Club des Jacobins

Club des Jacobins
Une séance au club des Jacobins en 1791 dans la bibliothèque des Dominicains.
Alexandre de Lameth préside tandis que Mirabeau prononce un discours.

Le club des Jacobins est le plus célèbre des clubs de la Révolution française. « C’est ici que s’est préparée la Révolution, dit Georges Couthon en 1793, c’est ici qu’elle s’est faite, c’est ici que se sont préparés tous les grands événements ».

Le club tient son nom du couvent des Jacobins où il s’est installé en 1789, le mot désignant les Dominicains d’après l’emplacement de leur principal couvent établi rue Saint-Jacques[1].

Le club des Jacobins était ce que nous appellerions aujourd'hui un cercle de réflexion. Il a constitué, pendant la Révolution, à la fois un groupe de pression et un réseau d’une remarquable efficacité. L’action du club, essentielle dès le début de 1790, devient dominante entre 1792 et 1794. À cette époque, l’adjectif « jacobin » signifie partisan de la politique du Comité de salut public. À la fin de 1793, environ 6 000 sociétés de même type sont en correspondance avec lui dans toute la France. La chute de Robespierre marque la fin du grand rôle politique exercé par le club et entraîne sa dissolution en novembre 1794.

Depuis cette époque, le nom et l’adjectif s’appliquent à un homme politique hostile à toute idée d’affaiblissement et de démembrement de l’État[2].

Sommaire

Histoire du club des Jacobins

L’histoire du club des Jacobins peut être divisée en trois périodes, que Michelet caractérise à travers les hommes : « Il y a eu le jacobinisme primitif, parlementaire et nobiliaire, de Duport, Barnave et Lameth, celui qui tua Mirabeau. Il y a eu le jacobinisme des journalistes républicains, orléanistes, Brissot, Laclos, etc., où Robespierre domina. Enfin… le jacobinisme de 1793, celui de Couthon, Saint-Just, Dumas, etc., lequel doit user Robespierre, s’user avec lui[3]. »

Le club des Jacobins sous la Constituante (automne 1789 – automne 1791)

Mirabeau domine le club jusqu’en décembre 1790.
Antoine Barnave.
Le triumvirat Duport, Barnave et Lameth lui succède.

Le 30 avril 1789, les députés bretons aux États généraux – notamment Le Chapelier, Lanjuinais et Glezen, avocats au barreau de Rennes – fondent, à Versailles un club breton, bientôt ouvert à d’autres députés patriotes. Après les journées des 5 et 6 octobre et le transfert de l'Assemblée Constituante à Paris, à la suite du roi, ce club se reconstitue sous le nom de « Société des amis de la Constitution » et s’installe au couvent des Jacobins, nom qui va faire sa célébrité.

L’objet du club est à l’origine de préparer les séances à l’Assemblée, en discutant d’avance les textes qui doivent y être débattus et de travailler à l’établissement et à l’affermissement de la Constitution. Le succès est rapide : 200 adhérents à sa création, déjà plus d’un millier en décembre 1789. Le recrutement désormais n’est plus réservé aux seuls députés, mais une cotisation (24 livres) et la nécessité d’être présenté par cinq parrains confèrent à la société un caractère fermé. On y trouve toutes les têtes du parti patriote, de Mirabeau à Robespierre, de La Fayette à Pétion, en passant par le triumvirat Duport, Barnave et Lameth.

Très vite, le club s’entoure en province de sociétés filiales à qui il donne une investiture. Près de 150 filiales fin 1790, assez nombreuses déjà pour constituer un réseau national doté, dès octobre 1790, d’un Journal des Sociétés des amis de la constitution, fondé par Choderlos de Laclos. Un comité de correspondance, le plus important du club, contrôlé par Barnave et ses amis veille aux relations entre la société-mère et les filiales.

L’analyse sociale du recrutement, à Paris comme en province, fait apparaître la même prédominance de l’élite du Tiers état : négociants, magistrats, officiers, médecins, rentiers.

