Lexique du roumain

Lexique du roumain
Article principal : Roumain.
Roumain

Cet article traite de l'origine du lexique roumain (fonds hérité et emprunts), des procédés de formation des mots et des mots roumains empruntés par d'autres langues.

Le caractère roman du roumain se reflète non seulement dans sa structure grammaticale, mais aussi dans son lexique, par le nombre de mots hérités du latin et d'emprunts au français et à l'italien. Ce caractère se manifeste également par la ressemblance du roumain aux autres langues romanes quant à la formation des mots, la dérivation par des préfixes et des suffixes y étant beaucoup plus productive que la composition.

Sommaire

Composition du lexique roumain

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Lexique représentatif du roumain, selon Marius Sala

Dans leur ouvrage Vocabularul reprezentativ al limbilor romanice (Le lexique représentatif des langues romanes)[1], Marius Sala et ses collaborateurs donnent les sources dont proviennent les mots roumains et la proportion des mots de diverses origines, comme suit :

  • Hérités du latin et empruntés aux langues romanes actuelles – 71,66%, dont :
    • 30,33% hérités du latin
    • 22,12% empruntés au français
    • 15,26% mots savants d'origine latine
    • 3,95% empruntés à l'italien
  • Formés en roumain – 3,91% (la plupart à partir de mots d'origine latine)
  • D'origine slave – 14,17%, dont :
  • Allemands – 2,47%
  • Grecs – 1,7%
  • Thraces/daces – 0,96%[2].
  • Hongrois – 1,43%
  • Turcs – 0,73%
  • Anglais – 0,07%
  • Onomatopées – 0,19%
  • D'origine inconnue ou incertaine – 2,71%

Le lexique à l'époque de la formation de la langue

Selon la théorie la plus répandue, le substrat du roumain est le thraco-dace mais, comme la langue des Thraces et des Daces est très peu connue, on ne peut parler que de mots supposés avoir cette origine. Généralement, sont considérés comme d'origine thraco-dace les mots remplissant trois conditions : qu'ils soient d'origine indo-européenne, qu'ils soient communs à toutes les langues romanes orientales et qu'ils se retrouvent également en albanais. La référence à l'albanais est fondée sur le fait qu'il est considéré comme appartenant, avec le thrace et le dace, au groupe thraco-illyrien des langues indo-européennes. Le nombre de mots d'origine thraco-dace est estimé à quelque 300. Des mots de cette catégorie toujours vivants sont, par exemple, brânză ’fromage’, zer ’petit-lait’, mal ’rive’, balaur ’dragon’, etc.

Le lexique de base du roumain est pour la plupart hérité du latin. Ce qui est révélateur à cet égard, c'est que 186 mots, soit 89,85% des 207 mots que contient la liste Swadesh du roumain, sont d'origine latine.

Emprunts

Emprunts slaves

Au Moyen Âge, à partir du VIIe siècle, c'est le slave qui a exercé l'influence la plus importante sur le roumain, à la suite de la venue massive de Slaves dans les Balkans. Au nord du Danube ils furent assimilés, alors qu'ils assimilèrent presque complètement les populations valaques qui vivaient au sud du Danube, sauf les Aroumains et les Mégléno-roumains.

Lorsqu'on parle d'influence slave, il s'agit d'abord du slave commun, dont le roumain a emprunté des mots de domaines très divers : brazdă ’sillon’, a cosi ’faucher’, da ’oui’, drag ’cher’, glas ’voix’, a iubi ’aimer’, lopată ’pelle’, muncă ’travail’, nevoie ’besoin’, prieten ’ami’, etc.

L'influence slave a continué par l'intermédiaire du vieux slave, langue de l'église orthodoxe et, en Valachie et Moldavie, celle de l'administration, jusqu'au XVIIIe siècle. C'est de cette langue que proviennent des mots tels iad ’enfer’, rai ’paradis’, sfânt ’saint’, etc.

Surtout à partir du XIXe siècle, beaucoup de mots slaves sont devenus des archaïsmes, étant remplacés par des mots des langues romanes occidentales.

