L'homme aux loups

L'homme aux loups

L'expression « l'homme aux loups » désigne Sergueï Constantinovitch Pankejeff (1887-1979) connu pour avoir suivi une cure psychanalytique auprès de Sigmund Freud, qui relata son cas dans les Cinq psychanalyses sous l'appellation de « l'homme aux loups ». Sa place est unique dans lœuvre freudienne dans la mesure il sagit dun compte-rendu du plus long traitement psychanalytique de Freud : cette cure, entamée en janvier 1910, s'est achevée le 28 juin 1914, le jour de lattentat de Sarajevo. Après la Grande Guerre, Freud l'adressa à lune de ses élèves : Ruth Mack Brunswick[1]. La guérison de « lhomme aux loups » est d'après lui-même, Sergueï Pankejeff, inexistante et a donné lieu à débats.

Sommaire

Biographie et généalogie

Sergueï est à en Russie méridionale, dans une riche famille de la noblesse terrienne. Il fut élevé à Odessa, avec sa sœur Anna, par trois gouvernantes (Grouscha, Nania et Miss Owen) ainsi que par des précepteurs. Sa mère était atteinte de divers troubles psychosomatiques (dont des douleurs abdominales), et se préoccupait exclusivement de sa santé, tandis que son père, dépressif, passait la plupart de son temps dans des sanatoriums.

Pour ce qui en est des membres de la famille, des deux côtés de la généalogie : loncle Pierre, le premier frère du père, souffrait de paranoïa et fut soigné par le psychiatre Sergueï Korsakov. Fuyant les contacts humains, il vécut comme un sauvage au milieu danimaux et finit sa vie dans un asile. Loncle Nicolas, deuxième frère du père, voulut enlever la fiancée dun de ses fils et lépouser de force, mais en vain. Enfin, un cousin, fils de la sœur de la mère, fut interné dans un asile de Prague, atteint dune forme de délire de persécution.

En 1896, à lâge de 10 ans, Sergueï Pankejeff présenta les premiers signes dune névrose grave. En 1905, sa sœur Anna se suicida. Deux ans plus tard, son père se donna la mort. À cette époque, Sergueï fréquentait le lycée, il rencontra Matrona, avec laquelle il contracta une gonorrhée. Il sombra alors dans de fréquents accès de dépression, qui le conduisirent de sanatoriums en asiles, de maisons de repos en cures thermales. Il fut soigné par Vladimir Bekhterev par hypnose, puis par Theodor Ziehen à Berlin, et Emil Kraepelin à Munich qui posa le diagnostic de psychose maniaco-dépressive. Sergueï Pankejeff entra alors au sanatorium de Neuwittelsbach, il subit divers traitements qui restèrent sans succès. Puis il retourna à Odessa, il fut soigné par un jeune médecin, Léonid Droznes, qui décida de le conduire à Vienne pour une consultation avec Freud.

Freud décide de le prendre en analyse. Dès le début de la cure, Freud estima être confronté à un transfert négatif violent, comme il le confie à Ferenczi, dans une lettre datée du 13 février 1910 : « Un jeune Russe riche, que jai pris en analyse à cause dune passion amoureuse compulsive, ma fait laveu, après la première séance, des transferts suivants : juif escroc, il aimerait me prendre par derrière et me chier sur la tête ».

Face aux supposés transfert négatif et résistances du patient, Freud décide de fixer, dès le départ, la date de la fin de lanalyse, afin de faire céder toute fixation à la maladie. Freud perçoit bien à ce moment les aspects psychotiques de son patient, mais décide de n'exposer que la névrose infantile de Sergueï, analysée « 15 ans après sa résolution » dans son livre Cinq psychanalyses. Le but de Freud est de prouver lefficacité de la psychanalyse face à ses détracteurs et aux psychiatres comme Kraepelin, qui avait diagnostiqué un état maniaco-dépressif similaire à celui dont souffrait le père de Sergueï. Dans ce texte, Freud postule que SergueÏ aurait été témoin de la "scène primitive", qui constituerait le point de départ des perturbations qui auraient par la suite conditionné la névrose du jeune homme. Sergueï réfutera tout souvenir de ce type, d'autant que les enfants à l'époque vivaient et dormaient avec leur gouvernante et non avec leurs parents.

