Jean-Nicolas Pache

Jean-Nicolas Pache
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Jean-Nicolas Pache, né à Verdun le 5 mai 1746 et mort à Thin-le-Moutier (Ardennes) le 18 novembre 1823 (à 77 ans), est un homme politique français, actif pendant la Révolution.

Jean-Nicolas Pache

Sommaire

Origines suisses

Son père, Nicolas Pache[note 1], originaire d’Oron en pays de Vaud, est venu s’installer en Lorraine où il se maria avec Jeanne Lallemand. Jean-Nicolas Pache est né à Verdun le 5 mai 1746[1]. On ignore presque tout de son enfance sinon que son père a été garde suisse au service de la comtesse de La Marck (1730-1820)[note 2] et concierge de l’hôtel de Castries.

Sa famille doit son élévation à la puissante protection de la comtesse de La Mark, « femme recommandable par sa bienfaisance »[2]. Le maréchal de Castries, étant de la « société intime » de Mme de La Mark, il s’intéressa au jeune Pache comme s’il était son fils, l'emmena en 1774 à l’École royale du génie de Mézières où il connut Monge[note 3], et le prit, dans les années 1770, comme précepteur de ses enfants.

Lorsqu'il devint ministre de la Marine, Castries offrit à son protégé un emploi de premier secrétaire et de munitionnaire général des Vivres qu'il quitta en 1784 tout en continuant à recevoir un traitement.

La protection de Charles Eugène Gabriel de La Croix de Castries tenait beaucoup au fait qu'on avait prévu de marier le jeune homme à Marie-Marguerite Valette (1746-1786), la fille naturelle de Castries et de Marie-Anne Françoise de Noailles (1719-1793)[note 4] Cette épouse disparue prématurément, était d'ailleurs sa sœur de lait. Le couple eut une fille, Marie-Sylvie, née en 1777, puis un fils, Jean, né en 1779 (qui prit le nom de Marin-Pache). Mais Mme Pache mourut en 1786 et la mère du futur maire de Paris, Jeanne Lallemand, s’occupa de l’éducation des deux petits-enfants.

Probablement par la famille Curchod, Pache était en relation avec les représentants de la banque suisse à Paris et avec le plus célèbre d'entre eux, Jacques Necker, qui le fit pensionner avec l'emploi de contrôleur de la Maison du roi. Ces fonctions « ne convenaient pas au caractère » de Jean-Nicolas Pache, qui démissionna en 1784, et se retira quelques années avec les siens en Suisse, probablement à Genève, où deux ans plus tard il perd son épouse.

Revenu à Paris, Pache occupa avec sa mère et ses deux enfants un appartement dans l'hôtel du maréchal de Castries. Or ce dernier était connu pour son hostilité fondamentale à la Révolution. Il était partisan d’une répression aveugle contre ce qu’il nommait la sédition et était détesté dans l’opinion publique pour la violence de ses positions et de son caractère. La foule envahit son hôtel au début de la Révolution et le mit au pillage.

Pache avait, auprès de certains de ses contemporains la réputation d’un personnage « énigmatique », épris des idées de Jean-Jacques Rousseau, amateur de fleurs et de musique, bon père de famille que rien ne semblait prédisposer à devenir le chef des Hébertistes ou Exagérés de la Commune de Paris.

Un contemporain rapporte, non sans sagacité, que la protection du maréchal de Castries et son amitié pour le duc, n’étaient pas de nature à lui communiquer « l’amour de la liberté, de la saine égalité et du républicanisme »[3]. Un autre va plus loin et dit qu’il était affublé d’un « patriotisme vivement coloré » pour servir en sous main la contre-révolution[4]. En fait, Pache n'accepta jamais l'humiliation d'avoir été déclaré comme le fils d'un "concierge" attaché aux d'Arenberg. Toute sa vie il fut habité par un fort désir de revanche sociale.[réf. nécessaire] Dès 1791, grâce à la loi sur les biens nationaux il se rendit acquéreur à bas prix d'une partie des terres des La Marck d'Arenberg, à Thin-le-Moutiers.

