Mikhaïl Alexandrovitch de Russie

Mikhaïl Alexandrovitch de Russie
Page d'aide sur l'homonymie Pour les autres membres de la famille, voir : Maison Romanov.
Mikhaïl Aleksandrovich de Russie (Михаил Александрович Романов)
Grand-duc Mikhaïl Aleksandrovich de Russie
Grand-duc Mikhaïl Aleksandrovich de Russie

Surnom Misha
Naissance 22 novembre 1878
Saint-Petersbourg
Décès 12 juin 1918 (à 39 ans)
Perm en Oural
Origine Romanov Flag.svg  Empire russe
Allégeance Flag of Russia.svg Empire russe
Arme Cavalerie
Grade Général de division de cavalerie
Années de service 1884 - 1917
Conflits Première Guerre mondiale
Commandement Commandant de la division de cavalerie indigène du Caucase
Distinctions Ordre de Saint-Georges St George Ribbon
Autres fonctions Héritier présomptif du trône de 1899 à 1904, Membre du Conseil d'État, membre du Conseil des Ministres, selon certains historiens dernier tsar de Russie sous le nom de Michel II de Russie
Famille Père : Alexandre III de Russie

Mikhaïl Alexandrovitch Romanov ou le Grand-duc Michel de Russie (en russe : Михаил Александрович Романов) (22 novembre 1878 à Saint-Pétersbourg12 juin 1918 à Perm dans l'Oural).

Grand-duc de Russie, membre de la dynastie des Romanov, il fut héritier présomptif du trône de 1899 à 1904, pendant une période où l'empereur Nicolas II n'avait pas encore d'héritier mâle. Il fut aussi membre du Conseil d'État (1901), membre du Conseil des ministres (1902), inspecteur général de cavalerie (19 janvier 1917), général de division de l'armée impériale de Russie pendant la Première Guerre mondiale.

Sommaire

Famille

Il était le fils du tsar Alexandre III de Russie et de son épouse née Dagmar de Danemark (Maria Fédorovna), donc le frère de Nicolas II de Russie. Ses plus proches parents régnaient sur la Russie, la Grande-Bretagne et les Indes, la Norvège, le Danemark et la Grèce.

Mariage et descendance

Après l'échec de plusieurs tentatives de fiançailles, le grand-duc s'éprit d'une femme mariée, Natalia Cheremetievskaïa (18801952) qui divorça pour lui. Ils n'eurent qu'un enfant, Georges (1910-1931), titré comte Brassov par l'empereur Nicolas II en mars 1915[1].

Biographie

Enfance

Mikhaïl Alexandrovitch de Russie fut le troisième fils et avant dernier enfant du couple impérial. Avec ses frères et sœurs il fut élevé au Palais de Gatchina, situé à quelques verstes de Saint-Petersbourg[2]. Très intelligent, il eut une prédilection pour l'Histoire, il considérait l'Histoire de la Russie comme une chronique familiale des Romanov. Fils préféré de ses parents, il fut un enfant choyé, d'un caractère facétieux, insouciant et doté d'une bonne santé, malgré l'imposante stature, (le tsar Alexandre III de Russie mesurait plus de 2 mètres) et le caractère de fer de son père, avec aplomb, il n'hésita pas à le chahuter. Mais la discipline de fer imposé par l'empereur, brisera Misha, comme son frère aîné, Nicolas II de Russie, le futur tsar de Russie deviendra un jeune homme d'une grande douceur et indécis. La grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie fut très proche de sa sœur cadette, la grande-duchesse Olga Aleksandrovna de Russie, elle lui attribua le surnom de « cher, chéri Floppy »[2]. En 1899, cette vie d'insouciance prit fin, son frère, le grand-duc Georgi Aleksandrovitch de Russie, second dans l'ordre de succession au trône décède de la tuberculose. Le 28 juin 1899, le grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie devient le second dans l'ordre de succession au trône impérial de Russie. Malgré tout, Misha demeura un jeune homme frivole, il atteindra une certaine maturité lors de sa rencontre avec Natalia Sergueïevna Cheremetievskaïa. Il fut un jeune homme de grande taille (comme beaucoup de membres masculins de la famille Romanov) doté d'un corps d'athlète, son frère aîné, Nicolas II de Russie fut quant à lui, un jeune homme de plus petite taille, (1,73 mètre) trapu, d'une extrême timidité, à l'inverse, Misha fut d'une nature rieuse, vive. Cette légèreté de caractère, vaudra plus tard au grand-duc un manque de confiance de la part des membres de la famille impériale.

