Littérature Anglo-Normande

Littérature Anglo-Normande

Littérature anglo-normande

La littérature anglo-normande est une littérature composée dans la langue anglo-normande qui sest développée au cours de la période allant de 1066 à 1204 lorsque le duché de Normandie et lAngleterre étaient unis au sein du royaume anglo-normand.

Sommaire

Introduction

Arrivée en Angleterre avec Guillaume le Conquérant, la langue normande a partagé avec le latin la distinction dêtre la langue littéraire de lAngleterre pendant la totalité du XIIe siècle. Cette ramification linguistique souvent appelée français normand est restée en usage à la cour anglaise jusquau XIVe siècle. Ce nest que sous le règne dHenri IV que langlais est devenu la langue maternelle des rois dAngleterre.

La perte des provinces françaises vit la fondation en Angleterre décoles pour lenseignement du français, la plus célèbre étant celle de Marlborough. La langue a subi certains changements qui la différencient de lancien français parlé en France, mais, hormis certaines caractéristiques graphiques permettant dinférer certaines règles de prononciation, les changements auxquels la langue a été soumise résultaient des différentes modifications de divers auteurs, de sorte que, bien quon puisse toujours parler dauteurs anglo-normands, la langue anglo-normande, à proprement parler, a graduellement cessé dexister. La langue française jouissait dun très grand prestige. Ainsi, au XIVe siècle, lauteur de la Manière de language dit que le français est :

...le plus bel et le plus gracious language et plus noble parler, apres latin d'escole, qui soit au monde et de touz genz mieulx prisée et amée que nul autre (quar Dieux le fist si douce et amiable principalement à l'oneur et loenge de luy mesmes. Et pour ce il peut comparer au parler des angels du ciel, pour la grand doulceur et biaultée d'icel).

Ce nest quen 1363 que le chancelier a prononcé un discours douverture de session du Parlement en anglais et sous le règne dHenri Tudor que la législation a cessé dêtre rédigée en anglo-normand. De même, bien que la guerre de Cent Ans ait suscité la disparition de la littérature anglo-normande et un déclin dans létude du français, cette langue est demeurée, en dépit de quelques vicissitudes, la langue classique des tribunaux jusquau XVIIe siècle. Le français est demeuré, à côté du latin, la langue du gouvernement jusquau milieu des années 1480. Aujourdhui encore, elle demeure la langue officielle des îles Anglo-Normandes bien que langlais y domine depuis 1901.

La période dépanouissement de la littérature anglo-normande court du début du XIIe siècle à la fin du premier quart du XIIIe siècle. On considère généralement que la fin de cette période coïncide avec la commise de la Normandie continentale par Philippe Auguste, mais lhistoire littéraire ne correspond pas tout à fait avec lhistoire politique. La fin de la première période serait plus exactement indiquée par la publication en 1225 de lhistoire de Guillaume le Maréchal (éditée par le philologue Paul Meyer pour la Société de l'histoire de France, 3 t., 1891-1901). Il doit en grande partie son éclat à la protection accordée par Henri II d'Angleterre aux hommes des lettres de son temps :

« Il pouvait parler français et latin bien et possédait des rudiments de chaque langue parlée entre le Golfe de Gascogne et la Jordanie. Cétait probablement le souverain le plus instruit de son temps et, au cours de toute sa vie active agitée il ne perdit jamais son intérêt pour la littérature et la discussion intellectuelle ; il navait jamais les mains libres, tenant toujours un arc ou un livre » (Dict. of Nat. Biog.).

Cest à sa demande que Wace et Benoît de Sainte-Maure compilèrent leurs histoires. Cest également au cours de son règne que Marie de France a composé son œuvre poétique. Henri II fut également très étroitement associé au meurtre de Thomas Becket, un évènement qui provoqua toute une série décrits, dont certains sont purement anglo-normands. Cest aussi à son époque que sont apparues les œuvres de Béroul et de Thomas d'Angleterre, ainsi quune partie des romans daventure anglo-normands les plus célébrés. Il est important de garder ce fait à lesprit dans létude des différentes œuvres léguées par la littérature anglo-normande quon peut décomposer en littérature narrative, didactique, hagiographique, lyrique, satirique et dramatique.

