Ferme de Bel-Air (Frangy)

Ferme de Bel-Air (Frangy)
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Ferme de Bel-Air
Image illustrative de l'article Ferme de Bel-Air (Frangy)
Vue de la Maison forte et de son pigeonnier
Nom local Domaine de Bel-Air
Période ou style XVII, XVIII
Type Maison forte
Début construction XVIIe siècle
Fin construction XVIIIe siècle
Propriétaire initial Famille Bouvier
Destination initiale Étude notariale
Propriétaire actuel Société
Destination actuelle Propriété privée
Protection  Inscrit MH (2010)
Coordonnées 46° 01′ 22″ N 5° 55′ 27″ E / 46.022639, 5.92405646° 01′ 22″ Nord
       5° 55′ 27″ Est
/ 46.022639, 5.924056
  [1]
Pays Drapeau de France France
Région Rhône-Alpes
Département Haute-Savoie
Commune française Frangy

Géolocalisation sur la carte : Haute-Savoie

(Voir situation sur carte : Haute-Savoie)
Ferme de Bel-Air

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Ferme de Bel-Air

La ferme de Bel-Air est située à l'actuel lieu-dit Bel-Air (Bellair, anciennement paye faille) sur la commune de Frangy, dans le département de Haute-Savoie et la région Rhône-Alpes en France.

Datée des XVIIe siècle et XVIIIe siècle, elle conserve de son passé, son authenticité, sa composition architecturale et ses décors peints.

Le bâtiment principal, le pigeonnier, le lavoir, le puits et le bâtiment agricole font l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques par arrêté du 7 décembre 2010[2],[3],[4].

Actuellement, les bâtiments sont occupés par les propriétaires et non visitables.

Sommaire

Histoire

En 1678, le domaine de Bel-Air est édifié par Charles Bouvier, notaire, fermier à Gersagne (Jersaigne) et de Saint-Victor (dès 1666). Son fils, Louis, bourgeois d'Annecy, chatelain, fermier du marquisat (1713) de Chaumont en héritera à son décès[5].

En 1727, Bel-Air est cédé par Charles, natif de Bel-Air, à Claudine, l'une de ses sœurs, en règlement de l'héritage de leur père Louis. Son mari, Philibert Chaumontet, natif de chaumont, commis à la gabelle de Savoye de la paroisse de frangy, bourgeois d'Annecy, succède à la charge de son beau-père. Le domaine est loué jusqu'en 1737, date ou Philibert et sa femme occuperont Bel-Air. En 1760 et en 1776, à leur décès, leur fils, Joseph-Marie, avocat au Sénat de Savoie en deviendra propriétaire[5].

Portrait Philibert Chaumontet (+1819)

Le domaine appartient ensuite à Philibert, né du mariage avec Josephte-Marie de Marclay. La Ferme de Bel-Air doit sa configuration actuelle aux embellissements et agrandissements réalisés par Philibert lorsqu’il vint s’y installer. Il est notaire à Frangy de 1773 à 1816[5].

A sa mort en 1819, le domaine ainsi que toute ses terres sont vendus aux enchères un dimanche matin, devant l'église de Frangy à l'issue de la grand-messe. Seuls sont rachetés in extremis les bâtiments ainsi que quelques pièces de terre par Claude-François Chaumontet, son frère, sous la pression des enfants du défunt. Bien que vivant à Gersagne (dont il était le fermier, c'est-à-dire intendant) et non à Bel-Air, le domaine est resté dans la famille Chaumontet jusqu'au début du XXe siècle ou Michel puis son fils, Hyppolyte, agronome, viticulteur, et théologien ont en été les derniers propriétaires Chaumontet jusqu'à leur décès en 1912[5].

En 1920, le domaine est racheté à la famille Morel (héritiers Chaumontet, médecin, puis notaire à Douvaine) par des cultivateurs-propriétaires de Gruffy qui le conservera jusqu'au début du XXIe siècle[6]. L'exploitation sera alors transformée et remaniée en exploitation agricole, bien qu'une production confidentielle viticole persiste jusque dans les années 1960.