Carrière militaire

En 1884, le grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie débuta sa carrière militaire. De 1897 à 1900, il servit dans la 5ème batterie d'un régiment d'artillerie à cheval de la Garde. De 1902 à 1904, il servit dans le régiment Préobanjensky, en 1904, il fut transféré dans un régiment de cuirassiers de la Garde. De 1909 à 1911, il commanda le 17ème régiment de Hussards de Tchernigov. En avril 1911, il fut nommé commandant en chef d'un régiment de cavalerie de la Garde. En août 1914, il fut promu général de division du régiment de cavalerie indigène du Caucase puis du 2ème corps de cavalerie. En 1916, il fut promu lieutenant-général puis adjudant-général. Le 19 janvier 1917, il fut nommé au posté d'inspecteur général de cavalerie. Après la Révolution de Février 1917, comme la plupart des membres de la famille Romanov, le grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie fut rayé des effectifs de l'armée, ses pensions lui furent retirées. (31 mars 1917)[3]

Béatrice de Saxe-cobourg-Gotha

En 1902, Michel Alexandrovitch de Russie s'éprit de Béatrice d'Édimbourg et de Saxe-Cobourg et Gotha (fille d'Alfred d'Édimbourg et de Saxe-Cobourg-Gotha et de Maria Alexandrovna de Russie. Le grand-duc voulut épouser la jeune princesse, mais en vertu des lois de l'Église orthodoxe, le mariage ne fut pas autorisé car ils étaient cousine et cousin au premier degré. Michel Alexandrovitch de Russie, la mort dans l'âme mit fin à sa relation avec la princesse.

Alexandra Kossikovskaïa dite Dina

En 1904, Michel Alexandrovitch de Russie rencontra Alexandra Kossikovskaïa qui répondait au surnom de Dina, une dame d'atour de sa sœur, la grande duchesse Olga Alexandrovna de Russie. Épris l'un et l'autre, ils décidèrent de se marier. Le grand-duc demanda à son frère aîné Nicolas II de Russie, la permission d'épouser Dina qui lui fut refusée : la jeune femme n'était pas de sang royal et un mariage morganatique aurait contraint Michel à renoncer à ses droits sur le trône. Le grand-duc tenta d'épouser Alexandra loin de de Saint-Pétersbourg mais ils échouèrent. Ils voulurent fuir ensemble à l'étranger, mais ils en furent empêchés. Michel finit par admettre les arguments de sa famille et Alexandra Kossikovskaïa s'exila volontairement en Angleterre et ne retourna jamais en Russie[1].

Natalia Cheremetievskaïa

Natalia Cheremetievskaïa, Princesse Romanovskaïa-Brassova et le grand-duc Mikhaïl Alexandrovitch de Russie