À Paris, c’est Mirabeau qui, par son éloquence, exerce, au moins jusqu’en décembre 1790, la plus grande influence au club des Jacobins. Le 2 mars 1791, Lameth détruit son influence en l’accusant de collusion avec les « aristocrates ». Dès lors, c’est le triumvirat qui domine aux Jacobins.

Mais la fuite du roi en juin 1791 et son retour change la donne. Les décrets qui déclarent l’inviolabilité du roi et le rétablissent dans ses fonctions provoquent une scission. Le 16 juillet 1791, la veille de la fusillade du Champ-de-Mars, désertant les Jacobins, Barnave entraîne la majorité modérée (dont la quasi-totalité des députés) et va s’installer au couvent des Feuillants. Aux Jacobins, seuls restent une dizaine de députés : Robespierre, Pétion, Roederer, Buzot, Grégoire et quelques autres. Mais la scission provoquée par Barnave va se révéler un échec politique, aussi bien à Paris qu’en province (à l’automne 1791, on dénombre 442 sociétés jacobines contre 60 feuillantes et 110 hésitantes). En juin et en septembre 1791, la société a procédé à un certain nombre d'exclusions liées à l'introduction de la question coloniale dans la vie politiques française. Les 10 et 12 juin sur demande de Danton, plusieurs députés des colonies sont suspendus (Gouy d'Arcy, Moreau de Saint-Mery, Jean-Baptiste Gérard, Joseph Curt) pour avoir violé le serment du jeu de paume en boycottant l'assemblée nationale depuis son vote du 15 mai 1791 qui accordait l'égalité politique à une partie des hommes de couleur libres. Après Varennes ils adhèreront au club des Feuillants. Le 25 septembre ce fut au tour de Barnave, Alexandre et Charles Lameth, Goupil de Prefeln et Adrien Duport dont les noms étaient encore inscrits dans les Procès-Verbaux de la société. Ici ce fut la radiation pure et simple, car la veille ils avaient fait révoquer ce même décret.


Malgré cette victoire, Les Jacobins n’obtiennent qu’un succès relatif aux élections de septembre 1791 à la Législative: leurs candidats sont battus à Paris, même s’ils connaissent en Province un sort meilleur. Dans la nouvelle Assemblée, 136 députés s’inscrivent aux Jacobins, 260 aux Feuillants. Les autres, plus de 300, refusent de choisir entre les factions[4].

Mais le club a changé de rôle. Grégoire et Roederer reformulent les principes d’organisation et la doctrine. De club de discussion, il est devenu une machine politique au service d’une deuxième révolution.

Le club des Jacobins sous la Législative (automne 1791 – automne 1792)

Brissot, député de Paris, est l’homme de la guerre révolutionnaire. Avec ses amis, il représente la deuxième génération révolutionnaire. On les appelle, après Lamartine, les Girondins.
Robespierre presque seul est contre la guerre. Le duel qui l’oppose à Brissot a lieu au club des Jacobins. Robespierre y prononce cinq grands discours et une dizaine d’interventions.

La nouveauté majeure est sans doute la modification du rapport entre le club et l’Assemblée nationale. Désormais, le club n’est plus essentiellement destiné à préparer les débats à l’Assemblée. Il prend une autonomie réelle. C’est une autre Assemblée. Les grands débats politiques ont lieu maintenant aussi bien au club des Jacobins qu’à l’Assemblée législative, cette dernière se trouvant sans cesse contestée par ces gardiens de l’esprit révolutionnaire que deviennent les Jacobins. Rappelons que l’Assemblée législative est composée d’hommes nouveaux, un décret, voté sur proposition de Robespierre, ayant interdit aux Constituants de siéger dans la nouvelle assemblée.

Brissot énumère dans un discours, le 28 septembre, les tâches qui incombent au club : discuter les lois à faire et créer les conditions d’une discipline parlementaire, mais aussi « soumettre la conduite des fonctionnaires publics à la censure rigoureuse du tribunal de l’opinion publique », et surtout « dénoncer les mauvaises lois et rechercher les moyens d’obtenir leur révocation ».