La scène de séduction et ses conséquences

Le cas de l'homme aux loups fut décrit par Freud dans Cinq Psychanalyses.

Sergueï Pankejeff est présenté comme un enfant calme et gentil. Au cours de son enfance, se produisit un changement brutal de son comportement : il devint violent et dissipé. Les premiers changements de caractère de Sergueï Pankejeff enfant coïncidaient avec larrivée de Miss Owen, sa gouvernante anglaise. Le petit Sergueï était comme transformé : mécontent, violent, irritable, offensé en toute occasion. Les parents craignaient même une déscolarisation. Cette gouvernante est qualifiée dans les Cinq psychanalyses comme étant « extravagante, insupportable, et portée sur lalcool ».

Freud suppose que l'existence d'un premier "souvenir écran" était lié à cette gouvernante anglaise et aux menaces de "castration" quelle proféra contre Sergueï. Selon Freud, ces menaces ont participé au changement du caractère de Sergueï.

Le second souvenir écran supposé concerne la sœur, et le fait que lorsque Serguei avait à peine plus de trois ans, celle-ci lavait séduit en lentraînant dans des jeux sexuels, lincitant à montrer son popo (terme employé par la sœur de Sergueï Pankejeff pour désigner les organes sexuels), exhibant son sexe, et saisissant même les organes génitaux de son frère, prétextant que Nania avait lhabitude den faire de même avec le jardinier.

Ces deux souvenirs écrans auraient généré des fantasmes chez le patient, des rêves dactes agressifs contre la sœur et la gouvernante avec remontrances et punitions liés à ces actes et à son sentiment de culpabilité. Selon l'interprétation freudienne, ces fantasmes auraient eu pour but deffacer lévénement vécu comme traumatique par lenfant. En effet, dans ses fantasmes, le patient ne joue pas un rôle passif dans lequel sa virilité serait remise en question. Il est actif, agressif, et veut voir sa sœur dénudée.

Le patient développe une aversion à légard de sa sœur suite à la scène de séduction. Sa sœur devint son concurrent pour lamour et la reconnaissance des parents, surtout vis-à-vis du respect du père qui exaltait les capacités intellectuelles de sa sœur, alors que Serguei était inhibé intellectuellement suite à sa névrose obsessionnelle.

Serguei se détourne de sa sœur et se tourne vers Nania, avec qui il nest pas en compétition.

Il exhibe alors son pénis devant Nania, et ne lui cache pas son onanisme, ce qui peut être interprété comme une tentative de séduction de l'enfant vis-à-vis de sa nourrice. Nania émet alors une menace de castration, en disant à Serguei que sil continuait à pratiquer lonanisme, une blessure viendrait à la place de son pénis. Il renonce alors à pratiquer lonanisme. Cette menace de castration sera confortée par lobservation des organes génitaux féminins de sa sœur et dune de ses amies en train duriner. Il constate alors labsence de pénis chez les deux petites filles.

Cest alors quapparaît le complexe de castration, centré sur le fantasme de castration, avec des garçons châtiés, battus sur leur pénis. Dans ce fantasme, Freud nous dit que le sadisme sest tourné contre la personne propre et transformé en masochisme. Il serait issu du sentiment de culpabilité lié à la pratique de lonanisme et à lattente dun châtiment pour apaiser la culpabilité.

