OPERA (expérience)

OPERA (expérience)
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42° 28′ N 13° 34′ E / 42.46, 13.57

Détecteur OPERA au Laboratori Nazionali del Gran Sasso

OPERA (acronyme de l'anglais Oscillation Project with Emulsion-tRacking Apparatus) est une expérience internationale de physique des particules, destinée à observer et étudier le phénomène d'oscillation de neutrinos. Elle utilise un faisceau de neutrinos muoniques à haute intensité et à haute énergie produit par le Super Proton Synchrotron (SPS) du CERN à Genève et dirigé vers un détecteur souterrain installé au Laboratori Nazionali del Gran Sasso (en) (LNGS), en Italie, à environ 730 km de distance. Les expériences ont commencé en été 2006.

Le 31 mai 2010, le CERN annonce que OPERA avait observé pour la première fois un neutrino tauique au sein du faisceau de neutrinos muoniques[1].

Le 23 septembre 2011, la collaboration OPERA annonce avoir mesuré un écart entre le temps de parcours des neutrinos du CERN au Gran Sasso par rapport au temps attendu, impliquant pour ceux-ci un dépassement apparent de la vitesse de la lumière.

Sommaire

CNGS

Le faisceau de neutrinos est produit au CNGS (CERN Neutrinos to Gran Sasso)[2] par l'impact d'un faisceau de protons fortement accélérés par le Super Proton Synchrotron (SPS) sur une cible de graphite. L'impact produit notamment des mésons, pions et des kaons, qui sont ensuite focalisés par deux cornes magnétiques dans la direction du LNGS. De courte durée de vie, ils se désintègrent en muons et neutrinos muoniques dans un tunnel sous vide de 1 km de long. Un système d'arrêt constitué de 3 m de graphite et 15 m de fer, refroidis par eau, permet de stopper au bout du tunnel les protons non absorbés et les mésons non désintégrés. Les muons sont eux absorbés dans le premier kilomètre de croûte terrestre, et seuls les neutrinos, qui interagissent très peu avec la matière, continuent vers le LNGS. Les neutrinos émis ont entre 5 et 30 GeV, avec une énergie moyenne de 17 GeV, et le faisceau fait 2 km de diamètre au niveau du LNGS.

Le détecteur OPERA

Les appareils situés dans le Hall C du LNGS ont pour but de détecter des neutrinos tauiques issus de l'oscillation des neutrinos muoniques pendant leur parcours du CERN au Gran Sasso, qui dure approximativement 2,4 millisecondes. Ils sont constitués d'un empilement de plaques de plomb et de plaques photographiques destinées à interagir avec les neutrinos tauiques pour créer des tauons. L'ensemble des appareils comprend environ 150 000 de ces empilements, pour un poids total d'environ 1 300 tonnes. Ces empilements sont complétés d'appareils de détection électroniques (capteurs et spectromètres).

Vitesse des neutrinos

Article détaillé : neutrino#Vitesse des neutrinos.

En septembre 2011, les responsables de l'expérience OPERA annoncent, par une prépublication sur le site arXiv et une conférence largement médiatisée, que le temps de vol mesuré des neutrinos produits au CERN est inférieur de 60,7±(6,9)stat±(7,4)syst ns à celui attendu pour des particules se déplaçant à la vitesse de la lumière[3],[4]. Ce décalage correspond à un écart relatif à la vitesse de la lumière de  {{v-c} \over {c}} = (2,48\pm(0,28)_{stat}\pm(0,30)_{syst})\times10^{-5}, soit une vitesse de 299 799,9 ± 1,7 km/s, 7,4 km/s de plus que la vitesse de la lumière.

La mesure du temps de vol n'est pas faite directement pour chaque neutrino détecté, mais en corrélant la densité de probabilité du temps d'émission des protons du SPS, avec la densité de probabilité de détection des neutrinos au LNGS (au total environ 16 111 événements recueillis depuis 2008, après une mise à jour du détecteur). Les faisceaux de protons sont des impulsions de 10 microsecondes de durée, et quand un neutrino est détecté il n'est pas possible de savoir à quel instant de l'impulsion il a été créé. La distribution en temps des protons a cependant forme particulière, qui est à peu près la même que celle des neutrinos détectés, ce qui permet d'associer sans équivoque les neutrinos aux protons au niveau global et de déterminer leur décalage temporel sur des horloges synchronisées, par une estimation du maximum de ressemblance entre les distributions statistiques d'émission et de détection. Ce décalage est essentiellement dû au temps de vol des neutrinos, environ 2,4 millisecondes. Après correction de tous les décalages de la chaîne de mesure, le temps de vol obtenu est 60 ns plus court que celui obtenu en prenant la vitesse de la lumière.

