Jacques Arthuys

Jacques Arthuys
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Jacques Arthuys
Jacques Arthuys
Jacques Arthuys

Naissance 15 février 1894
Belfort, France
Décès 9 août 1943
Hermeskeil, Allemagne
Nationalité Drapeau de France France
Profession Economiste

Homme politique

Activité principale Résistant

Jacques Arthuys, né le 15 février 1894 à Belfort et mort le 9 août 1943 à Hermeskeil, est un économiste, journaliste, homme politique[1] et pionnier de la Résistance française[2].

Sommaire

Biographie

La Première Guerre mondiale

Fils d'officier, engagé volontaire, Arthuys combat d'abord dans la cavalerie puis dans l'aviation[3]. Son palmarès en tant qu'aviateur est glorieux, et il est maintes fois cité pour actes de bravoure[4].

L'entre-deux-guerre

L'Action française

Après la guerre, Arthuys devient industriel, et s'intéresse à la question économique et au « problème de la monnaie » dans diverses publications. Militant nationaliste proche des Croix-de-feu et membre avec son ami Georges Valois de l'Action française, il est convaincu que le salut de la Troisième République ne peut que passer par l'établissement d'un pouvoir énergique. Dans Les Combattants (1925), réflexion sur le combattant née de son expérience de la Première Guerre mondiale, Arthuys fustige la France d'après l'armistice et semble pressentir l'ineluctabilité du conflit à venir : « Ce monde est mauvais, tel que de faux sages l'organisèrent. Mais enfin nous sommes las. Nous n'admettons plus d'être submergés par cette bassesse générale. Tout ce qui est grand est attaqué de manière vile. Tout ce qui est petit est exalté. Tout ce qui fait la sauvegarde est détruit ; la marine se dissout peu à peu, l'armée est négligée, les forces spirituelles sont brimées, l'esprit public est hésitant, peureux, divisé ; on jette en pâture aux hommes de ce pays des sentiments de querre civile. Pendant ce temps, de l'autre côté du Rhin, une nation tenace, avec laquelle un duel séculier est engagé, attend son heure ».

Ces propos reflètent un certain désenchantement : la guerre a entraîné des mutations irréversibles, et Arthuys est nostalgique de l'âge d'or de la Belle Époque. La République connaît un certain nombre de crises, et est tenue pour un régime d'impuissance, isolée sur le plan diplomatique (suite notamment à l'échec de l'occupation de la Ruhr décidée par Raymond Poincaré), incapable désormais de faire face à une Allemagne toujours considérée par les tendances d'extrême-droite comme un pays ennemi et une menace. Ce désenchantement conduit les jeunes générations à se détourner des partis politiques traditionnels et du parlementarisme, et à se tourner vers les ligues[5].

Du Faisceau au Parti républicain syndicaliste

Le 11 novembre 1925, au terme d'une réunion salle Wagram, Valois fonde Le Faisceau, premier parti fasciste français. Arthuys, cofondateur et vice-président, devient rédacteur en chef politique au Nouveau Siècle (1925), organe du mouvement nouvellement créé. Cette ligue, qui se revendique ouvertement d'un fascisme inspiré du modèle italien, entend faire la synthèse du nationalisme et du socialisme : instaurer une dictature nationale au-dessus de toutes les classes sociales, avec un chef proclamé par les combattants et acclamé par la foule.

Les années suivantes, Valois se détourne du modèle mussolinien, qu'il juge réactionnaire, renonce à l'antisémitisme et à l'idéal monarchique au profit de la République. Le Faisceau éclate, et l'inflexion de leurs convictions politiques conduit Arthuys et Valois, le 10 juin 1928, à fonder le Parti républicain syndicaliste, résolument tourné vers la gauche. Parmi les personnalités qui rejoignent cette nouvelle formation figure notamment René Capitant, futur ministre du général de Gaulle[6].

Hostile au Front populaire, Arthuys adhère en 1936 à la Confédération nationale des associations de classes moyennes dont le républicain radical-socialiste Georges Potut est le président[7].

La Deuxième Guerre mondiale

1939 – 1940 : guerre et armistice

Mobilisé en 1939 comme capitaine de réserve, Arthuys conduit la retraite de l'armée de Sedan à Orange en mai-juin 1940, d’une traite, avec des pertes, mais sans laisser aucun prisonnier aux mains de la Wehrmacht. Il est à Orange lorsque l'armistice du 22 juin 1940 met fin aux hostilités : il fait enterrer les armes et se rend à Vichy.

