépendants et permettre une diversification des revenus. Ils vont ainsi générer une croissance stable et par exemple indépendante des exportations minières ou réduire les dépendances agro-alimentaires, énergétiques, environnementales ou technologiques du pays.

De tels objectifs peuvent évoluer avec le temps, se rejoindre, se combiner, voire coexister. Il nest pas impossible de voir un fonds à lorigine prévu pour stabiliser les revenus du pays muter en un fonds de financement des retraites ou de développement des infrastructures du pays.

On a donc pour les fonds souverains deux types de profils :

lun est politique et va représenter lÉtat et ses intérêts économiques ;
lautre est financier et va diversifier ses revenus et assurer tout ou partie des besoins financiers du pays.

Plusieurs objectifs, plusieurs pouvoirs, plusieurs fonds

On remarque également que certains pays possèdent plusieurs fonds souverains. Certains veulent viser plusieurs des objectifs cités. Dautres font la séparation entre le marché intérieur et les investissements à linternational.

Les Émirats arabes unis comptent près de huit fonds souverains connus. Certains sont liés à lémir dAbu Dhabi (Abu Dhabi Investment Authority, Mubadala), dautres à celui de Dubaï (Investment Corporation of Dubai). Les principaux ont un objectif dinvestissement semblable à ceux décrits plus hauts. ADIA vise lépargne intergénérationnelle, Mubadala a pour but de diversifier et développer lactivité économique de lÉmirat. Dautres, plus petits, sont spécialisés dans des secteurs déterminés. Le fonds ATIC (Advanced Technology Investment Company) est spécialisé dans le développement technologique à travers des investissements stratégiques dans les nouvelles technologies. Le but est de permettre à long terme des développements économiques et sociaux pour lémirat dans ce secteur en expansion.

La Norvège, quant à elle, détient deux fonds souverains. Le Government Pension Fund-Global et le Government Pension Fund-Norway. Si le premier investit dans une myriade dentreprises hors Scandinavie, le second se concentre sur les entreprises locales et vient soutenir léconomie de la Norvège, du Danemark et de la Suède. La séparation géographique nest cependant quune conséquence des choix du gouvernement norvégien. Lun doit subvenir aux besoins de financement sociaux futurs tandis que lautre vient développer lactivité économique du pays.

Le modèle norvégien est à distinguer des deux fonds souverains singapouriens. Le fonds GIC (Government of Singapore Investment Corporation) et le fonds Temasek investissent tous deux à létranger. Néanmoins, le second fonds fut à lorigine un conglomérat gérant principalement ses participations dans les entreprises locales, avant de sinvestir à linternational. La principale différence entre les deux fonds vient désormais des ressources. GIC est alimenté par les excédents budgétaires de lîle, tandis que Temasek ne bénéficie daucun approvisionnement extérieur.

À mi-chemin entre le modèle singapourien et le modèle émirati se trouve la Chine. Les deux principaux fonds, SAFE et CIC, ont des points communs respectivement avec les fonds GIC et Temasek. En revanche, la Chine possède dautres fonds souverains, moins importants, et aux missions plus précises. Le fonds ChinaAfrica development fund participe à des financements de projets économiques entre le continent africain et la Chine.

Stratégies d'investissement

Les différents fonds utilisent des méthodes d'investissement variables. Certains, tel le fonds norvégien, refusent de prendre des parts importantes du capital des entreprises étrangères. À l'inverse, d'autres sont plus activistes et recherchent surtout des parts importantes, à l'image du fonds de Singapour ou des fonds chinois qui ont envisagé de prendre des parts dans Blackstone ou Bear Stearns. Les degrés de transparence sont, eux aussi, très variables : celui du fonds norvégien ou de Temasek Holdings à Singapour tranchent ainsi avec l'opacité de la gestion de la China Investment Corporation[7].

De manière générale, les fonds souverains ont un objectif pouvant se situer entre linvestissement privé à long terme et la vision stratégique. Léconomiste Christopher Balding, de luniversité Irvine de Californie, à travers une analyse de portefeuille des fonds souverains, na pu mettre en évidence le moindre agissement montrant que les fonds souverains aient pu obéir jusquà présent à une autre logique que celle dinvestisseurs rationnels[8]. La plupart des fonds choisissent une politique de répartition diversifiée des capitaux investis afin den maximiser la rentabilité. Cette allocation se décide en fonction dune prise de risque définie à la fois par lobjectif du fonds, lhorizon dinvestissement, les éventuelles règles déthique préétablies et dautres contraintes éventuelles.

La diversification permet aux gérants dinvestir dans des classes dactifs plus risquées mais plus rentables que des obligations dÉtat. Les autres obligations, actions, produits dérivés, actifs immobiliers sont autant de possibilités pour ces investisseurs daugmenter les gains potentiels. Investir dans les pays émergents ou dans dautres fonds dinvestissements sont autant doptions la prise de risque est plus importante mais les gains attendus sont nettement supérieurs aux dettes publiques des pays développés.

La part du risque dans la stratégie du fonds varie dun fonds à lautre. Elle est plus faible pour un fonds recherchant la stabilisation (besoin de sécurité, de liquidités, de stabilité des prix). Elle est un peu plus forte pour un fonds dépargne intergénérationnelle qui vise une performance sur le long terme. Elle est encore plus forte pour un fonds de développement qui sert à financer les projets économiques et industriels et le rendement exigé est plus important. Les fonds de financement de retraite, quant à eux, vont avoir un profil de risque proche de celui du fonds dépargne. Mais à mesure que les échéances vont se rapprocher, le fonds aura moins de flexibilité dans ses allocations et va devoir réduire son risque afin de garantir le capital nécessaire.

Du point de vue des actifs ciblés, les bons du Trésor américain ont longtemps représenté le premier investissement des fonds souverains. Le premier fonds historique, KIA (Koweït), a pendant longtemps largement investi dans les obligations dÉtat américaines avant de souvrir à dautres actifs.

Répartition sectorielle des investissements

Les fonds souverains investissent désormais massivement dans les entreprises cotées. Dun point de vue sectoriel, le secteur financier a reçu le plus dinvestissement de fonds, loin devant limmobilier et lénergie. Il convient cependant de mettre ce fait en lien avec les nombreux plans de soutiens aux banques qua connu le secteur pendant la crise de 2008 et les nombreux sauvetages réalisés en Amérique et en Europe.

Les entreprises non cotées peuvent également être les cibles des fonds souverains. Peu courant, cette pratique peut se faire davantage par lintermédiaire de fonds de capital investissement. Les fonds souverains investissent dans ces derniers qui peuvent par exemple soutenir lactivité économique dune PME ayant un fort potentiel de croissance. Les produits dérivés peuvent être utilisés pour couvrir les pertes éventuelles liées à une dépréciation de certaines matières premières dont le pays est exportateur. Ce type de protection permet au fonds de garantir un budget stable pour le financement des projets dans le pays.

Le Royaume-Uni, première cible des fonds souverains en Europe

Les fonds souverains investissent essentiellement en Asie, en Europe et aux États-Unis. On estime à plus de 60% les investissements en valeur réalisés dans les pays de lOCDE, dont plus de la moitié aux États-Unis[9]. Cela est en partie aux sauvetages spectaculaires effectués dans le secteur financier. En Europe, le Royaume-Uni est la première cible des fonds souverains, loin devant la France et lAllemagne.

Cependant, les pertes quont connues les investisseurs dans les banques britanniques depuis le début de la crise ont détourné les fonds souverains vers des entreprises plus traditionnelles comme les industrielles allemandes. La dernière grande transaction en date, qui fait suite à la fusion de Volkswagen avec Porsche, a vu le fonds du Qatar QIA investir7 milliards dans le nouveau groupe, portant ainsi sa participation à environ 20% du capital. Cette opération fait suite à celle du fonds ADIA sur un peu plus de 9% du capital de Daimler. Les deux nouveaux partenaires souhaitent travailler ensemble sur des projets de voitures électriques. Ces opérations pourraient également précéder une prise de participation du fonds qatari dans les chantiers navals polonais, actuellement en liquidation.

La France, triple cible

En France, les fonds dÉtat étrangers privilégient trois solutions dinvestissements : la dette publique qui offre un rendement faible mais sûr, limmobilier de luxe, et les entreprises (principalement cotées) qui rémunèrent davantage. Le fonds du Qatar QIA y est particulièrement bien implanté. Il détient 5,1% du capital du groupe Lagardère, 3% de Suez Environnement, et possède des immeubles, hôtels particuliers parisiens et des palaces luxueux comme le Royal Monceau ou La Fermière de Cannes. Le cabinet Dealogic évalue lensemble des participations du fonds à près de4 milliards, auquel il faut rajouter une part de plusieurs milliards deuros de la dette française[10].

Les pays émergents sont également des marchés attractifs pour les fonds souverains. Ces derniers investissent 25% de leurs actifs dans ces zones à fort potentiel de croissance. Lallocation à ces pays pourrait même passer à terme à 50% des actifs pour un fonds sur quatre. LAsie et le Moyen-Orient demeurent les plus attirants, en partie grâce aux fonds souverains locaux[9].

Structure du fonds

Le propre du fonds souverain est dêtre sous la tutelle dun État. Ils sont soit gérés, soit simplement supervisés par un gouvernement national[11]. Leurs cadres institutionnels ont des caractéristiques propres qui les distinguent entre eux. Chaque fonds souverain a sa propre structure, ses propres contraintes dinformation, déthique et de gestion.