Littérature narrative

Épopée et romans

Chanson de geste

Lépopée est parvenue très tôt de France en Angleterre. Le plus ancien manuscrit de la Chanson de Roland est un manuscrit rédigé en Angleterre et on croit que celle-ci fut chantée à la bataille de Hastings. On possède des manuscrits anglo-normands de quelques chansons de geste, par exemple, le Pèlerinage de Charlemagne (édité par Eduard Koschwitz, Altfranzösische Bibliothek, 1883) na été préservé que dans un manuscrit anglo-normand du British Museum. Parmi les autres œuvres de moindre importance, on peut citer La Chançun de Willame, dont le manuscrit a été a été édité (juin 1903) en fac-similé chez Chiswick (cf. Paul Meyer, Romania, xxxii. 597-618).

Bien que la diffusion de lépopée en Angleterre nait pas inspiré de nouvelle chanson de geste, celle-ci y a suscité un goût pour ce genre de la littérature de sorte que le traitement en style épique des histoires du Roman de Horn, de Beuve de Hanstone, de Guy de Warwick (inédit), de Waldef (inédit) et de Foulques FitzWarin est certainement en partie à cette conjoncture. Bien que la dernière de ces œuvres ne soit parvenue quen prose, celle-ci contient les signes indubitables dune forme poétique antérieure qui prouvent que la version quon possède nest plus quune expression en prose semblable aux transformations subies par beaucoup de chansons de geste.

La Chanson de Roland

Les influences mutuelles de la littérature française et anglaise peuvent encore mieux être étudiées dans les romans d'aventure et les lais bretons que dans la poésie épique de lépoque. Le Lai d'Orphée nest connu que par lintermédiaire dune imitation anglaise, Sir Orfeo. Le Lai du cor a été composé par Robert Biket, un poète anglo-normand du XIIe siècle (Wulff, Lund, 1888). Les Lais de Marie de France ont été composés par Marie de France en Angleterre et le plus grand nombre des romans composant la matière de Bretagne semblent avoir passé dAngleterre en France par lintermédiaire de langlo-normand. Les légendes de Merlin l'Enchanteur et du roi Arthur, rassemblées par Geoffroy de Monmouth (1100-1154) dans son Historia regum Britanniae, sont passées dans la littérature française avec le caractère que leur avait insufflé Geoffroy. Le Perceval de Chrétien de Troyes (v. 1175) repose sans aucun doute sur un poème anglo-normand. Robert de Boron (v. 1215) a pris le sujet de son Merlin (édité par G. Paris et J. Ulrich, 1886, 2 t., Société des Anciens Textes) chez Geoffroy de Monmouth.

Finalement, lhistoire damour la plus célèbre du Moyen Âge et unes des plus belles créations de la littérature, lhistoire de Tristan et Iseult, a tenté deux auteurs anglo-normands, Béroul et Thomas d'Angleterre, (voir cycle arthurien ; Graal ; Tristan). Une Folie Tristan a été composée en Angleterre dans les dernières années du XIIe siècle. (Pour toutes ces questions voir Soc. des Anc. Textes, éd. Muret de 1903 ; éd. Bédier de 1902-1905). Les deux romans daventure dHugues de Rutland, Ipomedon (édité par Kölbing et Koschwitz, Breslau, 1889) et Protesilaus (inédit) rédigé environ en 1185, sils sont moins fascinants que lhistoire de Tristan et Iseult, sont néanmoins dun intérêt considérable. Le premier roman relate les aventures dun chevalier qui a épousé la jeune duchesse de Calabre, nièce du roi Méléagre de Sicile, mais qui était aimé de Médéa, lépouse du roi. Le deuxième roman, qui est la suite dIpomedon, traite des guerres et de la réconciliation ultérieure entre les fils dIpomedon, laîné Daunus, seigneur dApulie et le cadet Protesilaus, seigneur de Calabre. Protesilaus défait Daunus, qui lavait expulsé de Calabre. Il sauve la vie de son frère, reçoit le duché de Calabre et, après la mort de Daunus, hérite de lApulie. Il épouse plus tard Médéa, la veuve du roi Méléagre qui lavait aidé à saisir lApulie, ayant reporté son affection pour Ipomedon sur son plus jeune fils (cf. Ward, Cat. of Rom., i. 728). À ces deux romans par un auteur anglo-normand, il faut ajouter Amadas et Idoine dont on ne possède plus quune version française. Gaston Paris a en effet prouvé que loriginal a été composé en Angleterre au XIIe siècle (An English Miscellany presented to Dr. Furnivall in Honour of his Seventy-fifth Birthday, Oxford, 1901, 386-394). La poésie anglo-normande Vie de Richard Cœur de Lion est perdue et il nen subsiste plus quune version anglaise. Vers 1250, Eustache de Kent a introduit en Angleterre le Roman d'Alexandre dans son Roman de toute chevalerie, dont beaucoup de passages ont été imités dans une des plus anciennes poésies anglaises sur Alexandre, à savoir, King Alisaunder (Paul Meyer, Alexandre le grand, Paris, 1886, ii. 273, et Weber, Metrical Romances, Edinburgh).

