Pirandello

Pirandello

Luigi Pirandello

Luigi Pirandello
Activité(s) dramaturge, poète
Naissance 28 juin 1867
Décès 10 décembre 1936
Distinctions Prix Nobel de littérature (1934)


Luigi Pirandello est un écrivain Italien, poète, nouvelliste, romancier et dramaturge, né le 28 juin 1867 à Agrigente en Sicile au lieu dit « Le Chaos », entre Agrigente et Porto Empedocle, durant une épidémie de choléra, et mort à Rome le 10 décembre 1936. Il a été lauréat du Prix Nobel de littérature en 1934.

Sommaire

Biographie

Les années de formation

L'été de la naissance de Luigi Pirandello, la Sicile est la victime d'une terrible épidémie de choléra comme elle l'avait été vingt années plus tôt. C'est le choléra déjà qui emporte en 1837 son grand-père paternel, Andrea, riche propriétaire qui laisse une grosse fortune et une famille nombreuse dont le dernier-né, Stefano, est le père de Luigi. Stefano est un homme courageux et aventureux qui a rejoint les troupes de Garibaldi et a combattu pour l'unité italienne.

Le jeune Pirandello grandit entre une mère douce et aimante qu'il adore et un père autoritaire et coléreux avec lequel il entretient des relations difficiles. La servante de la famille imprègne le jeune Luigi du folklore sicilien en lui apprenant des chansons populaires et en lui contant les fables et les légendes de son pays natal qui enflamment son imagination. Il entreprend des études au collège technique qui ne lui plaisent guère. Il fait croire à son père qu'il a échoué à l'examen de mathématiques et pendant ses vacances, au lieu de prendre des leçons dans cette discipline, il suit des cours de latin qui lui permettront d'entrer au Gymnase, le lycée classique, en deuxième année. Le jeune Luigi aime la lecture et les mots et, dès 1880, il rédige ses premiers poèmes. À dix-sept ans, en 1884, il publie Cahute, sa première nouvelle dont l'action est située en Sicile et qui raconte l'enlèvement d'une jeune fille par son amant.

Amoureux de sa cousine Lina, il envisage de l'épouser et de rejoindre son père à la soufrière dans l'entreprise familiale mais la littérature l'attire irrésistiblement. En 1887, à vingt ans, il quitte Palerme pour Rome. En 1889, il fait paraître son premier recueil de Vers Le Mal joyeux et part pour l'université de Bonn séduit par le romantisme allemand et Goethe dont il traduira Les Élégies romaines. En 1891, il est docteur en philosophie et lettres de l'université de Bonn avec une thèse de dialectologie romane sur le dialecte d'Agrigente écrite en allemand. Le jeune homme rentre en Italie et rompt ses fiançailles avec sa cousine.

Le mariage et les premiers écrits

En 1894, à vingt-sept ans, il épouse Maria Antonietta Portulano, la fille de l'associé de son père qui lui apporte une belle dot. C'est un mariage arrangé par les parents qui ne fut pas un mariage heureux. Les jeunes époux partent s'installer à Rome. De ce mariage naîtront trois enfants : Stefano (1895), Lietta (1897) et Fausto (1899). Cette année 1894, il publie Amours sans amour son premier recueil de nouvelles dont les personnages appartiennent à la petite bourgeoisie provinciale et au petit peuple des campagnes de sa Sicile natale. Pirandello écrira des nouvelles toute sa vie. En 1897, il enseigne la stylistique à l'Instituto Superiore di Magistero, une école normale pour jeunes filles où il enseignera pendant vingt-quatre ans, de sa trentième à sa cinquante-quatrième année. Il publie sa première pièce, L'Étau en 1898 et son premier roman L'Exclue en 1901. Il écrit également des essais et collabore à des journaux. En 1902, il renonce à la poésie.

La folie de sa femme et son travail acharné

La jeune épouse de Pirandello, d'une instruction simple, ne comprenait pas les préoccupations littéraires de son mari qui était un intellectuel brillant. Cette incompréhension s'est fixée en une jalousie maladive en raison de la fascination que son mari exerçait sur ses jeunes élèves de l'école normale pour jeunes filles. Cette jalousie sans fondement va se transformer peu à peu, après la faillite de l'entreprise familiale, en une véritable folie. Le critique et essayiste Nino Frank se demande à ce sujet : « Lequel est né d'abord, de l'œuf ou de la poule ? Pirandello est-il devenu Pirandello parce que sa femme était folle, ou vice versa ? Peu importe à l'heure qu'il est. Ce qui importe, c'est que ce cas familial conditionne désormais l'inspiration de l'écrivain ». En 1903, un éboulement détruit la mine de soufre et provoque la faillite de l'entreprise paternelle dans laquelle étaient investis tout ce qu'il possédait ainsi qu'une partie de la dot de sa femme. Ruiné, Pirandello qui a envisagé de se suicider reprend courage en s'investissant dans son travail de créateur. Il publie l'année suivante, en 1904, son roman le plus connu, Feu Mathias Pascal. Il a trente-sept ans et c'est un grand succès qui lui ouvre les portes de la plus grande maison d'édition italienne de l'époque, Trèves, et lui assure la sécurité matérielle.

