Cruscades

Cruscades

43° 11′ 32″ N 2° 49′ 03″ E / 43.1922, 2.8175

Cruscades
Administration
Pays France
Région Languedoc-Roussillon
Département Aude
Arrondissement Arrondissement de Narbonne
Canton Canton de Lézignan-Corbières
Code commune 11111
Code postal 11200
Maire
Mandat en cours
Jean-Claude Morassutti
2008-2014
Intercommunalité Communauté de communes de la Région Lézignanaise
Démographie
Population 412 hab. (2005)
Densité 43 hab./km²
Géographie
Coordonnées 43° 11′ 32″ Nord
       2° 49′ 03″ Est
/ 43.1922, 2.8175
Altitudes mini. 26 m — maxi. 50 m
Superficie 9,65 km2

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Cruscades est une commune française, située dans le département de l'Aude et la région Languedoc-Roussillon.

Ses habitants sont appelés les Cruscadéls.

Sommaire

Géographie

D'après d'anciennes notes éparses, "Cruscades est un village viticole de la plaine narbonnaise, traversé par la route de Lézignan-Corbières à Narbonne (la D24), via Ornaisons. Cruscades est situé à 17 km de Narbonne et à 5 km de Lézignan-Corbières. Le village est entouré de verdure (parcs particuliers), arrosé par l'Orbieu, au milieu d'un vaste et riche vignoble". Cependant, en ce début du XXIe siècle, de nombreuses parcelles ont été arrachées et le paysage agricole en a été sensiblement modifié.

Cruscades est réputé pour ses vins plusieurs fois primés issus de l'agriculture biologique.

Cruscades se trouve non loin de l'abbaye cistercienne de Fontfroide et de celle, bénédictine, de Lagrasse. Situé dans la basse vallée de l'Aude, Cruscades est assez proche de la chaîne pyrénéenne et de la Montagne Noire. Le village se situe non loin des forteresses "cathares" juchées sur les hauteurs agrestes de la sauvage Corbière.

Histoire

D'après un manuscrit retrouvé dans le grenier du presbytère, un ancien curé note que, "parmi les villages environnants sur les bords de l'Orbieu, Cruscades, seul, se trouve à l'abri des inondations et convient excellemment à la construction de silos, en raison de sa situation légèrement surélevée par rapport au niveau de la rivière, même en période de fortes crues". Or, la terrible inondation du 12-13 novembre 1999 a démenti cette croyance ancestrale puisque, pendant la nuit, les eaux arrivèrent jusqu'à la D 24 en inondant une partie des maisons situées le long des rues de l'Égalité et de la République. Mais il est vrai cependant que, de mémoire de Cruscadèls, on n'avait jamais vu pareille catastrophe, et les plus âgés ne se souvenaient pas avoir entendu parler de la part de leurs pères d'un pareil événement. Entre 2000 et 2008, d'importants travaux de protection contre la montée des eaux ont été entrepris. Un peu plus loin, ledit curé ajoute : "La plaine (de Cruscades) devait être le véritable grenier de la région". En 1927-1928, une sorte de grand puits fut mis au jour près de l'église, du côté du nord-est. De nombreuses hypothèses ont été émises, certaines peu crédibles. Mais il est communément admis que cette grande fosse circulaire devait être une glacière datant du Moyen Âge.

À Cruscades, l'Orbieu a abandonné insensiblement, et par des relais successifs, son ancien lit (côté gauche), et, coulant plus avant dans le territoire de Luc, il a laissé une assez grande quantité de terrain qui, exhaussé par les limons alluviaux, est très fertile (plaine de "Grazas"). Jusqu'au début du XIXe siècle, l'Orbieu se divisait en deux bras en cet endroit (voir carte du diocèse de Narbonne, du XVIIIe siècle). L'eau du bras aujourd'hui mort alimentait un moulin hydraulique (vraisemblablement à paisserade, construit au XIIe siècle. (D'après Georges Sénié).