La structure dun fonds souverain peut être définie soit par le cadre législatif, soit par un règlement, soit directement par la Constitution du pays. Tous les gouvernements nont pas un représentant au sein de lorgane dirigeant du fonds dinvestissement, même si ce cas reste minoritaire. Pour les autres, les mandataires sont nommés par le gouvernement et sont majoritaires dans la moitié des fonds.

Les fonds souverains peuvent être pour une moitié des cas un portefeuille dactifs nayant pas de statut juridique à proprement parler et qui est directement placé sous le contrôle du gouvernement, de la banque centrale ou du ministère de léconomie et des finances. La stratégie de gestion des actifs est alors définie par lun deux (dans certains cas, seuls certains membres du gouvernement sont à la tête du fonds et la gestion opérationnelle est déléguée à la banque centrale).

Dans une autre moitié des cas, les fonds sont dotés dune personnalité juridique qui leur est propre et qui est distincte de celle du gouvernement ou de la banque centrale. Ils sont ainsi des sociétés et comprennent un conseil dadministration dont les membres sont désignés par le gouvernement ou plus souvent par le ministre des finances du pays. Cette direction est ensuite aidée dans sa gestion par des conseillers internes ou externes pour les analyses de marché, la gestion opérationnelle, laudit des comptes ou le contrôle des risques.

Chaque pays définit donc un équilibre entre les comptes à rendre vis-à-vis du gouvernement et lindépendance stratégique et opérationnelle des fonds souverains par rapport à lexécutif. Cette liberté dagir varie dun fonds à lautre, et est fonction de la volonté de lÉtat et des stratégies adoptées.

La constitution de léquipe dirigeante est très variée. Dans un tiers des cas, le gouvernement a une majorité de sièges. Dans un autre tiers, il en a une minorité, et dans le dernier tiers, le gouvernement en est absent.

La gestion des actifs peut se faire de manière interne ou externe. Certains fonds sont des structures importantes et disposent du savoir-faire nécessaire à la gestion dactifs. Ces fonds disposent deffectifs et de moyens conséquents afin de permettre à la direction de décider en interne la gestion des actifs.

Dautres délèguent cette gestion à des gérants étrangers, le plus souvent occidentaux, afin de profiter de leurs connaissances du marché et ne se préoccupent que de la sélection des gérants et leur allocation dactifs. Lintérêt dune telle gestion est de profiter du savoir-faire de ces gérants, réputés pour leurs compétences, mais aussi de leurs études, de leurs analyses et de leurs systèmes dinformations. Ces fonds auront alors des effectifs beaucoup plus réduits.

Gestion des actifs

Les fonds souverains ont pendant longtemps laissé la totalité des prises de décisions et de gestion des actifs aux grandes banques dinvestissement occidentales. Le ministre des Finances russe avait annoncé en mars 2008 le transfert de la gestion des actifs du fonds de stabilisation russe à la banque VTB[12]. De même, 80% de la gestion des capitaux dADIA ont été confiés à des gérants extérieurs.

Mais avec la déroute financière que ces banques ont connue, les fonds souverains ont décidé de créer leurs propres équipes de gestion. Ces dernières effectuent les investissements sur les actifs classiques et ne délèguent à des experts extérieurs que les placements spéciaux (fonds alternatifs, financements structurés…). Mais la direction des affaires, notamment dans les monarchies pétrolières, reste très proche des familles régnantes. À titre dexemple, le président du fonds qatari est également le premier ministre, le ministre des Affaires étrangères et un des hommes daffaires les plus importants de la péninsule arabique[13].

Répartition des actifs

Les fonds souverains, à quelques exceptions, ne communiquent pas sur leurs répartitions des actifs. Néanmoins, le fonds norvégien déclare avoir réparti lensemble de ses capitaux à 60% en obligations et à 40% en actions et est investi dans près de 8 000 entreprises à travers le monde. Près de 180 entreprises en France ont ce fonds à leur capital. À lexception de quelques petites structures, la part du fonds ne représente pas plus de 1 ou 2% du capital[14]. LEurope est la première à bénéficier des capitaux investis par le fonds norvégien (50%) devant lAmérique/Afrique (35%) et lAsie/Océanie (15%).

Les fonds singapouriens ont une répartition entre actions et obligations équivalente à celle du fonds norvégien. Le portefeuille dactions du fonds singapourien Temasek, pour sa part, serait composé à 79% dactions cotées, dont plus de la moitié dans des participations de plus de 20% du capital) et à 21% dactions non cotées. Les deux grands secteurs dans lesquels il investit sont la finance (40%) et les télécommunications (24%), tandis que lAsie est la première à bénéficier de ses capitaux (74%). Lautre fonds singapourien, GIC, a investi principalement en actions cotées (44%), en obligataire (26%) et dans limmobilier (10%) pour des zones géographiques traditionnellement tournées vers les pays développés : 40% en Amérique du Nord, 35% en Europe et 23% en Asie.

De manière générale, la crise de 2008 a obligé les fonds souverains à renoncer à des classes dactifs et à adopter des positions plus conservatrices en investissant dans des produits de type obligations publiques de pays développés, faiblement rémunératrices mais garanties à moindre risque. Une étude de lInternational Working Group pour le compte du FMI a par ailleurs relevé que les produits de taux sont les actifs pour lesquels tous les fonds souverains[15] souscrivaient, devant les actions cotées (65%), les actions non cotées et limmobilier (40% chacun) et les matières premières (25%).

Enjeux économiques

Brad Setzer, membre du Conseil américain pour les relations internationales, a rappelé dès novembre 2007 que « la montée des fonds souverains marque un basculement du pouvoir des États-Unis vers un ensemble de pays qui ne sont pas transparents, ne sont pas des démocraties et ne sont pas nécessairement des alliés »[16].

Les fonds souverains viennent contrebalancer le déséquilibre préexistant entre les pays occidentaux, développés et libéraux et les pays émergents, non démocratiques pour une bonne partie, aux stratégies politiques opaques et dont léconomie est fortement liée à lÉtat.

Contrairement aux autres institutions financières, les fonds souverains peuvent avoir des membres de gouvernements à leur tête, qui deviennent alors à la fois juge et partie dans les prises de positions. Le statut national suscite ainsi des interrogations pour deux raisons :

  • La possibilité dobjectifs dinvestissements obéissant à une logique autre que financière ;
  • Leur capacité potentielle ou avérée dexercer une pression réelle sur des entreprises dont les intérêts sont des enjeux nationaux pour dautres pays ;

Concrètement, les fonds souverains suscitent deux formes dinquiétudes. La première concerne leur structure et les risques quils comportent. La deuxième se situe au niveau des pays receveurs de leurs investissements et les risques quils peuvent faire courir aux entreprises et aux Etats dans lesquels ils sont investis.

Risques du fonds souverain

Contrairement à ce que lon pourrait croire, ce sont principalement les entreprises qui vont démarcher les fonds souverains. Lors de roadshows organisés à lété 2008 dans les pays du Golfe et dAsie, les banques américaines et européennes ont pu lever des fonds et ainsi subvenir à leurs besoins de liquidités et ainsi remettre à flot le système financier tout entier.

Transparence

Lopacité dont font preuve la plupart des fonds souverains se révèle sous plusieurs formes :

  • Lindépendance du fonds vis-à-vis des réserves de change, lorigine des ressources, la somme des actifs sous gestion, la stratégie, la gouvernance pour la partie juridique et politique ;
  • Les classes dactifs investies, les pays et les entreprises investis, les objectifs de rentabilité, les politiques dinvestissement, la communication pour la partie financière ;

La transparence dans la gestion des actifs est probablement le point le plus problématique à lheure actuelle. Il convient de distinguer les fonds ayant une communication régulière et détaillée des fonds dont la stratégie est opaque, voire parfaitement inconnue. Les prises de participation dans des entreprises sensibles comme Sanofi Aventis (par le fonds chinois CIC) ou EADS (Investment Corporation of Dubai) sont particulièrement suivies de près.

Le président du fonds singapourien GIC, Lee Kuan Yew, rappelle que dans certains pays, la publication du détail des avoirs détenus par lÉtat est interdite par la loi. Publier les allocations en détail « donnerait des armes à des milliers de spéculateurs qui, connaissant nos positions, pourraient manipuler certains cours dactions ou de monnaies »[17].

Au final, cette demande de transparence ne sapplique pas quaux seuls fonds dÉtat. Les craintes suscitées par les fonds de capital-investissement (private equity) et les fonds spéculatifs, exacerbées par la crise actuelle, poussent les autorités à demander à ces investisseurs une plus large transparence. Un code de bonne conduite a été élaboré dans ce sens par le Hedge Fund Working Group en 2008. Son but est détablir des directives que les gérants acceptent de respecter afin détablir de meilleures relations de confiance.

Cette visibilité doit par ailleurs saccompagner dune plus grande ouverture dans les pays destinataires aux capitaux étrangers. La mise en place dun code de bonnes pratiques doit en effet avoir lieu des deux côtés pour établir une confiance mutuelle et ainsi dissiper la méfiance des uns à légard des autres.