En 2004, des décors peints (antérieures à 1788[5]) sont redécouverts par les nouveaux propriétaires dans trois autres salles. En 2009, les menaces de destruction de la métairie par les gérants de l'exploitation d'élevage de bovins voisine et par la mairie de Frangy auront conduit les propriétaires de la maison forte à une médiatisation de cette affaire et finalement au sauvetage de l'ensemble de ces édifices en empêchant [7] Mr le maire de Frangy de mettre en œuvre rapidement son projet d'élargir le chemin rural empruntant la cour de la ferme[8].

Cela conduira à l'inscription de la totalité des bâtiments au titre des monuments historiques[2],[3], malgré l'absence d'avis favorable du maire de Frangy[9].

Les bâtiments

Sur les coteaux Sud et viticoles de la vallée des Usses, à l'entrée du lieu-dit, la Ferme de Bel-Air, étroitement aménagés autour d'une cour[10], se présente aujourd'hui sous la forme d'un ensemble de bâtiments composé d'une maison forte, d'un pigeonnier, d'un bûcher et four à pain, d'un lavoir, d'un puits et d'un bâtiment agricole, métairie de l'ancien domaine du XVIIIe siècle. Aujourd'hui disparus, et situés à l'est de la maison forte, deux bâtiments contigus complétaient l'ensemble.

Au départ du chemin Moisy-Bel-Air, la croix de Bel-Air: l'assise est en pierre, la croix, démontée a disparue. Le terrain est la propriété d'une exploitation d'élevage de bovins voisine.

Maison forte

La structure de l'édifice (antérieure à 1660) semble avoir été remaniée au cours des siècles, probablement au cours du XVIIe siècle autour de la tour et de la partie centrale de l'édifice, puis du XVIIIe siècle avec le rajout d'ailes. Murs en calcaire, l'édifice possède des encadrements de fenêtres et de portes en pierre de taille ainsi que des chaînes d'angle. La façade Sud dispose d'un cadran solaire vertical méridional: seul reste aujourd'hui son style en façade. Le gnomon apparaît comme symbole du notariat dès le XVIIè siècle accompagné d'une devise.

L'édifice quasi rectangulaire et sous cette forme depuis 1730, orienté est/ouest, est couvert aujourd'hui d’une toiture à deux versants avec croupes orientale et occidentale. Un ouragan de bise, le 16 octobre 1758 emporta une grande partie des tuiles[11]. La charpente actuelle a été mise en place entre 1785 et 1790 après certains travaux d'agrandissement de la partie Est[5].

La maison conserve de son passé ses plafonds à la française, cachés par des faux plafond ré-ancrés au début du XXe siècle dans les murs. D'après une étude[12] dendrochronologique, ces plafonds dateraient du milieu du XVIIIe siècle pour les plus récents. Le plafond le plus ancien dans la partie centrale, serait postérieur à 1686 et probablement très proche. Ses cheminées du XVIIe siècle (1669) et XVIIIe siècle, ses multiples meurtrières, et son escalier à vis témoignent également d'une architecture plus ancienne et semble t-il d'observation.

L'utilisation de marches de l'escalier à vis pour l'escalier menant au logement de fonction de la métairie, laisse penser que la configuration de la tour et donc des bâtiments étaient bien différente à l'origine.

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A l'étage, la ferme de Bel-Air possédait vraisemblablement à l'origine plus d'une trentaine de décors peints (huit par pièce), aujourd'hui huit ont survécu de manière presque intégrale et seules deux plus ou moins fragmentaire. Les autres ayant été masquées par du plâtre très vraisemblablement au cours du XXe siècle. Ces peintures auraient été réalisées par un artiste piémontais. Pour l’instant, ces œuvres restent anonymes et aucun rapprochement n'a pu être établi avec un peintre. Les commanditaires de ces œuvres semble être le premier propriétaire du domaine, la famille Bouvier.

Au rez-de-chaussée, des caves voutées et le pressoir rappellent également que cette demeure en plus d'avoir été une étude notariale a produit du vin, réputé dans tout le canton genevois[13]. Le domaine de Bel-Air était également jusqu'à la moitié du XXe siècle une propriété familiale viticole de quelques hectares en zone AOC Vin de Savoie. Une production de Roussette de Savoie cru Frangy Bel-Air (Altesse) et de Savoie rouges (Gamay et Mondeuse) y était alors réalisée. La production de Roussette sera conservée jusque dans le milieu des années 1960.

