Alexandre Ier de Grece

Alexandre Ier de Grece

Alexandre Ier de Grèce

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Alexandre Ier de Grèce
Αλέξανδρος Α΄
Roi des Hellènes
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Règne
10 juin 1917 - 25 octobre 1920
Investiture 10 juin 1917
Dynastie Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg
Titre complet Roi des Hellènes et
prince de Danemark
Prédécesseur Constantin Ier de Grèce
Successeur Constantin Ier de Grèce
Premier(s) ministre(s) Elefthérios Venizélos

Autres fonctions
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Biographie
Naissance 1er août 1893
Hellenic Kingdom Flag 1935.svg Athènes (Grèce)
Décès 25 octobre 1920
Hellenic Kingdom Flag 1935.svg Athènes (Grèce)
Père Constantin Ier de Grèce
Mère Sophie de Prusse
Conjoint(s) Aspasía Mános
Descendance Alexandra de Grèce

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Monarques de Grèce

Alexandre Ier de Grèce (en grec moderne : Αλέξανδρος Α΄ της Ελλάδας / Aléxandros I tis Elládhas) est né au palais d'été de Tatoï, près d’Athènes, le 1er août 1893 et est décédé dans la capitale grecque le 25 octobre 1920. Il est roi des Hellènes du 10 juin 1917 à sa mort.

Deuxième fils du roi Constantin Ier de Grèce, le prince Alexandre succède à son père en 1917 après que les Alliés ont poussé ce dernier et son fils aîné, le diadoque Georges, à partir en exil en Suisse. Sans réelle expérience politique, le nouveau souverain est emprisonné dans son propre palais et ses ordres ne sont pas suivis. Son Premier ministre, le Crétois Elefthérios Venizélos, gouverne avec l’appui des puissances de l’Entente. Réduit au statut de fantoche, Alexandre Ier soutient toutefois les troupes grecques dans leur guerre contre la Bulgarie et l’Empire ottoman. Il devient finalement le souverain d’une Grèce considérablement agrandie après la Première Guerre mondiale et le début de la Guerre gréco-turque de 1919-1922. Sur un plan privé, Alexandre Ier contracte une union considérée comme inégale avec une jeune « aristocrate » grecque, Aspasía Mános, en 1919. Le mariage provoque un énorme scandale en Grèce et au sein de la famille royale et la jeune fille est forcée de quitter le pays pendant plusieurs mois. Peu de temps après avoir retrouvé son épouse, Alexandre est mordu par un singe domestique et meurt de septicémie. La disparition du souverain cause d’importantes difficultés politiques en Grèce et pose la question de la survie du régime monarchique.

Sommaire

Famille

Alexandre Ier est le deuxième fils du roi Constantin Ier de Grèce (1868-1923) et de son épouse la princesse Sophie de Prusse (1870-1932), elle-même fille de l’empereur Frédéric III d’Allemagne (1831-1888) et de sa femme la princesse Victoria du Royaume-Uni (1840-1901).

Alexandre a donc la particularité généalogique d'être à la fois l'arrière-petit-fils du roi Christian IX de Danemark (1818-1906), surnommé « le beau-père de l'Europe », et celui de la reine Victoria Ire du Royaume-Uni (1819-1901), surnommée la « grand-mère de l'Europe ».

Le 17 novembre 1919, Alexandre Ier épouse, à Athènes, l’« aristocrate[N 1]» grecque Aspasía Mános (1896-1972), fille du colonel Petros Mános (1871-1918), et de son épouse Maria Argyropoulos (1874-1930). De cette union inégale[N 2] naît une fille posthume :

Biographie

Les enfants du roi Constantin Ier de Grèce. De gauche à droite, on peut voir la princesse Hélène (future reine de Roumanie), la princesse Irène (future reine de Croatie), le diadoque Georges (futur Georges II), le prince Alexandre (futur Alexandre Ier) et le prince Paul (futur Paul Ier). Seule la princesse Catherine est absente de la photographie.

Un prince grec

Enfance

Deuxième fils du diadoque Constantin, le prince Alexandre passe une enfance heureuse entre le palais royal d’Athènes et celui de Tatoï. Avec ses parents, il effectue de nombreux voyages à l’étranger et rend régulièrement visite à sa grand-mère maternelle, l’impératrice douairière d’Allemagne, qui a une affection particulière pour sa descendance grecque[1]. Le prince visite également le Danemark, le Royaume-Uni[2] et la Russie, dont les souverains sont de proches parents de sa famille.