L’admission du public aux séances, le 12 octobre 1791, soumet dorénavant le club à la pression des activistes parisiens dans les tribunes. Aux trois comités de correspondance, d’admission et de présentation, s’ajoutent un comité des rapports et un comité de surveillance, mais le comité de correspondance conserve son rôle stratégique et regroupe les leaders en vue : Pétion, Brissot, Buzot, Robespierre, Réal, Carra, Bourdon, Billaud-Varennes, Collot d’Herbois, Desmoulins, Clavière.

L’hiver 1791-1792 est marqué au club des Jacobins par le débat sur la guerre et un duel entre Brissot et Robespierre. Brissot est l’homme de la guerre : « Le moment est venu, dit-il, d’une nouvelle croisade : c’est une croisade de liberté universelle. » ; c’est un devoir de donner assistance aux révolutionnaires de l’Europe ; en détruisant le foyer d’émigration de Coblence, on obligera le roi à se déclarer, on rétablira la tranquillité. Robespierre y est hostile. Il craint la dictature militaire et dénonce l’idéalisme de Brissot :

« La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d’un politique est de croire qu’il suffise à un peuple d’entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa Constitution. Personne n’aime les missionnaires armés. »

Robespierre, isolé, n’arrive pas à convaincre. Sa popularité au club est en baisse. La guerre est déclarée à l’Autriche le 20 avril 1792. Brissot et ses amis semblent conforter leur avantage quand le roi constitue au printemps 1792 un ministère girondin, mais cette compromission avec la Cour les rend vulnérables aux attaques de Robespierre.

Ce dernier reprend l’avantage au club des Jacobins en juillet, avec les premières défaites qui vont radicaliser la Révolution. Dans un important discours, le 29 juillet, Robespierre orchestre les mots d’ordre spontanés des fédérés (20 000 gardes nationaux de province appelés à Paris pour assister à la fête de la Fédération) et des sections parisiennes : déchéance du roi, et élection d’une Convention nationale élue au suffrage universel.

Le club des Jacobins est un des principaux bénéficiaires de la journée du 10 août 1792 (chute de la monarchie). Il occupe désormais une position dominante et inaugure la période jacobine de la Révolution française.

C’est le club des Jacobins qui désigne la députation parisienne (24 députés) aux élections à la Convention. Robespierre est élu le premier, Danton le deuxième (avec plus de voix que Robespierre, 638 sur 700 présents[5]).

Le club des Jacobins sous la Convention (automne 1792 – automne 1794)

De l’été 1793 à l’été 1794, le club des Jacobins s’identifie avec Robespierre.
Vignette en forme de sceau du club des Jacobins.
À partir de l’automne 1792, le club change de nom et devient la Société des amis de la Liberté et de l’Égalité.

À partir de l’automne 1792, le club change de nom et devient la « Société des amis de la Liberté et de l’Égalité ».

Il change aussi de physionomie. Selon Michelet, « cette troisième légion convoquée en quelque sorte au nom de l’égalité différait beaucoup des deux autres. D’abord elle était plus jeune. Puis la grande majorité se composait d’hommes de conditions peu lettrées comme le menuisier Duplay, etc. Ces braves gens très passionnés étaient généralement honnêtes et désintéressés. Profondément fanatiques du salut de la patrie, s’avouant leur ignorance, ils ne cherchaient qu’un directeur, il leur fallait un honnête homme, bien sûr et bien solide qui voulût pour eux, ils remettaient leur conscience dans la main de Robespierre. Ils étaient, si je ne me trompe, plus naïfs et plus violents, moins fins et moins pénétrants que le peuple d’aujourd’hui. Le fanatisme sincère, si peu éclairé des uns, la violence vraie ou simulée des autres, la concurrence de fureur qui était entre eux, chacun voulant primer l’autre en colère patriotique, rendaient la société (toute disciplinée qu’elle semblait) très difficile à manier. Elle sortait souvent de la mesure que comportait le moment. »

Le club devient plus un club de militants qu’un club de députés. Les effectifs parisiens sont alors de l’ordre d’un millier, dont 205 députés à la Convention en octobre 1792, se répartissant entre 38 Girondins, 129 Montagnards et 38 députés de la Plaine[6].

