Inde et Occident

Inde et Occident

Contacts culturels entre Inde et Europe

La communauté scientifique souligne aujourd'hui les rapprochements entre la civilisation indienne et celle de l'Europe. Ce sont d'abord les grammairiens, qui, suite à leurs découvertes, ont émis l'hypothèse d'une racine commune du langage (l'usage du a privatif commun à la Grèce et à l'Inde est un des éléments qui semblent confirmer cette thèse). Ensuite, les avancées de la science de l'indianisme, grâce à des études comparatives, ont permis d'élargir ces rapprochements à d'autres domaines comme la philosophie, la mythologie, les sciences… Avant ces découvertes, on croyait les échanges entre l'Inde et l'Europe limités à des évènements plus récents comme la colonisation, mais l'avancement de la recherche en archéologie ainsi qu'en sciences humaines apporte de nouveaux éclairages en particulier au sujet de la théorie de l'invasion aryenne et de la civilisation indo-européenne mais également dévoile les contacts des deux civilisations durant les périodes historiques de l'Antiquité et du Moyen-âge. Il apparait ainsi que la culture indienne nous est familière par certains cotés, transmise par l'Histoire, les grecs ou les Arabes.

Sommaire

Opinions des savants

Les indianistes soulignent les similarités en fonction de leur domaine d'étude. Le nombre important de ces ressemblances semble indiquer l'existence d'un transfert de connaissance entre la civilisation indienne et européenne.

  • Constant Kerneïz dans le Yoga de la connaissance : «Si la notion de subconsient, qui a pris une si grande importance dans la philosophie contemporaine, semble avoir été […] ignorée de la philosophie grecque et de la nôtre jusqu'à Leibniz, elle était assurément familière aux anciens penseurs de l'Inde.»
  • Jean Herbert dans Spiritualité indienne: «Dans le domaine des mathématiques, les hindous de l'antiquité étaient non seulement en avance sur les Grecs de leur époque, mais avaient réalisé des découvertes que la science occidentale ne refit qu'aux XVIe, XVIIe et même XVIIIe siècles. C'est d'eux que les Arabes ont appris en particulier le système décimal, connu dès le Ve siècle sous le nom d'âryabhatta. […] Bhâskara découvrit le principe du calcul différentiel cinq siècles avant Newton. […]Quelque quinze siècles avant Harvey, les hindous connaissaient la circulation du sang […] et il semble bien qu'ils aient au moins soupçonné l'existence des microbes. […] On y trouve (dans les brahmanas) […] des théories astronomiques qui ne devaient être redécouvertes que par Copernic au moins vingt siècles plus tard.»

Il existe des similitudes qui confirment la Théorie de la civilisation indo-européenne et l'influence plus tardive de la culture indienne. "On multiplierait à plaisir ces concordances, discutables si on les prend chacune à part, mais inébranlables en tant qu'elles font masse, et d'authenticité garantie par leur caractère même incomplet et fluide. Tel groupe ethnique a oublié la moitié du mythe; tel autre, l'autre moitié(...)."[1] Il faut donc bien comprendre qu'il existe deux types de contacts entre l'Inde et l'Europe; d'abord celle d'une source commune dite indo-européenne; plus tard, une influence digéré et assimilé de la culture indienne en Europe.

L'Antiquité

Les contacts entre les civilisations européennes, notamment la Grèce et l'Inde ont été réguliers. Favorisés d'abord par le commerce puis par les guerres comme celles d'Alexandre le Grand.