L'évolution de la graphie de Cruscades d'après des sources écrites

Cruscades, sous l'Ancien Régime, est une commune du Diocèse civil et religieux de Narbonne. La paroisse est dédiée à Saint Jean l'Évangéliste ou l'Apôtre. L'archevêque de Narbonne en était le seigneur justicier (basse, moyenne et haute justice). Cruscades faisait partie de la sénéchaussée de Carcassonne et de la Généralité de Montpellier.

Evolution de la graphie du nom de Cruscades (d'après le Dictionnaire Topographique du Département de l'Aude, de l'abbé Sabarthès -1911)-.

  • Aruscadae = Cruscadae, 1107 (H. L., V, pr. 430).
  • Cruscadas, 1156 (Doat, 55, f. 229).
  • Castrum de Cruscadas, 1157 (H. L., V, pr. 618).
  • Crusquadas, 1537 (ADA, C, rech. dioc. Narb.).
  • Cruscades, 1781 (carte dioc. Narb.).
  • Cruscàdos (vulg.)

NB : H.L., Histoire Générale du Languedoc, de DEVIC et Vaissette ; Doat : collection microfilmée aux archives de l'Aude (ADA) et répertoriée aux Archives communales de Narbonne (ACN) ; le Carte du diocèse de Narbonne est consultable au ACN (XVIIIe s.)-.

Blason

Blason Cruscades.svg

À l'instar d'autres communautés, Cruscades ne possédait pas d'armoiries propres. À l'époque où le roi Louis XIV impose par l'édit de novembre 1696 l'enregistrement des armoiries (aux communautés, corporations, bourgeois, etc.), les habitants de Cruscades adoptent une partie des armoiries du seigneur-archevêque contemporain, Pierre de Bonzi, à savoir la roue d'or déjantée à 8 rayons (ou 7) sur champ d'azur. Dans les "Préambules des Rolles des Contributions" de 1696 pour la communauté de Cruscades (document déposé aux Archives Départementales), on peut lire que les consuls débloquent au titre des dépenses extraordinaires une somme de 29 livres pour l'enregistrement des armoiries. (D'après Georges Sénié)

Origine du nom

"Le lieu historique tirerait son origine du mot crusca, lequel, en dialecte ibérique, signifie un creux, un fossé, un silo. Cruscades serait « le bourg des silos »[1]. Mais l'origine est obscure; il faut peut-être chercher dans l'occitan cruscar « broyer»[2]. C'est aussi une énigme toponymique[3] : c'est un nom unique en son genre; on pense cependant à un nom gallo-romain de villa à suffixe anum, pluriel anas (finale atone), appliqué à un sobriquet dérivé de crusculum, latin, petite jambe, par exemple Cruscatus; on connaît comme surnom Crucellio. - gallo-romain (?)." (D'après "Vilatges al Pais", canton de Lézignan-Corbières).

{Note de G.S. : l'hypothèse -qui fut formulée par le Dr Lemoine (voir bulletin de la S.E.S.A.)- selon laquelle Cruscades dériverait d'un nom gallo-romain (avec suffixe-anum) ne nous paraît pas crédible, car nous aurions hérité d'un toponyme avec suffixe -an (comme Fabrezan, Lézignan, Moussan, etc.).}

Parmi les hypothèses curieuses, si l'on admet que la bataille de l'Orbieu, en 793, s'est déroulée près de Cruscades, on retiendra deux interprétations: le village de Cruscades tirerait son nom de deux mots latins: crux (croix) et cadere (tomber). Il désignerait l'endroit où la Croix, signe des combattants chrétiens, est tombée sous les coups du Croissant, signe des combattants sarrasins. Cruscades pourrait venir aussi du mot occitan: Cruc (sommet de la tête) et de la terminaison ada (substantif exprimant le résultat de l'action). Quand on a deux têtes qui se heurtent, on a une crucada. Ces hypothèses ont été développées par l'abbé Joseph Graves (1907-1991).