Le patriote aristocrate

Membre de la section du Luxembourg (il résidait dans un hôtel particulier dans ce district situé en haut de la rue de Tournon, et vivait comme un aristocrate avec un nombreux personnel à son service[réf. nécessaire]), il crée en janvier 1792 la société patriotique du Luxembourg où sont reçus ses amis les scientifiques Meusnier de la Place et Vandermonde, également Hassenfratz[5]. Les statuts de cette société précisent qu’elle agissait pour répandre dans le peuple la connaissance des devoirs et du rôle de chaque citoyen dans le fonctionnement de la Constitution. D’après François Perrault, biographe de Monge, c’était un des clubs les plus extrémistes sur l’avant-scène révolutionnaire : « Dans des discours ardents, on dénonçait les assassins titrés, les perfides, les horribles tyrans sanguinaires. »

Jean-Marie Roland le prit comme chef de cabinet dans le premier ministère girondin composé par Dumouriez et accepté par Louis XVI. Puis Pache, apparemment très attiré par le ministère de la Guerre lors de la formation de l'armée des coalisés où Castries joua un rôle essentiel, assista Joseph Servan dans son ministère. Aussi partagea-t-il en juin 1792 la disgrâce des ministres girondins avec lesquels il prit ses distances, cherchant à se donner, dans les assemblées populaires, une réputation de radical et révolutionnaire bon teint.

Le 10 août 1792, il se fit élire membre du conseil de la Commune et fut nommé conservateur du Garde Meuble où il ne put empêcher le fameux vol des joyaux de la couronne qui eut lieu à la mi-septembre 1792. Le bruit courut que le vol principal avait été consommé quand fut organisé un second vol, par des petits voleurs qu'on identifia ensuite et qu'on accusa de l'ensemble du larcin. Les plus beaux diamants ne furent jamais retrouvés et on a dit que le vol avait été monté par des membres de la Commune de Paris au profit de leur caisse noire[réf. nécessaire][6].

Le ministre de la guerre

Grâce à la confiance mal placée de Jean Marie Roland qui le croyait un ami - Mme Roland lui reprocha cette trahison dans ses Mémoires -, il eut les recommandations nécessaires pour entrer, le 3 octobre 1792, au ministère de la Guerre. Ses bureaux, depuis son prédécesseur Louis Marie Jacques comte de Narbonne, se trouvaient dans un magnifique hôtel particulier jouxtant celui de la duchesse de Grammont, rue de la Grange Batelière (section du Mont Blanc). Il fit procéder à des recrutements d’hommes à sa dévotion et qui passaient tous pour être « exagérés », poussant à des mesures très démagogiques et affichant un patriotisme ostentatoire et intransigeant. Le plus célèbre d’entre eux était Jacques-René Hébert, auteur du journal le Père Duchesne[note 5], qui fut témoin, à la mi-janvier 1793, au mariage de sa fille Sylvie avec François-Xavier Audouin. Ce dernier, haut fonctionnaire du ministère de la guerre avait été nommé par son beau-père avec 19000 livres d'appointements[note 6].

Il fit également recruter un ancien clerc de procureur, Nicolas Vincent, personnage intraitable et brouillon qui fut ensuite secrétaire général de la Guerre au ministère Bouchotte lequel devait succéder en mars 1793 au court intermède Beurnonville. Nicolas Vincent, dont les origines sont obscures (« fils d'un concierge des prisons de Paris », selon A. Tuetey) fit recruter des aristocrates, comme le peintre Jean-Joseph Hallé, à qui il était fortement recommandé d'adopter le ton « sans-culotte ». De Vincent, son collègue Charles Philippe Ronsin dit plus tard que : « Si Vincent était autrement qu'il n'est, il ne vaudrait rien pour la circonstance »[7]. Cependant, Pache avait rempli les bureaux de la guerre de ses créatures, les mêmes hommes qui avaient en commun d'afficher les opinions les plus exaltées, et que l'on retrouvera un peu plus tard dans les bureaux de Jean-Baptiste Bouchotte, le prête-nom de Pache. Et chose plus grave encore, le ministre choisit le pire moment pour réformer l'administration des vivres, celle des hôpitaux, celle de l'habillement, et même celle de l'armement.