Pythagorisme et Sankhya

On à longtemps reconnu en Europe la grande qualité de la philosophie indienne, à tel point que l'on n'hésitait pas à reconnaître la paternité de la philosophie de Pythagore au Sankhya. Aujourd'hui même les non spécialistes, comme le journaliste français François Gautier, reprennent cette idée [2] : « toutes les doctrines philosophiques ou mathématiques attribuées à Pythagore sont dérivées du Sânkhya bouddhiste ». Les voyages des sages indiens en Grèce et des philosophes grecs en Inde on permit un échange culturel remarquable. « Personne n’ignore que la pensée qui inspirait Apollonius fut de puiser aux sources les plus vives de la sagesse orientale des moyens de régénération pour le polythéisme. Effort impuissant, mais noble tentative! Quoi qu’il en soit, Apollonius fut le disciple du brahmanisme antique. M. Leroux remarque que la doctrine contenue dans le fragment qu’il cite, non-seulement rappelle les Vedas, mais porte des traces évidentes de l’école du sankhya et du bouddhisme. Or, si Apollonius pense absolument de même que M. Leroux, il suit que ce dernier n’a pas d’autre philosophie que le panthéisme indien. »[3]

Aujourd'hui, certains auteurs constatent qu'on s'est appliqué à effacer toutes traces de ces rapports[4]. Bien qu'il soit évident que la métempsycose et la réincarnation indienne, sous-tendent la même philosophie. Les théories mathématiques sont également comparables.

Pourtant, La Fontaine fut l'un des premiers à reconnaitre le substrat indien:

De cette sorte de prochain
Nous nous soucions peu. Mais le peuple brahmin (c.a.d. les Hindous),
Le traitre en frère; ils ont en tête
Que notre âme au sortir d'un roi,
Entre dans un ciron,ou dans telle autre bête,
Qu'il plait au sort.C'est là l'un des point de leur loi.
Pythagore chez eux a puisé ce mystère.

(La Fontaine, La souris métamorphosée en fille)

L’art

Il ne fait aucun doute que le nez grec comme le déhanchement aient bouleversé l'art indien. Lorsque Alexandre arriva en Inde, un incroyable échange culturel s'est produit jusqu'à l'adoption des canons esthétiques grecs. Les parallélismes entre la statuaire grecque et indienne sont nombreux, tant sur le choix du sujet que sur la réalisation. Bien que l'art indien soit plus éthérique, on retrouve cependant en Inde des statues aux styles comparables, par leur réalisme et leur esthétique, à ceux de l'art grec.

Jésus et l’hindouisme

Dans un roman, intitulé Le Secret de Paul, Éric de Broqueville, l'auteur s'applique à élaborer une hypothèse sur les sources mêmes de notre culture judéo-chrétienne. De nouvelles fouilles archéologiques sont à l'origine de ce travail qui a conduit l'auteur à fournir un travail de recherche à partir de différents textes sanskrits comme le Veda, les Oupanishad.C'est ainsi qu'il a découvert que les paroles de Jésus, telles le Notre Père, se trouvent déjà dans des manuscrits sanskrits vieux de plusieurs milliers d'années. Ce livre invite à un dialogue interreligieux qui semble démontrer que les frontières dogmatiques ne sont pas si infranchissables. [5]

De la trimurti à la trinité

Articles détaillés : Triades indo-européennes et Dumézil.

C'est à la même période qu'apparaît en Inde et dans le christianisme l'idée d'une triple nature de Dieu. Il est donc difficile d'affirmer si l'une de ces traditions a inspiré l'autre. Il parait plus évident qu'une source commune ait pu inspirer cette philosophie, notamment lorsqu'on prend en compte l'idée d'une civilisation antérieure indo-européenne. Dumézil a mis en avant le modèle de la trinité qui est un élément important de la culture indo-européenne. Cependant, si les théologiens chrétiens ont fait du concept de la trinité quelque chose d'impénétrable, comme un mystère et une preuve en soi de Dieu, en Inde, par contre, la Trimoûrti fut l'objet de mûres réflexions [réf. nécessaire]. L'inde a su conserver son ancien savoir, là où notre civilisation l'oublie. Si en Inde le Divin est triple, c'est parce que l'on y considère que l'univers est constitué de trois vecteurs, ou guna-s (saveur) : La Création associée à la Vertu (Satva), l' Inertie associé à l' Ignorance (Tamas) et la Destruction associée à la Passion (Raja). C'est le mélange de ces trois saveurs qui constitue le monde matériel et spirituel. Pour cela, la divinité doit nécessairement impulser ces trois guna-s : Brahmâ règne donc sur Satva, Vishnou sur Tamas et Shiva sur Raja. Plus frappant, l'association avec la désignation chrétienne est possible, Brahma naissant du nombril de Vishnou, devient le fils, Vishnou le père et Shiva de nature immanente comme le Saint-Esprit. Chacune de ces saveurs est associée à une couleur : Satva le blanc ; Tamas le Noir ; et Raja le rouge. Ce qui n'est pas sans rappeler le code du judaïsme et de la tradition grecque antique, qui partagent ce même code : le blanc est la lumière, le rouge le sang et le noir les ténèbres.