Georges Sénié pense que l'une des premières appellations du village -Aruscadae- pose problème. L'abbé Sabarthès, dans son Dictionnaire Topographique de l'Aude, écrit qu'il doit s'agir d'une erreur de transcription et qu'il faut lire Cruscadae. Mais rien n'autorise formellement à ce qu'il faille éliminer ladite appellation Aruscadae. On a la preuve, grâce à des découvertes archéologiques réalisées par l'abbé Toustou au début du XXe siècle dans le périmètre de l'église, que l'existence du bourg de Cruscades remonte au moins au début du Haut Moyen Âge (on a trouvé entre autres vestiges un fragment de l'épitaphe d'un nommé Pendaria datant du règne de Reccared Ier, roi des Wisigoths de l'an 586 à l'an 601 (année de sa mort à Tolède). Ce Pendaria devait être un riche propriétaire et Cruscades être le siège d'une vaste villa gallo-romaine (à l'instar de celles du Plat de Beyret et de la métairie de Saint-Michel, aujourd'hui Resplandy). Si le toponyme de Cruscades demeure bien une énigme, on ne peut pas éliminer cependant l'hypothèse d'un nom de lieu d'origine wisigothique : c'est pour cette raison que l'on doit conserver la graphie Aruscadae.

{Il faut noter ici que, à la fin du mois de mars 2009, un Cruscadèl qui cherchait de la salade sauvage du côté des "Condamines" (pièce de terre située à gauche de la D24, à la sortie du village, en allant vers Ornaisons, juste après la cité de la Bacaune) a trouvé des fragments de céramiques (briques, sigillées, poteries...) qui, lors d'une première expertise, ont été datés comme appartenant à une période s'étendant du Ier siècle au début du Moyen Âge. Ceci remet en cause l'hypothèse qui accréditait l'existence d'un "premier Cruscades", entre le IIe siècle av. J.‑C. et le Ve après, sur le site "Plat-de-Beyret/Resplandy" (P. de B./R.) : donc, plus près du Cruscades actuel (à environ 250 mètres à vol d'oiseau de l'église, vers le nord-est), existait un autre site humanisé (sans doute un domaine agricole) aux origines contemporaines de "P. de B./R.", mais qui a dû subsister, peut-être jusqu'à la moitié du VIIIe siècle.}

Mais revenons à la découverte de l'abbé Toustou.

Extrait d'un article de presse paru dans (l'Eclair du Midi du 19 avril 1929).

"A Cruscades, dans l'Aude, ont été faites, ces derniers temps, des découvertes qui intéressent l'archéologie, et peut-être la préhistoire. Au pied d'une muraille fort ancienne, si l'on en juge par l'extrême usure des pierres se trouve un vaste puits de 12 mètres de circonférence, très solidement construit et curieusement pavé de cailloux de rivière. On a supposé d'abord que c'était une citerne. Il a fallu abandonner cette hypothèse lorsqu'on vit que le pavage reposait sur une épaisse couche de sable. Ce ne pouvait pas être un silo car le sol est trop humide, ni une prison, le pavage en serait usé. Un archéologue a émis l'idée que ça pouvait représenter une glacière peut-être d'origine gallo-romaine. De nouvelles fouilles ont fait découvrir, autour du puits, une voûte de maçonnerie abritant des squelettes et des vases funéraires brisés, sauf un qui a été recueilli entier. Plus loin, on trouva un autre puits, de dimensions moindres, pavé plus grossièrement, plein de squelettes qui s'effritaient au contact de l'air. Chaque squelette était enfermé dans une sorte de cercueil de pierres brutes. Nulle inscription, si ce n'est sur un morceau de marbre trouvé à fleur de terre les deux tiers d'une épitaphe en latin de l'époque wisigothique..." (Note de G.S. : La date du 19 avril 1929, au sujet du journal cité, n'est pas sûre puisque des recherches effectuées dans les archives de L'Eclair du Midi n'ont pas abouti. Cela demanderait une recherche plus méthodique dans lesdites archives. Par ailleurs, le chiffre de 12 mètres donné pour la circonférence de ce puits ne nous paraît pas correct : nous penchons plutôt pour une circonférence comprise entre 18 et 24 mètres). Cela pourrait être vérifié sur place, même si le puits a été comblé.) (Georges Sénié).

