Surpopulation

Surpopulation
Courbe illustrant la démographie mondiale récente
(sur 55 ans, de 1950 à 2005)
Démographie mondiale estimée, depuis la fin de la dernière glaciation (10 000 ans environ)
Scénarios prospectifs régionaux et scénario global, produit à partir des tendances estimées (ONU)
Régions les plus densément peuplées dans le monde (hbt/ha, en 1994)
La densité de population est facteur de promiscuité (ici à Taipei) pouvant augmenter le risque épidémique et pandémique
L'empreinte écologique de l'urbanisation est l'un des facteurs en jeu dans les évaluations d'éventuelle "surpopulation" (ici : New-York, Manhattan)
Malthus est l'un des premiers à avoir théorisé la surpopulation comme une notion relative aux ressources (malthusianisme)

La surpopulation est un état démographique caractérisé par une insuffisance des ressources disponibles pour durablement assurer la pérennité d’une population ou de sa descendance, sur un territoire (qui peut être local, régional, national, continental ou être la planète Terre elle-même).

La notion est parfois appliquée au domaine vétérinaire ou de l'élevage (population animale) ou à des sous-unités géographiques ou sociales (On parle par exemple de « surpopulation carcérale »).

Sommaire

Seuils de surpopulation

Le seuil (en nombre d'habitants par hectare) au-delà duquel on parle de surpopulation varie fortement selon le type de territoire considéré, le comportement des habitants et des ressources qu'il offre. Le seuil concernant la planète n'est pas connu.
Un désert, des montagnes souvent enneigées ou des zones à faible bioproductivité n’offrent pas les mêmes ressources qu’une fertile plaine fluviale.

Notion relative

Dans les populations animales, fongiques ou végétales, la surpopulation n'existe que relativement aux ressources vitales disponibles (ressources en eau, en nourriture ou nutriments et en espaces).

Appliquée à l’humanité, la notion de surpopulation est encore plus relative. En effet, comme l'ont noté Thomas Malthus, ou Karl Marx (thème longuement traité dans le chapitre XXV du Livre I du Capital intitulé « La loi générale de l’accumulation capitaliste » [1]), son seuil dépend de la consommation individuelle et collective de ressources qui ne sont pas, qui sont peu, difficilement, lentement ou coûteusement renouvelables. Il dépend aussi de l'accès (plus ou moins équitablement partagé) à ces ressources.

Ces ressources sont pour certaines :

  • parfois ou dans une certaine mesure substituables (le charbon a remplacé le bois, le pétrole a remplacé le charbon, etc.) ;
  • plus ou moins gaspillées (Cf. efficience énergétique par exemple) ;
  • pour partie dépensées pour des besoins non vitaux.

Les territoires vivant en autarcie énergétique et alimentaire sont de plus en plus rares.

Avec le développement des transports de fret et le développement des échanges commerciaux (libres ou imposés dans un rapport de domination comme ce fut le cas dans le cadre du colonialisme) les biens communs et les ressources énergétiques, minérales ou agricoles, produites sur Terre ont été plus largement dispersés, permettant la colonisation de territoires autrefois inhospitaliers.

Le commerce équitable cherche à répartir plus équitablement ces ressources.

Les progrès techniques influent sur l'efficience dans l'usage des ressources, mais augmentent aussi l'offre en produits consommateurs de ressources. Ces techniques évoluent dans le temps. L'accessibilité, le partage et l'utilisation de ressources énergétiques fossiles permettent – un certain temps – à une population d'outrepasser la capacité bioproductive de son environnement : une population disposant de moyens techniques abondants et de ressources fossiles peut répondre à ses propres besoins, tout en compromettant ceux des générations futures et en accumulant ce que certains appellent une dette écologique envers ces générations.

En France

On estime aujourd'hui que les hommes préhistoriques vivant (sur ce qui correspondait à cette époque au territoire français actuel) de chasse et de cueillette étaient en état de « surpopulation » à partir de 3 à 4 habitants en moyenne au km², mais avec des déséquilibres manifestes n'apparaissant probablement qu'à un seuil de 8 à 10 habitants/km². Une surpopulation locale se résolvait par l'émigration ou une surmortalité temporaire (famine et/ou maladie) et peut-être parfois des conflits armés.
L'agriculture sur brûlis a permis une première hausse de population (à environ 10 hab/km²), mais ce système induisit rapidement une crise auto-entretenue (cercle vicieux par la dégradation des meilleurs sols et la lenteur de la reconstitution du couvert forestier).