Ainsi, suite à la peur liée à la castration, il y eut une régression au stade sadique-anal. Serguei Pankejeff adopta une position « passive féminine » dabord envers sa sœur, qui fut la première séductrice, puis envers son père. Ainsi, la méchanceté et les cris de Serguei, que Freud décrit dans Cinq psychanalyses, nauraient eu dautre but que dêtre des tentatives pour séduire le père et de lattirer dans une relation sadomasochiste.

La scène de séduction originelle (Scène primitive)

Au fur et à mesure des séances, alors que la cure atteint pratiquement son terme, un souvenir écran vint à lesprit de Serguei Pankejeff. Dans ce souvenir, Serguei enfant poursuivait un papillon à rayures jaunes avec de grandes ailes qui se terminaient en appendices pointus. Ce papillon se posa sur une fleur et Serguei, pris de terreur, senfuit en hurlant. Freud apprend alors quen russe papillon se dit бабочка (babotchka), proche de бабушка (babouchka), la grand-mère. Ainsi le mot papillon, a pour le patient une signification qui renvoie au féminin, et selon Freud, les rayures jaunes peuvent symboliser ou représenter, un vêtement porté par une femme. Cette femme aurait en quelque sorte séduit Serguei, les ailes du papillons en V rappelleraient alors les jambes écartées de cette femme. Suite aux associations libres du patient, Freud découvre que cette femme nest autre que Grouscha, lancienne bonne denfants, que le patient aimait beaucoup. En russe, Grouscha veut dire poire, une poire qui possède des rayures, tout comme le papillon. Ainsi, derrière le souvenir écran du papillon, se cachait bien une femme, comme le supposait Freud.

Freud, interroge son patient sur langoisse qu'il a éprouvée à la vue du papillon. Pour comprendre cette angoisse selon lui, il faut retrouver lassociation établie par le patient entre les deux scènes (la scène de séduction et le rêve). Serguei évoque alors une scène, au cours de laquelle Grouscha, était occupée à récurer le sol, montrant ses fesses. En observant la scène, le jeune Sergueï Pankejeff ressentit une forte excitation et urina sur le sol. Grouscha émit alors une menace de castration contre lui.

Freud établit un lien entre la position de Grouscha dans cette scène de séduction, et celle de la mère, dans la scène originaire reconstruite par Freud. Ainsi Grouscha devient le substitut de la mère, lexcitation sexuelle ressentie par Serguei est issue de lactivation de limage de la position maternelle dans le coït a tergo. Ainsi, la position de la mère dans la scène de séduction originelle, va orienter la vie sexuelle du sujet par rapport à ses choix dobjet : Grouscha, Matrona. Ces femmes représentent toutes des substituts de la mère.

Dans un rêve évoqué par le patient, Serguei enfant, arrache les ailles à une ESPE. Freud demande ce quest une ESPE, et Serguei lui dit que cest un insecte à rayures jaunes et qui peut piquer, cest-à-dire faire mal comme Grouscha. Cet insecte est en fait une WESPE (= guêpe) mutilée dans ce rêve. ESPE symbolise les initiales du patient S.P. qui a été castré. Ainsi la signification du rêve devient évidente. Dans ce rêve, Serguei se venge de Grouscha qui lavait menacé de castration, en la castrant, cest-à-dire, en arrachant les ailes du papillon jaune.

Donc la menace de castration et la séduction de Serguei par sa sœur agissent ensemble et ont pour conséquence le changement de caractère du patient, alors quil était encore enfant. Lenfant, nayant pas encore atteint la maturité sexuelle, ne peut être confronté qua lincompréhension et à leffroi face à la scène de séduction.