Jusqu’aux journées 31 mai-2 juin 1793, le club est le siège du conflit entre Montagnards et Girondins qui disposent de la majorité à la Convention grâce à l’appui de la Plaine. Dès septembre-octobre 1792, le club est sous la domination de Robespierre et Brissot est exclu des Jacobins en octobre comme comploteur et ennemi du peuple. C’est la fin des débats passionnés qui depuis l’origine avait périodiquement agité le club. Il ne s’agit plus dorénavant pour les Jacobins d’être une contre-assemblée, mais d’appuyer la minorité la plus radicale de la Convention.

Le rôle des Jacobins est essentiel dans les journées 31 mai-2 juin 1793 (arrestation des Girondins). Le programme est tracé début mai par le frère de Robespierre, Augustin : « Il faut que tous les bons citoyens se réunissent dans leurs sections, qu’ils y dirigent l’opinion publique d’une manière plus utile qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent, et qu’ils viennent à la barre de la Convention nous forcer de mettre en état d’arrestation les députés infidèles. » Les Jacobins vont participer activement par plusieurs de leurs membres au comité dit « de l’Eveché » qui va organiser l’insurrection. Le 26, au club, Maximilien Robespierre invite « le peuple à se mettre en insurrection contre les députés corrompus ». Le 2 juin, une foule de 80 000 hommes armés investit la Convention. Après une tentative de sortie en cortège qui se heurte aux canons de Hanriot, l’assemblée doit se résigner à décréter d’arrestation tous les chefs girondins.

Les Jacobins, gardiens de l’orthodoxie révolutionnaire, vont alors recourir de plus en plus au scrutin épuratoire, à Paris et en province sous l’impulsion des représentants en mission. À Paris, après l’épuration d’avril 1793 conduite par un comité désigné et non élu, car Robespierre a fait valoir que « la société a beaucoup d’ennemis dans son sein qui sont intéressés à écarter de ce comité les membres dont ils redoutent la sévérité », les purges vont se succéder avec l’élimination des « factions » (hébertistes, dantonistes). « On vote à main levée, par définition : le secret ne convient qu’aux complots. La décision, du coup, doit être prise avant la réunion du club, dans les conciliabules des chefs, et ratifiée par le fanatisme ou le suivisme des troupes. Et la province suit la maison mère[7]. »

Les Jacobins contrôlent alors un réseau de 5500 filiales en France[8] et représentent 100 à 200 000 militants. L’implantation est forte dans le Nord et le Nord-Ouest, l’Ile-de-France, l’Aquitaine, le Sud-Ouest et la Provence orientale, faible dans le Bocage normand, la Bretagne intérieure, la Vendée de l’Ouest, les Vosges, l’Alsace, la Champagne, le Berry, le Bourbonnais et une partie du Massif central. Dans chaque commune il faut, dit une instruction du Comité de salut public, « une société qui réchauffe l’esprit public, protège le peuple et surveille ceux qui pourront lui nuire ». Les attributions de ces filiales sont multiples : encourager les enrôlements et soutenir l’effort de guerre, traquer les suspects, surveiller l’exécution des lois, imposer le nouveau calendrier révolutionnaire, etc.

Les Jacobins constituent la base du pouvoir de Robespierre en l’an II. C’est là qu’il aime à se rendre, qu’il essaye ses idées, qu’il est régulièrement acclamé. Il y est « comme un poisson dans l’eau » dit François Furet[7]. « Je reproche à Robespierre de faire chasser des Jacobins qui bon lui semble » s’écrira Panis à la Convention le 8 thermidor, faisant allusion à Fouché.

