Libertarianisme

Libertarianisme
Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec Libertaire ni Libéralisme.

Le libertarianisme est une philosophie politique prônant la liberté individuelle[1], en tant que Droit naturel, comme valeur fondamentale des rapports sociaux, des échanges économiques et du système politique. Les libertariens se fondent sur le Principe de non-agression[2] qui affirme que nul ne peut prendre l'initiative de la force physique contre un individu, sa personne, sa liberté ou sa propriété.

De fait, ses partisans, les libertariens, sont favorables à une réduction, voire une disparition de l'État en tant que système fondé sur la coercition, au profit d'une coopération libre et volontaire entre les individus.

Sommaire

Origine du terme

Le mot « libertarien » est l'adaptation en français de l'anglais « libertarian », lui-même traduction anglaise du français « libertaire ». Ce néologisme a été inventé afin de distinguer les libertariens des libéraux des États-Unis, à gauche de l'échiquier politique, le libertarianisme se faisant le promoteur d'un marché sans entrave au nom de la liberté individuelle.

Le Parti libertarien, se revendiquant de ce courant de pensée, est né en 1971 aux États-Unis, avec la publication du livre de Robert Nozick, Anarchie, État et utopie, qui critiquait la Théorie de la justice de John Rawls et notamment son « principe de différence » [3].

De Liberal à Libertarian

Au début du siècle dernier, le liberal party anglais, au pouvoir, pratiquait des politiques de plus en plus étatistes. L'évolution se poursuit dans les années 1920, au cours desquelles l'économiste Keynes redéfinit un nouveau libéralisme. Dans les années 1950, suite à la répression du maccarthysme, les socialistes américains, dans la tradition de la social-démocratie, se sont massivement réclamés liberals, reprenant la tradition keynésienne[4].

Le mot liberal, aux États-Unis en étant venu à désigner les progressistes favorable à l'intervention de l'Etat dans l'économie, des libéraux américains (au sens original du terme) ont repris à leur compte le mot libertarian, qui aux États-Unis n'avait pas la même connotation que libertaire en France (originellement, ce terme a été forgé par opposition au terme " libéral " par Joseph Déjacque).[réf. nécessaire] Le mot libertarian s'est depuis implanté en Grande-Bretagne (où il avait des connotations d'anarchisme socialiste), fort de toute la littérature libertarian déjà existante.

De Libertarian à Libertarien

Dans les années 1970, Henri Lepage, en traduisant le terme libertarian, et en l'absence de littérature libertarian francophone, n'a pas voulu risquer l'amalgame avec les libertaires, et a donc préféré utiliser « libertarien »[5]. Les libertarian francophones du Québec ont repris le terme « libertarien », phonétiquement proche de l'américain libertarian.

Certains libéraux/libertariens considèrent l'usage du terme comme un anglicisme et une erreur, puisqu'en France, le terme " libéral " ne prête pas à confusion (même s'il a pris un sens plus large) puisque ceux qui s'en réclament défendent bien le libre-échange et ceux qui s'y opposent le font sur cette base. Ils relèvent notamment la tradition de libéraux comme Frédéric Bastiat dont ils se réclament. Ils préfèrent donc se dire tout simplement libéraux.

Autres traductions

Bien qu'elle soit la plus utilisée, la traduction de « libertarian » par « libertarien » n'est reconnue ni par tous les libertaires, ni par tous les libertariens (quelques-uns revendiquant le mot « libertaire »).

Le mot « libertarien » donne également lieu au néologisme « libertarianisme », mais ce mot quelque peu compliqué est peu utilisé, les « libertariens » préférant eux-mêmes parler de libéralisme pour nommer leur philosophie (ce en quoi certains libéraux non libertariens sont en désaccord). Certains utilisent aussi le terme « libertarisme » (mais ce dernier est également utilisé par les libertaires).

Le libéralisme des libertariens

Doctrine

Dans le domaine politique, les idées libertariennes ont été exprimées dès le XIXe siècle avec les œuvres de Wilhelm von Humboldt (Essai sur les limites de l'action de l'État), Herbert Spencer, Lysander Spooner et Gustave de Molinari[6].

Dans le domaine économique, elles ont été exprimées dès le XVIIIe siècle par les Physiocrates, notamment Vincent de Gournay et Turgot, et développées entre autres par Condillac (Le commerce et le gouvernement considérés relativement l'un l'autre) et Jean-Baptiste Say dans son Traité d'Economie Politique.

Au XXe siècle, elles ont été reprises et développées par l'école autrichienne d’économie, dont les auteurs principaux sont Ludwig von Mises, Friedrich Hayek, et Murray Rothbard.

Le libéralisme libertarien semble échapper à la dichotomie politique classique gauche/droite de par ses thèses qui le situent à la fois à gauche au plan des libertés individuelles (dépénalisation des drogues, liberté d'expression, liberté d'immigration, liberté sexuelle, refus de la conscription...) et à droite au plan des libertés économiques (respect de la propriété privée, liberté d'entreprendre, libre-échange, réduction drastique de la fiscalité, rejet des politiques étatiques de redistribution...).