Au mois de décembre 1792, le ministre Pache eut à répondre à de premières accusations sur un trafic organisé de places, formulé par les citoyens Ducluzel et Darnaudery qui lui reprochaient d’embaucher des personnages douteux, généralement des aristocrates ennemis de la chose publique dont le but essentiel était de désorganiser les services du ministère. Jean Henri Hassenfratz fut également accusé d'avoir falsifié les registres comptables.

Cité dans l’affaire dite de l’emprunt des trois fils du roi d’Angleterre, Pache avait souscrit un marché d'approvisionnement énorme avec Jean-Jacques de Beaune, un financier et directeur de la Société Winter et Cie, du nom de son épouse née Berta Winter. Cette société qui fut agréée d'emblée pour soumissionner avec le ministère, était le produit d'un montage financier garanti par des possessions dépendant de la succession du roi d'Angleterre. Or la Grande-Bretagne, qui refusait de reconnaître la République - ainsi que Pitt l'avait signifié lorsqu'il fut question de mettre la tête de Louis XVI dans la balance des négociations -, attendait beaucoup de l'impéritie des administrations et des divisions internes à la Convention, qui, pensait William Pitt le Jeune, rendrait une victoire plus certaine et moins onéreuse. L'emprunt eut un vif succès dans les milieux contre-révolutionnaires et tous les aristocrates demeurés à Paris, de même que le général Santerre, s'impliquèrent dans cette affaire lucrative. Car au final, la société Winter et Cie avait exigé d'être payée à l'avance, en monnaie métallique, et avait fourni en contre-partie, tardivement, des produits au rabais ou de mauvaise qualité - chevaux, harnais, souliers pour les soldats, etc.- acquis en assignats dépréciés. Non seulement la société Winter et Cie faisait un profit considérable sur ce marché mais en outre, elle agissait dans un sens contraire aux intérêts vitaux de la République[8].

Dénoncé de toutes parts, soupçonné de haute trahison, Jean-Nicolas Pache était toujours fortement protégé par les membres de la Commune - laquelle prétendait agir sur la Convention - où il disposait de soutiens très sûrs et très puissants, notamment la force armée. Il bénéficiait aussi de l'indulgence de Barère et de ceux qui, les mois suivants, pratiquèrent l'exagération révolutionnaire par calcul.

Dumouriez et plusieurs militaires envoyés sur le front, placés dans la dépendance de cette administration, étaient consternés par les délais et le mauvais approvisionnement qualitatif en fournitures essentielles, en vêtements et en vivres. Ils commencèrent pour certains, principalement Dumouriez, à accuser les hauts fonctionnaires du ministère de la guerre d'avoir sciemment désorganisé les services et favorisé les défaites. Cette accusation très grave, reprise par les Girondins, a été écartée d'un revers de main par une certaine historiographie mais il apparaît, à l'examen, que l'impéritie et les dilapidations de l'administration Pache ont pesé sur les premiers revers de l'armée, notamment lorsque Dumouriez s'apprêtait à conquérir la Hollande, enjeu essentiel pour la Grande-Bretagne.

Le général Dumouriez qui ne voulait pas s'exposer au sort de Miaczinski, de Custine, de Lamarlière, de Brunet, de Houchard et de tous ceux que l'administration Pache - ou par la suite Bouchotte, créature de Pache - a renvoyé au Tribunal révolutionnaire, prit la décision très grave de passer à l'étranger (5 avril 1793).

Comme ministre de la guerre, Pache - selon la formule du conventionnel Louis Sébastien Mercier qui a résumé tous les témoignages -, a été plus néfaste aux intérêts du pays que toutes les armées de la coalition[9].

Les Girondins ayant encore un relatif pouvoir chassèrent Pache du ministère à la fin janvier 1793 et le remplacèrent par Beunonville (4 février 1793), mais ce dernier ne parvint pas à redresser rapidement la situation très dégradée laissée par son prédécesseur. Il fut remplacé par Bouchotte qui devait sa place à Pache et à l’influence des Exagérés, représentés au Comité de salut public par Barère.