La préparation du complot du 9 thermidor (27 juillet 1794) est bien connue. Le Comité de Salut public s’est divisé. Robespierre n’y paraît plus depuis plus d’un mois. Collot d’Herbois, Billaud-Varenne, Carnot se sentent menacés et prennent contact avec d’autres groupes : les anciens représentants en mission rappelés par Robespierre pour avoir « abusé des principes révolutionnaires », le Comité de sûreté générale qui n’accepte pas de voir rogner ses prérogatives en matière de police, les députés de la Plaine qui subissent, tout en le déplorant, le régime de la Terreur.

Le club des Jacobins va le soutenir jusqu’au bout mais ne va pas être capable de soulever les sans-culottes des sections comme il l’a fait le 2 juin.

Clôture de la salle des Jacobins le 10 thermidor.

Le 8 thermidor, Robespierre prend la parole à la Convention pour réclamer le châtiment des traitres (sans les nommer) et l’épuration des comités. Intimidée, l’Assemblée vote dans un premier temps l’impression de son discours. Puis, plusieurs députés ayant réclamé des noms et Robespierre se refusant à les donner, elle se ravise et décide d’envoyer le discours à l’examen des comités. Le soir, Robespierre se rend aux Jacobins avec Couthon. Billaud-Varennes et Collot d’Herbois l’y ont devancé. Ils demandent la parole ; lui aussi. C’est lui qui l’obtient. Il relit son discours dans une toute autre ambiance qu’à la Convention. Les Jacobins l’acclament. Collot et Billaud veulent répondre ; peine perdue ; sous les huées et les cris : « À la guillotine ! » ils sont chassés de la salle. Et Dumas, président du Tribunal révolutionnaire, leur crie d’une voix tonnante : « Je vous attends demain au tribunal[9] ! ».

Le lendemain, 9 thermidor, à la Convention, au terme d’un débat dramatique, Robespierre est décrété d’arrestation. L’insurrection lancée par la Commune et les Jacobins échoue et il est guillotiné avec ses partisans le 10 thermidor.

Sa chute n’entraîne pas immédiatement la fin des Jacobins. Le club est fermé, puis épuré des éléments supposés robespierristes, il rouvre ses portes peu après. Mais la pression de l’opinion contre la Terreur et ses responsables détermine la Convention à fermer la salle de réunion le 12 novembre 1794. Elle sera détruite six mois plus tard, un décret de 1795 ordonnant de transformer l’immeuble des Jacobins en marché public sous le nom de « marché du 9 thermidor ».

Origine du nom « jacobin »

La porte du club des Jacobins.

Le terme « Jacobins » désignait, avant la Révolution, l'ordre des Dominicains, qui avait établi son premier couvent à Paris dans un hospice pour pèlerins nécessiteux le 6 août 1218. En 1789, les Dominicains possédaient à Paris trois maisons : celle de la rue Saint-Jacques, celle de la rue Saint-Honoré qui devint le siège du club des Jacobins, et celle du faubourg Saint-Germain dont la chapelle est devenue l'église Saint-Thomas-d'Aquin[10].

Le couvent des Dominicains dépendait d’un couvent italien dédié à Saint-Jacques, situé au nord de Gênes près d’un col appelé Alto passo en italien et le Haut pas en français. Le couvent dominicain de Paris prit lui aussi le nom de Saint-Jacques, nom qui fut donné également à la rue où il avait été construit, et qui partait du sud de l’île de la Cité. Les frères dominicains de Saint-Jacques reçurent le surnom de Jacobins, dérivé du prénom Jacques, Jacobus en latin.

Au XVIIe siècle, le couvent dominicain fut transféré rue Saint-Honoré, mais conserva son surnom de Jacobins. Du couvent primitif de la rue Saint-Jacques ne reste que l’Église Saint-Jacques-du-Haut-Pas.