Pigeonnier (colombier) extérieur

Vue du pigeonnier

Situé à l'ouest de la maison forte, de dimension importante, le pigeonnier, de forme rectangulaire, chaînes d'angle en pierre de taille, se compose de trois étages. Le bâtiment a semble t-il eu au cours des derniers siècles différentes autres utilisations allant de celui de porcherie et/ou de poulailler au XXe siècle à celui de logement pour les journaliers au cours du XIXe siècle

La façade Sud en plus de sa meurtrière au niveau inférieur a probablement vu le percement aux étages supérieurs de fenêtres, encadrées par forts barreaux renflés. Toutes les cases à pigeon (des deux derniers étages) et les ouvertures du pigeonnier ayant été murées très vraisemblablement au cours du XXe siècle.

Le bâtiment semble avoir été construit après 1730 et probablement à la fin du XVIIIe siècle avant la Révolution française. Posséder un pigeonnier extérieur était alors un privilège réservé à la noblesse.

Il était doté semble t-il de pignon à redents tout comme la métairie, lui faisant face. Sa toiture aurait été emporté par la tempête de fin 1998.

Bucher et four à pain

Situé au Nord de la maison forte, ce bâtiment à subi d'importante transformation, notamment au cours du dernier siècle. Au début du printemps de 1760, le four est refais à neuf, l'ancien étant ruiné[11].

D'après des témoignages oraux, le four semble avoir servi jusque début du XXe siècle pour une utilisation collective.

Il est difficile aujourd'hui de définir précisément son architecture originelle. Seules subsistent des traces de l'emplacement du four à pain et de son conduit.

Fontaines, puits et lavoir public

Dès sa construction, la ferme de Bel-Air fut semble-t-il ravitaillée en eau par un réseau hydraulique (appelé Acqueduc Moisy-Bel-Air[11],[5]) long de plusieurs centaines de mètre[14].

Probablement dès la fin du XVIIe siècle, ce réseau fut structuré afin de desservir le lavoir public du hameau de Moisy en amont, une fontaine intermédiaire (aujourd'hui détruite) et la fontaine de la propriété, le potager et enfin le jardin d’agrément. L’eau est acheminée vers la ferme de Bel-Air grâce à des tuyaux qui serpentent le long de l'ancien chemin Sarde Moisy-Bel-Air.

Des échanges de parcelles ont lieu dès 1735 puis en 1789 afin de permettre aux propriétaires de Bel-Air l'acheminement sans interruption et détournement de l'eau. Des traces de caniveaux (à Bel-Air), profond de 40 cm, large de 30, aux parois et au toit de pierres sèches semblent être de cette époque. Enfin, un regard à mi-pente permettant de décanter l’eau et d’en améliorer la propreté complète l'installation. Pas de trace de citerne à ce jour. Un système d'évacuation en pierre des eaux (usées) vers l'extérieur est toujours visible.

En 2004, des travaux au lieu-dit Moisy ont cependant modifié fortement le débit du captage. Le captage en amont du lavoir public du hameau de Moisy semble provenir du plateau des daines, un replat assez vaste, au pied du Vuache.

Un puits est situé à l'angle Sud-Est de la maison forte. Sa couronne de pierre a été faite en 1760[11].

La métairie

Vue du pignon à redents de la métairie

Située au Nord Ouest de la maison forte, le bâtiment doté de pignon à redents est long d'une quarantaine de mètre.

Il semble avoir été construit après la maison forte, entre le début de la seconde partie du XVIIe siècle et les années 1730, date ou il figure sur le premier cadastre. La date de 1792 est sculptée dans une poutre à l'entrée d'une étable. Cette idée est renforcée par le fait que des marches de la tour de la maison forte ont servies à la construction de l'escalier menant au logement de fonction de la métairie.

Coté Ouest, le bâtiment a été rallongé au cour du XXe siècle pour permettre aux exploitants d'entreposer leurs matériels agricoles modernes. Le pignon à redents semble avoir été détruit pour permettre cette extension.

En 2011, malgré l'inscription, la menace de destruction [7] de la métairie par la mairie de Frangy est réitérée devant les représentants de la DRAC et l'Architecte des Bâtiments de France[15].

Ce bâtiment est la propriété d'une exploitation d'élevage de bovins voisine.

Les décors peints de la maison forte

Le 13 juillet 1788, lors de l'établissement du devis de l'extension de la partie Est, il est mentionné que lors de l'enchapement des nouveaux murs dans les murs voisins, le maitre maçon promet de ne point altérer les plâtres des murs anciens à l'intérieur[5].

