Dietrich Fischer-Dieskau

Dietrich Fischer-Dieskau
Dietrich Fischer-Dieskau
D. Fischer-Dieskau.jpg
Naissance 28 mai 1925
Berlin, Drapeau d'Allemagne Allemagne
Activité principale Artiste lyrique
Activités annexes Chef d'orchestre, Essayiste, Peintre
Années d'activité 1943 - 1992 (chant)
Formation Conservatoire de Berlin
Maîtres Georg Walter
Hermann Weissenborn
Enseignement Hochschule der Künste (Berlin)
Conjoint Irmgard Poppen, Julia Varady

Dietrich Fischer-Dieskau (né sous le nom de Albert Dietrich Fischer von Dieskau) est un baryton allemand, également chef d'orchestre et musicologue, né à Berlin le 28 mai 1925. Il fut l'un des grands interprètes du XXe siècle.

Sommaire

Introduction

Cet artiste lyrique du XXe siècle demeure l'un des plus grands interprètes de la musique vocale. Sa carrière fut impressionnante entre toutes par sa durée, par la quantité des œuvres enregistrées, et enfin par la qualité et la diversité des répertoires abordés. Parcours exceptionnel d'un homme qui a toujours su conjuguer excellence et éclectisme.

Biographie

Fils d'Albert Fischer, pasteur et proviseur, le jeune berlinois est très tôt fasciné par les textes poétiques de Goethe et Schiller qu'il déclame dans la cour de l'école. Il vient dès l'âge de neuf ans à l'étude de la musique, par l'entremise de sa mère, l'institutrice Dora von Dieskau, qui l'emmenait aux concerts. La musique était une tradition familiale ancienne, puisqu'en 1742 un certain Carl Heinrich von Dieskau fut le commanditaire de la Cantate des Paysans de Jean-Sébastien Bach (BWV 212).

D'abord versé dans les lettres, le jeune homme est amateur de théâtre et diseur de textes. De formation humaniste, il est enrôlé dans l'armée allemande. Emprisonné en Italie durant la Seconde Guerre mondiale, il fait ses premières armes musicales avec une partition de Brahms pour toute munition, et des garnisons de soldats pour tout public.

Dès 1942, Georg Walter, son professeur, détecte des compétences hors du commun chez le jeune homme de 17 ans. L'élève entreprend de déchiffrer les cantates de Johann Sebastian Bach au piano puis commence l'étude des Lieder. Ses capacités vocales l'amènent vers un baryton lyrique, capable des nuances les plus douces, malgré une attirance première pour les rôles de Heldentenor. Il donna son premier concert, Winterreise de Franz Schubert, sous le bombardement de 1943 qui dévasta la ville.

Ses premiers enregistrements, difficiles à trouver aujourd'hui, sont Schwanengesang et Winterreise de Schubert pour le RIAS de Berlin en 1947, alors qu'il est encore inscrit comme élève du professeur Hermann Weissenborn au conservatoire de Berlin.

S'ensuivit un début de carrière à la radio et à l'opéra, sur les scènes de Münich et de Vienne, où sa haute stature et son physique lui permettaient d'aborder le rôle du Marquis de Posa dans Don Carlos de Verdi.

Sa carrière prit son essor lorqu'il rencontra le chef d'orchestre Wilhelm Furtwängler en 1950 lors du festival de Salzburg, où Wilhelm Fürtwängler l'auditionna et fut subjugué par le jeune baryton. Ils jouèrent ensemble, durant le festival de Salzbourg de 1951, un "Lieder eines Farhenden Gesellen" ("Chants d'un compagnon errant") de Gustav Mahler extraordinaire qui lança sa carrière internationale (trésor du catalogue EMI). Furtwängler le fera ensuite chanter dans le Requiem de Brahms en 1951, le Tristan und Isolde en 1952 et la Passion selon Saint Matthieu de Bach en 1954. Dietrich Fischer-Dieskau fut profondément marqué par la personnalité du chef d'orchestre allemand, il déclara, beaucoup plus tard, en parlant de Wilhelm Furtwängler:

«  Il a dit une fois que la chose la plus importante pour un artiste de scène était de constituer avec le public une communauté d'amour pour la musique, de créer un sentiment commun entre des venues de tellement d'endroits différents et avec des sentiments aussi divers. En tant qu'interprète, j'ai vécu toute ma vie avec cet idéal[1]. »

Il rencontre les plus grands courants musicaux de la seconde moitié du XXe siècle, et enregistre les répertoires variés du baroque de Telemann à ceux des rôles Verdiens jusqu'à la musique contemporaine d'Olivier Messiaen ou Othmar Schoeck. Anecdotiquement, il fut le premier chanteur allemand à se produire en Israël accompagné de Daniel Barenboïm, à l'auditorium Mann de Tel Aviv et fut heureux, en 1971, de montrer que la culture germanique ne se réduisait pas à ce qu'en avait extrait le régime nazi. Le violoniste Yehudi Menuhin avait pour lui la plus vive admiration.

