Habitat troglodytique

Habitat troglodytique
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habitations troglodytiques jouxtant l'Hotel datant de 1904 dans les Gorges du Ghoufi dans les Aurès en Algérie
Reste d'occupation troglodytique en Chine à Guyaju (district de Yanqing, Beijing)
Intérieur berbère troglodytique à Matmata, Tunisie

L'habitat troglodytique est une architecture présente dans différentes traditions consistant à aménager des habitats souterrains ou creusés dans le rocher à flanc de montagne. Les maisons troglodytiques sont souvent creusées dans la roche tendre de type calcaire, mollasse ou grès.

Le mot « troglodyte » vient du latin « troglodyta », lui-même du grec ancien « τρωγλοδύτης », de « τρώγλη » (« caverne »), et « δύειν » (« pénétrer dans », « plonger »). Un troglodyte est un homme, (ou un animal) habitant une caverne, ou une demeure creusée dans le roc ou s'appuyant sur des failles ou grottes naturelles dans les falaises. On parle d'un habitat troglodytique, d'une maison troglodytique, le troglodyte étant l'habitant de la dite maison.

Par ailleurs, il existe des termes voisins, plutôt adjectifs, qui expriment des nuances quant au mode d'habitat troglodytique :

  • troglophile désigne l'attrait non exclusif pour l'habitat troglodytique,
  • troglobie désigne un mode de vie exclusivement troglodytique,
  • trogloxène désigne une occupation troglodytique occasionnelle, principalement à des fins de refuge temporaire.

Sommaire

Troglodyte

Dans l'Antiquité, le peuple des Troglodytes, qui vivait en Égypte, à proximité de la mer Rouge, s'était installé dans les anfractuosités des rochers. Pour le dictionnaire de l'Académie française de 1932 (8e édition), troglodyte désigne aussi en termes d'Histoire naturelle « un genre d'oiseaux qui se nourrissent d'insectes » (il s'agit de Troglodytes troglodytes) et « une espèce de singe » (le dictionnaire précise « Voyez Chimpanzé » (pan troglodytes).

Aujourd'hui encore, c'est sous ce nom que l'on désigne les populations ayant construit leurs habitats dans des abris naturels, de profondes grottes, ou les ont creusées dans des parois calcaires. Il existe encore des habitations troglodytiques en France, dans la vallée crayeuse de la Seine, en Touraine et en Anjou. D'autres sites plus ponctuels existent (comme en Provence à Bollène). En Tunisie, nous en rencontrons notamment à Matmata. D'anciennes traces ont été observées en Chine et dans le monde entier.

Le Dictionnaire Larousse du XXe siècle de 1920, publie une photographie avec une notice qui voit les troglodytes comme des sortes de sauvages :

« Pline, Ptolémée et Strabon ont parlé des Troglodytes. Pour Strabon, ils ne cultivaient pas la terre, mais ils habitaient les anfractuosités des rochers et vivaient des produits de leur chasse. Les femmes et les enfants étaient en commun. Ils mangeaient aussi les serpents, au dire de Pline, et n'avaient aucune langue fixée, mais poussaient de simples cris gutturaux. »

On peut se rendre compte aisément qu'il n'y a rien de précis dans ces fables.

En France

Habitats troglodytiques de Rochemenier près de Saumur en Anjou, Maine-et-Loire
Les « boves » de La Roche-Guyon, Val-d'Oise.

En France, il en existe plus que ce qu'on pourrait croire, et elles sont toujours occupées, notamment en Anjou, Touraine et Saumurois.

Le département du Maine-et-Loire, terre de tuffeau et de falun, possède dans la région de Saumur près de 1 200 kilomètres de galeries souterraines et 14 000 cavités dont la moitié sont à l'abandon.

  • De nombreuses galeries sont utilisées par les entreprises angevines de vins pétillants de Saumur et par les champignonnières produisant les fameux « champignons de Paris » ;
  • À Doué-la-Fontaine, beaucoup d'habitations troglodytiques ont été creusées à l'origine pour y extraire la pierre de falun, aussi appelée « grison » permettant de faire des constructions. Ces carrières forment des « caves cathédrales » ;
  • Le village troglodytique de Rochemenier, érigé du XIIIe au XIXe siècles est, contrairement aux habitats troglodytiques de la falaise naturelle qui longe la Loire en Anjou et en Touraine, un village troglodytique situé en plaine. Les paysans de Rochemenier y ont creusé de grandes cours, sortes de carrières à ciel ouvert puis, autour de celles-ci, ont creusé leurs habitations et dépendances et même une chapelle souterraine.