Le chef des Exagérés

Le 11 février 1793, Pache était élu puis proclamé le 14e maire de Paris avec 11881 suffrages sur 15191 votants. Il ne pardonna pas aux girondins de lui avoir retiré le portefeuille de la Guerre et prit le temps de sa vengeance. Il fut l’artisan, à la Commune de Paris où il eut dorénavant une influence considérable, des journées du 31 mai 1793 et, le 2 juin, de la chute des Girondins qu'il chargea en octobre au Tribunal révolutionnaire. La raison de la chute des Girondins tenait moins à la haine de Pache qu'à la création de la Commission des Douze avec laquelle ils avaient l'intention de révéler les financements occultes et les dilapidations de la commune devenue le foyer de l'exagération révolutionnaire.

La Commune de Paris avait alors pour elle la force armée (les troupes commandées par le général Hanriot), une majorité des membres du Comité de sûreté générale et le Tribunal révolutionnaire. Son lieu de rassemblement était le club des Cordeliers qu’elle avait définitivement « noyauté ». Quant à ses moyens, ils étaient partiellement fournis par l’étranger – par le relai, entre autres, de Perrégaux, Andres Maria de Guzman, Pierre Jean Berthold Proli, Jacob Péreyra, Junius et Emmanuel Frey, Auguste Rose, Guillaume Ker et Walter Boyd, etc. –, mais c’est le Comité de salut public, déjà divisé, qui disposait d'un fonds secret dans lequel Barère a souvent puisé. Lorsque Maximilien Robespierre entra au Comité de salut public il y eut un relatif contre-pouvoir interne au grand comité, face aux ambitions des meneurs de la Commune de Paris et leurs complices. Cette faille opposant les Robespierristes aux Barère, Collot d'herbois et Billaud-Varenne, devint une fracture ouverte dès le début du printemps 1794.

Pache Grand Juge

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Le projet de la Commune visait, après l'élimination des Girondins, sorte de préalable, à provoquer le moment venu un coup de force à la Convention, grâce à un coup d'État militaire, et à se débarrasser des robespierristes. D'après Cambon et d'autres citoyens qui témoignèrent en l'an III, Pache serait alors nommé « Grand Juge » cumulant la police et la justice, cumul de pouvoirs caractéristique des dictatures. Mais il est impossible, en l’état actuel des connaissances, de décrire avec exactitude les projets politiques des amis de Pache une fois qu’ils auraient totalement contrôlé la Convention qui, en décembre n'avait même plus le droit (décret du 14 frimaire an II) de discuter les décisions du Comité de salut public. Sans doute visaient-ils à l’établissement d’un régime pouvant évoquer la république de Venise, une oligarchie policière et financière, ou un système inspiré de l'Angleterre. Les débats du procès de Hébert et consort, ayant été réduits au strict minimum et n’ayant pas porté sur les véritables motifs de la sentence de mort – comme c’était quasiment la règle en l’an II –, et ayant enfin été rapportés avec la volonté d’occulter tout ce qui aurait pu éclairer l’opinion publique, comme en ont témoigné quelques citoyens courageux, on ne saura probablement jamais quel fut, dans ses détails, le grand projet politique des amis de Pache.

L’affaire dite des Exagérés remontait à décembre 1793 et avait été générée par l’opposition frontale de Robespierre avec les membres de la Commune. Les affrontements tournèrent en janvier et février 1794, autour du contrôle des finances publiques et aux priorités dans l’utilisation des fonds. Ce bras de fer entre les deux factions représentées grosso modo par les Jacobins et les Cordeliers - avec principalement Hébert, Vincent et le général de l’armée révolutionnaire Ronsin - fut un combat à mort qui ne se termina véritablement qu’au 9 thermidor, avec la défaite du courant que Robespierre incarnait.

Englobé dans l’accusation visant Hébert, Vincent et Ronsin, malgré les énormes protections qui étaient les siennes, Pache fut lui aussi appelé à rendre des comptes au Tribunal révolutionnaire par ordre de Robespierre, Saint-Just et Georges Couthon. Il alla rejoindre momentanément en prison un très grand nombre d’administrateurs de la Commune et des ministères de la guerre, parmi lesquels Vincent, le général Ronsin, Chaumette, Nicolas Froidure et Jean-Baptiste Marino, et quelques membres de l’administration du Département parmi lesquels Nicolas L'Huillier, Raisson ou Momoro.