Certains libertariens - notamment les anarcho-capitalistes - refusent tout État. D'autres veulent, en vertu des théories minarchistes formulées entre autres par l'économiste britannique Adam Smith, le restreindre à un État minimal - à savoir Police, Justice et armée - permettant de garantir le droit à la propriété.

Le libertarianisme pose la liberté individuelle comme valeur suprême et fin en soi[7] plus encore qu'il n'est l'anti-Keynes.

David Nolan, fondateur du parti libertarien américain, a créé un diagramme pour démontrer sa doctrine, diagramme largement critiqué par les non-libertariens[réf. nécessaire] parce qu'il ne montre, selon eux, que les thèmes que défendent les libertariens (libéralisme économique et libertés individuelles au sens libéral), sans prendre en compte les idées défendues par les autres courants politiques.

Critiques

Le libertarianisme est l'objet de nombreuses critiques, tant par les conservateurs que par les socialistes et les anarchistes anticapitalistes.

Une des critiques fréquentes accuse le libertarianisme d'être une liberté faussée en particulier par l'argent. Pour Philippe Van Parijs, l'argumentation libertarienne poussée à ses limites conduit à adopter une position "réal-libertarienne", interventionniste (voir aussi Gerald Cohen, du courant du marxisme analytique et qui défend une position libertarienne de gauche), qui remplace la liberté formelle des auteurs libertariens classiques par le principe d'une liberté réelle maximale pour tous, ce qui le conduit à défendre le concept d'une allocation universelle et à autoriser les interférences de l'Etat dans des cas exceptionnels (par exemple lorsque des actes rationnellement motivés au niveau individuel conduisent à des irrationnalités collectives, limitant la liberté réelle de chacun: l'Etat pourrait ainsi interdire, par exemple, aux agriculteurs d'utiliser des engrais dont le rejet dans la mer, par la création d'algues, restreindrait la liberté des pécheurs) [8].

Ainsi seuls les riches auraient une réelle liberté puisque dans une société libertarienne tout se paye et rien n'est financé par l'impôt, les pauvres n'auraient pas matériellement accès à la santé, ou l'éducation. Ils seraient donc condamnés à rester pauvres puisqu'ils n'auraient pas les capacités d'entreprendre, ou à être employés (analphabétisme, mauvaise santé...).

Les libertariens rejettent cette critique en s'appuyant sur les importantes contributions des fonds privés de charité qui financent l'éducation et la santé des démunis partout dans le monde, avec comme exemples courants le Carnegie Fund ou la Fondation Bill-et-Melinda-Gates (Bill & Melinda Gates Foundation). Les libertariens estiment que la charité privée est réduite d'autant plus qu'augmente la redistribution publique, et réciproquement[9]. Par ailleurs, Mark Rosenfelder[10] accuse le libertarianisme d'être une utopie irréalisable, comme le communisme mais avec des positions contraires.

Pour Noam Chomsky, « la version américaine du "libertarisme" est une aberration – personne ne la prend vraiment au sérieux. Tout le monde sait qu'une société qui fonctionnerait selon les principes libertaires américains s'autodétruirait en quelques secondes. La seule raison pour laquelle certains font mine de la prendre au sérieux, c'est qu'ils peuvent s'en servir comme d'une arme. [...] C'est une aberration exclusivement américaine qui n'a rien de très sérieux »[11]. Omettant que la paternité de ces idées est attribuée, par Murray Rothbard au belge Gustave de Molinari qui ne fit que pousser le raisonnement sur l'Etat régalien de son maître à penser, le député libéral Frédéric Bastiat, jusqu'à sa limite logique et cohérente concluant sur une concurrence entre micro-communautés, que les américains reprirent sous la forme de minarchisme et d'anarcho-capitalisme, ramenant ainsi toute critique de ses travaux à une critique des fondements du libéralisme qui sont les piliers du libertarianisme épurés des incohérences logiques.

Tendances

Il existe au sein de la mouvance libertarienne plusieurs tendances, s'opposant parfois entre pro-propriétés et anti-propriétés :

  • le minarchisme (qui s'apparente au libéralisme classique), qui considère que les pouvoirs de l'État devraient être strictement limités à la défense des libertés individuelles
  • l'anarcho-capitalisme, qui considère que les pouvoirs de l'État devraient être supprimés
  • le paléo-libertarianisme, anarcho-capitaliste économiquement mais socialement conservateur, proche du libertarianisme conservateur, aussi appelé libertarianisme de droite.
  • l'autarchisme, qui prônent la vie en autarcie [réf. nécessaire]
  • le georgisme et le geolibertarianisme, qui veulent un impôt foncier unique basé sur l'utilisation de la terre
  • le libertarianisme de gauche, qui associe liberté individuelle et gestion égalitaire des ressources naturelles[12]
  • le panarchisme, permettant l'ensemble des systèmes politiques, peut être considéré comme proche du libertarianisme
  • le socialisme libertarien, proche du communisme libertaire
  • le mutuellisme, parfois apparenté au libertarianisme
  • le libertarianisme chrétien, opposé sur certain point au christianisme libertarien
  • le crypto-anarchisme, attaché à la cryptologie, est parfois apparenté au libertarianisme
  • l'agorisme, une forme d'anarcho-capitalisme qui prône la contre-économie pacifique
  • le futurisme, techno-libertarianisme, ou transhumanisme libertarien, qui prône le développement de la science et de la technologie pour augmenter les capacités et la liberté des individus.