L’Atlantide

On attribue souvent le mythe de l'Atlantide à Platon. Cette limitation de la diffusion du mythe à la seule société grecque aurait permis à ses détracteurs d'invalider la théorie platonicienne [réf. nécessaire]. La véracité du mythe n'est pourtant pas l'élément le plus important pris en compte par les mythologues. Dans la tradition indienne plusieurs ouvrages, encore plus anciens que l'œuvre de Platon, relatent une histoire similaire. Pour autant, rien n'atteste que les indiens soient à l'origine du mythe puisque d'autres traditions en font également mention. Plus que l'authenticité du mythe, cette correspondance accrédite la théorie d'une civilisation indo-européenne. On cite alors comme exemple la description de l'île de Lanka du Vishnu-Purana, où une civilisation technologiquement supérieure prospère, maîtrisant une énergie capable de leur fournir puissance et chaleur. Mais c'est dans la tradition indienne que le mythe s'approche encore plus de celui de Platon. Alain Daniélou parle de l'origine des peuples dravidiens (population du sud de l'Inde à peau noire ou brune): « Selon la tradition, il serait venu d'un continent situé au sud-ouest de l'Inde et englouti par la mer ».[6](mythe de la Lémurie) D'autres purana racontent la destruction d'une ville située sur une île de l’océan Indien par Shiva. Ce continent englouti se nomme Kumari Kandam.

Le Déluge

On retrouve le mythe biblique du déluge et de l'arche de Noé dans beaucoup de civilisations. Selon Alain Daniélou, par le passé, « Les chrétiens prenaient pour des actualités historiques les récits symboliques de la Bible et de l'Évangile et [allaient] fouiller le sommet du mont Ararat pour y chercher les débris de l'arche de Noé alors que le mythe du déluge est universel, connu des Hindous comme des Babyloniens et des peuples américains, et que chaque tradition fait échouer l'arche du montagne différente ».[7]Dans la tradition indienne, ce mythe correspond à une fin du monde, ce dernier étant détruit cycliquement selon le temps divisé en kalpa. Dans la tradition indienne, Manu, le premier des hommes de notre ère, a pour fonction de récréer la vie sur la terre car, à chaque destruction, succède une création. Manu sauve un petit poisson et le recueille chez lui, plus il le soigne, plus il grandit. À chacune de ses requêtes, Manu obéit en le transvasant régulièrement dans des récipients de plus en plus grands, jusqu'à le remettre à la mer. Une fois le poisson gigantesque dans l'océan, celui-ci se révèle être Matsya le premier avatar de Vishnu, il lui apprend que la destruction du monde est imminente et qu'en échange de ses services, il accorde de lui venir en aide. Manu se construit donc un bateau. Le jour du déluge, le poisson tire son navire et l'amarre au sommet de la plus haute montagne. Les dieux le récompensent de ses austérités en lui offrant une épouse dont descend l'espèce humaine.

Le Mahâbhârata, l’Iliade et l’Odyssée

Des rapprochements importants entre les contes indiens et européens permettent d'animer les débats autour de la civilisation indo-européenne. Certains des archétypes héroïques se retrouvent dans les deux civilisations. Certains auteurs affirment qu'une civilisation a pu à l'origine développer ces mythes très anciens avant qu'ils ne se propagent ailleurs.