Pourquoi Pache sauve sa tête

Il avait été mis en cause par Robespierre et Saint-Just qui l’accusèrent de menées contre-révolutionnaires, mais, solidarité oblige, il fut discrètement protégé par les amis et membres pour certains des Cordeliers, à savoir Barère, Billaud, Collot, Vadier, Voulland, Amar et David qui opposèrent une forme d’inertie à son renvoi devant le Tribunal révolutionnaire[10]. « Comme cette conspiration était l'ouvrage des hommes qui étaient à la tête des affaires du gouvernement, et qui, tous, s'étaient distribué les rôles dans le nouvel ordre des choses qu'on voulait établir, le maire de Paris conserva sa place et sa tête. ».La Biographie des contemporains[11] rédigée par les historiens de Napoléon - Arnault et Norvins notamment - a donné cette version probablement la plus vraisemblable des raisons qui ont empêché que Pache ne fût jugé avec son ami Hébert.

Ces influences politiques très puissantes empêchèrent donc que le maire de Paris ne fût condamné à mort et exécuté avec Hébert et consorts, les « Exagérés », avec lesquels il eût dû logiquement passer en jugement le 24 mars 1794, mais mis hors des débats[12]. Plus tard, Lecointre de Versailles, porte-parole de ses collègues conventionnels, accusa le Comité de sûreté générale et surtout Vadier - l'homme lige de Barère de Vieuzac - d'avoir en effet, « dans l'affaire d'Hébert, Vincent et autres, arrêté l'effet d'un mandat d'arrêt lancé contre Pache qui devait être nommé Grand-Juge par cette faction ». Il l'accusait aussi d'avoir « non seulement empêché Fouquier de mettre le mandat à exécution mais de ne pas permettre qu'il soit parlé de Pache, d'où il est résulté que la parole a été interdite aux témoins qui ont voulu parler de Pache et même aux accusés lorsqu'ils ont demandé qu'il parût »[13]. Pache reprit ses fonctions à la mairie de Paris tandis que ses complices étaient décapités place de la Révolution.

Mais suite à une dénonciation de Lazare Carnot, au mois de mai suivant, tous les membres de sa famille furent arrêtés avec lui - à savoir sa fille Sylvie et son gendre Audouin, également son jeune fils, sa mère et ses amis M. et Mme de La Chevardière -. Il fut placé en détention au secret à la prison Sainte-Pélagie, tandis qu'on le remplaçait par Fleuriot-Lescot.

Un ordre de liberté fut suivi d’une seconde arrestation, le lendemain, et sa mise au secret. Un instant levés, les scellés furent à nouveau posés à son domicile le 21 floréal an II. Profitant de l’ordonnance de mise en liberté provisoire de Pache et de sa famille[note 7], Dossonville, agent secret de la police politique du Comité de sûreté générale sous les ordres de Amar, fit promptement disparaître les pièces qui, au domicile de l’ancien maire « Exagéré », rue De Tournon, eussent pu le compromettre ou donner lieu à une nouvelle accusation émanant des robespierristes.

Les membres de la famille Pache furent disséminés dans diverses prisons, et placés au secret pour éviter d’être cités ou englobés dans une rafle des conspirations de prison. Bien protégés, ils attendirent patiemment la chute de Robespierre et furent tous épargnés. Pache passa donc un certain temps au secret à la prison des Anglaises[14], et ne fut pas compris comme cela aurait dû logiquement être dans le procès des conspirateurs de l'étranger.

Sauvés par la chute de Robespierre, libérés dès le 14 thermidor an II, les scellés apposés au domicile des Pache furent levés le 15 thermidor an II. Sa fille Sylvie fut libérée dès le 20 thermidor. Elle et son mari Audouin devinrent, plus tard, des royalistes marqués, ce qu'ils n'avaient probablement jamais cessé d'être. Pache, trop compromis, ne put les suivre dans cette voie, malgré son désir de respectabilité, son nom étant lourdement associé aux exagérations « hébertistes » de Ronsin et autres.

Il fut décrété d'accusation par la Convention mais, par inexplicable, son renvoi au Tribunal révolutionnaire fut différé ; ses protecteurs étaient encore apparemment très puissants.