La vie familiale de Pirandello et de ses enfants est difficile et douloureuse. La paranoïa de sa femme qui commence après la naissance de leur troisième enfant aurait nécessité un internement mais Pirandello qui ne peut s'y résoudre garde sa femme au foyer familial pendant dix-sept années. L'écrivain qui a trouvé refuge dans un travail acharné écrit des nouvelles, des romans et des essais. Il publie son essai sur l'Humour en 1908 et collabore l'année suivante au Corriere della sera. En 1910 deux de ses pièces de théâtre, L'étau et Figues de Sicile, sont représentées pour la première fois au Teatro Metastasio de Rome. L'année 1915 est une année difficile pour Pirandello : l'Italie entre en guerre, ses fils Stefano et Fausto partent au front où Stefano est fait prisonnier, sa mère meurt et la folie de sa femme devient de plus en plus violente. Elle accuse notamment son mari d'inceste envers leur fille Lietta qui a fait une tentative de suicide et qui devra être confiée à sa tante Lina, la soeur de Pirandello. Maria Antonietta sera finalement internée en 1919. Pirandello a alors cinquante-deux ans.

Sa réussite théâtrale et sa renommée universelle

Luigi Pirandello reste dans l'histoire de la littérature comme essentiellement un dramaturge. Il n'a vraiment réussi au théâtre qu'à la cinquantaine. Il pensait que le théâtre ne devait être qu'une parenthèse dans son oeuvre : "Le théâtre,comme tu sais, ne me tente pas beaucoup. Je fermerai cette parenthèse théâtrale pour me remettre à mon travail de narrateur, plus naturel" écrit-il à son fils Stefano en 1917 (cité dans "Pirandello. Nouvelles complètes", trad. Georges Piroué, Editions Gallimard, Coll. Quarto, 2000, p.2199). Et pourtant il publie en 1917 ses premières grandes pièces : Chacun sa vérité et La volupté de l'Honneur et ensuite C'était pour rire (1918), Tout pour le mieux (1919), L'Homme, la bête et la vertu (1919)... En 1921, après un échec cuisant en mai à Rome, Six personnages en quête d'auteur triomphe en septembre à Milan et la même année, la pièce sera jouée à New-York. Henri IV en 1922 est un succès. A Paris, Charles Dullin met en scène dès 1922 La Volupté de l'honneur et Georges Pitoëff dès 1923 Six Personnages en quête d'auteur dont la première a lieu en la présence de l'auteur.

Son œuvre théâtrale renouvelle profondément la scène de l'entre-deux-guerres en y introduisant de la fantaisie, de la poèsie et de la liberté. Ses pièces les plus célèbres sont celles où il introduit le théâtre dans le théâtre : Comme ci (ou comme ça) (1924), Ce soir on improvise (1930) qui semblent former à ce sujet une trilogie avec Six Personnages en quête d'auteur. Le théâtre de Pirandello, avec ses 43 pièces écrites en une vingtaine d'années, assura la renommée universelle de ce grand écrivain italien.