Bien que L’Odyssée ait été rédigée avant le Mahâbhârata rien ne peut indiquer si une œuvre fut postérieure à l'autre puisque chacune remonte à des sources orales plus anciennes. Les nombreuses similitudes soulignées par plusieurs auteurs comme Georges Dumézil ou même Allen semblent démontrer une source commune. « Je suggère que les ressemblances entre elles [les épopées de l'Odyssée et du Mahâbhârata] sont si nombreuses et si précises que, en dépit des différences, les deux peuvent être considérés comme racontant la même histoire ».[8]


Les rapprochements les plus évidents peuvent être lus ainsi[9]:

  • Les deux guerres que narrent les épopées, semblent pouvoir être divisées en 5 phases. Celles du Mahâbhârata sont repérables aux périodes d'affrontement dirigées par un chef Kaurava différent: Bhisma, Drona, Karna, Salya et Asvatthama. Pour l'Odyssée, reprenant d'autre source qu'Homère, Allen, décompte encore 4 chefs troyens (Hector, Penthésilée, Memnon et Eurypyle) et une dernière phase. Cette dernière phase est similaire dans les deux épopées puisqu'il s'agit d'un massacre nocturne, celui du cheval de Troie et le massacre des Pandava par les Kaurava. Il démontre également que ces mêmes chefs suivent des schémas identiques: Drona et Hector suscitent de vives émotions par leur mort chez leurs adversaires; les morts de Drona et Penthésilée suscitent le regret de leur adversaire et provoque une querelle; les chefs de la phase trois (qui sont d'origine solaire) sont observés par les forces surnaturelles; Salya et Eurypyle sont peu attachés à leur camp.


  • Arjuna et Ulysse sont deux héros comparables qui semblent découler d'un même modèle héroïque. Tous les deux sont, bien sûr, de puissants guerriers, mais surtout ils vont tous deux partir en exil et rencontrer plusieurs femmes différentes qui répondent aux mêmes critères. La première est liée à la magie (Ulupie et Circé) et entraine le héros dans les mondes inférieurs. La seconde femme (Citrangada et Calypso) est précédée par un épisode impliquant du bétail et va donner naissance à un fils qui s'engagera dans un duel à mort face à son père. La troisième femme est liée au monde aquatique. Vargâ est une ancienne nymphe transformée en crocodile avec ses compagnes après avoir charmé un brahmane par ses chants; et Ulysse affronte des sirènes également chanteuses. La quatrième femme (Subhadra et Nausicaa) est liée à une catastrophe naturelle : le pays de Dvaraka est englouti et Schérie est bloqué par le dieu de la mer, Poséidon.


  • Pénélope et Draupadi sont les épouses principales du héros et répondent encore à un modèle féminin comparable.[10] Arjuna et Ulysse, leurs époux, ont tous deux à se déguiser et à mendier. Ils vivent humblement et sont crus morts par la société sauf par des proches. Pour épouser leur femme, ils doivent participer à un concours de tir à l'arc sous l'égide des dieux. Seul le héros, dans les deux cas bande l'arc, ce qui implique un élément musical. Ils doivent ensuite prouver chacun leur identité. Leur épouse dite « principale », donne au héros un fils lié à la notion de totalité, Pénélope engendre Pan et Draupadi a 5 fils qui sont les incarnations des Visvedeva "tous-les-dieux". Allen met en avant un dernier élément intéressant: si la sari de Draupadi se régénère, Pénélope quant à elle tisse et défait son linceul jour et nuit.

Du Moyen Âge aux Lumières

L'époque allant du Moyen-âge aux Lumières à également été nourrie par des influences indiennes. L'une d'elle remonte à une source commune plutôt qu’à une inspiration, il s'agit des types littéraires et de certaines figures fantastiques. La seconde influence est liée au début des traductions littéraires, rendu possible par les traductions arabes. Il est aujourd'hui encore difficile de départir les cas de figures, qu'il s'agisse d'une source commune ou d'un échange plus tardif.