Les neutrinos émis ont une énergie centrée autour de 17 GeV. L'analyse d'une possible corrélation entre temps de vol mesuré et énergie des neutrinos a été faite en répartissant les neutrinos dont l'énergie a pu être mesurée en deux groupes équivalents, au-dessous et au-dessus de 20 GeV, mais l'écart de temps entre les deux distributions n'est pas statistiquement significatif.

Les membres de la collaboration OPERA concluent de manière prudente : « En dépit du caractère très significatif de la mesure et de la robustesse de l'analyse, l'impact potentiel du résultat rapporté motive la poursuite des études sur de possibles effets systématiques encore inconnus qui pourraient expliquer l'anomalie observée. Nous ne proposons délibérément aucune tentative d'interprétation théorique ou phénoménologique[5] ».

Si cette mesure était confirmée par d'autres expériences, elle pourrait signifier que le neutrino se déplace à une vitesse supérieure à la vitesse de la lumière, ce qui pourrait remettre en cause la théorie de la relativité restreinte, dont l'un des piliers est le fait que la vitesse de la lumière soit une vitesse limite, ou confirmer les théories selon lesquelles les neutrinos seraient des tachyons.

Des mesures obtenues par l'expérience MINOS aux Étas-Unis, publiées en 2007, allaient également dans le sens d'un temps de parcours trop court, mais les marges d'incertitude statistiques étaient compatibles avec la vitesse de la lumière[6]. Le détecteur de l'expérience MINOS est en cours de modification pour améliorer la précision de mesure du temps de vol[7]. Le porte-parole de l'expérience internationale T2K, située au Japon, a quant à lui indiqué que la possibilité de reproduire l'expérience était à l'étude[8].

Cette mesure semble en contradiction avec la détection en 1987 des neutrinos émis par la supernova 1987A, quelques heures avant l'observation de celle-ci dans le domaine visible, qui fixait une limite d'écart à la vitesse de la lumière de quatre ordres de grandeur plus faible que celui observé par OPERA, mais pour des énergies 1 000 fois plus faibles[4],[9]

Dans la culture populaire

Il est fait référence à cette expérience dans le huitième épisode de la cinquième saison de The Big Bang Theory (diffusé le 3 novembre 2011 sur CBS) , au début duquel le physicien théoricien Sheldon Cooper propose comme sujet de discussion à ses amis le thème suivant : « Faster-than-light particles at CERN : paradigm-shifting discovery or another Swiss export as full of holes as their cheese ? » (« Des particule plus rapides que la lumière au CERN : une découverte entraînant un changement de paradigme, ou un nouveau truc suisse tout aussi plein de trous que leur fromage ? »).

Notes et références

  1. Personnel de rédaction, « La particule caméléon surprise en pleine mutation », dans CERN, 31 mai 2010 [texte intégral (page consultée le 1er juin 2010)] 
  2. http://proj-cngs.web.cern.ch/proj-cngs/Download/CNGSDGVE/cngsdgvf.pdf
  3. L’expérience OPERA annonce une anomalie dans le temps de vol des neutrinos allant du CERN au Gran Sasso (communiqué de presse), sur le site du CERN.
  4. a et b (en) T. Adam et al., « Measurement of the neutrino velocity with the OPERA detector in the CNGS beam » sur arXiv. Consulté le 23 septembre 2011
  5. « Despite the large significance of the measurement reported here and the stability of the analysis, the potentially great impact of the result motivates the continuation of our studies in order to investigate possible still unknown systematic effects that could explain the observed anomaly. We deliberately do not attempt any theoretical or phenomenological interpretation of the results. »
  6. (en) MINOS Collaboration, P. Adamson et al., « Measurement of neutrino velocity with the MINOS detectors and NuMI neutrino beam », dans Phys. Rev. D, vol. 76, 2007, p. 072005 [lien DOI] . Texte en accès libre sur arXiv : 0706.0437.
  7. Fermilab Today, « OPERA experiment reports anomaly in flight time of neutrinos ». Consulté le 26 septembre 2011
  8. http://www.latimes.com/news/science/la-sci-0923-speed-of-light-20110923,0,497738.story
  9. M. J. Longo, « Tests of relativity from SN1987A », Phys.Rev. D 36 (1987) 3276, [1]

Annexes

Articles connexes

Liens externes



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