En 1922, Pirandello commence à rassembler ses nouvelles sous le titre Nouvelles pour une année (Novelle per un anno en quinze volumes). Le nouvelliste rêve dans l'avertissement de la première édition d'un grand volume qui selon le principe du titre du recueil donnerait à lire au lecteur une nouvelle par jour pendant une année c'est-à-dire trois cent soixante-cinq nouvelles. L'édition de 1937-1938 de Manlio Lo Vecchio-Musti compte 237 nouvelles dont 21 inédites du vivant de leur auteur. Comme pour Tchekhov, le succès de son théâtre a longtemps éclipsé l'originalité et la beauté de ses nouvelles. L'œuvre de Pirandello ne se réduit pas à sa production théâtrale. Cette œuvre pourrait être divisée en trois parties presque égales, ses nouvelles, son théâtre et enfin ses romans et essais. Ses travaux de conteur et de dramaturge sont liés. Ainsi pas moins de vingt-sept nouvelles sont adaptées au théâtre : "Madame Frola et monsieur Ponza, son gendre" donnera "Chacun sa vérité", de "Leonora,Addio !" naîtra "Ce soir on improvise", etc.Certains titres de nouvelles sont conservés pour leurs adaptations théâtrales : "Cédrats de Sicile", "Le devoir du médecin", "Gare à toi, Giacomio !", "La jarre", etc. Avec "Pirandello. Nouvelles complètes" et en 2.240 pages, les Editions Gallimard dans la collection Quarto réalisent en 2000 le souhait de Pirandello de voir toutes ses nouvelles réunies en un seul volume. Dans l'avertissement de la première édition de "Novelle per un anno", Pirandello écrivait que "[l'auteur de ces nouvelles] espère que les lecteurs voudront bien lui pardonner si, nées de la conception qu'il a eue du monde et de la vie, trop d'amertume et une joie trop rare s'offriront à eux et se donneront à voir dans cette multitude de petits miroirs qui la reflètent tout entière." (cité par Laurence Liban dans son article "Le grand moi de Pirandello" dans le magazine Lire de juillet/août 2000). Cette comédie humaine que ce grand écrivain nous donne à voir sur sa terre de Sicile reflète en effet sa perception de la vie et son art de conteur lui donne une portée universelle. Un de ses traducteurs, le romancier et essayiste Georges Piroué trouvera un titre superbe à son étude sur Pirandello parue en 1988 aux Editions Denoël :" Luigi Pirandello, Sicilien planétaire".

En 1924, Pirandello adhère au fascisme et rencontre Mussolini. Mais il ne fit jamais de politique active et son activité théâtrale internationale l'écartera peu à peu du régime fasciste dont il supportera de plus en plus mal le poids autoritaire et suspicieux sur la société italienne. C'est cependant avec l'appui de Mussolini qu'il fonde avec son fils Stefano en 1925 le Teatro d'arte di Roma qui lui fait découvrir la vie et le travail d'un directeur de théâtre et d'un metteur en scène. Il engage une jeune et talentueuse comédienne, Marta Abba, pour laquelle il éprouve un amour impossible et qui devient son interprète principale et son inspiratrice. En cette année 1925 également, il publie un nouveau chef d'œuvre après quinze années de travail, Un, personne et cent mille. Il voyage à l'étranger avec sa compagnie mais l'expérience du Teatro d'arte di Roma prend fin à l'été 1928 ainsi que sa collaboration avec Marta Abba qui crée sa propre troupe de théâtre. L'écrivain s'exile alors volontairement à Berlin pendant deux années et une année à Paris. L'écrivain et la jeune comédienne s'écrivent pendant toutes ces années et leur correspondance sera publiée sous le titre Lettres d'amour de Pirandello à Marta Abba. Avec Quand on est quelqu'un (1933), Pirandello met en scène son propre drame d'homme seul, prisonnier de sa célébrité.

Le prix Nobel de littérature

Le 10 décembre1934, il reçoit à Stockholm le prix Nobel de littérature "pour son renouvellement hardi et ingénieux de l'art du drame et de la scène" mais est victime de plus en plus souvent d'accidents cardiaques. Travaillant sans relâche, il meurt en 1936 d'une pneumonie alors qu'il préparait l'adaptation cinématographique de Feu Mathias Pascal et écrivait une nouvelle pièce qui restera inachevée : Les Géants de la montagne dont il avait le sentiment qu'elle était son chef d'œuvre. "Je crois vraiment que je suis en train de composer, avec une ferveur et une anxiété que je ne réussis pas à t'exprimer, mon chef d'œuvre, avec ces "Géants de la montagne"... Mon art n'a jamais été aussi plein, aussi varié et imprévu : c'est vraiment une fête pour l'esprit et pour les yeux... " écrivait-il à Marta Abba.

Dix années après sa mort, ses cendres furent transportées à Agrigente et comme l'écrit la critique littéraire Rosanna Delpiano : " ... son destin de personnage se clôt sur un dernier jeu entre apparence et réalité : par les rues de sa ville, les cendres de Pirandello passent, enfermées dans une caisse qui donne l'impression que la crémation n'a pas eu lieu, que le corps est dans le cercueil. Il paraît qu'en ont décidé ainsi les autorités ecclésiastiques : ainsi, sans le savoir, elles s'employaient à donner la dernière touche "pirandellienne" au séjour involontaire sur la terre de Luigi Pirandello. "Après la deuxième guerre mondiale ses cendres ont été scellées dans un mur près de sa maison natale, classée monument national en 1949 et sa femme est morte en 1959 dans une clinique psychiatrique à l'âge de 87 ans.