En décembre 1907, Michel Alexandrovitch rencontra et s'éprit de Natalia Cheremetievskaïa, une femme divorcée et mariée en secondes noces à Vladimir Wulfert, officier des Cuirassiers impériaux. Issue d'une famille non aristocratique, de plus divorcée, le tsar n'autorisa pas son frère à épouser Natalia Sergueïevna. La jeune femme fut envoyée en Europe tandis que le grand-duc reçut un commandement à Orel. Les deux amants correspondirent par lettres ou télégrammes, mais leur séparation devenant trop insupportable, pendant quelque temps, il vécurent ensemble en dehors des liens du mariage[2]. En août 1910, Michel et Natalia eurent un fils hors mariage : ils l'appelèrent Georges, comme le grand frère de Michel, le grand-duc Georges Alexandrovitch décédé en 1899. Le divorce entre Natalia Cheremetievskaïa et son mari ne fut prononcé qu'à l'automne 1910 après la naissance du jeune garçon qui fut enregistré comme "Georges Wulfert" par l'état civil. Nicolas II accepta de faire changer l'acte de naissance et de légitimer l'enfant qui s'appela désormais Georges Mikhaïlovitch Brassov (Brassov était le nom que Michel utilisait lorsqu'il désirait rester incognito et venait de sa propriété de Brassovo). Les règles de la cour interdisaient à un héritier potentiel du trône d'épouser une roturière (divorcée deux fois de surcroît), or Michel était le deuxième dans la ligne de succession, derrière le tsarevitch Alexis qui souffrait d'hémophilie. En 1912, après une promenade dans la forêt polonaise de Spala, le petit tsarevitch se blessa, victime d'une hémorragie interne, rapidement, les forces d'Aliosha s'amenuisèrent. Une douleur insupportable le faisait hurler, il refusait de manger, la fièvre ne cessait de monter, le tsarévitch était à l'agonie[4]. Averti de l'état gravissime de l'héritier du trône de Russie, le grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie s'affola. Son neveu mort, il devenait premier dans la ligne de succession au trône impérial. Pour Misha, il était inconcevable que sa maîtresse ne fût pas à ses côtés. La santé déficiente de sa belle-sœur, Alexandra Fiodorovna lui interdisait de donner le jour à un autre enfant. Non marié, Misha craignit que son frère, le tsar le maria à une quelconque princesse[2]. Par conséquent, au cours de l'agonie du tsarévitch, il se résolut donc à épouser morganatiquement Natalia. Le couple se maria en secret dans une église orthodoxe serbe de Vienne le 16 octobre 1912 (calendrier orthodoxe) contre la volonté de l'empereur. Michel Alexandrovitch, son épouse et son fils se virent donc contraints de vivre en exil hors de Russie, notamment en Grande-Bretagne[1]. Pour la famille impériale, l'union de Misha avec Natalia Sergueïevna Cheremetievskaïa fut considérée comme une lâcheté, une trahison. Les deux frères se quittèrent après une rencontre orageuse, ils ne se reverront qu'au début de la Première Guerre mondiale.

Néanmoins, Nicolas II accorda à Natalia Cheremetievskaïa le titre de comtesse Brassova (une épouse morganatique ne pouvait être grande-duchesse). De la même manière, Georges Mikhaïlovitch, qui ne pouvait prétendre à la succession, porta le titre de comte Brassov et non celui de grand-duc. Il mourut dans un accident de voiture le 22 juillet 1931, à l'âge de vingt et un ans. Sa mère, installée à Paris après la Révolution d'Octobre, finit par être titrée SAS princesse Romanovskaya-Brassova le 28 juillet 1935 par le grand-duc Kyrill Vladimirovitch de Russie, prétendant au trône en exil[1].

Héritier du trône

Lors de sa naissance, il figurait au quatrième rang de la ligne de succession au trône impérial après son père et ses frères, Nicolas Alexandrovitch et Georges Alexandrovitch. En 1894, au décès d'Alexandre III, son fils aîné lui succéda sous le nom de Nicolas II, Georges Alexandrovitch devint alors l'héritier présomptif du trône et Michel Alexandrovitch occupa le second rang dans l'ordre de succession au trône impérial de Russie.

Georges Alexandrovitch décéda de la tuberculose en 1899, Michel Alexandrovitch devint alors prince héritier. Selon la règle de succession russe, la grande-duchesse Olga Nikolaïevna ne pouvait succéder à son père tant qu'un héritier du trône de sexe masculin serait encore en vie.