Freud ne doute pas du fait quil sagisse dune scène réelle et non fantasmée, du fait des conséquences réelles qui font que Sergueï Pankejeff cherchera pour compagne des femmes ayant une intelligence moindre comparé à lui (contrairement à sa sœur), il se tournera vers des paysannes ou domestiques, ceci est à laversion que va entraîner la scène de séduction de sa sœur

La scène originaire, le fantasme de castration et le rêve des loups

Le rêve des loups fait par Sergueï Pänkejeff enfant : « jai rêvé quil faisait nuit et que jétais couché dans mon lit. Tout à coup, la fenêtre souvre delle-même, et à ma grande terreur je vois que sur le noyer en face de la fenêtre, plusieurs loups blancs sont assis. Il y en avait six ou sept. Les loups étaient tout blancs et ressemblaient plutôt à des renards ou a des chiens de berger, car ils avaient de grandes queues comme des renards, et leurs oreilles étaient dressées comme chez les chiens quand ceux-ci sont attentifs à quelque chose. En proie à une grande terreur, évidemment celle dêtre dévoré par les loups, je criais et méveillai »[2].

Serguei na que quatre ans quand il fait ce rêve, qui est un rêve dangoisse. Serguei narrive pas à se rappeler à quel événement ce rêve se rapporte. Freud va alors tenter de trouver la signification de ce songe en analysant chaque élément qui constitue le rêve. Par le matériel du rêve, Freud tire les fragments suivants : « un fait réeldun temps très ancienregarderimmobilitéproblèmes sexuelscastrationle pèrequelque chose deffrayant » ("Cinq Psychanalyse"). Les soupçons de Freud se portent alors sur le fait que son patient a probablement vu le coït de ses parents.

La scène originaire serait selon Freud une scène de rapport sexuel entre les parents, observée ou supposée daprès certains indices, et fantasmée par lenfant.

Alors que Serguei navait quun an et demi, et était malade (il avait la malaria), il aurait observé un coïtus a tergo (accouplement par derrière). Serguei aurait pu de la sorte observer les organes génitaux de ses parents. Cette scène nétait pas pathogène en elle-même, mais cest suite au développement sexuel de lenfant, avec les séductions de la sœur et de Grouscha, que lacte prendra sens après-coup. Deux événements traumatiques seraient nécessaires pour constituer un traumatisme.

Les fantasmes originaires

Les fantasmes originaires sont des structures fantasmatiques typiques (scène originaire, castration, séduction) que la psychanalyse retrouve comme organisant la vie fantasmatique, indépendamment des expériences personnelles des sujets. Luniversalité de ces fantasmes sexpliquerait, selon Freud, par le fait quils constituent un patrimoine transmis phylogénétiquement.

Les fantasmes originaires constitueraient lexplication de langoisse éprouvée lors du rêve. Lors de lobservation de lacte sexuel des parents, le petit Serguei Pankejeff a pu constater labsence de pénis chez la mère, et la disparition du pénis du père.

Ainsi langoisse éprouvée est celle de la castration, angoisse confirmée par les récits faits par les adultes de son entourage (à titre d'exemple, le conte Le loup et les sept chevreaux qui l'avait fortement impressionné, ainsi que les menaces de Nania, Grouscha…).

Dans ce rêve, Serguei Pankejeff sidentifie à la mère et langoisse éprouvée envers le père (scène originaire vécue par lenfant comme un acte de violence, soumission de la mère) est déplacée sous la forme de la phobie du loup. La mère à laquelle sidentifie Serguei est une personne castrée, ce qui remet en question la virilité du patient. Cette identification à la mère sous-tend laspiration à la satisfaction sexuelle par le père. L'enfant redoute pourtant le père qui pourrait le castrer. Il y a ambivalence des sentiments.

La peur dêtre mangé par le loup, comme le fut le Petit Chaperon Rouge, est interprétée comme une transposition régressive du désir dêtre coïté par le père comme le fut la mère. Il s'agit d'un renversement du complexe dŒdipe : l'enfant, au lieu de désirer le parent de sexe opposé, se sent attiré par le parent de même sexe que lui. Cependant,le patient refoule la passivité (de la mère dans la scène) par le souci narcissique du pénis. Il se dresse alors contre la satisfaction.