MAI 2011 : nous ajoutons la note ci-dessous, qui garde un réel intérêt, dans le cadre de la réflexion sur l'étymologie du toponyme de CRUSCADES. Dans le revue "Folklore" (audois) de 1938, on peut lire un article consacré à certains mots de la langue occitane, en usage dans les pays d'Aude. Le linguistique Louis Alibert, auteur d'un fameux dictionnaire "occitan-français", consacre un chapitre à propos du terme de "cièjos", qui désignaient les anciens silos creusés dans de nombreuses habitations du village de Montréal-de-l'Aude, et le termine par la remarque suivante : "Notons qu'à la place de cièjo, des actes montréalais de la fin du XVIe siècle emploient le mot CROS. Mistral enregistre ce sens : Cros, silo pour enfermer les grains en Albigeois." Cruscades serait alors le village des silos (ceux découverts tout près de l'église paroissiale). Une autre hypothèse plausible. (Georges Sénié)

Les origines de l'actuel Cruscades[4]

Le village primitif existait, selon des sources écrites, dès le IXe siècle, sous la forme de quelques maisons construites sur une motte naturelle (toujours visible, là où se dresse aujourd'hui la "Maison Tauja", propriété de la famille Ayraud); il dépendait de la temporalité de l'archevêque de Narbonne, seigneur en toute justice de Cruscades. Ces quelques maisons se protégeaient derrière une solide palissade (la construction des remparts en dur se déroula dès 1196). Il ne reste aujourd'hui aucune trace de la maison dite "seigneuriale", si ce n'est un fragment de fenêtre observable depuis une cour, derrière une maison du vieux village (ancienne maison de Joseph Subias). Cependant, des vestiges archéologiques prouvent que le site actuel du village de Cruscades fut humanisé bien avant le IXe siècle : une épithaphe datant du roi wisigoth Reccared Ier (de 586 à 601) a été retrouvée à Cruscades[5]. Il faut signaler également deux habitats antiques (Ier siècle av. J.‑C.-IIIe siècle ap. J.-C.) : lieux-dits du "Pla de Beyret" et de "Resplandy" (autrefois appelé 'métairie de Saint-Michel'). {Note de G.S. : il faut désormais ajouter le site des "Condamines" (voir chapitre précédent).}

Par une charte de 1157, Louis VIII confirme à Bérenger, archevêque de Narbonne, les privilèges et les possessions qu'ils avaient reçus des rois, entre autres le château de Cruscades, « castrum de Cruscadas ».

Un point d'histoire : au cours d'un concile provincial, l'archevêque Bernard Gaucelin excommunia publiquement, comme dévastateur et pilleur d'églises, un certain Nicol, qui, avec sa bande, ravageait le pays depuis le château de Cruscades où il avait établi son quartier général (voir Dom Claude Devic, dom Joseph Vaissette, Histoire générale de Languedoc). Le brigand aragonais avait osé établir un péage à Cruscades sur l'ancienne voie romaine qui menait de Narbonne à Carcassonne. Mais le successeur de Bernard, l'archevêque Bérenger, qui possédait entre autres les châteaux de Capestang et de Cruscades, confia leur administration à l'Aragonais, au grand dam du pape Innocent III qui dressa un réquisitoire, en 1204, contre l'archevêque Bérenger.

Le Moyen Âge

Un document des archives de Narbonne signale l'existence des remparts au XIIe siècle. Pendant cette époque troublée par les incursions des troupes étrangères et le passage des brigands, les habitants de la communauté s'engagent à verser à Ramon Filhol, alors châtelain du lieu (il était en fait "bayle" c'est-à-dire représentant du seigneur-archevêque de Narbonne), la somme de 2700 sols melgoriens pour subvenir aux frais « du bastimant des murailhes dudit Cruscades et faictes sous le bon plaisir du seigneur Archevêque». (Cette transcription du texte latin de 1193 date de la moitié du XVIIe siècle ; elle est tirée de l'Inventaire Rocques déposé aux archives communales de la ville de Narbonne.)

On a pu retrouver les vestiges de ces remparts à l'occasion de la pose des canalisations du tout-à-l'égout, en 1959-1960: la pelle mécanique a soulevé les fondations d'un mur, substructions de la vieille enceinte bâties avec de la chaux et des cailloux, selon les techniques médiévales. Parmi les matériaux utilisés pour édifier le village, on note la présence fréquente du très beau grès de Fontfroide (grès turonien à psammites d'un bel orangé), celle de la pierre de Ferrals (tuf du quaternaire), de cailloux roulés (galets).