Au XVIIIe siècle, la crise des vocations obligea les rares Dominicains à chercher des ressources financières en louant les réfectoires du couvent de la rue Saint-Honoré, imposantes salles servant aux repas et devenues inutiles. C’est ainsi que la Société des amis de la Constitution loua en 1789 la salle dite des Jacobins, en même temps que l’Assemblée nationale fut transférée à Paris. Le nom du lieu prit le pas sur le nom officiel.

Réutilisation actuelle

Des réveils successifs

Les dirigeants du Club, majoritairement francs-maçons (règle constante mais non écrite) se transmettent "en silence" les "patentes" du Club.

Ceux-ci tenteront par la suite de lui reconstituer une visibilité publique, ainsi sous le Directoire, avec le club du Panthéon en 1795 et le club du Manège en 1799.

En fait, depuis, le club n'a jamais cessé d'exister même s'il est passé par des phases de sommeil public. Il reste un lieu de transmission.

Le réveil suivant le plus marquant fut celui initié par le mouvement jeune turc des années 1930. Ce regroupement s'effectue autour de Mendès-France, Cot, Kaiser, Jouvenel, Mistler ou Zay décident de reprendre le club faute de pouvoir tirer le partir radical de son immobilisme. À l'époque, le président en est Lucien Le Foyer.

Pendant la guerre les patentes appartiennent à Jacques Mitterrand.

Période Hernu-Mendès-France-Convention des Institutions Républicaines

Le troisième réveil est celui initié par Charles Hernu en décembre 1951.Contestant la décadence de la République et des mœurs parlementaires, Hernu, entouré de Charles Briandet (administrateur du cercle républicain), de Georges Solpray, de Georges Maury, d'Henri Longchambon et de l'avocat Jacques Gambier de la Forterie envisage de nouveau de le réactiver. Dans leur esprit, être jacobin « c'était surtout être républicain dans toute l'acception du terme, avoir à la fois de l'âme et de la volonté et s'engager sans jamais être spectateur ». Les droits « d'exploitations » du club sont transmis à Charles Hernu par Jacques Mitterrand, secrétaire général de l'union progressiste et qui deviendra plus tard Grand Maître du Grand Orient de France. Les statuts sont formellement redéposés à la préfecture de police le 7 décembre 1951.

Son objet est alors de réunir l'ensemble des forces de gauche : « L'objectif des jacobins est d'être une société d'éducation civique et de propagande ayant pour but de réunir tous les républicains qui, venant des horizons politiques les plus divers, veulent essayer d'avoir entre eux de contacts afin de faire triompher les idées qui leur sont communes et de faire connaître aux nouvelles générations les réformes politiques, économiques et sociales de l'idéal jacobin. Les jacobins sont fidèles à la constitution de 1789 et à sa devise Liberté – égalité - Fraternité ».

Dans la foulée de sa reconstitution, le Club organise une dizaine de débats au cercle républicain (« Défense et développement de la laïcité », « Que penser du réarmement allemand ? », « Progrès technique et réforme fiscale », « Crise de la justice et ordre républicain », « Que penser de la CED ? »).

Le Club va en fait servir à regrouper les proches de Mendés dans la perspective du congrès de Wagram et de conquête du Parti Radical en mai 1955. Y contribuent alors au sein du Club et autour de Charles Hernu, André Pélabon, ancien dir de cab. de PMF à Matignon, Paul-André Falcoz, Charles Briandet, Marcel Delport, Jacques Maroselli et Paul Anxionnaz. Lors de ce congrès, les Jacobins – qui préparent la « prise de pouvoir » de Mendés – distinguent les bons radicaux, qu'ils qualifient « d'orthodoxes et parmi lesquels ils classent les caciques du parti comme Herriot, Daladier, Monnerville, Maroselli, Baylet, Jules-Julien, Masson ou Billères. Leurs qualités ? « Ils mettent la paix et la France avant l'Europe démo-chrétienne et technocratique. Ils votent contre la loi Barangé et sont laïcs tout en restant tolérants. Ils préfèrent les citoyens de la gauche aux valets de la droite et les socialistes aux modérés ». S'y opposent les « faux radicaux » c'est-à-dire l'aide droite et bourgeoise autour des représentants de l'Algérie et des fédérations du Midi : Henri Borgeaud, Vinvent Delpuech, René Mayer, Léon Martinaud-Deplat.