Très proche de sa sœur cadette, Hélène, Alexandre l’est moins de son frère aîné Georges, avec lequel il a peu d’affinités[3]. Alors que son aîné est un enfant sérieux et réfléchi, Alexandre est beaucoup plus malicieux et extraverti : il fume des cigarettes fabriquées avec du buvard d'écolier, s’amuse à mettre le feu dans la salle de jeu du palais et manque un jour de tuer son petit frère Paul en le promenant à toute vitesse dans une charrette pour enfants[1].

Carrière militaire

L’éducation que reçoit Alexandre est soignée mais elle ne l’est pas autant que celle réservée à son frère aîné car il n’est pas destiné à monter un jour sur le trône. Contrairement à Georges qui effectue une partie de sa formation militaire en Allemagne[4], Alexandre suit toute sa scolarité en Grèce. Il intègre ainsi la Scole Evelpidon, une académie militaire de renom où ont déjà étudié plusieurs de ses oncles. Dans cette prestigieuse institution, le prince se fait cependant davantage remarquer pour son talent pour la mécanique que pour ses capacités intellectuelles[3]. De fait, Alexandre est passionné par les voitures et les motos. Il est d’ailleurs l’un des premiers Grecs à acquérir une automobile[1].

En 1912-1913, le prince se distingue au combat lors des Guerres balkaniques[3]. Jeune officier, il est attaché, avec son frère aîné, au service de son père et accompagne celui-ci lors de son entrée, à la tête de la Première Division grecque, dans la ville de Thessalonique en 1912[5]. À la fin de la Première Guerre balkanique, la cité et sa région sont rattachées à la Grèce, ce qui permet au pays d'accroître considérablement sa superficie. Cependant, peu de temps après, le roi Georges Ier est assassiné dans la ville et le père d'Alexandre monte à son tour sur le trône sous le nom de Constantin Ier[6].

Vie sentimentale

Article connexe : Aspasía Mános.

En 1915, Alexandre retrouve l’une de ses amies d’enfance[N 3], Aspasía Mános, lors d’une fête donnée à Athènes par le maréchal Théodore Ypsilántis. La jeune fille, qui revient tout juste de France et de Suisse où elle a fait ses études, est jugée très belle par ses contemporains[N 4]. Pour Alexandre qui, à l’âge de vingt-et-un ans, collectionne déjà les conquêtes, c’est un coup de foudre[7]. À partir de cette soirée, le prince ne cherche plus qu’à séduire la jeune femme et part même la rejoindre sur l’île de Spetses, où elle se rend en vacances cette année-là. Cependant, Aspasía se montre réticente face à ce prince qui lui fait la cour. Lui aussi est certes considéré comme très beau mais la réputation que lui valent ses nombreuses liaisons passées n’est pas pour la séduire[7]. Malgré tout, Alexandre parvient à conquérir la belle « aristocrate » grecque. Très amoureux, le couple se fiance même mais l'engagement reste secret. De fait, pour le roi Constantin et la reine Sophie, il n’est pas envisageable que leurs enfants épousent des personnes qui ne sont pas de leur rang[8]. Or, les Mános ont beau être issus de la « haute aristocratie » phanariote et avoir, parmi leurs ancêtres, des gouverneurs de principautés roumaines, ils ne sont pas de sang royal[9].

Roi des Hellènes

Un contexte difficile

Article détaillé : Schisme national.
Le roi Constantin Ier en uniforme de feld-maréchal allemand.

Pendant la Première Guerre mondiale, le roi Constantin Ier de Grèce mène une politique de neutralité bienveillante envers l’Allemagne et ses alliés de la Triplice. Beau-frère du kaiser Guillaume II, le roi est par ailleurs assez germanophile depuis qu’il a effectué une partie de sa formation militaire en Prusse. Ce comportement provoque la rupture entre le souverain et son Premier ministre, Elefthérios Venizélos, qui est quant à lui convaincu de la nécessité de soutenir les pays de la Triple-Alliance pour rattacher les minorités grecques de l'Empire ottoman et des Balkans au royaume hellène. Protégé par les pays de l'Entente, l'homme politique forme, en 1916, un gouvernement parallèle à celui du monarque à Thessalonique. Le centre de la Grèce est occupé par les forces alliées et le pays est en passe de sombrer dans la guerre civile : c'est le « Schisme national »[10].

