Histoire Des Alpes-De-Haute-Provence

Histoire Des Alpes-De-Haute-Provence

Histoire des Alpes-de-Haute-Provence

L'histoire des Alpes-de-Haute-Provence est très ancienne puisque on trouve dans les Gorges du Verdon des traces d'habitats, une partie des objets découverts est actuellement exposée au musée de Quinson. Les premiers documents écrits, bien que fragmentaire, remonte à l'Antiquité ; les connaissances s'affinent lorsque apparaissent les registres communaux à partir du XVIème siècle.

Sommaire

Préhistoire

Antiquité

Le terroir pauvre et le terrain difficile expliquent le peuplement tardif de la région[1]. Durant l'âge du Fer, treize tribus celto-ligure vivaient dans cette région. Parmi elles, les Ésubiens (dans la vallée de l'Ubaye), les Bodiontici (vers Digne) ou les Salinienses (région de Castellane). Ces tribus formaient une confédération. Leur religion et leur organisation sociale étaient celte. Le noms et la localisation de ces tribus est à prendre avec précaution en l'état actuel des connaissance.

Cette confédération se modernisa et se cultiva grâce aux contacts commerciaux avec les Grecs de Massalia[réf. nécessaire]. Les contacts avec les Romains furent quant à eux plus violents (massacre d'une légion romaine par les Ésubiens dans la vallée de l’Ubaye, expédition punitive des Romains ensuite, au début du IIe siècle av. J.-C.). La région est laissée de côté par César, avant d’être soumise par Auguste. Les autochtones se romanisèrent petit à petit, des colonies romaines s'implantèrent (Segustero par exemple), si bien que la culture celto-ligure originelle finit par disparaître.

Le noms de nombres de ces tribus résistant à l'envahisseur romains figurent sur le Trophée des Alpes élevé par l'empereur Auguste à La Turbie.

La région resta à l’écart des invasions barbares qui dévastèrent le reste de l'Empire romain d'occident au Ve siècle après J.-C. La portion de territoire connue aujourd'hui comme le département des Alpes-de-Haute-Provence fut contrôlée par les Ostrogoths. C'est aussi vers la fin de l'Empire qu'elle fut christianisée, et des évêchés s'implantèrent ente autre à Riez et à Sisteron. Le préfet des Gaules Dardanus, chrétien et ami de Saint Augustin, se retira avec sa famille et 150 volontaires dans la région de Saint-Geniez et fonda La Cité de Dieu (comme en témoigne la Pierre écrite du défilé[1]).

Moyen Âge

En 507, les Francs conquirent la région. Le territoire du département est ravagé par les Saxons et les Lombards de 569 à 575, malgré la victoire que le patrice Mummole remporte sur eux à Estoublon en 572[2].

Au VIIIe siècle, les Sarrasins écumèrent la région, détruisant Riez, Salinae (Castellane) (pillant les autres villes importantes comme Sisteron ou Dinia. Des monastères furent détruits. La région se dépeupla. Les raids sarrasins continuèrent par intermittence jusqu'au Xe siècle au départ du Var (St Tropez, Port Grimaud)

Après la fin des raids musulmans, la prospérité revint dans les Alpes-de-Haute-Provence, la population augmenta et le commerce reprit. Boson Ier, de la maison de Bourgogne et d'origine Franque, se proclama Roi de Provence et Roi d'Arles. Sous son successeur Boson II naquit le comté de Provence, qui comprend le territoire du département des Alpes-de-Haute-Provence.

Le marquisat de Provence

Lorsque le comte Boson II au Xe siècle divisa son fief entre ses deux fils Guillaume et Rotbaus, le second reçu une partie composée d'une partie des Alpes-de-Haute-Provence (nord de la Basse Durance) et d'une partie du Dauphiné, appelée le marquisat de Provence.

Ce marquisat passa en 1037 par le mariage d'Emme, fille du comte de Provence sous le contrôle du comte de Toulouse, Guillaume III Taillefer. Ses descendants Raymond V (1148-1194), Raymond VI (1194-1222) et Raymond VII (1222-1249) monnayèrent à Pont-de-Sorgues une petite monnaie appelée Raimondin de Provence. Après l'éviction de l'hérésie cathare et la fin de la croisade en Languedoc, par le traité de Paris en 1229, Raymond VII devait céder le marquisat au Saint-Siège. Frédéric II (1197-1250) s'y opposa. La papauté entra en possession du marquisat de Provence en 1274.