Freud sinterroge sur l'authenticité de la scène observée par Serguei : est-ce une scène réellement perçue par lenfant, ou au contraire, est-ce une scène fantasmée ? Si Freud se pose cette question, cest quun détail dimportance, donné par Serguei, va poser problème : il navait quun an et demi lors de lobservation du coït entre les parents, peut-il se souvenir de cette scène ? Cette scène aurait très bien pu être imaginée dans un fantasme rétroactif par lobservation des rapports sexuels entre les animaux (les chiens de berger dont la ressemblance avec le loup est marquante). Freud se voit dans limpossibilité de trancher ; néanmoins, cette scène, qu'elle soit imaginaire ou réelle, a entraîné un changement de caractère de lenfant, généré langoisse du loup ainsi que la compulsion religieuse.

Cette scène, quelle soit fantasmatique ou réelle, a eu un impact majeur sur la vie du sujet, ce qui permet à Freud de conclure qu'on peut lui conférer une réalité psychique chez le sujet.

La phobie chez l'homme aux loups

Le rêve des loups trouve également son origine dans une histoire racontée par le grand-père du patient. Cette histoire peut se résumer ainsi : un jour, un loup pénétra par la fenêtre dans latelier dun tailleur et lattaqua (on retrouve ici lintroduction du rêve de Sergueï des loups lobservent à travers sa fenêtre, près à bondir sur lui). Lhomme réussit à triompher de son adversaire en lui coupant la queue (d le fait que dans le rêve des queues de renards aient pris la place des queues de loups). Quelque temps plus tard, alors quil se promenait en forêt, le tailleur fut de nouveau attaqué par le loup sans queue et sa meute. Il parvint à grimper en haut dun arbre. Les loups montèrent alors les uns sur les autres pour latteindre (nous retrouvons deux éléments présents dans le rêve et la première scène de séduction observée par le jeune Sergueï Pankejeff : le fait que les loups soient perchés, que Freud met en parallèle avec la position des parents lors du coït). Lorsquil reconnu le loup sans queue, le tailleur révéla que cétait lui qui la lui avait ôtée. Le loup, effrayé, senfuit faisant ainsi sécrouler toute la pyramide de loups.

A la suite du rêve des loups, Sergueï devient irritable, il se comporte de manière sadique, tourmenteuse et développe une névrose obsessionnelle. Ces comportements sexpliquent par linterprétation du rêve aux loups. En réalité, le patient cherche à se défendre contre la motion pulsionnelle déplaisante : être satisfait sexuellement par son père.

Lhomme aux loups ne refoule pas immédiatement son désir. La pulsion déplaisante régresse d'abord du stade génital (être satisfait sexuellement par le père) au stade sadique anal (être puni par le père). La motion pulsionnelle déplaisante était hostile au père, via le processus de transformation en son contraire, à la place de lagression contre le père apparaît lagression du père contre lenfant. Ainsi le patient craint dêtre dévoré par les loups, sous-entendu par le père. Parallèlement, la motion de tendresse passive envers le père régresse également. Cest donc toutes les composantes du complexe dŒdipe (la tendresse et lhostilité envers le père) qui sont refoulées.

Les rapports entre Sergueï et lobjet féminin ont été fortement perturbés à cause de la séduction de sa sœur. Freud remarque que le côté féminin passif est très développé chez lhomme aux loups. Le rêve révélait également que lenfant craignait la castration (tout comme le loup de lhistoire du grand-père). Cest cette angoisse qui force Sergueï Pankejeff à renoncer au désir de devenir lobjet damour de son père sous peine de perdre la seule chose qui le distingue des femmes et plus précisément de sa sœur (qu'il considérait comme sa rivale au sein de la famille). Le moteur du refoulement est langoisse de castration ; être dévoré par le loup nest que le substitut obtenu par déformation du contenu : être châtré par le père. Laffect dangoisse qui caractérise la phobie est donc langoisse ressentie devant le danger perçu comme réel de la castration (comme le loup de lhistoire de laïeul qui senfuit dès que sa castration lui est rappelée).