En dépit de ce contexte difficile, Constantin Ier refuse de modifier sa politique et doit faire face à l'opposition toujours plus nette de l'Entente et des vénizélistes. En juillet 1916, un incendie criminel ravage le domaine de Tatoï et la famille royale échappe de peu aux flammes. Alexandre n'est pas touché mais sa mère sauve sa plus jeune sœur de justesse en la portant dans les bois sur plus de deux kilomètres. Parmi le personnel du palais et les pompiers venus éteindre le feu, seize personnes trouvent la mort[11].

Finalement, le 10 juin 1917, Charles Jonnart, le Haut-Commissaire de l'Entente en Grèce, ordonne au roi Constantin de quitter le pouvoir[12]. Sous la menace d'un débarquement de l'Entente au Pirée, le souverain accepte de partir en exil, sans toutefois abdiquer officiellement. Les Alliés ne souhaitant pas instaurer la république en Grèce, l’un des membres de sa famille doit lui succéder. Mais comme le diadoque est jugé tout aussi germanophile que son père[13], c’est d’abord à l’un des frères du souverain, le prince Georges, que les Alliés pensent pour le remplacer[14]. Cependant, Georges n’aspire plus à aucune charge politique depuis son échec en tant que haut-commissaire de la Crète autonome entre 1901 et 1905. Surtout, il se montre fidèle à son frère et refuse catégoriquement de monter sur le trône[15]. C’est donc le deuxième fils de Constantin, le prince Alexandre, que l’Entente choisit comme nouveau monarque[13].

Malgré tout, la destitution de Constantin ne fait pas l’unanimité chez les anciennes puissances protectrices du royaume hellène. Si la France ne cache pas sa joie de voir partir l’ancien roi et que la Grande-Bretagne ne fait rien pour empêcher Jonnart d’agir, le gouvernement provisoire russe proteste officiellement auprès de Paris[16]. Petrograd demande même qu’Alexandre ne reçoive pas le titre de roi mais seulement celui de régent afin de préserver les droits du souverain déposé et du diadoque. La Russie n’est cependant pas écoutée et c’est bien en tant que monarque qu’Alexandre monte sur le trône[17].

Roi malgré lui

Article connexe : Elefthérios Venizélos.
Elefthérios Venizélos, l'ennemi farouche de la famille royale grecque.

La cérémonie par laquelle Alexandre monte sur le trône le 10 juin 1917 est entourée de tristesse. Hormis l’archevêque d’Athènes Théoclète Ier, qui reçoit le serment du nouveau souverain, seuls y assistent le roi Constantin Ier, le diadoque Georges et le Premier ministre Alexandros Zaimis[18]. Aucune festivité ni aucune pompe n’entourent l’événement, qui demeure d’ailleurs secret[13]. Alexandre, qui a alors vingt-trois ans, a la voix cassée et les larmes aux yeux lorsqu’il prête serment de fidélité sur la constitution grecque[18]. Il sait qu’il s’apprête à jouer un rôle difficile dans la mesure où l’Entente et les vénizélistes sont opposés à la famille royale et ne sont pas prêts à lui obéir. Surtout, il est conscient que son règne est de toute façon illégitime. De fait, ni son père ni son frère aîné n’ont renoncé à leurs droits sur la couronne et, avant la cérémonie, Constantin a longuement expliqué à son fils qu’il est désormais l’occupant du trône mais pas le véritable monarque[13].

Le soir même de la cérémonie, la famille royale décide de quitter le palais d’Athènes pour se rendre à Tatoï. Mais les habitants de la capitale refusent de voir leurs souverains partir en exil et des foules se forment autour du palais pour empêcher Constantin et les siens d’en sortir. Le 11 juin, le roi et sa famille parviennent à s’enfuir en cachette de leur résidence[19]. Dès le lendemain, le roi, la reine et tous leurs enfants hormis leur deuxième fils gagnent le petit port d’Oropos et prennent le chemin de l’exil[20]. C’est la dernière fois qu’Alexandre Ier est en contact avec sa famille[N 5].