Pendant la croisade contre les Albigeois, Simon de Montfort, alors duc de Narbonne, occupe le Lézignanais et entre en conflit avec le nouvel archevêque, Arnaud Amaury. Il enlève tous les châteaux du vicomte Amaury de Narbonne, dont il reçoit l'hommage. En 1226, Pierre Amiel nouvel archevêque, reçoit 400 livres en compensation pour les terres dont il a été dépossédé par Simon de Montfort, puis par Amaury de Montfort qui va les céder en 1224 au roi Louis VIII. Ce dernier les rétrocédera à Guy de Monfort, à savoir Sérame, Lengoust, Tourouzelle, Castelnau, Conilhac, Caumont.

Ces seigneuries resteront rattachées à la seigneurie de Lézignan jusqu'à la Révolution. En 1258, une châtellenie est créée par Louis IX à Lézignan, mais n'en feront pas partie les paroisses relevant soit de la vicomté de Narbonne, soit de l'archevêché ou du chapitre de Saint-Just et Saint-Paul, comme Cruscades, Luc, Canet.

Dans la deuxième moitié du XIVe siècle, Cruscades, toujours sous la domination seigneuriale de l'archevêque de Narbonne, figure dans l'inventaire de ses revenus et de ses droits: le château, le moulin, le four, les étangs et les garennes, la moitié du droit de pêche, l'entier droit de chasse. Les étangs se situaient : pour l'un près de la propriété actuelle d'Olivéry ; pour l'autre à proximité du terroir de Lézignan, appelé aujourd'hui : "domaine de l'Étang des Colombes". (D'après Georges Sénié)

Le XVIe siècle

Les "Recherche diocésaines de Narbonne" du début du XVIe siècle (réalisées en 1537 à Cruscades) vont poser les bases d'un nouveau cadastre de la paroisse (territoire communal) en en définissant les limites, en en dressant l'inventaire des maisons et des terres en présence des consuls Arnaud Tourdes et Jordy Ramon (on les fait jurer sur les "quatre saints évangiles" de fournir aux géomètres patentés et arpenteurs désignés sous les termes de «prodomes et destrayres» dans le texte de 1537, tous les renseignements possibles, en toute loyauté). Parfois, à défaut de délimitations naturelles (rivière, collines, etc.), les préposés aux "Recherches" édifiaient de petits tas de pierres en guise de bornes, appelés «senhols» (signaux).

Les terres cultes et incultes représentent 3 739 sesterades, soit environ 850 hectares. Le bourg qui couvre une surface réduite se compose de «la vyllo, gleysos, sementery, hyeros, jardyns» (ville, églises, cimetière, aires de dépiquage, jardins). On note 15 maisons ou «ostals», 6 «patus» (enclos murés) et 6 «cortals» servant de dépendances agricoles. Les vignes, olivaies et prés s'étendent sur 20 % du terroir; le reste des terres est signalé en friche, «terros ermos», utilisées en partie pour la pâture des troupeaux. (Georges Sénié)-.

L'expansion du XVIIIe siècle

La construction du pont sur la rivière de l'Orbieu, entre les communes de Cruscades et d'Ornaisons, et dont l'édification dura de 1745 à 1752, obligea les États de Languedoc à mettre en service une nouvelle route pour relier l'ouvrage à Lézignan. Il fallut aussi se pencher sur l'aménagement des relais de poste qui s'échelonnaient le long de ce grand chemin dit "de Carcassonne à Narbonne".

Jusqu'en 1755, ils se trouvaient installés, dans le Lézignanais, à Villedaigne, Lézignan et Moux ; ces relais appartenaient aux membres de la famille Théron (de Moux) qui s'y succédaient depuis la fin du XVIIe siècle. Pour équilibrer les distances entre les relais, on déplaça celui de Lézignan à Cruscades ; Antoine Théron en confia la charge à l'un de ses postillons. Ce dernier accepta de faire les travaux nécessaires moyennant l'avance d'une certaine somme par le bourg de Lézignan.