Éthique

Chaque fonds souverain va avoir son propre code éthique qui va guider ses choix en matière dinvestissements. Le fonds souverain norvégien fait figure dexemple en la matière. Le choix des investissements, la taille des allocations, la gestion des risques suivent des règles très strictes et sont publiés régulièrement à destination des Norvégiens, propriétaires du fonds. À la suite de la création du comité déthique (Petroleum Funds Advisory on Ethics) en novembre 2004, plusieurs entreprises comme Thalès ou BAE Systems ou Lockheed Martin ont été bannies du portefeuille pour avoir participé à la production de mines antipersonnel, darmes nucléaires, de bombes à fragmentations ou de missiles. Wal Mart, leader mondial dans la grande distribution, fait également partie de cette liste noire pour des raisons environnementales et sociales.

De manière générale, les prises de positions passées par les fonds dÉtat montrent que ces derniers ninvestissent pas par intérêt politique, mais obéissent bien à des logiques financières. Il ne sest encore jamais vu un pays étranger prendre le contrôle dune entreprise avec une remise en cause de la sécurité nationale ou économique du pays destinataire. En revanche, les fonds souverains peuvent investir dans une logique stratégique visant à servir les intérêts nationaux de son pays. La réduction des dépendances énergétiques est une des priorités chinoises, tandis que le financement dinfrastructures touristiques et de loisirs fait partie des objectifs des fonds de la péninsule arabe. Lacquisition de technologies et le transfert de compétences sont encore dautres motivations pour ces pays.

Une étude menée par Vidhi Chhaochharia et Luc Laeven en 2008 a montré que deux critères pris en compte pour définir les stratégies dinvestissement des fonds souverains étaient les industries sous-représentées dans leur pays dorigine et les orientations religieuses des pays accueillant les capitaux des fonds. De telles observations montrent que la maximisation du profit nest pas le seul objectif des fonds souverains[18].

Bien quil ne sagisse pas déthique à proprement parler mais davantage de stratégie, il convient également daborder la logique dinvestissement à long terme des fonds souverains. Leur aversion au risque liée à des prises de décisions espacées dans le temps en fait des contrepoids bienvenus face aux spéculations des marchés. Leurs prises de participations à long terme offrent aux entreprises qui en bénéficient une stabilité au capital et un investisseur professionnel identifié auquel elles peuvent sadresser.

Poids économique et financier

Le gouvernement chinois, qui a créé son fonds dinvestissement en 2007 et qui pèse actuellement $200 milliards, pourrait le doter de 300 milliards supplémentaires chaque année[19] et pourrait alors racheter lensemble des entreprises du CAC 40 dici quatre ans. Certains scénarios davant crise avançaient pour lensemble des fonds souverains un rythme de croissance du volume des actifs de 20% par an. Ce qui amènerait de 12 à 15 000 (voire 18 000) milliards de dollars dactifs sous gestion pour ces fonds étatiques. Ce nest donc pas le volume actuel qui inquiète, mais son rythme de croissance démesuré.

Le futur fonds souverain allemand, dont lobjectif serait de contrer les OPA hostiles en provenance de létranger, devrait être doté de $20 milliards. À titre de comparaison, cest également la somme déboursée par le fonds souverain qatari QIA pour acquérir 25% du capital du groupe de grande distribution anglais Sainsbury's. Cet exemple montre la disproportion croissante qui existe entre les pays occidentaux qui souffrent dune balance commerciale extérieure peu excédentaire (lAllemagne, en loccurrence) voire fortement déficitaire (du type États-Unis) et les pays émergents dotés de fonds souverains.

Néanmoins, tous ces capitaux ne seront pas investis dans des actifs plus risqués que les obligations dÉtat américaines. Les réserves de devises dun pays ne sont pas lensemble des actifs sous gestion du fonds souverain. De plus, tous ces capitaux ne sont pas investis systématiquement à létranger. Les fonds de développement ou de stabilisation viennent soutenir le développement économique intérieur et réduire ses dépendances énergétiques ou technologiques vis-à-vis de lextérieur. Cest le cas au Maghreb, le fonds de régulation des recettes de lAlgérie nest pas autorisé à investir à létranger et ne peut donc financer que des projets dinfrastructures locaux. Cest également le cas du fonds malais Khazanah, qui ne soutient que les entreprises de son pays.

On sait par ailleurs que la somme des actifs est particulièrement disproportionnée par rapport à leffectif des fonds souverains. Le fonds chinois CIC ne comporte guère plus de 150 employés. Le fonds qatari QIA, na pour effectif quune cinquantaine de professionnels de la finance. Dans les effectifs de ces fonds sont comptés les gestionnaires dactifs et les analystes, mais également tous les départements qui entourent le cœur de métier : juridique, administratif, middle office, back office. On sait également que des mandats de gestion peuvent être octroyés à des gérants extérieurs, le plus souvent occidentaux, pour investir une partie du capital pour le compte du fonds[20].

Ces fonds- nont pas les moyens humains dêtre présents dans tous les conseils dadministration de tous les fonds dans lesquels ils sont investis. Lorsquil a investi près de $3 milliards au sein du fonds BlackRock, le fonds dinvestissement chinois CIC a notamment refusé le siège quon lui proposait au sein du conseil dadministration. De même, le fonds singapourien GIC a refusé un siège au conseil dadministration dUBS après que celui-ci a investi dans la banque suisse.

Cest une des raisons pour lesquelles la plupart dentre eux souscrivent par exemple à des participations minoritaires ou à des actions préférentielles sans droit de vote. Dès lors, seules certaines de leurs positions du portefeuille peuvent être suivies de près. Ce sont ces positions pour lesquelles il convient détablir un dialogue et de construire une relation forte et transparente.

Risques encourus par les fonds souverains

La croissance des actifs des fonds souverains, bien que soutenue, est liée à plusieurs facteurs pouvant avoir un effet direct sur les revenus des pays dorigine et donc cette dernière :

  • Le prix du baril de pétrole (pour les fonds « matières premières »). La baisse des cours entraîne une baisse des rentrées dargent et ainsi rendre la croissance moins soutenue, voire une baisse des volumes dactifs sous gestion si les plans de financements sont insuffisants pour les projets dinfrastructures ;
  • Le ralentissement à la crise économique globale. Les pays dont la balance commerciale extérieure est excédentaire dépendent de la consommation de leurs pays clients. Une baisse de la consommation dans ces pays va alors entraîner une baisse des revenus ;
  • Les besoins de refinancement des réserves de change ;
  • Les politiques de change des pays dont la balance extérieure est excédentaire (principalement la Chine) ;
  • Les limites dallocations fixées par les gouvernements. Un gouvernement changeant peut vouloir récupérer une partie des allocations pour financer des projets dinfrastructures immédiats ;
  • Lapparition de nouveaux fonds souverains du même pays, concurrents de ceux existants ;
  • Labsence de représentant au conseil dadministration des entreprises dans lesquelles ils sont investis et pour lesquelles ils pourraient en faire une demande légitime.

À ces risques propres aux fonds souverains viennent sajouter tous les risques classiques, liés aux investissements sur les marchés boursiers : risque de défaut, de contrepartie, de crédit, de liquidité, de taux de change, de taux dintérêts, dinflation

Les fonds souverains ont compris que la gestion des risques était primordiale. Certains dentre eux vont jusquà coopérer en investissant ensemble dans des opérations. Le but est de maximiser les rendements tout en minimisant les risques. Des contacts ont été noués entre les fonds souverains du Koweït, des Émirats arabes unis, de Chine, de Singapour, de Corée, de Malaisie, afin de mutualiser les risques et daméliorer linvestissement[21].

Ces opérations conjointement menées sont publiques et donc transparentes. Lintérêt de telles opérations est double, car les fonds souverains diluent les risques et les receveurs de capitaux ont une visibilité de la stratégie de ces fonds.

Effet des fonds sur le prix des actifs

La crise économique de 2008 a vu les fonds souverains adopter une position active sur les marchés financiers. En intervenant massivement dans les banques européennes et américaines, ils ont largement contribué au sauvetage de léconomie mondiale. Ils sont ainsi en partie responsables du fort rebond des marchés au mois de mars 2009. Cependant, leur effet reste surestimé. Leurs principales prises de position ayant eu lieu dans des banques ou dautres cibles du secteur financier, le reste de léconomie na pas tant bénéficié de cette embellie, et seule une minorité des fonds souverains a la capacité dentrer au capital dune entreprise de manière conséquente. De plus, selon une étude de la Deutsche Bank, la crise a été une période particulière le soutien des fonds souverains a permis aux banques de se restructurer, mais la chute du cours de bourse de celles-ci na pas été enrayée par la suite. Les fonds souverains qui ont investi dans les banques dinvestissement ont tous perdu entre 20 et 65% de leur somme de départ.

Effet à court terme

Plusieurs études ont montré un effet positif à très court terme sur le cours de bourse dune société en période de croissance lorsquun fonds souverain annonce son entrée au capital. Pour rentrer au capital dune entreprise, un investisseur institutionnel va acheter par blocs et engendrer mécaniquement à la hausse le prix de lactif. Plus les achats de titres seront proches, et plus loffre sera faible, créant un appel à la hausse. Cet écart, bien que rapidement corrigé, a été estimé à environ 2% de lactif en moyenne par Jason Kotter et Ugur Lel[22].