Un roi fantoche

Une fois ses parents et ses frères et sœurs partis en exil, Alexandre Ier se retrouve totalement isolé par les nouveaux hommes forts de la Grèce. De fait, les vénizélistes et les représentants de l’Entente font comprendre aux oncles et tantes du jeune roi, et en particulier au prince Nicolas, qu’ils ne sont plus les bienvenus au palais royal car ils pourraient avoir une influence néfaste sur le souverain[21]. Par ailleurs, l’ensemble du personnel de la monarchie est progressivement remplacé par les ennemis de Constantin Ier et le souverain se voit écarté de ses amis, quand ceux-ci ne sont pas tout simplement emprisonnés. Même les portraits de sa famille sont retirés des résidences d’Alexandre et il arrive aux nouveaux ministres de l’appeler en sa présence « fils de traître »[22].

Dès le 26 juin 1917, le jeune roi doit appeler Elefthérios Venizélos à la tête du gouvernement. Malgré les promesses faites par l’Entente lors du départ de Constantin, Zaimis est en effet contraint à démissionner et Venizélos revient à Athènes[23]. Cependant, Alexandre s’oppose presque immédiatement au Crétois et, contrarié par les rebuffades du souverain, l’homme politique menace rapidement de le destituer et de nommer à sa place un conseil de régence au nom du prince Paul, alors mineur. Finalement, les puissances de l’Entente demandent l’apaisement à Venizélos et Alexandre conserve la couronne[24]. Mais, espionné nuit et jour par les partisans du Premier ministre, le monarque devient rapidement prisonnier dans son propre palais et ses ordres ne sont pas écoutés[22].

Dans les affaires d’État, Alexandre Ier n’a aucune expérience et ses ministres ne l’aident guère à se former à son métier de roi. Le jeune homme est cependant dévoué à sa tâche et accomplit son travail avec sérieux[22], même s’il prend rarement la peine de lire les documents officiels qu’il est amené à signer[25]. À l’extérieur du palais, les fonctions du roi sont limitées. Elles se résument à peu près à visiter le front macédonien afin de soutenir le moral des troupes hellènes. Depuis le retour de Venizélos au pouvoir, Athènes est en effet en guerre contre les empires centraux et les soldats grecs combattent les Bulgares au nord[26].

Roi d’une Grèce plus vaste

L'expansion territoriale de la Grèce entre 1832 et 1947.

À la fin de la Première Guerre mondiale, la Grèce a considérablement élargi ses frontières de 1914. Les traités de Neuilly (1919) et de Sèvres (1920) confirment d'ailleurs les conquêtes territoriales du pays. Athènes acquiert ainsi la majeure partie de la Thrace (auparavant sous domination bulgare et turque), plusieurs îles égéennes ottomanes (dont Imbros et Ténédos) et même la région de Smyrne, en Ionie, placée sous mandat grec[27]. Alexandre devient ainsi le souverain d’un royaume hellène au territoire augmenté d’environ un tiers et il n’en est pas peu fier[26]. Ce n’est cependant pas le monarque qui en retire la gloire mais, encore une fois, Venizélos. C’est en effet le Premier ministre qui s’est déplacé à Paris lors des négociations de paix avec l’Empire ottoman et c’est lui qui reçoit, des mains mêmes du roi, une couronne de laurier pour son travail en faveur de l’hellénisme, lors de son retour en Grèce en août 1920[28].

Malgré tout, les Grecs ne se montrent pas satisfaits des gains territoriaux qu’ils retirent du premier conflit mondial. Désireux d’annexer Constantinople et une partie plus vaste de l’Asie mineure ottomane, ils envahissent l’Anatolie au-delà de Smyrne et cherchent à prendre Ankara dans le but d’anéantir la résistance turque menée par Mustapha Kemal[29]. C’est le début de la Guerre gréco-turque de 1919-1922. Et si le règne d’Alexandre Ier voit l’armée hellène remporter victoire sur victoire contre ses ennemis, ce sont finalement les forces révolutionnaires d’Atatürk qui obtiennent la victoire en 1922[N 6].