Le relais de la Poste aux chevaux s'installa dans une dépendance de l'actuelle maison-Fabre (la vigne située derrière le parc d'agrément de ladite famille Fabre porte toujours le nom de "Poste"). Les Cruscadèls virent ainsi passer de simples voyageurs, mais aussi les équipages de personnalités de la Province, et même, le 4 février 1814, le pape Pie VII, qui s'arrêta une demi-heure à Cruscades, pour le changement d'attelage, où il fut harangué par l'abbé Boyer, curé du lieu. La construction d'un pont sur l'Orbieu vers 1850 à Villedaigne sonna le glas du relais de poste de Cruscades. Il faut rappeler qu'un relais de poste se trouvait, entre le Ier siècle av. J.‑C. et le IIe ap. J.-C., au lieu-dit "le Pla de Beyret", sur l'ancienne voie romaine.(D'après Georges Sénié)

Histoire de fours[6]

Dans le "Livre Vert" (ainsi appelé à cause de la couleur verte de sa couverture), rédigé à l'initiative de Mgr Pierre de la Jugie, archevêque de Narbonne (1347-1375), on lit, au chapitre de Cruscades («De Cruscadis») que le seigneur archevêque possède « un four propre avec droit de fournage : à chaque cuisson, il a droit à un pain sur trente pains cuits ». Il tenait aussi un moulin banal avec droit de mouture (ce moulin fut construit au XIVe siècle sur l'Orbieu qui passait alors, là où se dresse aujourd'hui le vieux château d'eau, au chemin de Luc, vers "Grasas"). Ce moulin fut la propriété, à l'origine, d'une famille de Villedaigne.

Le 8 novembre 1699, Guillaume Bonnafous, fermier du four "banier" (ou banal) de la communauté poursuit en justice Jean Barthes, "bayle" (le "bayle" ou "baille", du latin "bajulus", est le représentant du seigneur-archevêque à Cruscades), qui fait cuire son pain dans un autre four que celui de la communauté, à la métairie de Resplandy (du nom de son propriétaire d'alors, un certain Paul Resplandi, originaire de Narbonne ; on l'appelait aussi "mettérie de saint michel" : voir "compoix" du XVIIe siècle déposé aux Archives Départementales de l'Aude). La justice tranchera dans ce conflit (voir le registre des délibérations de la communauté de 1699, archives communales).

Au XVIIIe siècle, l'archevêque de Narbonne, seigneur de Cruscades, baille (au sens de "bail") à la communauté un "four noble" (bien noble, non sujet à l'allivrement) à cuire le pain, moyennant une albergue (taxe) d'une croix d'or. Comme dans les bourgs voisins, ce four situé «près du portail» sera vendu par l'archevêché, en 1732, à la communauté qui l'affermera. De strictes conditions engagent le fermier: il fournira tout le bois nécessaire au chauffage du four qu'il fera fonctionner chaque jour depuis la saint Jean-Baptiste (24 juin) jusqu'au 15 août, pendant le temps de la récolte. (Durant plusieurs semaines d'été, Cruscades voyait arriver les "estibandiers" ou ouvriers saisonniers chargés des moissons ; ces gens-là faisaient cinq à six repas par jour!) Le reste de l'année, le four fonctionnait les mardis et vendredis. Le fermier prélevait la valeur d'un pain tous les trente enfournés (1 pour 30), mais rien sur les gâteaux, selon un usage immémorial.

Au tout début du XXe siècle, ce vieux four fut démoli pour permettre l'agrandissement d'une rue et la construction d'une place. Vers 1894-95, Jean Labrousse, boulanger, acheta l'ancien four Aragon, construit au cours du XIXe s., et le four communal qui lui faisait concurrence et qu'il fit démolir vers 1923-1924. (D'après Joseph Graves et Georges Sénié).

Administration

Liste des maires successifs
Période Identité Étiquette Qualité
mars 2008 2014 Jean-Claude Morassutti   Maire
mars 2001 2008 Roger Dedieu apparenté PS Maire
Toutes les données ne sont pas encore connues.