Autres emprunts anciens

Jusqu'au XIXe siècle, les autres sources notables d'emprunts lexicaux ont été quatre langues, dont l'influence s'est exercée de façon inégale sur les divers parlers du roumain, en fonction du degré de proximité et des circonstances historiques. Les exemples suivants sont des mots retenus par le roumain standard.

  • L'influence hongroise est due à la présence des Magyars en Transylvanie, à partir du Xe siècle. Elle s'est manifestée par l'emprunt de mots tels : belșug ’abondance’ a cheltui ’dépenser’, chip ’image’, a făgădui ’promettre’, gazdă ’hôte’ (qui reçoit), gând ’pensée’, hotar ’limite, confins’, marfă ’marchandise’, ’meșteșug ’art’ (de l'artisan), oraș ’ville’, uriaș ’géant’, vamǎ ’douane’, viclean ’rusé’.
  • Des mots allemands ont commencé à pénétrer en roumain au XIIIe siècle, lorsque les rois de Hongrie ont colonisé des germanophones appelés Saxons en Transylvanie. Une autre vague d'emprunts a été occasionnée par la colonisation, au XVIIIe siècle, d'autres germanophones, appelés Souabes, dans le Banat. Des mots allemands présents dans le roumain standard sont, par exemple, bere ’bière’, cartof ’pomme de terre’, iarmaroc ’foire’, șină ’rail’, șuncă ’jambon’, șurub ’vis, boulon’.
  • La situation de vassalité imposée au XVe siècle par l'Empire ottoman à la Valachie et à la Moldavie, qui dura jusqu'au XIXe siècle, favorisa l'entrée de mots turcs dans la langue roumaine : cafea ’café’, capac ’couvercle’, cearșeaf ’drap de lit’, cutie ’boîte’, dușumea ’plancher’, papuc ’pantoufle’, etc.
  • Des mots grecs (non savants) sont apparus en roumain surtout à l'époque où la Valachie et la Moldavie avaient à leur tête des hospodars phanariotes (XVIIIe-milieu du XIXe) : buzunar ’poche’, corabie ’nef’, drum ’chemin’, folos ’utilité’, liman ’abri côtier’, proaspăt ’frais’, prosop ’serviette-éponge’, talaz ’houle’.

Emprunt modernes

Au XIXe siècle, la société roumaine commence à se moderniser sous l'influence de l'Europe de l'Ouest, phénomène dont l'un des corollaires est l'emprunt massif de mots, surtout français, latins savants et italiens.

  • Le français a fourni au roumain non seulement des noms, des adjectifs et des verbes (afiș, avion, birou < ’bureau’, pireu < ’purée’, infatigabil, a exploata), mais aussi quelques adverbes : deja, vizavi.
  • Au latin on a emprunté, entre autres : fabulă ’fable’, familie ’famille’, literă ’lettre’ (caractère), rege ’roi’, tezaur ’trésor’.
  • Proviennent de l'italien des mots tels capodoperă ’chef-d'œuvre’, contabil ’comptable’, stagiune ’stagion’, traumă ’traumatisme’ (psychique).

Souvent, on ne peut pas établir de laquelle de ces langues provient tel ou tel mot. Par exemple, belicos peut avoir comme étymon lat. bellicosus, ital. bellicoso ou fr. belliqueux[3].

Beaucoup de ces emprunts ont remplacé ou éclipsé des mots slaves. Par exemple, le mot slave signifiant ’fruit’, rod, a reçu un synonyme latin savant, fruct, ce qui fait que rod n'est plus utilisé qu'au sens figuré et, de plus, est senti comme désuet. D'autres synonymes sont utilisés à peu près également, par exemple iadinfern, raiparadis.

Il est même arrivé que des mots latins entrent deux fois dans la langue, parfois avec le même sens. Par exemple, le mot signifiant ’fraternel’ existait déjà en roumain sous la forme frățesc (< frate < lat. frater ’frère’) mais on a adopté aussi fratern. Entre les deux mots il n'y a qu'une différence de registre de langue : le premier est courant, le second soutenu. Dans d'autres cas, le mot latin emprunté a un autre sens que le mot hérité. Un exemple commun au roumain et au français : le mot latin directus a donné à l'époque de la formation du roumain drept ’droit’, alors que le mot emprunté direct a le même sens qu'en français.