On trouve également d'anciennes habitations troglodytiques dans la vallée de la Seine à mi-chemin de Paris et Rouen, à La Roche-Guyon et à Haute-Isle en particulier, ce dernier village était entièrement composé de « boves » creusés dans la falaise calcaire jusqu'au XIXe siècle ; il possède l'unique église entièrement creusée dans une falaise en Île-de-France et datant de 1670.

Dans le même département du Val-d'Oise, Pontoise (l'Hermitage) et Auvers-sur-Oise, dans la vallée de l'Oise, possèdent également de nombreuses habitations creusés dans la falaise ; la plupart sont devenues des ateliers, des celliers voire des garages quand elles sont accessibles de la chaussée.

On peut également citer :

En Provence

Habitats troglodytiques de Calès, à Lamanon
Village troglodytique de Barry à Bollène

La première étude sur l'habitat troglodityque en Provence a été menée, entre 1987 et 1988, à la demande du Ministère de la Culture, par André-Yves Dautier, avec l'aide technique du Parc Naturel Régional du Luberon[1].

L'inventaire de ces différents sites lui a permis de classer ce type d'habitat en deux parties. La première correspond au creusement par l'homme dans les safres du Miocène d'abris rupestres, à vocation d'habitat et à usage agricole. Les exemples les plus emblématiques sont ceux des grottes de Calès, à Lamanon, qui furent occupées de la préhistoire au XVe siècle, du Baou de Saint-Chamas, qui a été aménagé en 1615, des villages du Barry et de Chabrières, à Bollène[2].

Aménagement troglodytique du prieuré de Carluc

La seconde est liée à l'occupation des grottes naturelles creusées par l'érosion dans le calcaire urgonien et leur protection en façade par des murs de pierres sèches. Cette utilisation, qui fut quelques fois pérenne, fut, le plus souvent due au pastoralisme, et au besoin des bergers d'abriter et de loger leurs troupeaux. Dans le Vaucluse, cet habitat se retrouve essentiellement dans les combes des Monts de Vaucluse et du Luberon[2]. Dans la Provence centrale et orientale, la présence humaine, dans des grottes à concrétions, revêt un certain romantisme lorsqu'elle est liée à des bandits d'honneur comme Gaspard de Besse, à une sacralisation avec des Saintes Beaumes ou à des êtres surnaturels pour les grottes des Fées[3].

Dans les Alpes-de-Haute-Provence, ont été répertoriés quelques sites remarquables comme les ermitages de saint Maurin, à La Palud-sur-Verdon[3] et de saint Pons, à Valbelle[4], la Grote des brigands, à Quinson[5], le prieuré de Carluc, à Céreste[6], et les deux cabanons de Lurs, dans le pays de Forcalquier[7].

Pour les Bouches-du-Rhône, outre les deux sites précités de Calès et de Saint-Chamas[8], sont à retenir les habitats du plateau de Sainte-Croix, au dessus de Salon-de-Provence, ceux de Manivert, près de Lambesc[9], le Castellas d'Aurons et les ermitages des Aygalades, au nord de Marseille<"André-Dautier p25"/>. Aux Baux-de-Provence, outre l'habitat, s'y ajoutent deux autres aménagements rupestres, avec un pigeonnier troglodytique et un plan dallé rainuré pour recueillir les eaux de pluie[10].

Dans le Var, sont à signaler deux Saintes-Beaumes, celle du Plan-d'Aups[11] et celle de Saint-Raphaël[12], la Maison des Fées à Cabasse[13], LeVieux Moulin à Trans-en-Provence[14] , et le Nymphée du couvent des carmes, à Barjols[15].

Pour le Vaucluse, où les sites sont à la fois plus concentrés, plus nombreux et plus diversifiés, il y a Bollène, déjà signalé, avec ses deux hameaux troglodytiques, des anciens villages médiévaux. Dans le premier, à Chabrières, où l'habitat est totalement ruiné suite à des effondrements, l'aménagement avait été fait en creusant la safre dit de Saint-Restitut, au pied ducastrum[16]. Le second, Barry, fut habité jusqu'au XVIIIe siècle. Ses façades, en pierre sèche, protègent un aménagement complet entièrement creusé dans le roc (cusine, cheminée, pile d'évier, potager pour réchauffer les aliments, alcoves, étable, écurie, bergerie, cellier, citerne, etc.)[17].