Démographie

Évolution démographique
(Source : INSEE[7])
1934 1962 1968 1975 1982 1990 1999 2005
447 349 374 341 290 289 324 412
Nombre retenu à partir de 1968 : population sans doubles comptes

Économie

Commune viticole (Corbières (AOC)), où de nombreux arrachages ont eu lieu dès le début des années 2000. De grosses pièces de terre ont été rachetées à la fin du XXe siècle par une société étrangère. Le vignoble cruscadèl produit un excellent vin de table recherché pour sa belle couleur, son goût et sa bonne tenue. Un jeune propriétaire a adopté la culture biologique avec succès (ses vins ont été plusieurs fois primés). Cruscades est l'un des rares villages des environs à ne pas posséder de cave coopérative viti-vinicole (caves particulières). Principaux producteurs : Louis Fabre (vins bio), GFA Cordonnier-Hortala, Héritiers Ayraud, Château "Etang des Colombes", Domaine d'Olivéry, Loevenbruck Régis . D'autres propriétaires portent leur récolte vers les caves coopératives d'Ornaisons et de Lézignan.

Lieux et monuments

  • L'église paroissiale, dédiée à saint Jean l'Evangéliste, du XIIIe siècle, est bien conforme au style du pays par son chœur plus étroit que la nef et sa voûte d'ogives. On regrette en voyant les belles pierres de taille du sanctuaire que la nef ait été couverte d'un enduit blanc.
  • Ancienne chapelle castrale, bâti sur les restes d'une église romane, l'édifice est remarquable par la pureté de son style gothique; l'abside pourrait remonter à la fin du XIIIe siècle. Selon l'abbé Graves, certains détails de la construction devenus visibles après les réparations de 1965 - les clefs de voûte, des linteaux de portes formées de deux pierres juxtaposées, les chapiteaux, le profil des arcs - indiquent une parenté avec la cathédrale Saint-Just de Narbonne. L'élan, la force, l'harmonie de l'ensemble, surtout du chœur, révèlent la remarquable technique d'un maître que l'on retrouve chez ceux qui conçurent et édifièrent Saint-Just. On trouvera aussi des ressemblances avec l'église de Lézignan.
  • Cet édifice inachevé, avec deux chapelles, sans transept*, présente des murailles de forteresse. À plusieurs reprises, des réparations et des modifications furent entreprises, tant au XVIIe s. qu'en 1861. En 1620, on abat la muraille de cers et on déplace la porte d'entrée sous le clocher qu'on surélève.
  • À côté du clocher, une fouille de 1927 a permis de dégager une vaste excavation de 4 m de diamètre et 5 m de profondeur, comblée de sable. La porte y donnant accès ouvrait sur une salle voûtée dont il restait un bel arceau, brisé par l'abbé Toustou quand il aménagea la sacristie actuelle. Antérieure à la construction de l'église, cette cavité existe toujours, difficilement abordable par le presbytère, mais visible et éclairée. On a pensé à un silo pour emmagasiner les grains. L'abbé Giry (1905-2002, ancien conservateur du musée de Nissan-lès-Ensérunes) y voit une glacière, comme en possédaient si souvent les châteaux de la région.
  • À côté du silo, un sarcophage sous voûte protégeait un squelette de 1,80 m et une petite amphore en poterie noire. Le cercueil était constitué de pierres plates Coll. BonnetJL gallo-romaines, selon l'abbé Cabirol, témoin oculaire. Fond du silo découvert par l'abbé Toustou en 1927 dans l'église de Cruscades.

Le Village

Les travaux d'adduction d'eau potable ont permis de mettre au jour des vestiges du vieux village : des traces d'anciens murs formant le rempart circulaire, des fondations de l'ancien château, des restes de murs et de sols en brique rouges, un four à fondre le fer hors les murs.

Une promenade à travers le village montre qu'il est constitué de deux parties: l'ancien château avec l'église et les vieilles maisons entourées autrefois d'un rempart; le nouveau village qui s'est étendu au nord (XVIIIe s.), après la construction de la nouvelle route royale; à l'ouest, pour installer la mairie et les écoles (1911). On peut voir quelques rares maisons bourgeoises, des linteaux de porte datés [dont un portant l'inscription : "LI.ME TA", c'est-à-dire : seuil (de la maison) de T(ournal) A], une borne-fontaine en pierre de Ferrals.