Le prince charmant

De toute évidence, le modèle héroïque du prince dit charmant délivrant une princesse après la mise un mort d'un dragon connu au Moyen Âge en Europe aurait un certain rapport avec l'histoire célèbre du Râmâyana. Il est encore difficile d'affirmer que l'un soit à l'origine de l'autre, cependant, mais il reste intéressant d'en souligner les parallélismes. En effet, le nom du héros, prince de naissance, Râma signifie charmant. Sa geste est la suivante, il doit délivrer son épouse, princesse enlevée par un démon, Râvana. La structure de base de ce conte est en tout point similaire ; diffèrent ensuite les intérêts liés aux faits culturels. D'autant que, même si le Ramayana est vu comme une épopée, n'étant pas une histoire collective, il s'apparente plutôt à la chanson de geste, littérature très en vogue en France au Moyen Âge.

La licorne

Dans le Mahâbhârata, un ascète portant le nom de Rsyasrnga, est le fruit de l'amour entre un homme et une gazelle. En conséquence, il est orné d'une corne frontale. À en croire les auteurs de la traduction du Mahâbhârata, G. Schaufelberger et G. Vincent, il serait l'origine de notre licorne. Les voyageurs grecs ayant visité l'Inde, rapportent des faits sur un âne indien orné d'une corne. Aristote reprendra les propos dans De partibus animalium, et il finira dans les bestiaires européens du Moyen Âge. Les caractéristiques de la Licorne comme de Rsyasrnga, sont similaires. Il semblerait qu'après avoir entendu quelques récits contés par les Brahmanes, les Grecs aient transformé l'histoire.[11]

De l'influence du Pañchatantra sur la littérature europénne médiévale et du xviième siècle

Enluminure d’un manuscrit de 1354
Article détaillé : Pañchatantra.

Le Pañchatantra est une oeuvre d'origine indienne comportant de nombreuses histoires où les protagonistes sont des animaux. Le Pañchatantra a ainsi vraisemblablement inspiré de nombreux auteurs comme Jean de La Fontaine, Marie de France ou Grimm. On peut également sentir une filiation avec le Roman de Renart et dans certains fabliaux du moyen-âge. Une traduction latine fut exécutée par Raymond de Beziers et fut offerte en 1313 à Philippe le Bel à l’occasion de la chevalerie de son fils Louis, roi de Navarre, le futur Louis le Hutin. Une version persane est traduite en français par Gilbert Gaulmin sous un pseudonyme, en 1644, sous le titre Le Livre des lumières ou la Conduite des Rois, composée par le sage Pilpay Indien, traduite en français par David Sahid, d’Ispahan, ville capitale de Perse. Le Père Poussines en fait aussi une autre traduction en 1666 sous le titre Specimen sapientiae Indorum veterum (Modèle de la sagesse des anciens Indiens).

L’époque moderne

La littérature indienne a influencé certains écrivains européens. Les recherches en littérature comparée ont permis de révéler cet apport singulier. Il est évident que cette période historique n'accrédite pas la thèse d'une influence indienne historique, elle démontre cependant l'attachement des lettrés pour la culture indienne.

Victor Hugo

La question orientale a profondément marqué le romantisme français dont Victor Hugo était le chef de file. Il est vrai que l'Inde servait surtout de décor dans la littérature française, et ressemblait plutôt à un fantasme. Mais le poème Suprématie tiré de La Légende des siècles aborde plus en profondeur cette culture puisqu'il s'agit d'une réécriture d'un hymne de la Kena Upanishad. L'œuvre a été sévèrement critiquée par les indianistes car Hugo y illustre sa mauvaise maîtrise du sujet par des fantaisies et quelques négligences qui tiennent beaucoup plus du fantasme que d'une réalité indienne. Seulement, comme le démontre Claudine Le Blanc [12], Hugo a tout de même conservé un caractère indien propre, ce qui dépasse l'ornementation. Et on peut apprécier la volonté d'une inspiration indienne que semble ignorer la littérature française de cette époque.