Fabliaux, fables et histoires religieuses

Malgré lincontestable popularité de ce genre de littérature, on na quune demi-douzaine de fabliaux écrits en Angleterre, à savoir :

Bestiaire du XIIe siècle
  • Le chevalier à la corbeille
  • Le chevalier qui faisait parler les muets
  • Le chevalier, sa dame et un clerc
  • Les trois dames
  • La gageure
  • Le prêtre dAlison
  • La bourgeoise dOrléans (Bédier, Les Fabliaux, 1895).

Quant aux fables, un des recueils les plus populaires du Moyen Âge fut écrit par Marie de France, quelle a dit avoir traduit du roi Alfred. Dans les Contes moralisés écrits par Nicole Bozon un peu avant 1320 (Soc. Anc. Textes, 1889), quelques fables comportent une grande analogie avec ceux de Marie de France.

Traitant la plupart du temps des légendes de Marie, les histoires religieuses proviennent de trois recueils :

  1. Le recueil dAdgar. La plupart dentre eux ont été traduits de Guillaume de Malmesbury († 1143 ?) par Adgar au XIIe siècle (« Adgars Marien-Legenden, » Altfr. Biblioth. ix.; J. A. Herbert, Rom. xxxii. 394).
  2. Le recueil dÉverard de Gateley, un moine de Bury St Edmunds, qui a écrit trois légendes de Marie v. 1250 (ROM . xxix. 27).
  3. Un recueil anonyme de soixante légendes de Marie composées v. 1250 (Brit. Museum Old Roy. 20 B, xiv.), dont une partie a été éditée dans la Bibliotheca Normannica; in the Altf. Bibl. Voir également Mussafia, "Studien zu den mittelalterlichen Marien-legenden" dans Sitzungsh. der Wien. Akademie (t. cxiii., cxv., cxix., cxxiii., cxxix.).

Histoire

Roman courtois

Les œuvres qui constituent l'historiographie anglo-normande sont néanmoins de bien plus grande importance. Le premier historiographe anglo-normand est Geoffroy Gaimar, qui a écrit son Estorie des Angles entre 1147 et 1151 pour dame Constance, épouse de Robert Fitz-Gislebert (The Anglo-Norman Metrical Chronicle, Hardy and Martin, i. ii., London, 1888). Cette histoire comportait une première partie (maintenant perdue), qui était simplement une traduction de lHistoria regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth, précédée dune histoire de la guerre de Troie et une deuxième partie qui mène jusquà la mort de Guillaume le Roux. Pour la seconde partie, il a consulté les documents historiques, mais il s'arrête à l'année 1087, au moment même il a atteint la période dont il aurait pu fournir des informations de première main.