Escalier dérobé creusé dans le roc au fort de Buoux
Lavoir rupestre à Cabrières-d'Aigues

Vient ensuite la basse vallée de la Durance où, dans les falaises du Piémont sud du Luberon, se trouvent les sites du Jas de Puyvert, et de Cabrières-d'Aigues avec son aiguier et son lavoir[18]. Au cœur du massif du Luberon, la vallée de l'Aigue Brun se trouvent la falaise du Moulin-Clos où ont été aménagées, dès le Ve siècle, des cellules d'ermites pour les moines cassianistes de Saint-Victor de Marseille et le fort de Buoux dont une partie est entièrement creusée dans la roche, les bastides de Beaumes et de Chantebelle ainsi que le hameau des Aiguiers à Sivergues[19]. Dans la vallée du Calavon, on note les trois châteaux du pays d'Apt dont une grande partie de l'infrastructure est troglodytique. Il s'agit du Château de Milles, du Château de Roquefure et du Rocher des Druides qui, en dépit de son nom, est un fort médiéval amanagé pour accueillir hommes de troupes, cavaliers et montures[20].

Les monts de Vaucluse se distinguent par leur richesse avec le vallon de la Tapy et sa baume de Marcousy (habitat et cuve vinaire rupestre) à Saumane, le ravin de Fraischamp, entre Le Beaucet et La Roque-sur-Pernes, où une bergerie troglodytique est toujours en activité, Blauvac et son hameau du Bouquet, qui posséda une école publique jusqu'à la Première Guerre mondiale. Aussi riches sont Venasque et son site de Caroufa, ainsi que la vallée de la Sénancole à Gordes, où habitat rupestre, jas et moulin à huile troglodytiques, côtoient des aiguiers et des cuves vinaires rupestres abritées sous des bories[21]. Enfin, entrent dans un même cadre, pour leur aménagement identique dans des abris sous roche, en dépit de leur éloignement, les bergeries des combes de Bonnieux et du vallon des Baumians à Cabrières-d'Aigues, ainsi que celle de la Coste-Brune à Villars[22].

Ailleurs dans le monde

Maisons troglodytiques Tellem sur la falaise de Bandiagara au Mali
Maisons troglodytiques à Setenil de las Bodegas

En Tunisie le sud est connue pour les ksour des berbères dans les montagnes. On trouve des habitats troglodytiques notamment à Matmata et Tataouine.

En Italie, la ville de Matera est célèbre pour ses habitats troglodytiques (les Sassi di Matera), classés sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco.

Au Mali, les Tellem puis les Dogons ont habité des maisons troglodytiques sur la falaise de Bandiagara.

La Cappadoce en Turquie possède d'innombrables habitations troglodytiques, ainsi que des églises troglodytiques ornées de fresque byzantines. Le Parc national de Göreme est reconnu par l'Unesco comme faisant partie du Patrimoine mondial de l'humanité.

Aux Pays-Bas, la commune de Valkenburg aan de Geul possède plusieurs habitats troglodytiques, établies dans les anciennes carrières de marne, notamment à Geulhem.

En Chine du Nord, on trouve de nombreuses habitations troglodytiques (yaodong) sur le plateau de Lœss.

En Espagne, plus précisément dans le village blanc de Setenil de las Bodegas, on retrouve de très belles habitations troglodytiques.

Illustrations

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Notes et références

  1. André-Yves Dautier, op. cit., p. 7.
  2. a et b André-Yves Dautier, op. cit., p. 11.
  3. a et b André-Yves Dautier, op. cit., p. 13.
  4. André-Yves Dautier, op. cit., p. 25.
  5. André-Yves Dautier, op. cit., p. 19.
  6. André-Yves Dautier, op. cit., p. 47.
  7. André-Yves Dautier, op. cit., p. 151.
  8. André-Yves Dautier, op. cit., p. 10.
  9. André-Yves Dautier, op. cit., p. 20.
  10. André-Yves Dautier, op. cit., p. 64.
  11. André-Yves Dautier, op. cit., p. 14.
  12. André-Yves Dautier, op. cit., p. 15.
  13. André-Yves Dautier, op. cit., p. 18.
  14. André-Yves Dautier, op. cit., p. 26.
  15. André-Yves Dautier, op. cit., p. 63.
  16. André-Yves Dautier, op. cit., pp. 37 et 56.
  17. André-Yves Dautier, op. cit., p. 45.
  18. André-Yves Dautier, op. cit., pp. 75 à 83.
  19. André-Yves Dautier, op. cit., pp. 85 à 93.
  20. André-Yves Dautier, op. cit., pp. 95 à 101.
  21. André-Yves Dautier, op. cit., pp. 103 à 129.
  22. André-Yves Dautier, op. cit., pp. 141 à 146.

André-Yves Dautier

Voir aussi

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Bibliographie

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