Mariage

Un mariage controversé

Le jour de son accession au trône, le 10 juin 1917, Alexandre a révélé à son père sa liaison avec Aspasía Mános et lui a demandé l’autorisation d’épouser la jeune fille. Très réticent à l’idée du mariage de son fils avec une femme de sang non-royal, Constantin a alors demandé à Alexandre d’attendre la fin des hostilités pour s’engager. En contrepartie, le roi lui a cependant promis d’être son témoin le jour de ses noces. Dans ces circonstances, Alexandre a accepté de repousser son projet jusqu’au rétablissement de la paix en Grèce[30].

Cependant, les mois passant, le jeune roi supporte de plus en plus mal la séparation d’avec sa famille. Régulièrement, il écrit des lettres à ses parents mais ses courriers sont interceptés par le gouvernement et sa famille ne les reçoit pas[23]. Dans ces conditions, le seul réconfort d’Alexandre reste Aspasía et il prend la décision de l’épouser malgré les recommandations de son père et l’opposition de son Premier ministre. De fait, Elefthérios Venizélos a beau être un ami de Petros Mános[7], le père d’Aspasía, il préfèrerait voir le monarque épouser la princesse Mary du Royaume-Uni afin de consolider les liens qui unissent la Grèce à sa puissante alliée, la Grande-Bretagne[31],[N 7].

Aspasía Mános en costume grec traditionnel.

Malgré tout, le mariage d’Alexandre et d’Aspasía n’a pas que des ennemis. La dynastie grecque est en effet d’origine germano-danoise et il faut remonter au Moyen Âge byzantin pour retrouver des ancêtres grecs chez les souverains[N 8]. Dans ces circonstances, l’union du monarque et de sa fiancée permettrait d’helléniser la famille royale, ce qui ne serait pas pour déplaire à tous les Grecs. Enfin, chez les puissances étrangères mêmes, et particulièrement à l’ambassade anglaise, l’hypothèse de ce mariage est vue d’un bon œil. L'influence de la jeune femme est jugée positive sur le souverain[8]. La visite du prince Arthur, duc de Connaught et Strathearn, à Athènes en mars 1918 confirme d’ailleurs le soutien du Royaume-Uni au projet de mariage. Après avoir remis l’ordre du Bain à Alexandre, le fils de la reine Victoria demande à rencontrer Aspasía et déclare ensuite au souverain que, s’il avait été plus jeune, lui-aussi aurait cherché à épouser la jeune fille[31].

Un mariage inégal

Face aux oppositions, Alexandre et Aspasía décident de se marier secrètement. Avec l’aide du beau-frère de la jeune fille, Christo Zalocostas, et après trois essais infructueux, le couple parvient à s’unir devant un chapelain du palais royal, l'archimandrite Zacharistas, le 17 novembre 1919 au soir[8]. Après la cérémonie, le religieux jure de garder le silence sur l'acte qu’il vient de célébrer mais il rompt rapidement sa promesse et court se faire confesser par l’archevêque d’Athènes[32]. Or, selon la constitution grecque, les membres de la famille royale doivent non seulement obtenir l’autorisation du souverain pour se marier mais encore celle du chef de l’Église orthodoxe nationale[33]. En épousant Aspasía sans en référer à l’archevêque, Alexandre Ier a donc désobéi à la loi et son attitude cause un énorme scandale dans le pays. De plus, bien que le mariage du jeune couple soit considéré comme légal, Aspasía ne peut porter le titre de « reine de Grèce » : c'est donc sous le nom de « Madame Mános » qu'elle est désormais connue[26].

Malgré sa colère face à ce mariage inégal, Venizélos autorise Aspasía et sa mère à s’installer au palais royal à la condition que l’union ne soit pas rendue publique[8]. Malgré tout, l’information ne reste pas longtemps secrète et la jeune femme est obligée de quitter Athènes et la Grèce pour échapper au scandale. Elle s’établit alors à Rome, puis à Paris, où Alexandre Ier est autorisé à la rejoindre, six mois après, pour leur lune de miel. Finalement, Aspasía et son époux sont autorisés par le gouvernement à revenir ensemble en Grèce durant l’été 1920. Dans la capitale hellène, « Madame Mános » est d’abord accueillie chez sa sœur avant de s’installer au palais de Tatoï[34]. C'est pendant cette période qu'elle tombe enceinte, et le couple s’en fait une très grande joie[26].