Par ailleurs, une hypothèse établit une corrélation entre leffet à très court terme de lannonce dun investissement dun fonds souverain à la position potentiellement avantageuse de ce même fonds souverain. On peut en effet supposer quune telle annonce peut avoir un résultat positif sur le prix de lactif. Il sagit dinvestisseurs institutionnels, liés à des États, qui peuvent bénéficier par conséquent dinformations supplémentaires sur la situation économique dune entreprise. Lannonce dune prise de participation dans une entreprise pour un investisseur de poids est un gage supplémentaire de la solidité future de lentreprise et une garantie pour sa pérennité. Lobjectif de linvestisseur institutionnel est la performance financière, et nombreux sont les gérants de fonds dinvestissement (dans les stratégies Event Driven, notamment) qui effectuent des arbitrages sur ces types de prises de participation. Cette hypothèse a également été vérifiée par Jason Kotter et Ugur Lel.

Propriété de lÉtat : gage de faible performance

Une étude académique, menée par Fotak, Bortolli et Megginson de luniversité d'Oklahoma a montré en 2008 par une analyse empirique que les investissements effectués par un fonds souverain ont donné des résultats globalement négatifs sur une période de huit mois. Cette étude a suggéré que lacquisition dune entreprise par un fonds souverain est suivie dune détérioration de la performance de cette dernière[23].

Lopacité en matière de gouvernance incite les autorités à la méfiance à légard de leurs employés également. Une inquiétude formulée par la SEC (Securities and Exchange Commission) met en avant la possibilité pour un employé dun fonds souverain de commettre un délit dinitié grâce à certaines informations sensibles quils pourraient obtenir. Dans le même registre, Jason Kotter et Ugur Lel ont également souligné linfluence de la transparence du fonds souverain dans ses intentions sur la réaction des autres investisseurs[22]. Sans surveillance financière dans la structure de gouvernance des fonds souverains, un employé ou un dirigeant peut profiter de labsence de surveillance pour prendre des positions sans en avoir le droit.

Le statut de propriété dÉtat joue un rôle particulièrement important pour les entreprises : Tracie Woidtke avait montré dès 2002 la corrélation négative existant entre la performance dune entreprise (et par extension sa valorisation) et le fait dêtre détenue par un fonds de pension public[24]. Dautres recherches ont suggéré lassociation qui pouvait être faite entre lappartenance à lEtat et les pauvres performances financières (Dewenter et Malatesta, 2001 ; Djankov et Murrell, 2002 ; La Porta et Lopez-de-Silanes, 1999). Linvestissement dun État dans une entreprise peut provoquer une baisse de la performance de lentreprise pour une multitude de raisons. Lintervention politique dans un conseil dadministration peut être voulue pour des raisons autres que la performance globale à long terme de lentreprise. La sauvegarde de lemploi, la notoriété et limage de marque, la sensibilité du secteur dactivité, les pressions géopolitiques sont autant de raisons pour lesquelles les intérêts de lentreprise et ceux de lÉtat ou des autorités locales peuvent diverger.

Le fait que des fonds souverains soient issus de pays faiblement démocratiques, le niveau de corruption est élevé laisse suggérer quils peuvent être utilisés à des buts personnels par les hommes politiques et leurs proches. En effet, une étude menée en 2007 par Mara Faccio, du Krannert Graduate School of Management, Purdue University, a mis en lumière le fait que les entreprises ayant des connexions politiques avaient une dette et un cours de bourse plus important pour des performances moindres. Cette étude a également révélé que ces contrastes étaient particulièrement importants dans le cas de liens politiques forts, de niveaux de corruption élevés et de pays émergents[25]. Il est donc facilement imaginable que les hommes politiques puissent trouver un intérêt personnel à ce quun fonds souverain soutienne une industrie ou une entreprise particulière.

À lopposé, le fait quun investisseur institutionnel privé soit associé à une entreprise est souvent associé à une performance positive et une certification de sa qualité. Cest ce que rappellent Jason Kotter et Ugur Lel[22] en rappelant plusieurs études en ce sens (Shleifer et Vishny, 1986 ; Chen, 2007 ; Li, 2006 ; Gillan et Starks, 2000).

Le fait quun fonds souverain puisse se comporter davantage en gouvernement quen investisseur institutionnel peut donc être particulièrement problématique pour lentreprise ciblée. On peut cependant supposer que ce paradigme soit surtout vrai pour les entreprises locales, le profit peut être minimisé par rapport au maintien de lactivité. Lexemple du fonds Khazanah et des entreprises malaises est un modèle à suivre.

De plus, un fonds souverain ayant des hommes politiques au sein de sa direction aura davantage tendance à investir dans des projets locaux que dans des entreprises étrangères[26]. En dehors de ces cas particuliers, les fonds souverains restent perçus comme des investisseurs institutionnels à part entière et leurs investissements sont généralement perçus positivement par les marchés. Pourtant, ces questions semblent sintéresser à des cas particuliers. Les fonds souverains se comportant globalement comme des investisseurs institutionnels, on assiste à lémergence dun nouveau modèle : l’« État-investisseur privé ».

Influence du désinvestissement sur le prix des actifs

Un autre effet encore difficile à percevoir encore aujourdhui reste celui sur le prix dun actif lors du désinvestissement dun fonds souverain dans celui-ci. Cette question est particulièrement préoccupante dans le cas de lindustrie financière, dont on sait que de nombreux fonds souverains ont pris de larges parts dans les grandes institutions financières occidentales. En réalité, on sait que les effets dun désinvestissement massif sur le marché dépendent avant tout de la façon dont est fait la transaction, suivant que le fonds vend directement sur le marché ou à des intermédiaires, et si les ventes se font graduellement. Une vente trop importante et trop brutale sur le marché va créer une chute du cours, et donc une vente à un prix beaucoup plus faible, donc moins intéressant pour le vendeur.

Une étude empirique menée par le FMI a montré quune annonce dentrée au capital dun fonds souverain pouvait avoir un effet positif sur le cours de laction, mais quune annonce de sortie nentraînait pas de baisse du cours[27]. Létude a également montré que linfluence des rentrées des fonds souverains était encore plus importante dans les valeurs bancaires que dans les autres secteurs. Les fonds souverains en sont parfaitement conscients et demeurent des professionnels de la finance. Ils connaissent les implications de ce type de transaction et ont été attentifs par le passé aux effets de ventes. Une étude empirique de Michael Fidora de la Banque centrale européenne, menée en 2008, a notamment montré que le fonds souverain norvégien Government Pension Fund prenait en grande considération ces effets lorsquil liquidait certaines de ses positions.

Effet sur les taux de change

Du point de vue des taux de change, certains pays occidentaux, allemand et américain notamment, estiment que les fonds souverains chinois, en vendant leurs liquidités sur le marché, permettent une dépréciation artificielle du yuan et maintiennent ainsi un avantage compétitif discutable. Un tel avantage permet en effet aux industries chinoises de continuer à vendre les produits exportés en zone dollar ou en zone euro à des prix défiant toute concurrence. Une telle manipulation des réserves de change crée donc une forme de concurrence déloyale et plusieurs plaintes ont été déposées à ce sujet au niveau de lOrganisation mondiale du commerce.

Effet sur les taux dintérêts

La diversification des portefeuilles des fonds souverains, partant des bons du Trésor américain vers des entreprises de la zone euro, du Japon ou des pays émergents vont affaiblir le dollar et relever les taux. Un affaiblissement du dollar nest cependant pas une bonne affaire pour les autorités chinoises, puisque le pouvoir dachat des ménages américains en serait directement frappé. À lopposé, les pays qui vont bénéficier de ces investissements vont voir leur monnaie monter et les taux baisser. Ces effets devraient être cependant limités par les faibles volumes de transactions effectuées par les fonds souverains, le maintien du dollar comme valeur refuge et lattractivité du marché américain en matière dinvestissements. Plus généralement, lévaluation de leffet des fonds souverains sur les prix est difficile à effectuer car les effets sont multiples et peuvent provoquer des arbitrages qui atténuent leurs transactions.

Effet sur la volatilité

Leffet dun investisseur de poids comme les fonds souverains sur les prix peut être particulièrement violent dans certaines conditions particulières. En réallouant brutalement des capitaux, dans son portefeuille, il peut perturber fortement le marché. En 2005, le fonds souverain norvégien a acheté un ensemble dobligations de banques islandaises, avant de les revendre quelques mois après. Cet achat/vente a provoqué une onde de choc au point dobliger les banques centrales danoises, suédoises et norvégiennes à créer un fonds de soutien et prêter une partie de leurs réserves à la banque centrale d'Islande[28]. Cet exemple montre quune forte attraction des fonds souverains pour une gamme de produits ou des actifs dune zone géographique précise peut créer une vague de spéculation et entraîner des bulles particulièrement dangereuses.

Il convient également de prendre en compte la différence dinformation quil peut exister entre le marché et un fonds souverain particulièrement opaque, qui peut disposer dinformations préférentielles.

Tentations protectionnistes des pays cibles

Certains fonds peuvent avoir une stratégie dinvestissement active : soit en prenant des participations supérieures à 10% du capital dune entreprise (le fonds émirati Mubadala détient près de 20% du capital du fabricant de microprocesseurs américains AMD), soit en exerçant son droit de vote dactionnaire. Ces prises de décisions définissent lopinion du fonds sur la marche à suivre pour lentreprise et ces positions, parfois cruciales, peuvent obéir à une volonté politique et non financière.