Présentation

À l'étage, quatre salles sont recouvertes de décors peints. Dans la salle de bals, huit de ces peintures murales abordent des scènes de vie terrestre et maritime du XVIIIe siècle : des châteaux, des maisons fortes ainsi que des navires armées (flotte française, ottomane, et ...) et de petites embarcations. De nombreux personnages locaux et étrangers (vêtus à l'oriental) en costume sont également représentés, en dépit de traces de vandalisme (griffures qui touchent essentiellement tous les visages) remontant probablement à la Révolution française de 1789.

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Un environnement à déterminer ?

  • Les navires sont à deux ou trois ponts et à trois voire quatre mats. Le pavillon aux trois fleurs de lys est indubitablement un pavillon du Royaume de France; celui aux trois croissants d'or sur fond rouge se veut être un pavillon de la Empire Ottoman; quant au troisième, un lion ou un léopard d'or sur fond rouge, probablement vénitien. Vénitien, si l'on considère les trois navires comme intégrant un même contexte, avec un navire français et un navire ottoman, on se situe forcément en Méditerranée. Le lion de Saint-Marc (formellement un léopard ailé) y serait dans cette hypothèse mal représenté, par un peintre qui n'en connaissait pas le dessin exact, mais savait simplement qu'il était d'or sur fond rouge et qu'on l'appelait lion[16]...
  • Certains paysages dévoilent des lieux en bord de mer et/ou de lac, souvent en arrière plan des montagnes avec forêt, faune (scène de chasse) et une flore représentée de façon assez grossière.
  • Les perspectives et les proportions de certaines peintures, notamment de celles ou sont représentées les rotondes en bords de mer sont très exagérées.


Sommes nous sans doute en présence de scènes de Alliance franco-ottomane sous Louis XV et de représentations des Îles Ioniennes, bien que cela demeure incertain.

Jardin

Extrait du relevé de Janvier 1730

D'après une représentation du milieu du XVIIIe siècle, il semble qu'il ait eu un petit jardin à l'italienne devant l'édifice avec une alimentation en eau toujours présente, et en contre-bas de l'actuel mur de soutènement. A noter que les murets de délimitation de ce jardin sont toujours présents.

Mur de soutènement, on l'on retrouve un petite niche creusée dans laquelle se tenait vraisemblablement une représentation d'une statue, que l'on imagine être une vierge, symbole de protection et de paix.

Récompenses et labels


Notes et références

  1. Coordonnées trouvées sur Géoportail
  2. a et b Arrêté préfectoral n°10-520 du 7 décembre 2010.
  3. a et b Liste des immeubles protégés au titre des monuments historiques en 2010, Legifrance.gouv.fr, Mai 2011. Consulté le 2011-05-04
  4. Notice no PA74000013, sur la base Mérimée, ministère de la Culture
  5. a, b, c, d, e, f, g et h Archives familiales Chaumontet.
  6. Archives notariales Frangy.
  7. a et b l'Association Historique de Frangy pour la Sauvegarde de Bel-Air (fr) fermedebelairfrangy.blogspot.com
  8. Annemasse, Médiation pénale 2 juillet 2009.
  9. CRPS 7 avril 2010.
  10. Cour empruntée par des usagers pour accéder notamment à une une exploitation bovine voisine et desservir le hameau de Gensenaz.
  11. a, b, c et d carnet "Établissement de Baptiments & réparations faites aux Anciens du lieu de Bel-Air sur Frangy" Philibert Chaumontet - Archives familiales Chaumontet.
  12. Archéolabs réf. ARC 10/R3659D
  13. Livres de comptes Chaumontet - Archives familiales Chaumontet.
  14. Relevé Sarde de janvier 1730 entre le Hameau de Moisy et Bel-Air.
  15. Réunion en Mairie de Frangy en date du 20 janvier 2011 avec Mr Le Maire.
  16. d'après l'étude de Mr Arnaud Bunel (fr) heraldique-europeenne.org
  17. (fr) demeure-historique.org
  18. Décision du 6 décembre 2005.
  19. (fr) haute-savoie.pref.gouv.fr

Voir aussi

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Bibliographie

  • La Savoie au XVIIIe siècle : noblesse et bourgeoisie par Jean Nicolas

Liens internes

Liens externes



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