Les comtes de Provence

Le 3 février 1112, le comte Raimond-Bérenger III de Barcelone épousa Douce de Gévaudan, comtesse de Provence et prit le titre de comte de Provence sous le nom de Raimond-Bérenger Ier.

En 1231, Raimond Bérenger IV de Provence, donna l'autorisation aux bourgs de Saint-Pons et de Faucon, dans la vallée de l'Ubaye, d'établir une nouvelle cité à mi-chemin entre les deux : ce fut la naissance de Barcelonnette.

En 1245, après la mort de Raymond Bérenger IV, le mariage de sa fille Béatrice avec le roi de Sicile, Charles d’Anjou, frère de saint Louis fit passer le comté de Provence sous la coupe de la maison angevine. En janvier 1277, Charles d’Anjou ayant racheté, moyennant une rente annuelle de quatre mille livres tournois, à Marie d’Antioche ses droits au trône, devint roi de Jérusalem, titre qui resta plus ou moins dans la famille jusqu'au roi René d'Anjou.

XVIe-XVIIe siècles

Le territoire des Alpes-de-Haute-Provence est envahi en décembre 1746, lors de la guerre de Succession d'Autriche. Après la défaite de Plaisance, le maréchal de Maillebois abandonne l’Italie du Nord et se replie derrière le Var. Il est remplacé par le maréchal de Belle-Isle, qui reconduit les Austro-Sardes en Italie.

À la veille de la Révolution française, l’actuel territoire des Alpes-de-Haute-Provence appartient à la Provence. Il est divisé en vigueries (Barcelonnette, Seyne-les-Alpes, Sisteron, Digne-les-Bains, Barrême, Colmars, Castellane, Moustiers et Forcalquier). Il est également partagé entre évêchés : diocèse d'Embrun, diocèse de Glandèves, diocèse de Senez, diocèse de Riez, diocèse de Digne, diocèse de Sisteron ; quelques paroisses dépendent de Gap, Aix et Apt[3]. Il est très pauvre : entièrement défriché, il ne produit que 3 à 8 quintaux à l’hectare[4] ; il ne compte que trois villes de plus de 3000 habitants, Digne, Sisteron et Manosque.

Révolution française

Prémices et États généraux

Les députés aux États généraux sont élus en février et mars, en deux étapes, d’abord en délégation par paroisse, puis au siège de la sénéchaussée, à Forcalquier.

La crise de subsistances, qui enchérit le pain, provoquent plusieurs émeutes : en mars à Barcelonnette, Riez[5], le 26 à Soleilhas[6] ; en mars toujours, l’évêque de Sisteron est lapidé car il est soupçonné d’accaparement par la foule[7].

La Grande Peur de l’été 1789 touche le département début août, notamment autour de Moustiers (aujourd'hui Moustiers-Sainte-Marie). À partir de rumeurs de troupes de brigands (500 Piémontais, 4000 Parisiens), les communes de Moustiers, Castellane, Riez, Digne, Seyne, Puimoisson, Vinon, s’organisent, s’arment, se communiquent leurs informations, inquiétantes ou rassurantes : un réseau de solidarité se constitue, la Peur ne provoque pas la fuite, mais la résistance armée. Son commandement est confié aux élites traditionnelles, et elle ne combat pas ; mais elle inquiète le Parlement, et ne se dissout pas quand les rumeurs s’évanouissent[8].

Création du département

Elle se fait progressivement et en concertation avec les communautés concernées. La Constituante part sur l’idée de diviser la Provence en trois départements, dont un au Nord. Le 7 février, les chef-lieux de district sont fixés à Forcalquier, Digne, Castellane, Barcelonnette et Sisteron. Quelques arrangements et échanges de communes ont lieu avec le département du Bas-Dauphiné (future Isère). Seize cantons sont prévus en mars, le canton de Moustiers pouvant se rattacher au district qu’il préfère. Les paroisses de Bras-d'Asse, Saint-Julien-d'Asse, Les Dourbes et Entrages peuvent choisir le canton qui leur convient le mieux[9].