Il y a aussi des cas où la langue a adopté, à côté d'un mot hérité, un dérivé formé dans une langue romane à partir de l'étymon du mot de base :

  • lat. aqua > roumain apă ’eau’ – lat. aquaticus / français ’aquatique’ > roum. acvatic
  • lat. audire > roum. auzi ’entendre’ – fr. ’auditif’ / italien auditive > auditiv
  • lat. frigus > roum. frig ’froid’ – lat. frigidus / fr. ’frigide’ > roum. frigid
  • lat. oculus > roum. ochi ’oeil’ – lat. ocularius / fr. ’oculaire’ > roum. ocular
  • lat. tacere > roum. a tăcea ’(se) taire’ – lat. tacitus / fr. ’tacite’ > roum. tacite

La perméabilité aux emprunts est l'une des causes de la richesse du roumain en synonymes. Un bon exemple de cette caractéristique est la traduction en trois variantes de l'article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme :

Text actuel, officiel, avec beaucoup de mots d'origine française et italienne (en gras) Seulement avec des mots hérités du latin Avec le plus possible de mots d'origine slave (en gras) Texte français
Toate ființele umane se nasc libere și egale în demnitate și în drepturi. Ele sunt înzestrate cu rațiune și conștiință și trebuie să se comporte unele față de altele în spiritul fraternității. Toate ființele omenești se nasc nesupuse și asemenea în prețuire și în drepturi. Ele sunt înzestrate cu cuget și înțelegere și se cuvine să se poarte unele față de altele după firea frăției. Toate ființele omenești se nasc slobode și deopotrivă în destoinicie și în drepturi. Ele sunt înzestrate cu cuget și înțelegere și trebuie să se poarte unele față de altele în duhul frăției. Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

De nos jours, les mots nouveaux viennent surtout de l'anglais. Leur degré divers d'intégration prouve qu'ils sont entrés plus ou moins récemment dans la langue.

  • Les mots anglais empruntés à une époque plus éloignée se prononcent et s'écrivent à la roumaine : blugi ’blue-jean’, gem ’confiture’, interviu ’interview’, lider ’dirigeant’, meci ’match’.
  • Les emprunts plus récents se prononcent et s'écrivent comme dans la langue d'origine (cow-boy, fair-play, jazz, hobby, management, manager, marketing, mass-media, week-end) mais on leur attribue un genre, un article défini et des désinences selon les règles du roumain : managerul ’le directeur’, cowboy-ului ’au/du cow-boy’, mass-mediei ’aux/des médias’.

Calques

Par le procédé du calque, le lexique roumain s'enrichit en attribuant des sens nouveaux à un mot déjà existant dans la langue, sous l'influence des sens d'un mot étranger. Par exemple, le mot cerc a pris des sens figurés du mot français ’cercle’, dont « groupe de personnes liées entre elles par des intérêts communs, par des relations de parenté ou d'amitié »[4]. Toujours par calque, un mot roumain peut se former d'éléments autochtones, par imitation de l'organisation interne d'un mot étranger :

  • préfixe + nom : între + vedea > a întrevedea, sur le modèle du français ’entrevoir’[5].
  • mot composé : cal-putere ’cheval-vapeur’

Ce procédé aussi a engendré des paires de synonymes. Par exemple, ’extincteur’ correspond à deux mots roumains : l'emprunt extinctor et le calque stingător.

Il y a aussi des calques de ce type où l'un des éléments est autochtone, l'autre étant emprunté : sub (autochtone) + estima (français) > a subestima ’sous-estimer’ ; scurt (autochtone) + circuit (français) > scurtcircuit ’court-circuit’[6].

Formation de mots

Dérivation

En roumain, la dérivation est le procédé le plus fréquent de formation de mots.

Suffixes

La dérivation avec des suffixes est le plus fréquent en roumain. Il y a environ 500 suffixes lexicaux[7]. Il arrive souvent des changements phonétiques dans les mots auxquels ils sont ajoutés.