De même, Wace dans son Roman de Rou (éd. Anthony Holden, Paris, A. & J. Picard, 1970), rédigé en 1160-1174, s'arrête à la bataille de Tinchebray en 1107 juste avant la période il aurait été si utile. Son Roman de Brut ou Geste des Bretons (Antoine Le Roux de Lincy, 1836-1838, 2 t.), rédigé en 1155, est une adaptation romanesque de Geoffroy de Monmouth.

« Wace, écrit Gaston Paris au sujet du Roman de Rou, traduit en les abrégeant des historiens latins que nous possédons ; mais çà et il ajoute soit des contes populaires, par exemple sur Richard Ier, sur Robert Ier, soit des particularités quil savait par tradition (sur ce même Robert le Magnifique, sur lexpédition de Guillaume, &c.) et qui donnent à son œuvre un réel intérêt historique. Sa langue est excellente ; son style clair, serré, simple, dordinaire assez monotone, vous plaît par sa saveur archaïque et quelquefois par une certaine grâce et une certaine malice. »

LHistoire des ducs de Normandie de Benoît de Sainte-Maure est fondée sur lœuvre de Wace. Composée à la demande dHenri II vers 1170, elle se poursuit jusquen 1135 (éd. Francisque Michel, 1836-1844, Collection de documents inédits, 3 t.). Les 43 000 vers quelle contient sont certes de peu dintérêt pour lhistorien mais il est évident quils sont lœuvre dun auteur de roman courtois qui prend plaisir à raconter des histoires damour du genre de ceux quil a décrits dans son Roman de Troie.

Dautres œuvres fournissent cependant des informations plus dignes de confiance comme, par exemple, le poème anonyme sur la Conquête de lIrlande par Henri II en 1172 (Éd. Francisque Michel, Londres, 1837), qui, ainsi que lExpugnatio hibernica de Giraud de Barri, constitue une source majeure sur ce sujet. La Conquête de lIrlande a été rééditée en 2002 par Evelyn Mullally, sous le titre de La Geste des Engleis en Yrlande (Dublin, Four Courts). De même, Jourdain Fantosme, qui était dans le nord de lAngleterre en 1174, a rapporté les guerres entre Henri II, ses fils, Guillaume le Lion dÉcosse et Louis VII en 1173 et 1174 (Chronicle of the reigns of Stephen ... III., éd. Joseph Stevenson & Francisque Michel, London, 1886, pp. 202-307).

Bestiaire du XIIIe siècle

Aucune de ces histoires, cependant, ne soutient la comparaison avec lHistoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent dAngleterre de 1216 à 1219, découvert et édité par Paul Meyer (Société de l'histoire de France, 3 t., 1891-1901). Ce chef dœuvre de lhistoriographie a été composé en 1225 ou 1226 par un poète professionnel de talent à la demande de Guillaume, fils du maréchal. Il a été compilé à partir des notes du châtelain du maréchal, John dEarly († 1230 ou 1231), qui a partagé toutes les vicissitudes de la vie de son maître et était lun de ses exécuteurs testamentaires. Cette œuvre est de grande valeur pour l'histoire de la période 1186 à 1219 car linformation fournie par John dEarly est personnelle ou issue de témoignages de première main. Il est vrai que la partie qui traite de la période davant 1186 comporte quelques erreurs dues à lignorance de lauteur de lhistoire de cette époque, mais la valeur littéraire de cette œuvre compense amplement ces imperfections mineures. Avec son style concis, ses anecdotes bien racontées, ses descriptions courtes et pittoresques, le tout constitue une des images les plus vivantes de la société médiévale.