Les critiques locales portent sur le déséquilibre entre les deux départements du Sud de la Provence (futurs Bouches-du-Rhône et Var), plus riches et peuplés, et celui du Nord, qui de plus n’a pas d’accès direct à la mer[10]. Certaines villes veulent compenser une perte et obtenir le siège d’un chef-lieu de district : Annot et Moustiers (qui perdent leur viguerie), et Riez (qui perd son évêché)[11]. Le département est néanmoins créé proche du projet initial.

Une fois créé, il perd deux cantons : le canton de Sault (24 août 1793), rattaché au Vaucluse à sa demande ; et le canton de Barcillonnette, rattaché aux Hautes-Alpes en janvier 1810[11]. De nombreux cantons sont progressivement supprimés, leur existence apparaissant moins justifiée : le département passe de 45 cantons (projet de 1790) à 30 en 1810[12].

Le département est un de ceux où la population soutient le plus la Révolution : outre le nombre de clubs politiques(deux communes sur trois ont une société populaire), 84 % des prêtres acceptent de prêter serment à la constitution civile du clergé[13].

Le département sous la Législative

En septembre 1792, un bataillon de grenadiers est levé[14] ; bientôt, de nouvelles troupes sont levées en mars 1793, pour sauver la patrie en danger.

En avril, Barras et Fréron sont envoyés en mission. Leur action entraîne en mai une réaction des administrateurs du département, qui se plaignent à la Convention.

La Convention nationale et la Terreur

En janvier 1793, le général Peyron mène un coup de main sur Digne, en menant une troupe de sans-culottes marseillais.

Du 21 au 26 juin, le col de Larche est attaqué par les Piémontais, et victorieusement défendu par le général Rossi. Le 13 août, les députés Ricord et Robespierre, en mission auprès de l’armée d'Italie, sont attaqués à Manosque, dont ils sont chassés avant de reprendre quelques jours plus tard le contrôle avec l’appui des républicains du secteur.

Le député Dherbez-Latour est envoyé en mission en septembre 1793 : il épure l’administration départementale le 29 novembre[15]. Au printemps 1794, il est en tournée dans le département et convertit plusieurs églises en Temples de la Raison.

Après Thermidor, l’envoyé en mission Gauthier épure à nouveau l’administration en janvier 1795.

Le Directoire

En janvier et février 1796, des émeutes ont lieu à Moustiers et Oraison : le général Peyron assure la répression. Les royalistes entretiennent l’insécurité en février et mars 1797, en assassinant les républicains à Oraison, Digne-les-Bains et Sisteron.

XIXe siècle

L'époque moderne a vu le département des Basses-Alpes se dépeupler à cause d'un exode rural massif après un pic de population au milieu du XIXe siècle. À l'écart des révolutions industrielles, le département a conservé sa ruralité.

Un exode rural massif

Après une croissance économique et démographique importante au XVIIIe siècle, le département s'est retrouvé surpeuplé au début du XIXe siècle, atteignant un maximum de plus de 150 000 habitants vers 1850. L'activité économique tournait essentiellement autour d'une agriculture vivrière méditerranéenne dans les plus basses vallées, montagnarde ailleurs (élevage, transhumance), généralement pauvre. C'est à partir de la seconde moitié du XIXe siècle que le département a commencé à se dépeupler, avec de nombreux départs vers les villes, plus prospères, ou vers le Mexique pour les habitants de la vallée de l'Ubaye. Après la Première Guerre mondiale qui fait de nombreuses victimes dans la population maculine partie au front, certains villages sont vidés de leurs habitants tandis que les autres voient leur population fortement réduite. Le nombre de commune chute rapidement, de 250 communes en 1900, il n'en reste aujourd'hui que 200.

Événements remarquables

En 1834, le département est frappé par l'épidémie de choléra qui ravage toute la Provence. En décembre 1851, à la suite du coup d’État de Napoléon III, une insurrection républicaine prend Digne et l'envoi d'une troupe loyaliste ne suffit pas à ramener l'ordre. La défaite des insurrections dans d'autres départements et l'isolement des insurgés qui s'ensuit entraîne la dispersion de la rébellion, mais de nombreuses personnes sont arrêtées durant la répression qui suit cet épisode.

Article détaillé : Résistance au coup d'État du 2 décembre 1851 en Provence.