La question de l'importance de ces fonds a régulièrement été liée à celle de leur important essor. Pour Martin Wolf, directeur des rubriques économie au Financial Times, ces fonds ne posent pas plus de problèmes que d'autres, à condition de définir des listes de sociétés « interdites »[29]. La définition d'entreprises « stratégiques » face à des investisseurs étrangers a déjà été pratiquée dans le passé. En 1988, Margaret Thatcher avait obligé la KIA à revendre sa participation de 22% dans BP. En 2005, les États-Unis ont essayé d'interdire à l'opérateur portuaire Dubai Ports World d'acquérir 5 terminaux portuaires, qualifiés de « stratégiques » par certains sénateurs républicains[30]. L'opérateur avait renoncé in fine. À Bruxelles, la Commission européenne a décidé d'examiner de près ce « phénomène nouveau ». Le commissaire au Commerce, Peter Mandelson, a évoqué la possibilité de recourir aux actions préférentielles pour protéger les entreprises « stratégiques »[31].

Des réactions hostiles ont eu lieu lors du rachat, par des fonds souverains, d'entreprises considérées comme sensibles, par exemple en Thaïlande Temasek Holdings, le fonds singapourien, a racheté à l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra sa société Shin Corp, un acteur important des télécoms[4]. Aux États-Unis, le fonds Blackstone a accepté une prise de participation du fonds souverain China Investment Corporation mais en limitant toutefois les droits des actionnaires chinois. De même, le gouvernement allemand envisage de prendre des mesures pour réduire les rachats potentiels par des fonds souverains en imposant une autorisation délivrée par l'administration fédérale dès lors qu'un fonds dépasse 25 % du capital d'une entreprise locale. Cette mesure protectionniste est cependant fortement critiquée par le FDP et la plupart des milieux financiers. Steffen Kern, responsable de la politique des marchés financiers internationaux à la Deutsche Bank, considère que « Le protectionnisme n'est pas un bon outil politique. […]. Trop de responsables occidentaux voient ces fonds occidentaux ou asiatiques comme des menaces alors qu'ils peuvent représenter un afflux important de capitaux frais »[32].

Le manque de transparence de certains de ces fonds souverains est également régulièrement critiqué[31]. Si des mesures obligeant ces fonds à être plus transparents étaient passées, elles devraient également s'appliquer aux fonds d'investissement et aux fonds spéculatifs[33].

Le journal britannique The Economist remarquait, par ailleurs dans son numéro du 19 janvier 2008, que les pays dans lesquels les réactions avaient été les plus virulentes contre ces fonds étaient également les pays dans lesquels ils étaient les moins présents : France et Allemagne. Le journal écrit ainsi : « le président français a déjà promis de protéger les innocents managers français des fonds souverains « extrêmement agressifs », même si aucun n'a manifesté d'intérêt pour l'économie française. »[34]. Le rapport Demarolle prône deux principes vis-à-vis des fonds souverains : ouverture et réciprocité.

Position de la France

La France nest pas hostile aux investisseurs étrangers. Néanmoins, la protection de ses intérêts reste une préoccupation du gouvernement. Le président de la République, Nicolas Sarkozy, lors dun voyage à Ryad, a déclaré : « La France sera toujours ouverte aux fonds souverains dont les intentions sont sans ambiguïté, dont la gouvernance est transparente et dont le pays d'origine pratique la même ouverture à l'égard des capitaux étrangers »[35]. LÉtat français fait la distinction entre les fonds souverains dont les intentions sont clairement établies, les intérêts sont mutuellement profitables, et les investisseurs moins scrupuleux, dont les stratégies parfois à court voire très court terme ne considèrent que leurs intérêts propres. Du point de vue juridique, la France sest dotée le 9 décembre 2004 dune loi imposant aux investisseurs étrangers laval du ministre de lÉconomie et des Finances lorsquils souhaitent prendre des positions dans les entreprises participant :

  • « à l'exercice de l'autorité publique » ;
  • « à des activités de nature à porter atteinte à l'ordre public, à la sécurité publique ou aux intérêts de la défense nationale » ;
  • « à des activités de recherche, de production ou de commercialisation d'armes, de munitions, de poudres et substances explosives »[36].

Les fonds souverains sont tenus de se plier à cette réglementation au cas ils souhaitent prendre le contrôle ou obtenir plus du tiers du capital dune entreprise. Le fonds qatari QIA a notamment effectuer une demande en ce sens pour lacquisition de lentreprise Cegelec, dont les compétences servent à la défense et au nucléaire. Les fonds souverains voient pourtant cette procédure comme une discrimination à leur égard. Pourtant, elle concerne tous les investisseurs extérieurs à lUnion européenne, quils soient canadiens, australiens ou saoudiens.

Ainsi, les entreprises françaises acceptent volontiers larrivée dinvestisseurs étrangers. A ce titre, le fonds norvégien est le premier investisseur étranger sur le marché français et le premier investisseur des entreprises du CAC 40 (cf. ci-dessous). Des entreprises stratégiques comme Total, Vivendi, Suez Environnement ou Sanofi Aventis ont aux capitaux des fonds souverains chinois, émiratis ou qataris[37]. Certaines entreprises, liées à larmement, peuvent faire lobjet de prises de participations avec des fonds souverains étrangers, comme le prévoit la Loi. Cest le cas dEADS, entreprise daérospatiale et de défense, dont le fonds de Dubaï ICD a acquis un peu plus de 3% du capital en 2007[38].

Positions du fonds souverain norvégien au capital des entreprises du CAC40 (fin 2007, en millions d'euros)

Tant que les investisseurs étrangers, respectent le cadre juridique et les réglementations prévues par la Loi, lEtat demeure favorable à ces prises de participation.

Position des pays européens

En 2007 et au début de lannée 2008, LAmérique du Nord et lUnion européenne ont mis en garde les pays détenteurs de fonds dinvestissement afin de protéger leurs entreprises. Le Premier ministre anglais Gordon Brown avait notamment critiqué leur manque de transparence et le secrétaire dÉtat au Trésor américain, Henry Paulson, avait avancé un protectionnisme inéluctable en guise de bouclier contre les fonds ne communiquant pas sur leurs intentions. La préoccupation des pays occidentaux était donc réelle avant la crise économique de 2008. Pourtant, lors dune tournée dans les pays du Golfe au mois de novembre 2008, Gordon Brown est allé plaider la cause des entreprises britanniques. Plutôt que de risquer dautres nationalisations forcées, la Grande-Bretagne préfère donc demander le soutien des monarchies pétrolières avec lesquelles elle maintient des relations économiques et diplomatiques fortes, et ainsi se démarquer des pays de la zone euro.

Le cas de lAngleterre

Dans le domaine juridique, lEnterprise Act autorise depuis 2002 le secrétaire dÉtat aux Affaires et à lEntreprise anglais à intervenir lors de prises de participations étrangères pouvant porter atteinte à lintérêt public. Par intérêt public, on entend ce qui est lié à la sécurité nationale. Cependant, le secrétaire dÉtat peut décider dajouter des secteurs dactivités si les circonstances, selon lui, limposent. Cette ordonnance doit être alors votée au Parlement dans les 28 jours pour être applicable. Les opérations concernées par lEnterprise Act sont les prises de participation de plus de 50% du capital ou de telle sorte de permettre une influence sur la gestion de lentreprise ou les prises de participation dans une entreprise de la défense dont larmée anglaise est cliente.

Le cas de lAllemagne

LAllemagne, pour sa part, peut contrôler les investissements étrangers une fois ceux-ci réalisés, et le ministre de lEconomie doit déterminer si cette prise de participation représente un risque. Ces contrôles ont lieu sur des opérations effectuées par des pays extérieurs à lUnion européenne, la Norvège, lIslande, la Suisse et le Liechtenstein et correspondant à lacquisition de plus du quart du capital de lentreprise. Le secteur dactivité nest pas un critère dintervention, bien que les secteurs de la défense, des télécommunications, de lénergie ou de lindustrie peuvent être considérés comme plus stratégiques que dautres. Du point de vue extérieur, l'Allemagne reste peu attractive pour les investisseurs potentiels, car le ministre de lÉconomie peut invalider la prise de participation jusquà cinq mois après la transaction.

Par ailleurs, les prises de position dans les entreprises dont lactivité peut représenter un intérêt stratégique peuvent seffectuer indirectement. LAllemagne, a réagi lorsque le fonds dinvestissement américain Blackstone (au capital duquel est présent le fonds souverain chinois CIC) a pris une participation dans lopérateur de télécommunications Deutsche Telekom. Cest à cette occasion que la loi précédemment citée a été instaurée, afin de protéger les entreprises dintérêt public ou liée à la sécurité nationale des investisseurs potentiellement à risques.

Position des États-Unis

Le CFIUS (Committee on Foreign Investment in the United States) est un comité mis en place sous ladministration Carter, comprend les départements dÉtat de la Défense, du Commerce et de la Sécurité intérieure, et est placé sous lautorité du département du Trésor américain. Il est chargé de contrôler les investissements étrangers effectués dans des entreprises américaines, et le risque quils peuvent représenter pour la sécurité nationale.