Michel Alexandrovitch demeura l'héritier du trône de 1899 au 12 août 1904, date de la naissance du fils de Nicolas II, le tsarévitch Alexis Nicolaïevitch. Le grand-duc redevint deuxième dans l'ordre de succession.

A cette époque, son rôle ressemblait sur certains points à celui tenu par un vice-président des États-Unis ou au prince de Galles. Il représenta à maintes reprises le tsar Nicolas II à des mariages, à des obsèques dont ceux de la reine Victoria le 2 février 1901, et de l'oncle de l'Europe le roi Edouard VII en 1910.

Au cours de ses multiples voyages à l'étranger, le grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch apprit à apprécier la culture britannique, ses passions furent celles de l'élite anglaise de ce début du XXe siècle, il fut un cavalier émérite, il se passionna pour les automobiles comme le fut le kronprinz Guillaume de Prusse, il aima les animaux, il fut un passionné, de sport et de courses de chevaux. Au cours des années où il fut l'héritier du trône de Russie, il vécut au Palais de Gatchina situé près du quartier-général du régiment Préobraensky dont il était commandant. C'est dans ce petit village que le grand-duc rencontra sa future épouse Natalia Sergueïevna Cheremetievskaïa.

Première Guerre mondiale et Révolution

Le grand-duc Mikhaïl Alexandrovitch de Russie

Dès la déclaration de la Première Guerre mondiale, Michel Alexandrovitch de Russie demanda au tsar la permission de rentrer en Russie avec son épouse et son fils. Ils s'installèrent au Palais de Gatchina. Grâce à l'intervention de son ami, le général Ivan Invanovitch Vorontsov-Dachkov, il obtint le grade de général de division, il commanda la division Sauvage formée de Tchétchènes et de troupes du Daghestan, du Caucase, formée par six régiments de musulmans du Caucase. Il fut très apprécié par ses soldats. Ces hauts faits d'armes lui valurent l'Ordre de Saint-Georges.

À 3 heures 5, le 2 mars (calendrier julien) ou le 15 mars (calendrier grégorien) 1917, sous la pression des généraux et des représentants de la Douma, son frère Nicolas II abdiqua en faveur de son fils, Alexis. Toutefois, Nicolas II reconsidéra sa décision, sa réflexion fut la suivante : âgé de douze ans, souffrant d'hémophilie, séparé de ses parents, le jeune tsarévitch deviendrait vulnérable. Dans un second document, signé à 11 heures 15, mais inscrit comme ayant été rédigé à 3 heures 5, heure du précédent document. Nicolas II de Russie déclare : « Notre héritage, nous le léguons à notre frère, le grand-duc Michel Alexandrovitch et lui donnons notre bénédiction pour son accession au trône ».

La démission fut contresignée par le ministre de la Cour impériale, le comte Freederickz. Selon les lois fondamentales de l'Empire russe, Michel Alexandrovitch de Russie devint tsar de Russie le jour où l'abdication de son frère Nicolas II fut légalement proclamée. Michel Alexandrovtich fut proclamé « empereur Michel II de Russie » par les troupes russes et une minorité de villes.

L'accession au trône de Michel Alexandrovitch de Russie fut acceptée par la majorité du nouveau gouvernement provisoire, à l'exception notable d'Alexandre Kerensky, représentant du Soviet de Petrograd qui venait d'être formé.

Arguant que le Soviet n'accepterait pas le maintien de la monarchie, Alexandre Kerensky persuada le grand-duc Michel de renoncer à régner. Accompagné de deux avocats (dont Vladimir Nabokov, père du futur écrivain), ils rédigèrent une déclaration de renonciation au trône à signer par le grand-duc. Le lendemain, 16 mars 1918, Michel Alexandrovitch de Russie signa le document. Dans cet acte d'abdication, le grand-duc ne refusa pas le trône, mais reporta l'exercice de l'autorité sur le gouvernement provisoire, dans l'attente d'un vote démocratique par lequel le peuple russe déciderait de la conservation ou du remplacement de la monarchie. Le manifeste dit entre autres :

« Je suis fermement résolu à assumer le pouvoir si telle est la volonté de notre grand peuple, qui doit désormais au suffrage universel et par l'intermédiaire de l'Assemblée constituante établir une forme de gouvernement et de nouvelles lois fondamentales de l'État russe ».