Du point de vue du sens des mots dérivés, on peut distinguer des suffixes :

  • augmentatifs : băiat ’garçon’ > băietan ’grand garçon’, piatră ’pierre’ > pietroi ’grosse pierre’ ;
  • diminutifs : copil ’enfant’ > copil ’petit enfant’, ramură ’branche’ > rămurea ’branchette’, aripă ’aile’ > aripioară ’ailette’, vițel ’veau’ > vițel ’petit veau’, casă ’maison’ > căsuță ’maisonnette’, urs ’ours’ > ursuleț ’ourson’, brad ’sapin’ > brăd ’petit sapin’ ;
  • formateurs de noms d'agent : moară ’moulin’ > morar ’meunier’, căruță ’charrette’ > căruț ’charretier’, camion > camionagiu ’chauffeur de camion’, a munci ’travailler’ > muncitor ’travailleur, ouvrier’ ;
  • formateurs de noms abstraits : singur ’seul’ > singurătate ’solitude’, om ’homme’ > omenie ’humanité’ (qualité), a plictisi ’ennuyer’ > plictiseală ’ennui’, cuteza ’oser’ > cutezanță ’audace’, isteț ’astucieux’ > istețime ’astuce’ (qualité) ;
  • formateurs de noms collectifs : fag ’hêtre’ > făget ’hêtraie’, muncitor ’travailleur, ouvrier’ > muncitorime ’monde ouvrier’, stejar ’chêne’ > stejăr ’chênaie’, porumb ’maïs’ > porumbiște ’champ de maïs’.

D'un point de vue lexico-grammatical, il y a des suffixes qui changent la nature du mot :

  • formateurs de noms : a ajuta ’aider’ > ajutor ’aide’ ;
  • formateurs d'adjectifs : părinte ’parent’ > părintesc ’parental’, aur ’or’ > auriu ’doré’ (couleur), inel ’anneau’ > inelar ’annulaire’, argilă ’argile’ > argilos ’argileux’ ;
  • formateurs d'adverbes : român ’roumain’ > românește ’en roumain’, a se târî ’ramper’ > târâș ’en rampant’ ;
  • formateurs de verbes : brazdă ’sillon’ > a brăzda ’sillonner’, prost ’sot’ > a se prosti ’devenir sot, se comporter comme un sot’, român ’roumain’ > româniza ’roumaniser’, bici ’fouet’ > a biciui ’fouetter’.

Préfixes

En roumain il y a beaucoup moins de préfixes que de suffixes (80 environ). Ils peuvent former :

  • verbe > verbe : dez- + a moșteni ’hériter’ > a dezmoșteni ’déshériter’ ;
  • nom > nom : stră- + moș ’vieillard’ > strămoș ’aïeul’ ;
  • adjectif > verbe : în- + dulce ’doux’ > a îndulci ’adoucir, sucrer’ ;
  • nom > verbe : în- + noapte ’nuit’ > a înnopta ’passer la nuit’.

Parasynthèse

Par parasynthèse, on ajoute à un mot un préfixe et un suffixe à la fois : în- + bătrân ’vieux’ + -i > a îmbătrâni ’vieillir’, ne- + rușine ’honte’ + -at > nerușinat ’éhonté’.

Dérivation régressive

Par dérivation régressive, on forme des mots en ôtant la terminaison d'un autre mot. Cette terminaison peut être :

  • un suffixe lexical : auzi ’entendre’ > auz ’ouïe’ ou
  • une désinence faussement interprétée comme suffixe lexical ; c'est ainsi que sont formés presque tous les noms d'arbres et d'arbustes fruitiers, à partir des noms de fruits : nucă ’noix’ > nuc ’noyer’, coacăză ’groseille’ > coacăz ’groseillier’.

Composition

Les mots composés sont, en roumain, à l'instar des autres langues romanes, moins nombreux, d'un côté par rapport aux mots dérivés dans ces mêmes langues, d'un autre côté par rapport aux mots composés dans des langues comme l'allemand ou le hongrois.