LHistoire de Guillaume le Maréchal soutient aisément la comparaison avec des œuvres comme la Chronique de Pierre de Langtoft rédigée entre 1311 et 1320. Cette œuvre est principalement dintérêt pour la période allant de 1294 à 1307 (Éd. T. Wright, Londres, 1866-1868) ; la Chronique de Nicholas Trivet (1258?-1324?), dédiée à la princesse Mary, fille dÉdouard Ier (Duffus Hardy, Descr. Catal. III., 349-350)  ; la Scalacronica compilée par Thomas Gray de Heaton († v. 1369), qui court jusquà lannée 1362-1363 (éd. J. Stevenson, Maitland Club, Edinburgh, 1836)  ; La Vie du Prince Noir, un poème par le poète Chandos le héraut, composé vers 1386 (réédité par Francisque Michel, Londres et Paris, 1883) relate la vie du Prince Noir de 1346 à 1376 ; et, pour finir, les différentes versions des romans de Brut dont la forme et limportance historique ont été indiquées par Paul Meyer (Bulletin de la Société des Anciens Textes, 1878, pp. 104-145), et par F. W. D. Brie (Geschichte und Quellen der mittelenglischen Prosachronik, The Brute of England or The Chronicles of England, Marburg, 1905).

On peut également mentionner, dans lhistoire ancienne, la traduction dEutrope et de Darès par Jofroi de Waterford (XIIIe siècle), qui a également produit le Secrets des secrets une traduction dune œuvre faussement attribuée à Aristote appartenant à la partie suivante (Rom. xxiii. 314)

Littérature didactique

La littérature didactique, comportant un grand nombre dœuvres écrites principalement dans le but de donner une instruction religieuse et profane aux seigneurs et aux dames anglo-normandes, est la plus considérable, sinon la plus intéressante branche de la littérature anglo-normande. Les productions les plus importantes sont, par ordre chronologique :

  • Philippe de Thaon, Comput, v. 1119 (édité par E. Mall, Strasbourg, 1873), poème sur le calendrier ;
  • Bestiaire, v. 1130 (éd. par E. Walberg, Paris, 1900 ; cf. G. Paris, Rom. xxxi. 175) ;
  • Lois de Guillaume le Conquérant (rédaction entre 1150 et 1170, éd. par J. E. Matzke, Paris, 1899) ;
  • Psautier dOxford, v. 1150 (Fr. Michel, Libri Psalmorum versio antiqua gallica, Oxford, 1860) ;
  • Psautier de Cambridge, v. 1160 (Fr. Michel, Le Livre des Psaumes, Paris, 1877) ;
  • Psautier de Londres, même que le Psautier dOxford (cf. Beyer, Zt. f. rom. Phil. xi. 513-534 ; xii. 1-56) ;
  • Disticha Catonis (Distiques de Caton), traduits par Éverard de Kirkham et Élie de Winchester (Stengel, Ausg. u. Abhandlungen) ;
  • Le Roman de fortune, un résumé par Simon de Freine du De consolatione philosophiae (Consolation de philosophie) de Boèce (Hist. lit. xxviii. 408) ;
  • Quatre livres des rois, traduit en français au XIIe siècle et imité en Angleterre peu après (P. Schlösser, Die Lautverhältnisse der quatre livres des rois, Bonn, 1886 ; Romania, xvii. 124) ;