Celui qui sait plus de 1 500 Lieder — Brahms, Schubert, Schumann, Hugo Wolf, Gustav Mahler — a chanté autant d'œuvres sous la direction des plus grands chefs de son temps : Wilhelm Furtwängler, Ferenc Fricsay, Herbert von Karajan, Otto Klemperer, Eugen Jochum, Georg Solti, George Szell, Rafael Kubelik, Karl Richter. Dietrich Fischer-Dieskau fut accompagné des pianistes les plus célèbres comme par exemple Wolfgang Sawallisch (qui l'a ensuite dirigé), Sviatoslav Richter, Alfred Brendel, Murray Perahia ou Herta Klust. La plus longue collaboration fut celle de l'anglais Gerald Moore. Tardivement, le jeune Hartmut Höll lui permit de revisiter les répertoires qui firent sa notoriété et d'explorer les œuvres de compositeurs plus confidentiels mais non moins importants.

L'histoire de la musique enregistrée du XXe siècle retiendra sûrement son apport encyclopédique dans le domaine du Lied. Au sommet de sa carrière, il enregistra pour la Deutsche Grammophon en 1968 l'intégrale des 600 Lieder de Schubert. Puis ceux de Wolf, de Schumann, de Brahms, de Liszt, avec un souci documentariste. Elle retiendra aussi de très belles interprétations de Bach dans les Passions (Jésus, les airs de Basse), dans les grands airs de concert de Mozart, dans les créations d'oratorios du XXe siècle comme ceux de Benjamin Britten pour lequel il donna la première fameuse de son War Requiem. Il restera l'interprète masculin de référence de tout le répertoire mahlérien, notamment dans les parties substitutives des mezzos comme le fameux Das Lied von der Erde dirigé par Leonard Bernstein, par exemple.

Elle retiendra aussi des œuvres lyriques théâtrales comme celles de Richard Strauss, le rôle de Mandryka dans Arabella dont il incarnait « le » baryton par excellence, au parler chatoyant et l'aigu noble. Il a marqué certains rôles mozartiens comme celui du comte Almaviva des Noces de Figaro au Festival de Salzbourg durant vingt-cinq années ; des rôles verdiens (Rigoletto, Posa), et surtout wagnériens : Wolfram dans Tannhäuser, Hans Sachs dans Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg) ou son poignant Amfortas dans Parsifal. Le metteur en scène Wieland Wagner disait à propos de son interprétation à Bayreuth : « l'accomplissement de ce que je voulais atteindre ».

Il fut l'interprète de grandes œuvres méconnues du répertoire du XXe siècle, dont il contribua à la découverte par sa notoriété et son apport musical : Doktor Faust de Ferrucio Busoni, Wozzeck d'Alban Berg, Saint François d'Assise d'Olivier Messiaen. Il créa de nombreux rôles du répertoire contemporain, notamment pour Igor Stravinsky ou l'Allemand Aribert Reimann. Il n'a pas craint, dès les années cinquante, de chanter des œuvres du répertoire baroque, à une époque où le monde musical considérait ce style comme mineur.

Ce cerveau musical dirige aujourd'hui — à 80 ans passés — des œuvres de Tchaïkovski, Wolf, Mahler, Wagner… Mais l'homme est éclectique et semble ne pas tenir en place. En fait, il creuse un même sillon de façon très disciplinée : épris de peinture, qu'il pratique et expose avec grand sérieux, il a écrit plusieurs essais de réflexion musicologique sur Wagner, Nietzsche, Robert Schumann, Franz Schubert… et enseigne avec beaucoup de soin l'art du lied à travers le monde.