Dans la foulée de l'arrivée à la présidence de Mendès, les jacobins occupent la plupart des postes de direction du parti comme Georges Cali au secrétariat administratif, Claude Panier aux investitures électorales ou Alain Gourdon aux publications. Ils s'attellent immédiatement à l'une de leurs propositions : la création d'une école de cadres du parti (doctrine, culture politique, communication, formation et recrutement, gestion des fédérations des collectivités locales).

Période actuelle

Le départ de la plupart des Jacobins pour le parti socialiste où ils rejoindront François Mitterrand a privé le club d'une partie de sa substance. Il a cependant régulièrement continué à se réunir et à travailler sous la présidence de Guy Penne, sénateur des Français de l'étranger et conseiller de François Mitterrand.

Il est aujourd'hui présidé par Frédéric Naud, avocat et secrétaire national aux études du parti radical de gauche. Le club des Jacobins a pour vice-présidents, Maurice Braud (secrétaire général du PS), Jacques Soppelsa (vice président du PRG) et Marie-Françoise Bechtel (vice-présidente du MRC). Guy Penne en est président d'honneur. Olivier Stirn (ancien ministre) et Bruno Moschetto (banquier), sont conseillers du président.

Le nom

Le mot jacobin a servi depuis lors à désigner en France les républicains partisans d’une démocratie centralisée et d’un pouvoir exécutif fort.

Voir l’article détaillé : Jacobinisme

Notes et références

  1. Jacques : jacobus en bas latin
  2. Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, 1992.
  3. François Furet et Mona Ozouf, Dictionnaire critique de la Révolution française, article Jacobinisme, Flammarion, 1988, p. 751
  4. François Furet et Denis Richet, La Révolution française, Fayard, 1973, p.145
  5. Jean Tulard, Nouvelle histoire de Paris, la Révolution, Bibliothèque historique de la ville de Paris, 1789, p.221
  6. chiffres donnés par Michel Vovelle dans Les Jacobins, La découverte,1999
  7. a et b François Furet et Mona Ozouf, Dictionnaire critique de la Révolution française, article Jacobinisme, Flammarion, 1988, p.756
  8. L’enquête qui fait aujourd’hui référence est celle de Jean Boutier et Philippe Boutry (La diffusion des sociétés politiques en France 1789 – an III. Une enquête nationale dans Annales historiques de la Révolution française, no 266, sept-oct 1986, p. 365-398)
  9. Jean Massin, Robespierre, Alinea, 1988, p.286
  10. "Michel Mourre, 1986"

Articles connexes

Bibliographie

  • Jean Boutier, Philippe Boutry, Serge Bonin, Les sociétés politiques, Paris, Editions de l'EHESS, 1992.
  • Bruno Benoît, Les Grandes Dates de la Révolution française, Paris, Larousse 1988, (ISBN 2037400055).
  • Jean-Daniel Piquet,
    • « L'émancipation des noirs dans les débats de la Société des Jacobins de Paris (1791-1794) » dans Esclavage, résistances, abolitions; Paris, Ed. du C.T.H.S., 1999, p. 187-198. Marcel Dorigny (dir).
    • « Septembre 1791 : un discours inédit de l’abbé Grégoire sur la révocation du décret du 15 mai », no 363, Annales historiques de la Révolution française, no 363, janvier-mars 2011, p. 175-183.
  • Philippe Reclus, La République impatiente ou Le Club des Jacobins (1951-1958), Paris, Publications de la Sorbonne, 1987.
  • Jean Tulard, Jean-François Fayard, Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire de la révolution française, Robert Laffont, collection Bouquin, 1988  (ISBN 2221045882).

Liens externes


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