  • Donnei des Amanz, conversation de deux amoureux, surprise et soigneusement notée par le poète, dun caractère purement didactique, qui comprend trois passages intéressants, le premier étant un épisode de lhistoire de Tristram, la seconde une fable, Lhomme et le serpent, le tiers un conte, Lhomme et loiseau, qui est la base du célèbre Lai de loiselet (Rom. xxv. 497) ;
  • Livre des Sibiles (1160) ;
  • Enseignements Trebor, par Robert de Ho (ref. Péninsule de Hoo dans le Kent sur la rive gauche du Medway) [éd. Mary Vance Young, Paris ; Picard, 101 ; cf. G. Paris, Rom. xxxii. 141] ;
  • Lapidaire de Cambridge (Pannier, Les Lapidaires français) ;
  • Frère Angier de Ste. Frideswide, Dialogues, 29 novembre 1212 (Rom. xii. 145-208, et xxix. ; M. K. Pope, Étude sur la langue de Frère Angier, Paris, 1903) ;
  • Li dialoge Grégoire le pape, éd. Foerster, 1876 ; Petit Plet, par Chardry, v. 1216 (Koch, Altfr Bibliothek. i., et Mussafia, Z. f. r. P. iii. 591) ;
  • Petite philosophie, v. 1225 (Rom. xv. 356 ; xxix. 72) ;
  • Histoire de Marie et de Jésus (Rom. xvi. 248-262) ;
  • Poème sur l'Ancien Testament (Not. et Extr. xxxiv. 1, 210 ; Soc. Anc. Textes, 1889, 73-74) ;
  • Le Corset et Le Miroir, par Robert de Gretham (Rom. vii. 345 ; xv. 296) ;
  • Lumière as Lais, par Pierre d'Abernon, v. 1250 (Rom. xv. 287) ; une rédaction anglo-normande de lImage du monde, v. 1250 (Rom. xxi. 481) ;
  • Deux versions anglo-normandes des Quatre sœurs (Justice, Truth, Peace, Mercy), XVIIIe siècle (éd. Fr. Michel, Psautier dOxford, pp. 364-368, Bulletin Soc. Anc. Textes, 1886, 57, Romania, xv. 352) ;
  • Un autre Comput par Raüf de Lenham, 1256 (Paul Meyer, Archives des missions, 2e série iv. 154 et 160-164 ; Rom. xv. 285) ;
  • Le chastel d'amors, par Robert Grosseteste évêque de Lincoln († 1253) (éd. Cooke, Carmina Anglo-Normannica, 1852, Caxton Society) ;
  • Poème sur l'amour de Dieu et sur la haine du péché, XIIIe siècle, deuxième partie (Rom. xxix. 5) ;
  • Le mariage des neuf filles du diable (Rom. xxix. 54) ;
  • Ditie dUrbain, attribué sans aucune preuve à Henri Ier (Paul Meyer, Bulletin Soc. Anc. Textes, 1880, p. 73 et Romania xxxii, 68) ;
  • Dialogue de lévêque Saint Julien et son disciple (Rom. xxix. 21)
  • Poème sur lantichrist et le jugement dernier, par Henri d'Arci (Rom. xxix. 78 ; Not. et. Extr. 35, i. 137).
  • Wilham de Waddington a produit à la fin du XIIIe siècle son Manuel des péchés, qui a été adapté en Angleterre par Robert de Brunne dans son Handlying Sinne (1303) [Hist. lit. xxviii. 179-207 ; Rom. xxix. 5, 47-53] ; voir le Robert of Brunne's Handlying Synne de F. J. Furnivall, (Roxb. Club, 1862) ;