Une disparition inattendue

L'accident du 2 octobre et ses conséquences

Le 2 octobre 1920, un incident survient pendant qu’Alexandre Ier fait une promenade sur les terres du domaine de Tatoï. Un singe domestique appartenant au régisseur des vignes du palais attaque le berger allemand du souverain et ce dernier tente de séparer les deux animaux. Mais, ce faisant, un autre singe attaque Alexandre et le mord profondément à la jambe et dans la région de l’estomac. Finalement, des domestiques accourent et chassent les primates. La plaie du souverain est ensuite nettoyée et pansée mais pas cautérisée. De fait, le roi ne prête guère attention à ce qui vient de lui arriver et demande même que la nouvelle de l’incident ne soit pas communiquée[35].

La reine Sophie de Grèce.

Cependant, Alexandre est atteint de forte fièvre dès le soir de l'événement : sa plaie s’infecte et il est bientôt atteint de septicémie. Devant la rapide évolution de son mal, les médecins envisagent de lui amputer la jambe mais aucun ne souhaite vraiment prendre la responsabilité d’un tel acte[36]. Pendant plusieurs jours, le jeune roi souffre atrocement sous l’effet de l’empoisonnement et ses cris de douleurs remplissent par moments le palais royal. Le 19 octobre, il commence à délirer et appelle sa mère auprès de lui dans son coma. Cependant, le gouvernement grec refuse de permettre à la reine Sophie de revenir dans le pays. À Saint-Moritz, où elle est exilée avec le reste de la famille royale, la souveraine supplie les autorités hellènes de la laisser prendre soin de son fils mais Venizélos reste inflexible. Finalement, la reine douairière Olga, veuve de Georges Ier, est autorisée à se rendre seule à Athènes auprès de son petit-fils. Mais, retardée par une mer agitée, la vieille femme arrive douze heures après sa mort, le 25 octobre 1920[37]. Informés par télégramme dans la nuit, les autres membres de la famille royale accueillent la nouvelle du décès avec beaucoup de tristesse[N 9]. Deux jours après le décès du monarque, ses funérailles sont célébrées dans la cathédrale d’Athènes. Une fois encore, la famille royale se voit refuser l’autorisation de séjourner en Grèce et la reine Olga est la seule parente du souverain (avec son épouse Aspasía[38]) présente à l’enterrement. Le corps d’Alexandre est ensuite enseveli sur les terres du domaine royal de Tatoï[39].

Pour la famille royale de Grèce, le règne d’Alexandre Ier n’a jamais été pleinement légitime. Dans le cimetière royal, alors que les tombes des autres souverains de la dynastie portent simplement l’inscription « Roi des Hellènes, prince de Danemark », on peut lire, sur la tombe du jeune souverain, les mots « Alexandre, fils du roi des Hellènes, Prince de Danemark. Il régna à la place de son père du 14 juin 1917 au 25 octobre 1920 »[39]. Selon la sœur préférée du monarque, la reine Hélène de Roumanie, ce sentiment d'illégitimité aurait d’ailleurs été largement partagé par le souverain lui-même, ce qui expliquerait en grande partie sa mésalliance[40].

La question de la succession

La reine Olga de Grèce en 1914.

Pour le gouvernement hellène, la mort d’Alexandre Ier pose la question de la succession au trône ainsi que celle de la forme du régime. Le roi ayant contracté une union inégale, sa descendance n’est pas dynaste en Grèce[N 10]; conserver la monarchie implique donc de trouver un nouveau souverain. Or, si le Parlement hellénique affirme officiellement qu’il ne demande pas la destitution de la dynastie mais seulement l’exclusion de Constantin Ier et du diadoque Georges[39], Elefthérios Venizélos cache, quant à lui, difficilement ses opinions républicaines. Malgré tout, le 29 octobre 1920, le gouvernement se résout à proposer la couronne au frère cadet d’Alexandre et de Georges, le prince Paul[41].