Stéphane Mallarmé

Mallarmé grand admirateur de l'Inde, nous a laissé la traduction de quelques légendes dans son livre appelé 'Contes indiens', composé en 1893, et paru en 1927. Le poète fréquentait le salon de son amie Méry Laurent. Cette dernière lui demanda de corriger, ou plutôt de réécrire, l'ouvrage "Contes et légendes de l'Inde ancienne" de Mary Summer (publié en 1878). Mallarmé s'est attaché à retravailler plusieurs contes avec son style si particulier, et en même temps qui a tant frappé les spécialistes par sa fidélité au sanscrit. Mallarmé y trouve l'occasion de travailler, en prose, les motifs obsédants de sa poésie, que sont le cygne (le cygne-poète de l'imaginaire mallarméen est confronté au cygne de la tradition hindoue qui représente Brahma, l'Absolu) et le coup de dé, notamment dans le conte "Nala et Damayantî". Le recueil se compose de quatre contes (alors que celui de Mary Summer en comptait sept): "Le Portrait Enchanté", "La Fausse vieille", "Le Mort Vivant", et enfin "Nala et Damayantî". Pour Mallarmé, l'Inde est conjointement une inspiration philosophique et esthétique. L'auteur a certainement fait beaucoup de lectures sur l'Inde même si on ne sait pas exactement quels ouvrages l'ont renseigné. On sait par exemple qu'il prévoyait d'étudier une grammaire comparative du sanskrit, du grec et du latin. Il faut également rappeler que "sanskrit" signifie "langue parfaite", par opposition à la "prakrta" qui est la "langue courante, peu soignée". Ce culte d'un idiome divin n'a pas dû manquer d'intéresser le maître du symbolisme. La technique de suggestion employée par Mallarmé dans son œuvre poétique rappelle la technique du "dhvani" dans la poésie en sanskrit; et il est possible d'établir de nombreux parallèles d'ordre idéologique ou littéraire entre le sanskrit et le langage poétique propre à Mallarmé. On ne manquera pas de remarquer également que la lecture de Schopenhauer et de son "Monde comme volonté et comme représentation", fortement influencé par les idées de l'hindouisme, a marqué l'ensemble de l'entourage mondain de Mallarmé, et surtout des jeunes écrivains qui émergent à la fin du XIXe siècle (Gide, Valéry, Louÿs). Il est évident que les symbolistes ne pouvaient rester indifférents à la culture du mystère et du raffinement que recèle l'hindouisme, sa littérature et sa philosophie.

Voir aussi

Liens internes

Liens externes

Références

  1. Victor Henry, La Magie dans l'Inde Antique, Maisonneuve, 1903, réd. 1988
  2. Les Grandes Religions de l’Inde; http://www.francoisgautier.com/mywork-newspaper.html
  3. Revue des Deux Mondes, Tome 24, 1840, Lerminier :De l’humanité par M. P. Leroux
  4. Roger-Pol Droit; L’Oubli de l'Inde : Une amnésie philosophique; Seuil 2004
  5. Le Secret de Paul
  6. Alain Daniélou, Shiva et Dionysos p.27, Fayard 1979
  7. Alain Daniélou, Shiva et Dionysos, Fayard 1979.
  8. N.J.Allen; Arjuna et Ulysse: une approche comparative, 1993, trad. G. Schaufelberger
  9. se rapporter aux articles des auteurs concernés
  10. N.J. Allen, Pénélope et Draupadi: la validité de la comparaison, in A. Hurst et F. Létoublon, La mythologie et l'Odyssée: Hommage à Gabriel Germain, Droz, Genève, 2002.
  11. G. Schaufelberger et G. Vincent; Le Mahâbhârata, Tome 1, Les presses de l'Université de Laval,2004
  12. Victor Hugo, l’Inde et l’Iran
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