Comme les mots composés sont des syntagmes, voire parfois des phrases à l'origine, on peut les classer selon la nature du rapport syntaxique qui reliait leurs éléments[8]. Ainsi y a-t-il des mots formés par :

    • épithète + nom / nom + épithète : botgros ’gros-bec’ (litt. ’museau épais’), rea-credință ’mauvaise foi’, Valea Călugărească (nom de localité, litt. ’la vallée monacale’)
    • nom + complément de nom : floare-de-colț ’immortelle des neiges, edelweiss’ (litt. ’fleur de coin’), clarvăzător ’clair-voyant’
    • verbe + complément : încurcă-lume ’mouche de coche’ (litt. ’embrouille-monde’), fluieră-vânt ’désœuvré, oisif’ (litt. ’siffle-vent’), vino-ncoace ’attrait’ (litt. ’viens-ici’)
    • verbe + proposition subordonnée complément : lasă-mă-să-te-las ’indolent, je-m'en-foutiste’ (litt. ’laisse-moi pour que je te laisse’)
    • par juxtaposition : locotenent-colonel ’lieutenant-colonel’, social-economic ’socio-économique’, Sângeorz-Băi (nom de localité, litt. ’Saint-Georges-Bains’)
    • par une conjonction – des nombres : treizeci și cinci ’trente-cinq’, optzeci și doi ’quatre-vingt-deux’

Comme on peut le voir, les mots composés roumains peuvent s'écrire de trois façons : en un seul mot (botgros), avec un trait d'union (rea-credință) ou en mots séparés (treizeci și cinci), selon des règles compliquées.

Mots roumains dans d'autres langues

On peut parler non seulement de l'influence d'autres langues sur le roumain mais aussi, dans une moindre mesure, de mots roumains empruntés par d'autres langues. Il s'agit tout d'abord des parlers des minorités nationales et des ethnies vivant en Roumanie. Certains de ces mots sont présents également dans des langues non voisines, où ils ont pu entrer indirectement. La plupart des mots roumains se retrouvent dans les parlers hongrois de Transylvanie et surtout dans ceux de Moldavie[9], dans les parlers ukrainiens (quelques centaines), dans les polonais (une centaine)[10], etc. Cependant, très peu de mots roumains sont présents dans les langues standard correspondantes.

La cause principale des influences réciproques est la cohabitation sur le même territoire ou le voisinage. Une autre est l'ancienne occupation spécifique des Roumains, l'élevage ovin par transhumance, qui les a menés jusqu'en Bohême. Des facteurs politiques ont également contribué aux influences réciproques : l'État bulgaro-valaque existant aux XIIe-XIIIe siècles, la vassalité à l'Empire ottoman (XVe-XIXe siècles), la présence de révolutionnaires bulgares réfugiés dans les Principautés roumaines au XIXe siècle.

Ce sont des mots du domaine de l'élevage qui ont pénétré en plus grand nombre dans d'autres langues (plus de 200 en hongrois, 25 en slovaque).

C’est le cas, par exemple, du mot brânză ’fromage’, passé directement dans des langues de peuples voisins et, par l’intermédiaire de celles-ci, dans des langues plus lointaines aussi. On le trouve en slovaque (bryndza), en tchèque (brynza), en polonais (bryndza), en ukrainien (бринза), en russe (брынза), en biélorusse (брынза), en yiddish (ברינזעbrinze[11]), mais aussi en estonien (brõnsa) et en allemand (Brimsen). Il est toutefois à noter que le mot roumain est, tout comme le mot français ’fromage’, un terme collectif pour tout type de fromage, alors que dans les autres langues il désigne un fromage de brebis fermenté et salé. En slovaque, le mot a donné plusieurs dérivés : bryndzový ’au fromage, de fromage’, bryndziareň ’fromagerie’, bryndziarský ’fromager’ (se référant à l’industrie qui produit ce fromage), bryndzovník ’gâteau au fromage’ (fait avec ce fromage). Par règlementation de la Commission européenne, le mot est entré dans une appellation d'origine protégée (bryndza podhalańska, ce type de fromage produit dans la région polonaise de Podhale)[12] et dans une indication géographique protégée (slovenská bryndza, ce type de fromage produit en Slovaquie)[13].