Le CFIUS est chargé de contrôler les opérations effectuées par des investisseurs effectuant des OPA (offres publiques dachat) sur des firmes américaines ou une prise de participation leur autorisant une influence au capital ou au conseil dadministration. Il nest pas interdit pour ces investisseurs davoir une influence sur lentreprise, tant que cette entreprise ninflue pas sur les intérêts nationaux. Les secteurs concernés par la sécurité nationale contiennent entre autres la défense, laérospatiale, les technologies, lénergie. Mais le CFIUS peut également estimer tout autre secteur comme critique pour la sécurité nationale, selon sa propre appréciation.

Le système américain de contrôle des investissements étrangers est particulièrement restrictif à légard des fonds souverains. En effet, le fait quune entité détenue par un gouvernement étranger souhaite faire lacquisition dune entreprise stratégique américaine éveille les suspicions du CFIUS, voire du Congrès. Ce fut le cas notamment lors des tentatives de rachats dUnocal par lentreprise publique chinoise CNOOC et de lentreprise britannique P&0 (contrôlant plusieurs grands ports de la côte Est) par Dubai Ports World, filiale du fonds émirati ICD (Dubaï).

Au final, du faible coût du dollar, les entreprises américaines peuvent être des cibles beaucoup plus attractives que celles de la zone euro, par exemple. En réalité, la réglementation américaine permet une grande largeur à ladministration pour définir les intérêts nationaux du pays et, par conséquent, les entreprises qui y sont liées.

Ce fut le cas notamment lors de la tentative de rachat de la compagnie pétrolière américaine Unocal par lentreprise publique chinoise CNOOC en août 2005. Le Congrès américain a saisi le président George W. Bush afin quil étudie les risques de menace sur la sécurité nationale que faisait peser une telle transaction. Devant ces réactions hostiles, la CNOOC a préféré abandonner lopération avant que le CFIUS rende son avis.

En mai 2006, le CFIUS a validé le rachat de six ports américains (New York, Newark, Philadelphie, Baltimore, Miami et La Nouvelle-Orléans) par lentreprise Dubai Ports World à la compagnie maritime P&0. La filiale émiratie du fonds ICD représente le troisième administrateur de ports au monde et possède déjà près dune cinquantaine de ports à travers une trentaine de pays. Mais de nombreuses réactions du Congrès américain ont poussé lentreprise publique émiratie à abandonner le projet. Ces deux exemples montrent également la très forte influence politique du pouvoir législatif américain, capable dannuler un transfert de propriété dentreprises américaines en outrepassant lavis des autorités prévues à cet effet.

Pourtant, un revirement sest produit dans lattitude des États-Unis depuis le début de la crise. Ladministration Bush, au départ réticente aux prises de participations de fonds saoudiens ou chinois dans les entreprises américaines, a vu dun bon œil la mise en place des Generally Accepted Principles and Practices (Cf III - A - 2) et a accepté que les banques américaines, en très grande difficulté, effectuent des séries de roadshows au Moyen-Orient et en Asie afin de lever des capitaux. Ainsi, ADIA (Abu Dhabi) et GIC (Singapour) sont entrés au capital de Citigroup, Temasek (Singapour) et KIA (Koweït) sont entrés dans celui de Merrill Lynch et CIC (Chine) a pris une participation dans Morgan Stanley. Au total, les fonds souverains ont investis à hauteur de $92 milliards entre la crise des subprimes et la crise économique de 2008.

Cette attitude conciliante vis-à-vis des fonds souverains ne semble cependant pas pour autant acquise. Le sous-comité du Domestic and International Monetary Policy, Trade and Technology a affirmé en septembre 2008 que le Congrès américain se devait de rester vigilant, car des pays comme la Russie ou la Chine, avec des moyens particulièrement importants, pouvaient agir avec des motivations autres que le profit[39]. Cest dailleurs dans ce contexte que le gouvernement dAbu Dhabi et ADIA ont adopté avec les États-Unis en mars 2008 un code de bonnes pratiques à la fois pour les pays receveurs et pour les fonds souverains.

Dautre cas

Labsence de publication des investissements par les fonds souverains fait resurgir les interrogations sur leurs motivations. Bon nombre dobservateurs estiment que les fonds souverains nagissent quen qualité dinvestisseurs indépendants qui ne recherchent que la performance financière. Pourtant, un accord qui devait rester secret a lié en 2007 la Chine à lachat de $300 millions de dette du Costa Rica. En échange, le pays rétablit ses relations diplomatiques avec Pékin et abandonne la reconnaissance de Taiwan[40].

Une autre transaction a éveillé des soupçons de motivations davantage politiques que financières. En 2006, le Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra a revendu au fonds singapourien Temasek lentreprise de télécommunications thaïlandaise quil possédait.

Du côté des pays cibles, certains adoptent des cadres de régulation aux investissements étrangers. En Australie, un protocole de 1975 permet aux autorités de refuser une opération mettant en péril « lintérêt national ». Cette autorisation vaut entre autres pour les investissements dans limmobilier, les médias, les investissements provenant dagences dEtats ou dentreprises publiques, les créations dentreprise ou bien les souscriptions à 15% du capital dune entreprise valant plus de 100 millions de dollars australiens. Cette législation est particulièrement problématique pour les géants miniers comme Rio Tinto ou Fortescue Metals Group, dont les revenus chutent fortement avec leffondrement des cours des matières premières.

De même, au Canada, les autorités tiennent compte des pratiques de gouvernance de linvestisseur, qui doivent être compatibles avec celles du pays pour déterminer « si lopération se fait à lavantage net du Canada »[41].

Au final, le risque lié aux fonds souverains est moins le fait quun Etat puisse prendre le contrôle dune entreprise étrangère pour des raisons purement politiques que les pays cibles préfèrent adopter un nouveau protectionnisme spécifique. Un protectionnisme dans lequel ils décideraient daccepter que tel fonds plutôt quun autre investisse dans telle entreprise plutôt quune autre[42]. Le premier risque est plus dangereux, mais très peu fréquent, tandis que le deuxième pourrait devenir non seulement permanent, mais se servir du premier pour justifier son existence. Une manipulation à des fins géopolitiques semble inévitable, mais elle nengendre pas de risque de déstabilisation du marché, tandis quun protectionnisme des pays va engendrer un ralentissement économique, ou tout au moins brider la croissance des entreprises.

Stratégies adoptées

À lexception de quelques mesures protectionnistes élaborées dans certains pays, la majorité des pays a préféré ouvrir le dialogue avec les fonds souverains afin déliminer les sentiments de méfiance à leur égard. En promouvant dun côté des codes de bonnes conduites, le respect des règles de gouvernance et de transparence et de lautre une ouverture non discriminante aux capitaux étrangers, il est possible de créer une confiance réciproque entre des partenaires qui ont des intérêts mutuellement profitables.

Cadres de régulations internationales et bonnes pratiques

Les institutions financières mondiales ont pris conscience de limportance des fonds souverains dans léconomie mondiale. Lors de lassemblée annuelle des conseils des gouverneurs du FMI et de la Banque mondiale doctobre 2007, le FMI et lOCDE ont été invités par les pays du G7 à travailler sur une définition des bonnes pratiques pour les fonds souverains et pour les pays daccueil respectivement[43].

Code de libération de mouvements des capitaux de l'OCDE

En octobre 2007, les pays de lOCDE se sont mis daccord sur une double approche des coopérations internationales avec les fonds souverains :

  • un dialogue entre les gouvernements, les fonds souverains et le secteur privé afin de mieux comprendre les approches des différentes parties ;
  • un échange dexpériences sur la sécurité nationale permettant des vues communes sur des politiques dinvestissements dont les principes de transparence, de normes comptables et de communication permettraient déviter toute restriction aux investissements internationaux, incluant les fonds souverains ;

Le Code de la libération des mouvements de capitaux, établi par lOCDE, a incorporé ces nouvelles règles afin de les rendre plus efficaces et de les adapter aux nouvelles contraintes. Son objectif est de maintenir trois règles de base primordiales : la non-discrimination entre les investisseurs nationaux et étrangers, la transparence sur les limites aux investisseurs étrangers, et la disparition planifiée de ces mêmes limites.

Le Code prévoit cependant des exceptions à la libéralisation des mouvements de capitaux dans le cas les investissements ciblent des entités liées à la sécurité nationale, à lordre et à la sécurité publique, à la moralité ou au système de santé. Chaque pays membre de lOCDE établit les réglementations quil juge adaptées à la liberté de flux des investissements et au maintien de la sécurité nationale.

Définition des bonnes pratiques du FMI : les principes de Santiago

Article détaillé : Principes de Santiago.