Ce voyage parait naturel pour cet ancien militant du Faisceau qui avait appelé à la mise en place d’« une organisation économico-sociale de type mussolinien »[8]. Arthuys y rencontre des ministres, et est accueilli comme un homme qui participera à la mise en place du régime de Vichy. Mais il écrit bientôt à Henry Dumoulin de Labarthète, directeur du cabinet civil de Pétain : « Si le Maréchal ne reprend pas le combat, il ne reste plus aux Français que la révolte armée. » Arthuys passe la ligne de démarcation le 17 septembre 1940 et regagne Paris pour organiser la révolte armée.

Débuts de la Résistance et de l’OCM

Le camp de Hinzert en hiver
Vue du SS-Sonderlager Hinzert en hiver
Plaque commémorative apposée au domicile parisien de Jacques Arthuys, 72 avenue Victor-Hugo.

Réel antinazi, Arthuys devient le chef du noyau résistant constitué par son ami Lefaurichon (de la Confédération nationale des classes moyennes) afin de mettre en place des filières de passage en zone libre ainsi qu'un service de renseignement, et de publier des Lettres aux Français, signées « Équipe française d'organisation du redressement » (EFOR). Ces lettres doivent éveiller l'opinion publique afin qu'elle refuse de collaborer. Dans la première lettre, Arthuys dit son admiration pour l'Angleterre et les Français exilés qui continuent de se battre, ainsi que pour le maréchal Pétain, qui incarne selon lui « l'esprit de résistance aux empiètements du vainqueur ». Farouchement hostile à la collaboration, il souhaite que la France prenne part à la destruction du régime nazi[3].

En décembre 1940, sous l'impulsion d'Arthuys et du colonel Alfred Touny, l'EFOR fusionne avec le groupe de résistance de Maxime Blocq-Mascart pour constituer l’Organisation civile et militaire (OCM). Arthuys prend la tête d’un des premiers mouvements de la Résistance intérieure française qui comptera fin 1941 quelques centaines de militants et sympathisants, parmi lesquels des anciens du Faisceau tels Philippe Lamour, Philippe Barrès, Jacques Debu-Bridel, et bien d'autres, et couvrira tout le Nord et l'Ouest de la zone occupée.

Les débuts de l’OCM dans la France occupée sont relativement tranquilles, mais deux membres du réseau sont bientôt dénoncés et découverts avec le dépôt d’armes qu’ils avaient constitué. L’arrestation de membres de l’OCM proches d’Arthuys oblige les chefs du réseau à entrer dans une vraie clandestinité. Arthuys rentre à Paris le 18 décembre 1941. Le 19, il réunit ses plus proches collaborateurs dans un café des Champs-Elysées. Le 21, à l’aube, il est arrêté par la Gestapo[9]. Condamné, Arthuys est déporté Nacht und Nebel le 9 octobre 1942 dans le SS-Sonderlager Hinzert, près de Trèves en Allemagne. Il meurt d'une pneumonie à l'hôpital de Hermeskeil le 9 août 1943[10].

Publications

  • Le Problème de la monnaie. Son importance. Comment il se pose aujourd'hui. L'avilissement du franc et ses conséquences, Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1921
  • Comment éviter la banqueroute. Où nous en sommes. Les Expédients. La Voie du salut, Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1922
  • Les Combattants, Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1925
  • Le Franc-or, avec Georges Valois, Paris, Nouvelle Librairie nationale, 1927

Notes et références

  1. [PDF]Fabienne Federini, Une sociologie de l'engagement résistant est-elle possible ?, 8e Congrès de l'Association française de Sciences politiques : "Table Ronde n° 1 : Où en sont les théories de l’action collective ?", 1re session : Micromobilisation et dynamiques de l’engagement individuel, Lyon, 2005.
  2. Fabienne Federini, Entrées en Résistance : trajectoire de pionniers de la Résistance française.
  3. a et b G. Piketty, « Jacques Arthuys » in Dictionnaire historique de la Résistance et de la France libre.
  4. Gilles Perrault, La longue traque, p. 40 & 246.
  5. Voir sur cette question Serge Berstein et Pierre Milza, Histoire du XXe siècle et Pierre Milza, Fascisme français, passé et présent.
  6. Paul Sérant, Les Dissidents de l’Action française, Copernic, 1978, chap. I, p. 13-36.
  7. Base de données des députés français depuis 1789
  8. Gilles Perrault, La longue traque, p. 42.
  9. Voir Gilles Perrault, La longue traque, p. 47-48 & 60.
  10. Mémorial de la Déportation.

Articles connexes


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