Cette renonciation au trône, bien que provisoire et conditionnelle, marqua la fin du régime impérial en Russie.

Michel Alexandrovitch de Russie ne régna qu'un seul jour et se désista de tout engagement. Son frère Nicolas II de Russie est considéré comme le dernier tsar de Russie.

Lors de la prise de pouvoir par les bolcheviks en octobre 1917, le grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie obtint un laissez-passer danois pour l'ancien chef du gouvernement provisoire Alexandre Kerensky.

Sous le gouvernement provisoire d'Alexandre Kerenski, le couple continua à résider dans leur maison de Gatchina. Mais sous la pression des bolcheviks, le couple sera assigné à résidence surveillée dans leur demeure de Gatchina, le couple continue à vivre tranquillement ce qui, quelques mois plus tard sera fatal au grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie. À l'été 1917, celui-ci prend conscience de la gravité de la situation politique en Russie, à contre-cœur, mais dans le but de protéger son épouse et son fils, il décide de s'exiler au Royaume-Uni. Sa décision de partir devient encore plus forte lorsqu'il est informé de l'ordre de transfert de son frère et de sa famille à Tobolsk. Quelque temps après sa dernière entrevue avec le tsar, le 31 juillet 1917, le grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie et Natalia Sergueïevna Cheremetievskaïa, comtesse Brassova sont retenus prisonniers dans leur demeure de Gatchina. La comtesse Brassova pressentant le danger, tenta à plusieurs reprises d'obtenir des visas pour quitter la Russie. Elle établit un contact avec le chef de la police bolchevique de Petrograd, Moïsseï Ouritsky, elle obtiendra un entretien avec Lénine, ce dernier subit la colère de la comtesse qui exigent des laissez-passer signés. Toutes les tentatives de Natalia Sergueïevna Cheremetievskaïa demeurèrent vaines.

Les derniers jours

Le grand-duc Mikhaïl Alexandrovitch de Russie "Réunion inaugurale du Conseil d'État le 7 mai 1901 en l'honneur du centième anniversaire de sa création", une esquisse sur toile du peintre russe Ilia Efimovitch Repine

Par ordre du Sovnarkom (le Conseil des commissaires du Peuple) Mikhaïl Alexandrovitch fut arrêté et emmené à Perm où il fut installé dans le confortable hôtel Koroliev avec son fidèle secrétaire Nikolaï Johnson (qui était Russe, en dépit de son nom anglais). Natalia Cheremetievskaïa, princesse Romanovski-Brassova, rencontra Lénine qui ne lui fit aucune promesse, précisant que « cela ne dépendait pas de lui », le soir même, le gouvernement soviétique décida de maintenir Mikhaïl Romanov en détention dans l'Oural jusqu'à nouvel ordre[1].

Le grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie et son secrétaire bénéficièrent d'une relative liberté, ils ne sont pas soumis à une stricte surveillance. La nature généreuse de Misha le pousse à croire à un malheureux malentendu, il est convaincu de sa mise en liberté prochaine. Il ne tente même aucune évasion. Éloigné des siens, il manifeste sa répprobation en se laissant pousser la barbe, en ôtant son uniforme militaire pour des vêtements civils. Les journées s'écoulent, le grand-duc écrit de longues lettres à son épouse, il poursuit l'écriture de son journal, les jours de marché, il se promène le long des étals, accompagné de son fidèle secrétaire, il se promène dans les rues de la ville. Hormis, les gardes rouges, les habitants de Perm le considèrent toujours comme un grand-duc de Russie, il bénéficie de leur sympathie ce qui a le don d'irriter les Bolcheviks. Ce semblant de liberté voulu par les Gardes rouges, endort la méfiance de Misha, en outre, la comtesse Natalia Sergueïevna Cheremetievskaïa obtint la permission de rendre visite à son époux à Perm, pendant un mois, le couple vécut ses derniers instants de bonheur. Au moment des adieux sur le quai de la gare, ni l'un, ni l'autre ne se doute qu'ils s'étreignent pour la dernière fois.