Cependant, le troisième fils de Constantin Ier refuse la couronne tant que son père et son frère aîné sont en vie. Il insiste sur le fait qu’aucun d’eux n’a renoncé à ses droits au trône et qu’il ne peut donc ceindre une couronne qui ne lui revient pas légitimement. Le trône étant vacant, les nouvelles élections législatives grecques se transforment en conflit ouvert entre les partisans de Venizélos et ceux de l’ex-roi Constantin. Le 14 novembre 1920, les monarchistes l'emportent et Dimitrios Rallis devient Premier ministre. Vaincu, l’homme politique crétois choisit de partir en exil. Avant son départ, il demande cependant à la reine Olga d’accepter la régence jusqu’au retour de Constantin[42].

Postérité

La ville de Dedeagatch, sur la frontière gréco-turque, a changé de nom en 1920, en l'honneur d'Alexandre, à l'occasion d'une visite royale. Elle s'appelle aujourd'hui Alexandroúpoli.

Annexes

Bibliographie

  • (fr) Édouard Driault et Michel Lheritier, Histoire diplomatique de la Grèce de 1821 à nos jours. Tome V, Paris, PUF, 1926.
  • (en) Michael of Greece, Arturo E. Beéche et Helen Hemis-Markesinis, The Royal Hellenic dynasty, Eurohistory, 2007. (ISBN 0977196151)
  • (es) Ricardo Mateos Sainz de Medrano, La Familia de la Reina Sofίa, La Dinastίa griega, la Casa de Hannover y los reales primos de Europa, La Esfera de los Libros, Madrid, 2004 (ISBN 84-9734-195-3)
  • (en) John Van der Kiste, Kings of the Hellenes: The Greek Kings, 1863-1974, Sutton Publishing, 1994 (ISBN 0750921471)
  • (en) A. B. Malan, « Monkey Bite » dans Royalty Digest n° 4, p. 280 et sq.
  • (fr) Jean-Fred Tourtchine, « Alexandre I » dans Le Royaume des Deux-Siciles volume II - Le Royaume de Grèce, collection Les Manuscrits du Cèdre. Dictionnaire historique et généalogique, CEDRE (Cercle d'études des dynasties royales européennes), décembre 1998, pp. 165 et 167 (ISSN 0993-3964)
  • (fr) Alexandra de Yougoslavie, Pour l'amour de mon roi, Gallimard, Coll. L'air du temps, Paris, 1957, tr. fr.

Lien externe

Liens internes

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Notes et références

Notes

  1. En dehors de la famille royale, il n'existe pas, à proprement parler, de noblesse, en Grèce. Dominique Frémy (dir.), « Noblesse » sur Quid.fr. Malgré tout, la famille d'Aspasía appartient à la haute société phanariote et a donné plusieurs voïvodes aux principautés roumaines. C'est la raison pour laquelle la jeune fille est souvent qualifiée d'« aristocrate ».
  2. On parle de « mariage inégal » pour qualifier l'union entre une personne issue d'une famille souveraine ou médiatisée avec un individu de rang inférieur, qu'il soit noble ou non. Pour plus de détail, voir l'article « mariage morganatique ».
  3. Aspasia est la fille de l’écuyer du diadoque Constantin et elle a donc beaucoup fréquenté les enfants de l’héritier du trône lorsqu’elle était petite. John van der Kiste, op. cit. , p. 117.
  4. L’écrivain britannique Compton MacKenzie la décrit ainsi : « Elle était grande et sa peau rappelait un ancien profil de la Grèce classique ». Quant au prince Christophe de Grèce, il la juge « exquisément belle, avec un profil similaire à celui des nymphes d’une frise grecque classique ». Cité par Ricardo Mateos Sainz de Medrano, op. cit., p. 176.
  5. Même lors de son séjour à Paris pendant sa lune de miel avec Aspasía, le gouvernement hellène fait tout pour empêcher les contacts entre Alexandre et ses parents. Ainsi, lorsque la reine Sophie tente de contacter son fils dans son hôtel parisien, un ministre intercepte l'appel et répond à la souveraine que « Sa Majesté est désolée mais qu'elle ne peut répondre au téléphone ». John van der Kiste, op. cit., p. 117.
  6. Le traité de Lausanne de 1923 consacre la perte des régions ottomanes conquises par la Grèce depuis 1919. Édouard Driault et Michel Lheritier, op. cit., p. 433-434.
  7. Cependant, selon le prince Pierre de Grèce, « il a été dit qu’Elefthérios Venizélos […] aurait encouragé le mariage [d’Alexandre et d’Aspasía] afin d’en tirer un profit politique pour lui et son parti en apportant le discrédit sur la famille royale ». Prince Peter of Greece and Denmark, « Comments by HRH Prince Peter of Greece and Denmark » dans Patricia H. Fleming « The Politics of Marriage Among Non-Catholic European Royalty » dans Current Anthropology, vol. 14, n° 3, The University of Chicago Press, juin 1973, p. 246.
  8. « Byzantine ancestry of Greek Royal Family » sur la Wikipédia anglophone.
  9. C'est le prince Nicolas qui reçoit le premier la nouvelle mais il ne la communique au couple royal que le lendemain matin. John van der Kiste, op. cit., p. 124.
  10. Il faut attendre juillet 1922 pour que la fille unique d’Alexandre soit pleinement reconnue comme un membre de la Maison de Grèce. Mais, de toute façon, la loi salique fonctionne dans le pays jusqu’au tout début du règne de Constantin II. Ricardo Mateos Sainz de Medrano, op. cit., p. 180, 402 et 238.