La grande mezzo-soprano Christa Ludwig fait une remarque intéressante concernant sa carrière ; elle dit : « Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le public allait aux récitals de Fischer-Dieskau pour prier et pleurer. » Ce témoignage éclaire bien la dimension que l'histoire de l'Allemagne a conférée à un tout jeune chanteur au sortir de la guerre.

Pour quiconque a écouté cet interprète au concert ou même en disque, Dietrich Fischer-Dieskau a proposé des interprétations marquantes, non seulement en raison de son timbre vocal, reconnaissable entre tous, ou de son phrasé, ciselé quelle que soit la langue chantée, mais surtout en raison de la clarté de sa lecture interprétative, qu'il mettait toujours au service du compositeur et de la musique.

Professeur d'interprétation musicale à la Hochschule der Künste de Berlin depuis 1983, il mit fin à sa carrière de chanteur en décembre 1992, pour se consacrer à la direction d'orchestre et à la peinture.

Vie privée et autres événements

Citations

« L'important est de découvrir la musique à travers les musiciens, et non les musiciens à travers la musique. »

« Le récital de Lieder procure des bonheurs uniques. Il vous oblige à plonger au cœur de la poésie, à situer les textes dans un bain culturel, beaucoup plus intensément que dans un opéra, soumis au metteur en scène… Avec les Lieder, vous restez votre propre musicologue, chef, metteur-en-scène. Dans le cours d'un récital, vous devez quelquefois incarner une vingtaine de personnages à la suite ; les habiter d'entrée de jeu. Pour aborder l’opéra, l’interprète de Lieder disposera donc d’une vaste palette de nuances. En retour, l’opéra forge la résistance physique par la maîtrise des fortissimo, qui enrichissent son fonds de commerce. »

Ouvrages

En français

  • Hugo Wolf, trad. André Tubeuf, Tallandier, 2003.
  • La Légende du chant (en collaboration avec Evelyne Koch), Flammarion, 1998.
  • Quand la musique nourrit l'amour : études biographiques du XIXe siècle, trad. Léa Marcou, Buchet-Chastel, 1995.
  • Les Sons parlent et les Mots chantent, trad. Marc Vignal, Buchet-Chastel, 1993.
  • Résonances, mémoires, autobiographie, Robert Laffont, 1992.
  • Robert Schumann, le Verbe et la Musique, trad. Georges Pauline, Le Seuil, 1984.
  • Sur les traces des Lieder de Schubert, une étude biographique, Le Seuil, 1983.
  • Wagner et Nietzsche : l'initiateur et son apostat, trad. Lucie Touzin-Bauer et Chantal Gaulin, éd. F. Van de Velde, 1979.
  • Les Lieder de Schubert, Diapason / Robert Laffont, Paris, 1979, trad. Michel-François Demet ; édition originale : Auf den Spuren der Schubert-Lieder, F. A. Brockhaus Wiesbaden, 1971.

En allemand

  • Johannes Brahms : Leben und Lieder, Propyläen, 2006.
  • Der Nacht ins Ohr. Gedichte von Eduard Mörike ; Vertonungen von Hugo Wolf ; ein Lesebuch von Dietrich Fischer-Dieskau, C. Hanser, 1998.
  • Carl Friedrich Zelter Und Das Berliner Musikleben Seiner Zeit, Eine Biographie, 1997.
  • Dietrich Fischer-Dieskau, Hans Neunzig, Werner Spies, 1994 (reproduction des peintures de Fischer-Dieskau : p. 27-66.)
  • Texte deutscher Lieder, ein Handbuch von Dietrich Fischer-Dieskau, Deutscher Taschenbuch Verlag, Munich, 1968.

Traduction de 750 lieder en anglais

  • The Fischer-Dieskau Book of Lieder. New York, ed. A Knopf, 1977.

Rôles d'opéra

Bibliographie et documentaires

  • Livre Résonances, mémoires, éd. Robert Laffont, 1992.
  • Documentaire La Voix de l'âme de Bruno Monsaingeon, 1995.

Notes

  1. [Entretien en anglais paru dans The Guardian, 20 mai 2005 (citation reprise sur le site de la Société Wilhelm Furtwängler française): http://www.guardian.co.uk/music/2005/may/20/classicalmusicandopera2 .]

Lien externe

fichier sonore

Précédé par Dietrich Fischer-Dieskau Suivi par
Pierre Boulez
Prix Ernst von Siemens
1980
Elliott Carter

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Dietrich Fischer-Dieskau de Wikipédia en français (auteurs)

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