L'invention de l'agriculture et de l'élevage, puis la diffusion de l'assolement biennal permirent un nouveau seuil (d'environ 20 habitants/km²) en France dans l'Antiquité, passant à 35 à 40 au Moyen Âge grâce notamment à la jachère et à des systèmes de polyculture-élevage d'agrosylviculture et à l'introduction de la charrue (qui permet un désherbage éliminant la compétition par les adventices, mais dégrade rapidement l'humus et produit une semelle de labour). L'assolement triennal sur les sols très riches de la moitié nord de la France et l'invention du bocage de haies vives en Bretagne et Normandie ont encore augmenté les rendements, permettant à un maximum de 20 millions d'habitants de vivre de la production du sol et de la pêche. Il semble qu'une limite fut atteinte au cours du XIIIe siècle : la croissance diminua ainsi que la qualité des sols cultivés, fragilisant les populations (d'où probablement la virulence de la Grande Peste de 1346 qui tua un tiers de la population européenne).

Ce seuil de 20 millions d'habitants fut à nouveau atteint à la fin du XVIe siècle. Cependant, la reproduction à l'identique du système agraire féodal produisit les mêmes effets : nouvelle baisse de la population française de 20 millions en 1560 à 16 millions en 1590 (c'est en France l'époque des guerres de religion). Sous Louis XIV, le chiffre de 20 millions fut à nouveau atteint puis dépassé grâce aux progrès de l'agriculture au XVIIIe siècle (28 millions d'habitants à la Révolution) et surtout au XIXe siècle : nouvelles cultures (pomme de terre), amélioration de l'alimentation (sucre et conserves puis réfrigération notamment), amélioration des techniques et des outils (engrais), utilisation d'énergies fossiles.

Ailleurs

La « révolution verte » s'est surtout traduite par la culture industrielle du riz (ici en Malaisie, au détriment de la forêt tropicale et des milieux naturels), avec usage croissant d'engrais et pesticides.

En Asie, la riziculture a permis d'atteindre très tôt des rendements très élevés avec plusieurs récoltes par an, ce qui a permis des densités très élevées dans certaines campagnes (plus de 1 000 habitants au km²[réf. nécessaire]). La révolution verte, basée sur le développement de la culture de variétés plus productives de riz, un usage plus rationnel de l'eau et l'usage croissant d'engrais et de pesticides ont permis une augmentation des rendements et un doublement de la population asiatique qui a augmentée de manière plus modérée qu'on ne l'avait prévu au début du XXe siècle grâce à la politique nataliste malthusienne de la République populaire de Chine.

La valorisation des sédiments du Nil et la mise en culture de son delta ont permis à une population dense de vivre dans un environnement par ailleurs aride ou désertique.

La perception par le public de la notion de surpopulation

Pendant longtemps, les hommes ont ignoré le nombre total d'être humains vivant sur terre, même approximativement.

Après Malthus, il a fallu attendre le développement de l'ONU et des statistiques internationales pour que le grand public et les décideurs puissent disposer de chiffres permettant des statistiques fiables au niveau international. C'est ainsi qu'après la seconde guerre mondiale, un nombre croissant de gens ont pu prendre conscience que si la population humaine avait mis des centaines de milliers d'années pour dépasser le cap du milliard d’individus (vers 1800), un peu plus d'un siècle plus tard, elle avait déjà doublé (deux milliards vers 1930) avec une accélération (le troisième milliard a été atteint en seulement 30 ans) et le 4ème 15 ans après le précédent. Dans les années 2000, chaque année une population plus importante en nombre que l'équivalent de celle de la France s'ajoute à celle vivant déjà sur la planète. Dans le même temps les progrès de l'agriculture ont été importants, mais semblent stagner depuis la fin des années 1990.

Curieusement, alors que les données statistiques sur la population sont devenues très nombreuses, il ne semble pas y avoir eu de sondages concernant la perception par différentes population de la notion de surpopulation. Il semble que cette perception puisse varier selon les époques et les lieux et selon les contextes socio-économiques.

Selon Claude Lévi-Strauss, "la surpopulation est le problème fondamental de l'avenir de l'humanité".

Voir aussi

Colonisation de l'espace

Articles connexes

Aspects démographiques

Aspects environnementaux

Aspects socio-économiques

Divers

Bibliographie

  • Environnement, l'hypothèque démographique, de René MONET - L'Harmattan - 2004
  • Faire des enfants tue : Éloge de la dénatalité de Michel Tarrier et Daisy Tarrier - Éditions du Temps (2008) - (ISBN 978-2842744403)
  • Les limites de la planète, de Hervé Le Bras - Flammarion - 1994
  • L'enfermement planétaire, d' André Lebeau - Gallimard - 2008

Le thème de la surpopulation et de ses conséquences sociales et humaines a été traité par la littérature de science-fiction, notamment dans :

Au-delà de la science-fiction, la littérature d' anticipation a mis en question la surpopulation, guidée par l'incontournable Aldous Huxley dans Le Meilleur des Mondes et Retour au meilleur des mondes.

Liens externes

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Notes et références


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