Cest langoisse qui produit le refoulement.

Angoisse de castration des parties génitales et angoisse de castration du MOI. Elle témoigne de la crainte ressentie par le MOI face aux revendications de la libido. La position dangoisse du MOI est lélément qui provoque le refoulement. La libido peut se transformer en angoisse face à ce type de perturbations.

La névrose obsessionnelle, la religion et l'image du père

Avant d'entrer dans le cabinet de Freud, Sergueï Pankejeff avait été suivi par d'autres médecins qui pensaient que le patient présentait un trouble qualifié d'état maniaco-dépressif. Freud, lui, considère plutôt l'état de l'homme aux loups comme un état suivant la guérison spontanée d'une névrose obsessionnelle.

Très préoccupé par le comportement du jeune Sergueï face aux petits animaux (qu'il torturait), son entourage décida de lui inculquer quelques principes religieux dans l'espoir que cet enseignement attendrirait son cœur. Bien que Freud se définisse comme athée et considère la religion comme une illusion (car sa structure dogmatique lui paraît mythique), il qualifie cette instruction comme un facteur d'apaisement. C'est Nania, que Freud qualifie de très pieuse et superstitieuse, qui se charge de l'éducation religieuse de Sergueï Pankejeff.

Le jeune garçon s'identifie rapidement au Christ, car ils sont tous deux nés un 24 décembre. Durant son instruction religieuse, Sergueï Pankejeff percevait le Christ comme un double de lui-même et embrassait chaque soir les icônes qui décoraient sa chambre.

Si cette initiation rencontre un certain succès (l'enfant cesse de martyriser les animaux), elle est cependant très critiquée par l'enfant. Ce dernier se révolte contre la passivité du Christ face à la souffrance mais surtout contre le rôle joué par Dieu (le père) durant La Passion. La religion traditionnelle ne satisfait pas l'homme aux loups, par conséquent, il se crée sa propre religion (pour reprendre les termes employés par Freud: la névrose obsessionnelle.

Le problème de l'homme aux loups réside dans son incapacité à trouver le père symbolique dans son entourage. L'enfant n'a pas pu s'identifier à une image proprement paternelle remplissant la fonction symbolique du père. Pour cela, il n'a pas pu accomplir son complexe d'Œdipe puisqu'il s'est identifié, non pas à son père, mais à sa mère. L'objet de son désir est son père. De plus, dans la famille, le père n'est pas un "père castrateur" aussi bien dans ses actes que dans ses paroles (ce sont les femmes de son entourage qui jouent ce rôle), il se montre même extrêmement tendre avec son fils.

Pourtant, Sergueï Pankejeff, pour des raisons liées à la séduction qu'il a subie, recherche et fuit le père symbolique castrateur. Un père qui, contrairement à son vrai père, aurait avec lui des rapports punitifs. L'enfant a une attitude provocatrice et recherche la satisfaction : être puni par le père.

Les critiques que l'homme aux loups formule contre la religion tiennent leur origine du fait que le Dieu présenté à l'enfant ne tient pas pour lui la place du père symbolique mais aussi parce qu'il essaie de chasser de son cœur son véritable père.

D' sa révolte contre le masochisme affecté par son "double" dans les saintes écritures : le Christ (qui, lui, a laissé le père symbolique prendre la place de son vrai père : Josef, et est mort pour lui).

La religion sert également de prétexte pour justifier la névrose obsessionnelle.

Freud considère cette maladie comme une religion privée ce qui lui permet de faire apparaître la névrose comme la dégradation dune organisation symbolique forte.

Dans son livre Modèle:Psychoses, Névroses et Perversion: Freud affirme que les pratiques religieuses sont identiques aux pratiques des obsessionnelles (scrupulosité dans lexécution des détails, conviction que si le rituel nest pas accompli des catastrophes se produiront, toute puissance des idées, une certaine stéréotypie du rite…) à ceci près que le névrosé accomplit ses rituels seul et surtout que les rites du névrosé apparaissent dénués de sens pour autrui.