Olivéry

Le compoix de 1647 mentionne L 'estang d'Olivery, dont le nom se confond avec celui de la Cardaïre (voir ci-dessous).

La métairie dite d'Olivery tire son appellation du nom de son occupant au XVIe siècle, alors que les terres appartenaient à l'abbaye de Fontfroide. Les "Recherches Diocèsaines" de 1537 relève « uno boryo, estables, cortals, porcigoIo et galiniero de mestre Guylhaumes Olyvery ». Cette terre, abandonnée au XVIIIe s., fut vendue aux enchères avant la Révolution.

Resplandy

Cette métairie se trouve mentionnée dans le compoix de 1647 sur le tènement de Saint-Michel, là où l'abbaye de Lagrasse possédait (d'après l'abbé Sabarthès) une église dédiée à ce saint et dénommée « de Parietibus Longis » en 1251. (Dans une étude sur l'abbaye de Lagrasse, Claudine Pailhès, actuellement Directrice du Service des Archives Départementales de l'Ariège, place Saint Michel aux longs murs du côté de Sallèles-d'Aude : nous pensons qu'il s'agit là d'une petite erreur de localisation. La teneur du testament de Pierre Gason, bourgeois de Lézignan, datant de 1251 et déposé aux Archives Départementales de l'Aude, a convaincu le très savant abbé Sabarthès de situer Saint-Michel sur le territoire de Cruscades.)

Sur les ruines de cet habitat médiéval, une ferme fut édifiée (on profita des pierres de l'ancienne chapelle) à la fin du XVe siècle. Le nom de Resplandy vient de celui du propriétaire d'alors, ainsi que le signale le compoix de 1647: Antoine Paul de Resplandy y tient « un pigeonier avec polaliere et patu a la meterie de Saint Michel». Rappelons que le lieu de Resplandy fut occupé dès le début de l'ère chrétienne (peut-être avant), et ce, jusqu'au Ve siècle (vestiges y trouvés datés par Mlle Taffanel, chargée de recherche au CNRS, certains du Ier siècle av. J.‑C., d'autres de l'Antiquité Tardive ou Bas Empire). (Georges Sénié).

Les étangs

Avant le XVIe siècle, cette zone stagnante appartenait à Raymond de Villeneuve, d'où son nom: étang de Villeneuve. Il comprenait une partie cruscadoise dépendant de l'Archevêque de Narbonne, seigneur de Cruscades, qui l'avait baillée aux seigneurs de Luc (famille Thézan de Saint Génieys au XVIIe et de Niquet au XVIIIe siècle). C'est l'Étang avec sa métairie du même nom.

Parmi les droits de l'archevêque, en 1360, on note « stagnum de Cruscadis », appelé en 1647 l'Étang de la Cardaire qui se situait près du domaine d'Olivéry appartenant autrefois à l'abbaye de Fontfroide.

Personnalités liées à la commune

  • Bruno Pradal (Rabat 1949-Joigny 1992) : quoique né au Maroc, il est originaire de Cruscades par sa mère Lucette Pous-Gleizes. Acteur de cinéma, il a tourné dans une dizaine de grands films: « Mourir d'aimer » (1970), « La saignée» (1971), « Pas folle la guêpe » (1972). Il est décédé dans un accident de voiture, le 19 mai 1992, près d'Orléans.
  • Matthieu Lagrive, né le 7 décembre 1979 à Lisieux, est un pilote de course de motos. Triple Champion du Monde d'Endurance (Suzuki Endurance Racing Team). Marié, 2 enfants, il s'est fixé à Ornaisons après avoir vécu deux ans à Cruscades.


Vie locale

Éducation

Culture et manifestations culturelles

  • Fête du village

Sport

Voir aussi

Notes et références

  1. Selon Philippe Héléna
  2. selon Paul Fabre
  3. selon Jacques Lemoine
  4. (d'après Georges Sénié)
  5. (voir 'Archéologie de la Gaule' d'Albert GRENIER)
  6. (d'après l'abbé Joseph Graves)
  7. Cruscades sur le site de l'Insee

Liens externes


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