La naïveté du grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie lui fit commettre nombre d'erreurs, il adresse plusieurs lettres à Lénine afin de lui demander la permission de vivre en Crimée comme un russe ordinaire ou dans son domaine de Brassovo, sur ses lettres, il stipule qu'il abandonnera ses titres et ses privilèges impériaux. Lénine et son secrétaire, le sociologue et éditeur Vladimir Bontch-Brouïevitch (1873-1955) prirent un malin plaisir à se moquer du grand-duc. Lénine répondra au grand-duc : « Je ne m'occupe pas de ces affaires »[5].

Dans les premiers jours de juin 1918, les troupes tchétchènes restées fidèles recherchent leur ancien général dans la région de Perm, Un ordre provenant de Moscou ordonne au soviet de Perm d'exécuter le grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie et son secrétaire Nikolaï Johnson.

Aucune trace de l'implication de Lénine dans l'assassinat du grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie n'existe, aucun document signé de sa main ne fut découvert à ce jour. Quelques années plus tard, les proches du révolutionnaire ont reconnu que Lénine était le principal instigateur de cette exécution.

L'exécution du grand-duc-Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie

Commandant d'une division caucasienne, le grand-duc Mikhaïl Alexandrovitch de Russie vêtu de la tcherkesska (longue veste portée par les Caucasiens ou les Cosaques du Kouban et du Terek) et son épouse, la comtesse Natalia Sergueïevna Chremetievskaïa, comtesse Brassova

Les archives disponibles de la Russie soviétique indiquent que dans la nuit du 12 juin 1918 au 13 juin 1918, trois hommes de la Tcheka allèrent chercher le grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie et son secrétaire Johnson à l'hôtel Koroliev de Perm, où ils étaient maintenus en semi-détention, les trois inconnus présentèrent un « mandat d'amener de la Tcheka »[6]. L'un des hommes réveilla le grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie, refusant d'accompagner l'homme, il exigea la présence d'un Bolchevik, le président de la Tcheka Malkov. Après une empoignade par l'épaule et cette phrase lapidaire : « Vous les Romanov, vous commencez tous à nous casser les pieds ! » [7], le grand-duc consentit à s'habiller. Les inconnus les obligèrent à monter dans deux voitures différentes. Ils se dirigèrent vers le petit village de Motovilikha, puis continuèrent pendant environ un kilomètre puis se dirigèrent vers une zone boisée. Puis Joujgov cria : « Tout le monde descend » [8]! Les deux hommes descendirent des deux voitures, à peine le secrétaire Johnson avait-il posé le pied à terre que l'un des hommes, Andreï Markov lui tira une balle en pleine tête puis ce fut le tour du grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie également atteint à la tête. Le grand-duc avait 39 ans. Les premières lueurs du jour apparraissant, la proximité de la route empêchèrent les trois hommes d'enterrer les cadavres. Ils les déplacèrent loin de la route et les recouvrirent des branches. Les trois hommes reprirent le chemin du hameau de Motovilikha. Le lendemain dans la nuit, Joujgov revint sur les lieux du crime, il brûla les corps. Leurs dépouilles ne furent jamais retrouvées.