Il fut toutefois cité dans la mise en accusation globale le 19 prairial an III au Tribunal criminel du département d’Eure et Loire chargé de juger les auteurs[note 8] des manifestations de prairial an III dirigées par les anciens terroristes – « partisans de la Terreur » et de l'exagération – contre la Convention.

Notes et références

Notes

  1. Né le 28 décembre 1718 à Oron en Suisse
  2. La comtesse de La Mark (1730-1820) était mère de Auguste Marie Raymond d'Arenberg, exécuteur testamentaire de Mirabeau et l’un des artisans de son ralliement à la cour.
  3. Le célèbre scientifique s’illustra moins comme ministre de la Législative que comme fondateur de l’École polytechnique. Le duc de Castries fut d’ailleurs aussi son puissant protecteur auprès de l'Académie.
  4. Marie-Anne Françoise de Noailles était mariée depuis 1744 à Louis-Engelbert Pierre de La Marck-Schleiden, comte de La Marck (1701-1773). Voir La Marck
  5. La légende du Père Duchêne et ses « fourneaux » chère à une certaine historiographie caricaturale et naïve, destinée à inspirer les manuels scolaires, a fait oublier que Jacques-René Hébert était un écrivain mercenaire qui, dans sa vie personnelle, ne vivait pas ce qu’il prêchait dans son journal.
  6. Les noces de Sylvie Pache et Audouin eurent lieu dans le château du ci-devant baron Gay de Vernon
  7. Décidée par Barère et le Comité de sûreté générale
  8. Pache, Audouin, Bouchotte, Daubigny, Clémence, Marchand, Héron, Lelièvre dit Hassenfratz

Références

  1. Revue d’histoire vaudoise, année 1925
  2. Anecdotes curieuses et peu connues, Genève, 1793
  3. Anecdotes curieuses, op. cit.
  4. AN, W77, VII, p.394
  5. Tous les trois furent adjoints, à des titres divers, au premier ministère de la guerre de la Convention.
  6. D'autres hypothèses furent émises dont celle, la plus extravagante, d'une remiser des diamants au duc de Brunswick pour qu'il se retire de Champagne : la victoire de Valmy aurait été à ce prix.[réf. nécessaire]
  7. Tuetey, volume XI, notices Vincent et Ronsin
  8. Sur cette affaire, voir l'étude très intéressante publiée, d'après des archives originales, par Arnaud de Lestapis, Gentilshommes charretiers, revue des deux Mondes, 1953.
  9. Nouveau Paris
  10. Voir Laurent Lecointre, membre de la Convention, Accusation contre Billaud-Varenne, Collot d'Herbois, Barère de Vieuzac, etc.), p. 15 (onzième chef d’accusation)
  11. À l'article Pache.
  12. La source irremplaçable et autorisée pour le procès des Exagérés est le Répertoire des sources manuscrites de l’Histoire de Paris pendant la Révolution de Alexandre Tuetey, particulièrement les tomes X et XI, avec une notice biographique succincte des accusés du 24 mars 1794. Tuetey, dans le tome XI relève les témoignages accréditant les manipulations en tout genre des compte-rendus officiels qui accompagnèrent et suivirent ce procès hautement politique dont Pache devait normalement être le centre et dans lequel il a seulement paru comme témoin.
  13. Laurent Lecointre de Versailles, député à la Convention nationale contre Barère, Billaud, Collot, Vadier, Voulland, Amar et David, Paris, an III, p.5 (onzième chef d'inculpation)
  14. Foignet, Mémoires

Sources

  • Costes d'Arnobat, Anecdotes curieuses et peu connues sur la Révolution, Genève, août 1793.
  • Jacques-Antoine Dulaure, Esquisses sur la Révolution
  • Louis-Sébastien Mercier, Le Nouveau Tableau de Paris.
  • François-Xavier Audouin, Mémoires.
  • Palou, Neuf Lettres de Pache à Santerre, AHRF, 1963.
  • Alexandre Tuetey, Répertoire des source manuscrites de l'Histoire de Paris pendant la Révolution, 11 volumes.

Bibliographie

Précédé par Jean-Nicolas Pache Suivi par
Pierre Henri Hélène Tondu Ministre français de la Guerre
1792-1793
Pierre Riel de Beurnonville

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