Références

  1. a , b  et c John van der Kiste, Kings of the Hellenes: The Greek Kings, 1863-1974, Sutton Publishing, 1994, p. 62.
  2. John van der Kiste, op. cit., p. 85-89.
  3. a , b  et c Ricardo Mateos Sainz de Medrano, La Familia de la Reina Sofίa, La Dinastίa griega, la Casa de Hannover y los reales primos de Europa, La Esfera de los Libros, Madrid, 2004, p. 174.
  4. John van der Kiste, op. cit. , p. 83.
  5. John van der Kiste, op. cit. , p. 72.
  6. John van der Kiste, op. cit. , p. 74-75.
  7. a , b  et c Ricardo Mateos Sainz de Medrano, op. cit., p. 176.
  8. a , b , c  et d Ricardo Mateos Sainz de Medrano, op. cit., p. 177.
  9. Généalogie de la princesse Aspasía sur Genealogics.
  10. John van der Kiste, op. cit., p. 89-101.
  11. John van der Kiste, op. cit., p. 96-98.
  12. John van der Kiste, op. cit., p. 106.
  13. a , b , c  et d John van der Kiste, op. cit., p. 107.
  14. Celia Bertin, Marie Bonaparte, Perrin, Paris, 1982, p. 215 et 220.
  15. Celia Bertin, op. cit., p. 220.
  16. Édouard Driault et Michel Lheritier, Histoire diplomatique de la Grèce de 1821 à nos jours. Tome V, Paris, PUF, 1926, p. 305-307.
  17. Édouard Driault et Michel Lheritier, op. cit., p. 306.
  18. a  et b John van der Kiste, op. cit., p. 107-108
  19. John van der Kiste, op. cit., p. 108-109
  20. John van der Kiste, op. cit., p. 110-111
  21. John van der Kiste, op. cit., p. 115
  22. a , b  et c John van der Kiste, op. cit., p. 112.
  23. a  et b John van der Kiste, op. cit., p. 113.
  24. Édouard Driault et Michel Lheritier, op. cit., p. 312.
  25. John van der Kiste, op. cit., p. 114.
  26. a , b , c  et d John van der Kiste, op. cit., p. 119.
  27. Édouard Driault et Michel Lheritier, op. cit., p. 382-384.
  28. Édouard Driault et Michel Lheritier, op. cit., p. 387.
  29. Édouard Driault et Michel Lheritier, op. cit., p. 386.
  30. John van der Kiste, op. cit., p. 117-118.
  31. a  et b John van der Kiste, op. cit., p. 118
  32. John van der Kiste, op. cit., p. 118-119.
  33. John van der Kiste, op. cit., p. 120-121.
  34. Ricardo Mateos Sainz de Medrano, op. cit., p. 178.
  35. John van der Kiste, op. cit., p. 122-123.
  36. John van der Kiste, op. cit., p. 123.
  37. John van der Kiste, op. cit., p. 123-124.
  38. Ricardo Mateos Sainz de Medrano, op. cit., p. 179.
  39. a , b  et c John van der Kiste, op. cit., p. 125.
  40. John van der Kiste, op. cit., p. 118.
  41. John van der Kiste, op. cit., p. 125-126.
  42. John van der Kiste, op. cit., p. 126.


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