Pirandello vu par lui-même

Luigi Pirandello, dans une lettre adressée à Benjamin Crémieux, son premier traducteur, a un regard lucide et poignant sur sa propre vie. Il lui écrit en effet pour la parution de Vieille Sicile par la NRF : "Vous désirez quelques notes biographiques sur moi et je me trouve extrêmement embarrassé pour vous les fournir; cela, mon cher ami, pour la simple raison que j'ai oublié de vivre, oublié au point de ne pouvoir rien dire, mais exactement rien, sur ma vie, si ce n'est peut-être que je ne la vis pas, mais que je l'écris. De sorte que si vous voulez savoir quelque chose de moi, je pourrais vous répondre : Attendez un peu, mon cher Crémieux, que je pose la question à mes personnages. Peut-être seront-ils en mesure de me donner à moi-même quelques informations à mon sujet. Mais il n'y a pas grand-chose à attendre d'eux. Ce sont presque tous des gens insociables, qui n'ont eu que peu ou point à se louer de la vie." Benjamin Crémieux est un de ceux qui le révèlent au public parisien en faisant jouer ses plus importantes pièces et en les traduisant, aidé par sa femme Marie-Anne Comnène.


Quelques caractéristiques des œuvres de Pirandello :

La Sicile reste une référence constante dans ces œuvres. Il définit la vie comme "un séjour involontaire sur la terre". On peut observer une grande interrogation sur la vie, l'individu ainsi que sur la societé. On trouve le thème de la multiple personnalité dans Feu Mathias Pascal. Il fait ressortir dans ses œuvres un conflit entre la vie, qui change avec le temps, et la forme, c'est-à-dire les conventions sociales qui nous obligent à bloquer notre image sociale selon les mœurs. (Feu Mathias Pascal). Selon lui, les hommes ne peuvent se comprendre, il parle d'incommunicabilité. La parole ne peut exprimer correctement la réalité et même si elle le pouvait, il y a de nombreux points de vue différents selon les individus. Dans Six Personnages En Quête d'Auteur, il met en scène l'impossibilité de représenter un drame à cause des images différentes que les uns ont des autres. Le théâtre de Luigi Pirandello est un théâtre de réflexion sur le paradoxe et l'absurdité de la vie. (sources: cours de terminale sur la litterature italienne)

Œuvres

Poésies

  • Mal joyeux (1889)
  • Les Pâques de Gea (1891)
  • Pier Gudro (1894)
  • Élégies rhénanes (1895)
  • Traduction des élégies romaines de Goethe (1896)
  • Cornemuse (1911)
  • Scamandre (1919)
  • Hors clefs (1922)

Essais

  • Laute und lautentwickelung der mundart van Girgenti (thèse) (1891)
  • Art et science (1908)
  • L'humour (1908)

Nouvelles

  • Nouvelles pour une année (15 volumes entre 1894 et 1936) 431 nouvelles

Romans

  • L'exclue (1901)
  • Chacun son tour (1902)
  • Feu Mathias Pascal (1904)
  • Les vieux et les jeunes (1913)
  • Giustino Roncella né Boggiolo (1911)
  • On tourne (1915)
  • Les cahiers de Séraphin Gubbio, opérateur (1925)
  • Un, personne, cent mille (1926)

Théâtre

Théâtre

Par catégories
Série théâtre

Personnalités

Acteur - Actrice
Metteur en scène
Décorateur
Dramaturge

Voir aussi

Pièce - Salle
Histoire - Genres
Festivals - Récompenses
Techniques

Le portail du théâtre
  • L'Étau (1898)
  • Le Devoir du médecin (1912)
  • Lumie di Sicilia (Cédrats de Sicile) (1912)
  • Cécé (1913)
  • La Jarre (1915)
  • Le Bal (1916)
  • À la sortie (1916)
  • Liola (1917)
  • Méfie-toi, Giaomino (1917)
  • Le Bonnet du fou (1918)[1]
  • La Patente (1918)
  • Chacun sa vérité (1916)
  • La Volupté de l'honneur (1918)
  • L'Homme, la bête et la vertu (1919)
  • Le Jeu des rôles (1918)
  • La Greffe (1919)
  • C'était pour rire (1918)
  • Tout pour le mieux (1919)
  • Six personnages en quête d'auteur (1921)
  • Henri IV (1922)
  • Vêtir ceux qui sont nus (1922)
  • Chacun à sa façon (1924)
  • Lazare (1928)
  • Comme tu me veux (1929)
  • Ce soir on improvise (1930)
  • Les géants de la montagne (1936, inachevé)

Adaptations

Citations

  • Il est l'auteur de la célèbre citation : "A chacun sa verité".

Note

  1. Cette pièce a été traduite en français en 2006 sous le titre Les Grelots du fou, dans la nouvelle traduction de Ginette Herry.

Sources

  • Introduction au théâtre de Pirandello, Norbert Jonard

Liens externes


Précédé de :
Ivan Bounine
Prix Nobel de littérature
1934
Suivi de :
Eugene O'Neill


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