Le FMI a lancé un code de bonnes pratiques, moins contraignant quun code de bonne conduite[44], à destination des fonds souverains en octobre 2008. Ces GAPP (Generally accepted Principles and Practices) prévoient pour les fonds souverains certaines règles parmi lesquelles :

  • Une analyse en profondeur des fonds dÉtat. Afin de mieux les comprendre, le FMI organise une veille des fonds pour mieux comprendre leurs objectifs dinvestissements et leurs pratiques en termes de gestion des risques ;
  • Une communication mise en place. Le FMI a organisé une table ronde de la gestion dactifs souverains et des réserves officielles en novembre 2007. À cette table ronde se sont rendus des délégations des banques centrales, des ministères des Finances et des fonds souverains de 28 pays. Cette réunion a pu établir un dialogue sur les politiques et les questions opérationnelles et institutionnelles auxquelles étaient confrontés les fonds souverains ;
  • Un dialogue pérenne. Le FMI est en relation permanente avec les fonds souverains afin de connaître les pratiques actuelles et de mettre en place les meilleures pratiques en termes de normes comptables, de gouvernance ou déthique ;
  • Une coordination avec les autres institutions internationales. Le FMI travaille en coopération avec lOCDE (organisation de coopération et de développement économique) et maintient des liens étroits avec la commission européenne, la Banque mondiale entre autres[45].

Le FMI a également participé à la mise en place dun groupe de travail sur les fonds souverains, lInternational Working Group (IWG) of Sovereign Wealth Funds. Composé de 26 pays membres du FMI dotés de fonds souverains, il recense lensemble des pratiques et principes (GAPP) que devraient suivre les fonds souverains. La réunion de lIWG qui sest tenue à Santiago du Chili a convenu de 24 principes, dits principes de Santiago, auxquels les fonds souverains devraient se soumettre :

  • « Contribuer au maintien de la stabilité du système financier mondial et de la libre circulation des capitaux et des investissements ;
  • Se conformer à toute réglementation et obligations de communication de linformation financière en vigueur dans les pays ils investissent ;
  • Réaliser leurs investissements sur la base de considérations de risque économique et financier, et de rendement ;
  • Se doter de structures de gouvernance transparentes et saines permettant de disposer de mécanismes appropriés de contrôle opérationnel, de gestion des risques et de responsabilisation ; »

Lune des avancées majeures dans les principes de Santiago est dassurer lindépendance du fonds souverain vis-à-vis du pouvoir politique. Afin de maintenir la gestion dactifs à labri des influences politiques, les principes prévoient détablir les droits et devoirs de lÉtat et des gérants en permettant aux marchés financiers internationaux de suivre les stratégies des fonds souverains.

Lautre grande avancée est dassurer une transparence des fonds souverains afin de permettre aux autres participants une meilleure appréhension des agissements des fonds dÉtat. Ce principe permet à la fois de désamorcer les risques de défiance et de protectionnisme, mais également de déstabilisation du système.

Réciprocité

Les entreprises françaises nont pas réellement de désavantages à accueillir dans leur capital des fonds dÉtat étrangers. En échange dapports financiers, elles amènent très souvent de lactivité dans les pays d proviennent les capitaux. Certaines dentre elles ont pu en effet profiter dune plus grande ouverture au marché local du pays dorigine du fonds. Un pays comme la Chine représente un formidable marché et les règles de réciprocité à établir peuvent apporter une forte croissance à lentreprise. Et Pékin a tout intérêt à ouvrir son marché aux entreprises étrangères dans lesquelles le fonds chinois investit, afin de garantir la meilleure croissance possible. Néanmoins, certains secteurs comme la banque ou lassurance demeurent très fermés à cause de règles fortement restrictives et les entreprises françaises ont du mal à y investir.

La réciprocité est donc un point-clé qui doit faire partie des règles en vigueur entre les investisseurs et les entreprises destinataires. Cette notion a notamment fait partie en France des discussions lors de la modernisation des lois et réglementations sur les OPA. Concrètement, la France peut sopposer à des investissements étrangers si le pays dorigine de ces fonds ne permet pas lui-même les investissements ou les projets de développement des entreprises françaises. Le cadre est donc plus large et vient redéfinir le régime de gouvernance et les pratiques qui en découlent. Une extension à lensemble de lUnion européenne permettrait de faire davantage pression sur les pays fondateurs afin quils mettent en place des programmes de transparence.

Un exemple de réciprocité est linvestissement du fonds de Dubaï ADIA dans le capital dEADS. La prise de participation a été liée à lachat davions Airbus par la compagnie nationale Emirates Airlines et lobtention de nouveaux couloirs aériens. Laccueil du fonds au capital a permis à lavionneur daccroître ses parts de marché dans une région du monde le domaine aérien est en pleine croissance. Lintérêt pour Dubaï et EADS est double. En développant les infrastructures daccueil et de tourisme dans lémirat, Dubaï deviendrait un pôle économique entre lAsie du Sud-Est et lEurope et développerait sa prépondérance dans le trafic aérien, profitant de nouveau à EADS.

Contrôles et alternatives

Les fonds souverains peuvent apporter un nouvel élan à léconomie mondiale en cette période de crise. Cependant, cette contribution doit se faire dans lintérêt général des acteurs tout en évitant de fortement déstabiliser les ordres mondiaux. Cest en cela quil convient de dialoguer de manière sincère et régulière avec les différents dirigeants de fonds.

À titre dexemple, et alors que le fonds était encore en phase de construction, la visite du directeur de CIC le 13 décembre 2007 en France a permis au Fonds de réserve pour les retraites de présenter les pratiques en vigueur dans un fonds dont les objectifs dinvestissements sont similaires. Le lien entre lÉtat et le fonds, les normes comptables, ou les objectifs de rentabilité à moyen et long terme ont fait partie des sujets traités, permettant ainsi la mise en place dès lorigine dun ensemble de bonnes pratiques.

Indices de transparence

Tous les fonds ne communiquent pas sur les mêmes informations. Chacun divulgue les informations quil juge bon de publier. Deux indices permettent de quantifier le degré dopacité et ont rendu public un classement mondial :

le Truman Index, élaboré à partir de 25 questions posées aux fonds souverains, regroupées en quatre catégories ;
le Linaburg-Maduell Transparency Index comprenant dix critères d'évaluations.

Alternatives françaises aux fonds souverains étrangers

Le FSI (Fonds Stratégique dInvestissement)

Fin 2008, la France a annoncé le lancement de son propre fonds souverain. Le FSI devait être doté de $20 milliards dici à la fin de lannée 2009 et se placer entre les vingt et vingt-cinquième rangs mondiaux en termes dactifs. Il fait partie des fonds créés à partir de mesures fiscales (la moitié provient de lÉtat, lautre moitié de la Caisse des dépôts et consignations) et reçoit des apports en numéraire et en nature, sous forme de participations dans les grandes entreprises françaises (France Télécom, Renault, Air France-KLM…).

Le FSI devrait être un cas très particulier de fonds souverain. Sa stratégie dinvestissement ne concerne ni la stabilisation des ressources, ni lépargne, ni le paiement des retraites, mais uniquement le soutien et le développement des entreprises françaises dans lesquelles il investit. Le FSI devrait avoir une activité offensive en aidant les entreprises stratégiques en difficulté (comme le marché automobile) et un mécanisme défensif contre les investisseurs publics étrangers dont lobjectif avoué serait le transfert de technologies sensibles. En revanche, le FSI se place comme tous les fonds souverains en investisseur long terme (entre deux et dix ans) et peut décider dun rapport rendement sur risque plus important. Le FSI na cependant pas vocation à soutenir des entreprises qui névoluent pas et qui sont vouées à la disparition.

Les premières positions prises, dès le début 2009, par le FSI ont été les équipementiers automobiles Valeo et Farinia et lindustriel Daher. Un investissement de200 millions a également été effectué dans le Fonds de modernisation des équipementiers automobiles. Valeo est un acteur majeur en Europe et la crise du marché automobile fragilise particulièrement les équipementiers. Lensemble du secteur automobile est un des plus affectés et le parcours de lactuel président du FSI, Gilles Michel, ancien dirigeant de Citroën, est un signe que le secteur est connu et suivi de près. Mais dautres secteurs sont également soutenus par le FSI. Des entreprises comme Nexans (leader mondial de lindustrie du câble), de biotechnologies ou des énergies renouvelables bénéficient du soutien du fonds « à la française ».

Le FSI a également établi en mai 2009 un partenariat avec le fonds souverain Mubadala pour des investissements communs dans les entreprises françaises. Le protocole mis en place entre les deux fonds vise également « la mise en commun de compétences et de moyens des deux investisseurs dont la mission stratégique est proche ». Lintérêt pour Mubadala est dagrandir son périmètre dinvestissement en souvrant le marché français, ce qui va favoriser sa croissance et son développement économique. Du côté français, les entreprises vont pouvoir bénéficier dun nouvel investisseur public sûr et dont les prises de participation sont effectuées par un comité de pilotage paritaire.

Le FRR (Fonds de réserve pour les retraites)

Le FRR, créé en 1999 pour répondre au problème du financement des retraites de la génération « papy-boom », possède plusieurs points communs avec les fonds souverains :

il gère des actifs publics en prévision des retraites des cotisants ;
les fonds proviennent dune part du prélèvement des cotisations des contribuables ;
il ne recherche pas les prises de participation stratégiques. Il ne peut dailleurs pas prendre plus de 3% du capital dune entreprise ;
il doit définir sa stratégie dinvestissement, les performances ciblées, sélectionner ses gérants, et rendre publiques ces informations ;
les fonds sont gérés indépendamment du gouvernement, séparés juridiquement et surveillés par un conseil de surveillance et un directoire.