Lorsqu'il était enfant, Sergueï Pankejeff expirait dès qu'il croisait un mendiant ou un infirme et attribuait une propriété magique à ce souffle expiré. En réalité, Freud pense que cette expiration servait à éloigner du patient ces images représentant le mauvais père mais aussi la menace de la castration dont les mendiants et infirmes étaient le paradigme.

Freud relie ce souffle à la forte respiration du père entendu par l'enfant lors de la scène primitive. Enfin, le fait d'embrasser systématiquement les icônes ornant sa chambre était une forme de défense contre les mauvaises pensées formulées par l'enfants en réaction contre le père castrateur.

La religion servit également de moyen pour l'enfant de s'éloigner des femmes de sa famille. Tout d'abord de sa mère, à laquelle il s'identifiait et qui avait été le support de son homosexualité, et de sa sœur séductrice, représentant, à présent à ses yeux, une tentatrice.

L'attrait pour la religion du patient disparut lorsque celui-ci rencontra un précepteur allemand anti-religieux qui incarna pour lui le père symbolique. Il affectionnait tant cet homme que, toute sa vie durant, il privilégia, par identification avec cet homme, l'élément allemand.

Conclusion

Lorsquil rédige le cas de Sergueï Pankejeff, en 1914, Freud affirme que sa névrose obsessionnelle est résolue et que le patient, guéri, peut se séparer de son psychanalyste. Cependant, lhomme aux loups devait reprendre le travail psychanalytique à de nombreuses reprises à la demande expresse de Freud, et non de son propre chef (notamment pendant et après la Grande Guerre, alors que les révolutions davril et doctobre 1917 lavaient ruiné), et sinscrire durablement dans lhistoire de cette discipline.

En 1926, il fut adressé par Freud à lune de ses disciples, Ruth Mack Brunswick, alors que Sergueï Pankejeff souffrait dhallucinations paranoïdes concernant son nez. Cette nouvelle psychanalyse permit de mettre en lumière les lacunes de la première cure (effectuée par Freud). En effet, Freud avait sous-estimé limportance du transfert que lhomme aux loups avait développé à son égard ce qui, selon Brunswick, lavait privé des types de solutions névrotiques habituelles et lavait orienté vers des types de réactions plus primitifs (elle soupçonnait que les hallucinations de Sergueï étaient dues à lavancée du cancer de Freud).

Sergueï Pankejeff écrivit de nombreux essais sur lart, et plusieurs ouvrages autobiographiques dans lesquels il revenait sur ses diverses expériences psychanalytiques et ajoutait ses propres réflexions aux interprétations de ses thérapeutes.

Il mourut en 1979 à Vienne, assisté de son médecin, le comte Wilhelm Solms-Rödelheim, qui avait été en 1945, avec August Aichhorn et le baron Alfred von Winterstein, lun des fondateurs de lancienne Société Psychanalytique de Vienne engloutie par la Seconde Guerre Mondiale.

Inefficacité thérapeutique et critiques

A la fin de sa vie, l'Homme aux loups critiqua sévèrement la psychanalyse, laquelle ne l'aurait guéri d'aucun de ces maux, réfuta l'existence des souvenirs-écran, et de la "scène primitive", et jugea les interprétations freudiennes de ses troubles comme "tirées par les cheveux", voire impossibles de fait. Cet exemple constitue une illustration de la suggestion autoritaire exercée par Freud sur ses patients, la surinterprétation des faits pour les rendre conformes à ses théories, quitte à en inventer dans ce qu'il convient d'appeler avec Borch-Jacobsen une "fable théorique" ou un "roman psychanalytique".

Voir aussi

Bibliographie

Notes et références

Articles connexes

Liens externes


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