Voici quelques autres mots roumains qui se retrouvent dans plusieurs langues[14] :

Roumain Bulgare Grec Polonais Macédonien Hongrois Serbe Turc
fluier ’flûte’ φλογέρα fujarka furulya фрула
masă ’table’ маса маса masa
gușă ’jabot, goître’ гуша γκούσα гуша
plăcintă ’galette’ palacsinta палачинка[15]

Deux autres mots empruntés par le serbe : бешика < bășică ’vessie’, паун < păun ’paon’.

D'autres mots empruntés par le hongrois : ’áfonya’ < afină ’myrtille’, ’ficsúr’ < fecior ’gars’, ’mokány’ < mocan ’montagnard’.

Le bulgare est la seule langue qui a emprunté, à côté de mots roumains proprement dits (гуша < gușă ’jabot’, ’goître’, мамалига < mămăligă ’polenta’ et маса < masă ’table’), des mots des langues romanes occidentales par l'intermédiaire du roumain : абонамент < abonament ’abonnement’, абонат < abonat ’abonné’, албум < album, булевард < bulevard ’boulevard’, класа < clasă ’classe’, визита < vizită ’visite’ et вот < vot ’vote’.

Le français n'a pratiquement pas emprunté de mots au roumain. Le seul qui figure dans le Le Trésor de la Langue Française informatisé comme emprunté au roumain est mamaliga[16]. Il y a trois mots roumains qui ne sont utilisés que par l'écrivain Raymond Queneau, dans son roman Pierrot mon ami : ’mitocan’ < mitocan ’malotru’[17], ’mocofan’ < mocofan ’nigaud’[18] et ’badaran’ < bădăran[19].

Notes et références

  1. Editura Științifică și Enciclopedică, Bucarest, 1988.
  2. Selon des recherches plus récentes (Gheorghe Mihăilă, Cuvintele de origine autohtonă în limba română (Les mots d'origine autochtone en roumain), dans Ziua, 30 janvier 2006, la proportion de ces mots serait de 1,43%.
  3. Dexonline.
  4. Dexonline. Exemple donné par Theodor Hristea, Calcul lingvistic ca procedeu de îmbogățire a vocabularului (Le calque linguistique, procédé d'enrichissement du vocabulaire), dans Constantin Dominte, Introducere în teoria lingvistică. Antologie pentru Seminarul de Teorie a Limbii (Introduction à la théorie linguistique. Anthologie pour le séminaire de théorie de la langue).
  5. Hristea, op. cit.
  6. Exemples de Gheorghe Constantinescu-Dobridor, Mic dicționar de teminologie lingvistică (Petit dictionnaire de terminologie linguistique), Albatros, Bucarest, 1980.
  7. Theodor Hristea, Procedee interne de îmbogățire a vocabularului (Procédés internes d'enrichissement du vocabulaire), dans Constantin Dominte, op. cit. Les exemples de cette section aussi proviennent de cette source.
  8. Cf. Constantinescu-Dobridor, op. cit. Les exemples de cette section proviennent de la même source.
  9. Quelques centaines selon Károly Gerstner, A magyar nyelv szókészlete (Lexique du hongrois), dans Ferenc Kiefer, Magyar nyelv (La langue hongroise), Akadémiai Kiadó, Budapest, 2006, p. 453 ; plus de 2000 selon Marius Sala (dir.), Enciclopedia limbilor romanice (Encyclopédie des langues romanes), Editura Științifică și Enciclopedică, Bucarest, 1989, p. 279. Ce dernier ouvrage est aussi la source des autres informations de cette section.
  10. Marius Sala, loc. cit.
  11. Translittération de Yiddish Dictionary Online.
  12. EUR-Lex, Règlement (CE) n° 642/2007 de la Commission du 11 juin 2007.
  13. EUR-Lex, Règlement (CE) n° 676/2008 de la Commission du 16 juillet 2008.
  14. Exemples de Marius Sala, loc. cit. qu'on trouve également dans des dictionnaires en ligne des langues en cause.
  15. Ce mot existe aussi en allemand d'Autriche : Palatschinke (Reverso).
  16. TLFi.
  17. Site Scribd, p. 127.
  18. Scribd, p. 127.
  19. Scribd, p. 129.


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