Cependant, tous s'accordent sur le principe fondamental de souveraineté individuelle qu'elles partagent également avec le courant de l'anarchisme individualiste.

Organisations libertariennes

Partis et associations politiques

En France, il existe depuis 1991 une association du nom d'ADEL (Association des Étudiants Libéraux, puis Association des Libertariens) qui représente la tendance anarcho-capitaliste[13]. L'association politique Liberté Chérie et le parti politique Alternative libérale diffusent des analyses libertariennes ou proches du libertarianisme (minarchiste). Ils se distinguent du libéralisme économique traditionnel par leur promotion d'un " libéralisme grand angle " ou " libéralisme authentique ". Ils restent néanmoins des libéraux classiques au sens où ils considèrent l'Etat comme un mal nécessaire : disant « Autant d'Etat que nécessaire, aussi peu que possible », le parti ne prétend pas supprimer l'Etat mais le réformer. Certaines propositions d'intervention dans le domaine de l'éducation (le chèque éducation) font des partisans d'alternative libérale des libéraux classiques dans l'ensemble, les libertariens constituant une minorité. L'association SOS Éducation fait aussi partie de cette mouvance et a donné lieu à des critiques sévères y compris de la part de personnalités de droite jacobine.

Par ailleurs, le libertarianisme a une existence politique dans des pays comme les États-Unis (Parti libertarien), le Canada (Parti libertarien du Canada), la Nouvelle-Zélande (Libertarianz et ACT New Zealand), le Royaume Uni (Libertarian Party of the UK), la Pologne (UPR), le Costa Rica (Movimiento Libertario) et les Pays-Bas (Parti libertarien des Pays-Bas), ainsi qu'un début d'existence en Australie (Parti libertarien d'Australie).

Promoteurs du libertarianisme

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Libertariens célèbres

Sympathisants célèbres

  • Jimmy Wales, fondateur de Wikipedia, qui refuse l'étiquette de libertarien mais se revendique objectiviste (selon la conception d'Ayn Rand) et estime que la catégorie libertarienne est celle qui lui correspond le mieux[15].
  • Alan Greenspan, président de la FED de 1987 à 2006[16].
  • Rupert Murdoch, homme d'affaires à la tête d'un empire médiatique[17].

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. Dictionnaire Webster, "libertarianism"
  2. Murray Rothbard, Le Manifeste libertarien, 1973, For a new liberty: the libertarian manifesto
  3. Philippe Van Parijs, Qu'est-ce qu'une société juste? Introduction à la pratique de la philosophie politique, Le Seuil, 1991, pp. 114-127 « L'ambivalence du libertarianisme »
  4. Sébastien Caré, La pensée libertarienne : Genèse, fondements et horizons d’une utopie libérale, PUF, 24 juin 2009, 1re éd., 360 p. (ISBN 978-2-13-057359-3) [présentation en ligne] 
  5. Henri Lepage, Demain le capitalisme, 1978
  6. Alain Laurent dans La philosophie libérale les range ainsi parmi les libertariens, classification reprise par Yvan Blot dans Herbert Spencer, un révolutionnaire contre l'étatisme. Voir également Gérard Dréan, Qu'est ce que le libéralisme, Sociétal, 1er semestre 2008, p.22
  7. Selon Desai Meghnad, The Cambridge Companion to Hayek, ed. Edward Feser, Cambridge University Press, 2006
  8. Philippe Van Parijs, Qu'est-ce qu'une société juste? Introduction à la pratique de la philosophie politique, Le Seuil, 1991, pp. 211-239 (en particulier pp.211-216, "L'allocation universelle la plus élevée possible")
  9. Étude sociologique d'Edwin G. West et J. Stephen Ferris de l'Université de Carleton
  10. Le problème du libertarianisme
  11. Noam Chomsky, Comprendre le pouvoir : Tome II, Aden, 2006, p. 174-175.
  12. Comment être libertarien sans être inégalitaire Michael Otsuka Raisons politiques no 23 2006/3
  13. http://libertariens.chez.com
  14. sources recensées sur theadvocate.org
  15. entretien du 25 septembre 2005
  16. article du Sunday Times du 16 septembre 2007 sur son mémoire critique de l'économie de George W. Bush : « Greenspan [...] describes his own politics as “lifelong libertarian Republican” »
  17. K. Rupert Murdoch - SourceWatch


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