Époque contemporaine

Seconde Guerre mondiale

Durant la Seconde Guerre mondiale, le département est d’abord situé en zone libre, avant de faire partie des départements occupés par l’Italie de novembre 1942 à septembre 1943[16], avant d’être occupés par l’Allemagne nazie. Le relief, la végétation et la faible densité de population ont permis à de nombreux maquis de se développer : les FFI comptaient entre 2000 et 5000 hommes en armes en juin 1944[17]. Les vallées de l’Asse et du Verdon sont le théâtre d'affrontements meurtriers et d’actes de résistance.

Castellane est libérée le 18 août 1944 par la 36e division d'infanterie[18], Digne-les-Bains le 19, par un détachement de la Task force Butler, qui libère le même jour Sisteron. La libération du département s'inscrit dans un mouvement vers le nord, le long de la route Napoléon, puis vers l'ouest, en direction de Crest (Drôme), qui vise ainsi à couper la retraite de l'armée allemande stationnée en Provence. La plus grande partie du département est ainsi libérée a la fin août 1944, mais une partie de l'armée allemande s'est retirée vers les cols alpins, et la vallée de l’Ubaye est en partie occupée lorsque survient l'hiver. Les Allemands se sont retranchés dans les forts autour du col de Larche. La libération de la vallée ne survient qu'au printemps 1945 grâce à l'action des troupes alpines et des FFI, soutenus par l’armée américaine.

Sources

Notes

  1. Raymond Collier, in Michel de La Torre, Alpes-de-Haute-Provence : le guide complet des 200 communes, Deslogis-Lacoste, coll. « Villes et villages de France », Paris, 1989, Relié, 72 (non-paginé) p. (ISBN 2-7399-5004-7) 
  2. Michel de La Torre, Alpes-de-Haute-Provence : le guide complet des 200 communes, Deslogis-Lacoste, coll. « Villes et villages de France », Paris, 1989, Relié, 72 (non-paginé) p. (ISBN 2-7399-5004-7) 
  3. Jean Gires, « L’ancien évêché de Digne », in Chroniques de Haute-Provence, Bulletin de la Société scientifique littéraire des Alpes-de-Haute-Provence, tome LIII, no 294, 1982, p 41
  4. Patrice Alphand, la Haute-Provence en 1789, La Révolution dans les Basses-Alpes, Annales de Haute-Provence, bulletin de la société scientifique et littéraire des Alpes-de-Haute-Provence, no 307, 1er trimestre 1989, 108e année, p 23
  5. La Révolution dans les Basses-Alpes, Annales de Haute-Provence, bulletin de la société scientifique et littéraire des Alpes-de-Haute-Provence, no 307, 1er trimestre 1989, 108e année, p 11
  6. Patrice Alphand, « Les Sociétés populaires», La Révolution dans les Basses-Alpes, Annales de Haute-Provence, bulletin de la société scientifique et littéraire des Alpes-de-Haute-Provence, no 307, 1er trimestre 1989, 108e année, p 296-298
  7. La Révolution dans les Basses-Alpes, p 14
  8. S. Varcin, « Moustiers et la Grande peur », La Révolution dans les Basses-Alpes, p 38-42
  9. Jean-Bernard Lacroix, « Naissance du département », La Révolution dans les Basses-Alpes, Annales de Haute-Provence, bulletin de la société scientifique et littéraire des Alpes-de-Haute-Provence, no 307, 1er trimestre 1989, 108e année, p 106
  10. Jean-Bernard Lacroix, p 108
  11. a  et b Jean-Bernard Lacroix, p 110
  12. Jean-Bernard Lacroix, p 112-113
  13. Albert Ceccarelli, La Révolution..., p 30
  14. La Révolution dans les Basses-Alpes, Annales de Haute-Provence, bulletin de la société scientifique et littéraire des Alpes-de-Haute-Provence, no 307, 1er trimestre 1989, 108e année, p 17
  15. 'La Révolution dans les Basses-Alpes, p 18
  16. Stéphane Simonnet, Atlas de la Libération de la France, éd. Autrement, Paris, 1994, réimp. 2004 (ISBN 2-7467-0495-1), p 60
  17. Stéphane Simonnet, p 40
  18. Stéphane Simonnet, p 33
Ce document provient de « Histoire des Alpes-de-Haute-Provence ».

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