Sa stratégie dallocation, définie en 2006, se répartit en 60% dactions, 30% dobligations et 10% dactifs alternatifs. Cependant, cette dernière allocation a été réduite à 2% pendant lété 2008. Lobjectif du FRR est détaler dans le temps leffort financier à effectuer pour soutenir le régime des retraites français. Linconvénient de cet objectif réside dans le manque de régularité des recettes effectuées. À la stratégie dallocation sest donc rajoutée une tactique dallocation dont les investissements se concentrent sur des produits dérivés afin de fournir une couverture au reste du portefeuille.

Importance

Importance globale des fonds souverains

Il existe aujourd'hui une quarantaine de fonds souverains. Le dernier en date, après celui du Chili[46], est le Fonds stratégique d'investissement de la France, dont la création a eu lieu fin 2008[47].

D'après la Standard Chartered[7], le volume de leurs actifs s'élèverait, à l'automne 2007, à 2 200 milliards $ (soit 1,3 % du total du marché des actions, obligations et dépôts bancaires) alors que la banque Morgan Stanley[48] évalue ce montant à 2 500 milliards $. Le Fonds monétaire international (FMI) donne une fourchette de 1 900 milliards $ à 2 900 milliards $ (courant 2008) alors que la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) table sur 5 900milliards $. Selon Morgan Stanley, ils pourraient atteindre 12 000 milliards en 2015, tandis que Steffen Kern de Deutsche Bank estime qu'ils pourraient gérer 5 000 milliards en 2012.

Ils ont joué en 2007-2008 un grand rôle dans le secteur financier international, en refinançant plusieurs banques de premier plan affaiblies par la crise des subprimes. Government of Singapore Investment Corporation a participé à un apport de 12 milliards $ à UBS en décembre 2007 et, au même moment, China Investment Corporation a pris 9,9% du capital de Morgan Stanley. Avant la crise, le même fonds avait déjà pris une part de 3 milliards $ dans Blackstone, un fonds d'acquisition par emprunt (LBO).

Principaux fonds

Pays Abréviation Fonds Capitaux $Milliards Création Origine des capitaux
Drapeau des Émirats arabes unis Émirats arabes unis ADIA Abu Dhabi Investment Authority &0000000000000627.000000627 1976 Hydrocarbures
Drapeau de Norvège Norvège GPF Government Pension Fund - Global &0000000000000443.000000443 1990 Hydrocarbures
Drapeau d'Arabie saoudite Arabie saoudite SAMA SAMA Foreign Holdings &0000000000000415.000000415 n/a Hydrocarbures
Drapeau de Chine Chine SAFE SAFE Investment Company &0000000000000347.100000347,1** 1997 Non Matières premières
Drapeau de Chine Chine CIC China Investment Corporation &0000000000000332.400000332,4 2007 Non Matières premières
Drapeau de Singapour Singapour GIC Government of Singapore Investment Corporation &0000000000000247.500000247,5 1981 Non Matières premières
Drapeau de Chine Chine
   Drapeau de Hong Kong Hong Kong
HKMA Hong Kong Monetary Authority Investment Portfolio &0000000000000227.600000227,6 1993 Non Matières premières
Drapeau du Koweït Koweït KIA Kuwait Investment Authority &0000000000000202.800000202,8 1953 Hydrocarbures
Drapeau de Chine Chine NSSF National Social Security Fund &0000000000000146.500000146,5 2000 Non Matières premières
Drapeau de Russie Russie RNWF Stabilization Fund of the Russian Federation &0000000000000142.500000142,5* 2008 Hydrocarbures
Drapeau de Singapour Singapour TH Temasek Holdings &0000000000000133.000000133 1974 Non Matières premières
drapeau de la Libye Libye LIA Libyan Investment Authority &0000000000000070.00000070 2006 Hydrocarbures
Drapeau du Qatar Qatar QIA Qatar Investment Authority &0000000000000065.00000065 2003 Hydrocarbures
Drapeau d'Australie Australie AFF Australian Future Fund &0000000000000059.10000059,1 2004 Non Matières premières
Drapeau d'Algérie Algérie RRF Fonds de régulation des recettes &0000000000000054.80000054,8 2000 Hydrocarbures
Drapeau du Kazakhstan Kazakhstan KNF Kazakhstan National Fund &0000000000000038.00000038 2000 Hydrocarbures
Drapeau des États-Unis États-Unis APF Alaska Permanent Fund &0000000000000035.50000035,5 1976 Hydrocarbures
Drapeau d'Irlande Irlande NPRF National Pensions Reserve Fund &0000000000000033.00000033 2001 Non Matières premières
Drapeau de Corée du Sud Corée du Sud KIC Korea Investment Corporation &0000000000000030.30000030,3 2005 Non Matières premières
Drapeau de Brunei Brunei BIA Brunei Investment Agency &0000000000000030.00000030 1983 Hydrocabures
Drapeau de France France FSI Fonds stratégique d'investissement &0000000000000028.60000028,6 2008 Non Matières premières
Drapeau de Malaisie Malaisie KN Khazanah Nasional &0000000000000025.00000025 1993 Non Matières premières
Drapeau d'Iran Iran OSF Oil Stabilisation Fund &0000000000000023.00000023 1999 Hydrocabures
Drapeau du Chili Chili SESF Social and Economic Stabilization Fund &0000000000000021.80000021,8 1985 Cuivre
Drapeau des Émirats arabes unis Émirats arabes unis ICD Investment Corporation of Dubai &0000000000000019.60000019,6 2006 Hydrocabures
Drapeau d'Azerbaïdjan Azerbaïdjan SOF State Oil Fund &0000000000000014.90000014,9 1999 Hydrocabures
Drapeau des Émirats arabes unis Émirats arabes unis IPIC International Petroleum Investment Company &0000000000000014.00000014 1984 Hydrocabures
Drapeau du Canada Canada AHF Alberta's Heritage Fund &0000000000000013.80000013,8 1976 Hydrocabures
Drapeau des Émirats arabes unis Émirats arabes unis MDC Mubadala Development Company &0000000000000013.30000013,3 2002 Hydrocabures
Drapeau des États-Unis États-Unis NMSIOT New Mexico State Investment Office Trust &0000000000000012.90000012,9 1958 Non Matières premières
Drapeau de Nouvelle-Zélande Nouvelle-Zélande NZSF New Zealand Superannuation Fund &0000000000000012.10000012,1 2003 Non Matières premières
Drapeau du Nigeria Nigeria ECA Excess Crude Account &0000000000000009.4000009,4 2004 Hydrocabures
Drapeau de Bahreïn Bahreïn MHC Mumtalakat Holding Company &0000000000000009.1000009,1 2006 Hydrocabures
Drapeau : Brésil Brésil SFB Sovereign Fund of Brazil &0000000000000008.6000008,6 2009 Non Matières premières
Drapeau d'Oman Oman SGRF State General Reserve Fund &0000000000000008.2000008,2 1980 Hydrocabures
Drapeau du Botswana Botswana PF Pula Fund &0000000000000006.9000006,9 1996 Diamants & Minéraux
Drapeau d'Arabie saoudite Arabie saoudite PIF Public Investment Fund &0000000000000005.3000005,3 2008 Hydrocabures
Drapeau de Chine Chine CADF China-Africa Development Fund &0000000000000005.0000005,0 2007 Non Matières premières
Drapeau du Timor oriental Timor oriental TLPF Timor-Leste Petroleum Fund &0000000000000005.0000005,0 2005 Hydrocarbures
Drapeau des États-Unis États-Unis PWMTF Permanent Wyoming Mineral Trust Fund &0000000000000003.6000003,6 1974 Minéraux
Drapeau de Trinité-et-Tobago Trinité-et-Tobago HSF Heritage and Stabilization Fund &0000000000000002.9000002,9 2000 Hydrocarbures
Drapeau des Émirats arabes unis Émirats arabes unis RIA RAK Investment Authority &0000000000000001.2000001,2 2005 Hydrocarbures
Drapeau du Venezuela Venezuela FEM FEM &0000000000000000.8000000,8 1998 Hydrocarbures
Drapeau du Viêt Nam Viêt Nam SCIC State Capital Investment Corporation &0000000000000000.5000000,5 2006 Non Matières premières
Drapeau des Kiribati Kiribati RERF Revenue Equalization Reserve Fund &0000000000000000.4000000,4 1956 Phosphates
Drapeau d'Indonésie Indonésie GIU Government Investment Unit &0000000000000000.3000000,3 2006 Non Matières premières
Drapeau de Mauritanie Mauritanie NFHR National Fund for Hydrocarbon Reserves &0000000000000000.3000000,3 2006 Hydrocarbures
Drapeau des Émirats arabes unis Émirats arabes unis EIA Emirates Investment Authority X 2007 Hydrocarbures
Drapeau d'Oman Oman OIF Oman Investment Fund X 2006 Hydrocarbures
Drapeau des Émirats arabes unis Émirats arabes unis ADIC Abu Dhabi Investment Council X 2007 Hydrocarbures

* inclut le fonds russe oil stabilization fund. ** Estimation.

Notes et références

  1. Propos tenus par Rodrigo Rato, directeur du Fonds monétaire international, Le Figaro, 19 octobre 2007, page 34
  2. Christine Lagarde considère ainsi la Caisse des dépôts et consignations comme un fonds souverain : « La Caisse des dépôts, ou l'APE dans une certaine mesure aussi, constitue un fonds souverain », leblogfinance.com
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Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Fonds souverain de Wikipédia en français (auteurs)

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