Au XIVe siècle on trouve :

  • Les Contes moralisés de Nicole Bozon (cf. supra) ;
  • Traité de naturesse (Rom. xiii. 508) ;
  • Sermons en vers (Paul Meyer, op. cit. xlv.) ;
  • Proverbes de bon enseignement (op. cit. xlvi.).

On dispose également de quelques manuels sur lenseignement du français. Gautier de Biblesworth a écrit un traité de ce genre à Madame Dyonise de Mountechensi pur aprise de langage (T. Wright, A Volume of Vocabularies; Paul Meyer, Rec. d'anc. textes, p. 360 and Romania xxxii, 22) ; Orthographia gallica (J. Stürzinger, Altfr. Bibl. 1884, and R.C. Johnston, ANTS. Plain Texts) ; La manière de language, écrite en 1396 (Paul Meyer, Rev. crit. d'hist. et de litt. vii (2). 378); Un petit livre pour enseigner les enfants de leur entreparler comun françois, v. 1399 (Stengel, Z. für n.f. Spr. u. Litt. i. 11).

Limportant Mirour de l'omme par John Gower, contient environ 30 000 vers écrits en très bon français à la fin du XIVe siècle (Macaulay, The Complete Works of John Gower, i., Oxford, 1899).

Wace présentant le Roman de Rou à Henri II

Hagiographie

Parmi les nombreuses vies de saints rédigées en anglo-normand, les plus importantes, donnée par ordre chronologique, sont :

  • Voyage de Saint Brandan (or Brandain), rédigé en 1121, par un ecclésiastique pour la reine Adélaïde de Louvain (Rom. St. i. 553-588 ; Z. f. r. P. ii. 438-459 ; Rom. xviii. 203. C. Wahlund, Die altfr. Prosaübersetz. von Brendan's Meerfahrt, Upsala, 1901) ;
  • Vie de Sainte Catherine par Clémence de Barking (Rom. xiii. 400, Jarnik, 1894) ;
  • Vie de Saint Gilles, v. 1170, par Guillaume de Berneville (Soc. Anc. Textes fr., 1881 ; Rom. xi. and xxiii. 94) ;
  • Nicholas, vie de Notre Dame, par Wace (Delius, 1850 ; Stengel, Cod. Digby, 66) ; Uhlemann, Gram. Krit. Studien zu Wace's Conception und Nicolas, 1878 ;
  • Vie de Saint George par Simon de Freine (Rom. x. 319 ; J. E. Matzke, Public. of the Mod. Lang. Ass. of Amer. xvii. 1902 ; Rom. xxxiv. 148) ;
  • Expurgatoire de Saint Patrice, par Marie de France (Jenkins, 1894 ; Eckleben, Aelteste Schilderung vom Fegefeuer d.H. Patricius, 1851 ; Ph. de Felice, 1906) ;
  • La vie de Saint Edmund le Rei, par Denis Piramus, fin du XIIe siècle (Memorials of St. Edmund's Abbey, éd. T. Arnold, ii. 1892 ; Rom. xxii. 170) ;
  • Vie de Saint Thais par Henri dArci, poème sur lAntéchrist, Visio S. Pauli (Paul Meyer, Not. et Extr. xxxv. 137-158) ;
  • Vie de Saint Grégoire le Grand par Frère Angier, 30 avril 1214 (Rom. viii. 509-544 ; ix. 176 ; xviii. 201) ;
  • Vie de Saint Modwenna, entre 1225 et 1250 (Suchier, Die dem Matthäus Paris zugeschriebene Vie de Saint Auban, 1873, pp. 54-58) ;
  • Fragments de la life de Saint Thomas Becket, v. 1230 (Paul Meyer, Soc. Anc. Text. fr., 1885) ; et une autre vie du même par Benoît de Saint-Alban, XIIIe siècle (Michel, Chron. des ducs de Normandie ; Hist. Lit. xxiii. 383) ;
  • Vie dÉdouard le Confesseur, rédigée avant 1245 (Luard, Lives of Edward the Confessor, 1858 ; Hist. Lit. xxvii. 1), par un moine anonyme de Westminster ; vie de Saint Auban, v. 1250 (Suchier, op. cit. ; Uhlemann, „Über die vie de St. Auban in Bezug auf Quelle“, &c. Rom. St. iv. 543-626 ; éd. par Atkinson, 1876).
  • Descente de Saint Paul aux enfers par Adam de Ros, Mss. Bibl. Nat., n° 2560 & British Mus. Bibl. Cott. vespas. A. vii.
  • La Vision de Tnudgal, un fragment anglo-normand est préservé dans le MS. 312, Trinity College, Dublin ; le MS. est du XIVe siècle ; lauteur semble appartenir au XIIIe siècle (La vision de Tondale, éd. Friedel et Kuno Meyer, 1906).

À cette catégorie, on peut ajouter la vie dHugues de Lincoln, XIIIe siècle (Hist. Lit. xxiii. 436; Child, The English and Scottish Popular Ballads, 1888, p. v; Wolter, Bibl. Anglo-Norm., ii. 115). Dautres vies de saints ont été identifiées par Paul Meyer comme anglo-normandes lors de lexamen des MSS. de la bibliothèque de Welbeck (Rom. xxxii. 637 et Hist. Lit. xxxiii. 338-378).

Poésie lyrique

Les seules chansons existantes de quelque importance sont les soixante et onze Ballades de Gower (Stengel, Gower's Minnesang, 1886). Les chansons restantes sont, la plupart du temps, de caractère religieux. La plupart dentre elles ont été découvertes et éditées par Paul Meyer (Bulletin de la Soc. Anc. Textes, 1889; Not. et Extr. xxxiv; Rom. xiii. 518, t. xiv. 370; xv. p. 254, &c.). Bien que peu nous soient parvenues, de telles chansons doivent, en raison des rapports constants entre les Anglais, les Français et les Provençaux de toutes classes, avoir été nombreuses à lépoque.