Le grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie fut le premier membre de la famille Romanov à être exécuté, du 13 juin 1918 au 28 janvier 1919, 18 membres de la famille Romanov seront assassinés parfois dans d'atroces conditions. Misha sera assassiné trois semaines avant son frère aîné, le tsar Nicolas II de Russie. Il fut prénommé Mikhaïl comme son ancêtre Michel Ier de Russie, le fondateur de la Dynastie des Romanov qui régna pendant 300 ans sur l'immense empire de la Russie, selon certains historiens, il est le dernier tsar (Michel II de Russie). Il existe également des coincidences avec Nicolas II de Russie, Michel Ier de Russie fut couronné tsar au monastère Ipatiev, Nicolas II de Russie fut assassiné le 18 juillet 1918 dans la maison Ipatiev.

Les trois hommes participant à cette exécution sommaire furent : Andreï Markov (?-1965), il fut le principal témoin de l'assassinat du grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie, après l'assassinat des deux hommes il s'appropriera la montre du secrétaire Johnson aujourd'hui conservée dans les Archives du parti de Perm. Il achèvera le grand-duc d'une balle. Joujgov blessa le grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie, le troisième homme fut Kolpachtchikov[9].

Sur le mur de l'hôtel Koroliev, où le grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie vécut les derniers jours de son existence, sur les lieux de son exécution, des plaques furent apposées. En mémoire du grand-duc et de son secrétaire, des services religieux orthodoxes sont régulièrement célébrés[3].

Réhabilitation

Le 6 juin 2009, le Parquet général de Russie a annoncé la réhabilitation du grand-duc Michel Alexandrovitch de Russie et de cinq autres membres de la famille impériale de Russie assassinés par des hommes de Tchéka lors de la Révolution russe[10].

Carrière militaire

Distinctions

Généalogie

Michel Alexandrovitch de Russie appartient à la première branche de la Maison d'Oldenbourg-Russie (Maison Holstein-Gottorp-Romanov), issue de la première branche de la Maison d'Holstein-Gottorp, elle-même issue de la première branche de la Maison d'Oldenbourg.

Abdication

Dans le manifeste du 3 mars 1917, le grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie ne refusa pas la couronne impériale de Russie, mais il ne l'accepta pas non plus. À la lecture de ce document on constate que le grand-duc ne renonça pas au trône impérial de Russie, malgré les dires de certains contemporains. Dans ce document, afin de régner en monarque constitutionnel, le grand-duc demanda au peuple russe l'élection au suffrage universel de leurs députés pour former une assemblée constituante. Cette élection eut lieu, mais l'assemblée fut supprimée par les bolcheviks lors de la Révolution d'Octobre 1917.

Notes et références

  1. a, b, c, d et e Michel et Natacha, R. et D. Crawford, éd. des Syrtes, 2000
  2. a, b, c et d www.alexanderpalace.org
  3. a et b www.hrono.ru
  4. Frédéric Mitterrand Les Aigles foudroyés page 263
  5. Frédéric Mitterrand Mémoires d'exil page 33
  6. Edvard Radzinsky, Nicolas II le dernier tsarp. 371
  7. Edvard Radzinsky Nicolas II de Russie le dernier tsar page 371
  8. Edvard Radzinsky Nicolas II le dernier tsar page 373
  9. Edvars Radzinsky Nicolas II le dernier tsar page 372 - 373
  10. www.tv5.org
  11. www.spain.kp.ru

Sources

Annexe

Liens internes

Articles connexes

Liens externes et sources

  • Biographie : Michel et Natacha de Rosemary et Donald Crawford, Editions des Syrtes, 2000 (Traduit par Pierre Lorrain).
  • www.galeria.ru (Photographie du grand-duc Mikhaïl Aleksandrovitch de Russie enfant)
Précédé par Mikhaïl Alexandrovitch de Russie Suivi par
Nicolas II de Russie
Tsar de Russie
16 mars 1917-18 mars 1917
(refuse le trône)
Gueorgui Lvov (Gouvernement provisoire)

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Mikhaïl Alexandrovitch de Russie de Wikipédia en français (auteurs)

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