Une des meilleures productions de la poésie lyrique anglo-normande écrite à la fin du XIIIe siècle, est la Plainte d'amour (Vising, Göteborg, 1905; Romania xiii. 507, xv. 292 and xxix. 4) et on peut mentionner, simplement à titre de curiosité littéraire, diverses œuvres de style lyrique écrites dans les deux langues latine et française, ou anglaise et française ou même en trois langues, latine, anglaise et française. On trouve, dans Early English Lyrics (Oxford, 1907), un poème un amoureux envoie à sa maîtresse un message damour composé en trois langues et la réponse de son amie cultivée sur le même modèle (De amico ad amicam, Responcio, viii & ix).

Satire

La popularité dont a joui le Roman de Renart et la version anglo-normande du Riote du Monde (Z. f. rom. Phil. viii. 275-289) en Angleterre prouve suffisamment que lesprit satirique français était profondément apprécié. Le clergé et les femmes constituaient une cible de choix pour les saillies des satiriques. Un Anglais a néanmoins élevé sa voix en faveur des dames dans un poème intitulée La Bonté des dames (Paul Meyer, Rom. xv. 315-339) et Nicole Bozon, après avoir représenté « Fierté » comme un être féminin quil suppose être la fille de Lucifer et après avoir violemment attaqué les femmes de son époque dans le Char dOrgueil (Rom. xiii. 516), a également composé une Bounté des femmes (Paul Meyer, op. cit. 33) dans lequel il les couvre déloges, louant leur courtoisie, leur humilité, leur franchise et le soin avec lesquels elles élèvent leurs enfants. Quelques satires politiques montrent également déjà les Anglais échangeant des amabilités avec les Français sur leurs imperfections mutuelles. Le Roman des Français dAndré de Coutances, qui est une réponse très mordante aux auteurs français qui avaient attaqué les Anglais ne peut, à ce sujet, cependant être cité comme anglo-normand, bien quil date davant 1204, parce quil a été composé en Normandie (cf. Gaston Paris : Trois versions rimées de l'évangile de Nicodème, Soc. Anc. Textes, 1885).

Théâtre

En dépit de linfluence considérable qua avoir la littérature anglo-normande sur le développement du drame sacré en Angleterre, aucune des pièces françaises jouées en Angleterre aux XIIe et XIIIe siècles na survécu. Le Jeu d'Adam, qui est généralement considéré comme un mystère anglo-normand du XIIe siècle, a probablement été écrit en France au début du XIIIe siècle (Romania xxxii. 637) et la Résurrection anglo-normande appartient également au français continental. Il est nécessaire de préciser que les premières moralités anglaises semblent avoir imité les françaises.

Voir également

Références

  • Émile Jules François Arnould, Étude de littérature religieuse anglo-normande (XIIIe siècle), Paris, Droz, 1940
  • Gísli Brynjúlfson, De lancien roman français et de linfluence exercée sur son développement par les Normands, Copenhague, [s.n.], 1860
  • Gervais de La Rue, François de Malherbe, Histoire des bardes, jongleurs, trouvères normands et anglo-normands, Caen, Mancel, 1834
  • Françoise Laurent, Plaire et édifier : les récits hagiographiques composés en Angleterre aux XIIe et XIIIe siècles, Paris, Champion, 1998 ISBN 2852038226
  • (en) Brian Joseph Levy, The Ancestral Romance in mediaeval French with special reference to Anglo-Norman literature, [S.l.s.n.], 1966
  • Le Roux de Lincy, Analyse critique et littéraire du Roman de Brut de Wace, Rouen, Édouard Frère, 1838
  • André de Mandach, Naissance et développement de la chanson de geste en Europe, Genève, E. Droz, 1975
  • Emanuel Wallberg, Quelques aspects de la littérature anglo-normande, Paris, Droz, 1936
  • Portail de la littérature Portail de la littérature
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