Shambhala (mythe)

Shambhala (mythe)
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Thangka de Kalachakra[1] du monastère de Sera (collection privée).

Dans la mythologie bouddhique, Shambhala ou Shambala (sanskrit « lieu du bonheur paisible », tibétain bde byung) est un pays mythique, dépositaire de l'enseignement du kalachakra qui fut transmis par le Bouddha à la demande de son roi Suchandra. Il est décrit dans le Tantra Kalachakra et ses commentaires. Selon le 14e Dalai Lama[2], c'est une terre pure terrestre qui ne peut cependant pas être située sur une carte ; seuls y ont accès ceux qui ont acquis le karma convenable. Selon le tantra, le 25e roi de Shambhala reviendra dans le monde[3] pour en chasser les forces obscures et établir un âge d'or. Il existe une prière pour renaître à Shambhala, rédigée par le 6e Panchen Lama[4].

Le thème du royaume parfait dissimulé dans l’Himalaya existe aussi dans le bön : il s’agit en l’occurrence du berceau de cette religion, l’Olmolungring[5].

Shambhala pourrait avoir inspiré Shangri-La, lamaserie utopique du roman L’Horizon perdu (1933) de James Hilton.

Dans certains mythes occidentaux modernes, Shambhala est un monde souterrain jouant un rôle tantôt positif, tantôt négatif, parfois couplé avec Agartha, un autre monde souterrain qui est son opposé. Dans la nouvelle théorie de la Terre creuse proposée à la fin des années 1950 par le président de la société théosophique brésilienne, Shambhala est la capitale du monde intra-terrestre nommé Agartha d'où proviennent les ovnis[6].

Sommaire

Description

Sur les thangkas, le royaume de Shambhala est représenté de forme circulaire et encerclé de montagnes, avec sa capitale, Kalapa, au centre. Au sud de la capitale se trouve le parc du Bois de santal qui abrite le mandala de Kalachakra tridimensionnel construit en pierres précieuses par le roi Suchandra. À l’est et à l’ouest du parc se trouvent les lacs du Petit Manasa et du Lotus blanc[7]. Des mystiques ayant « visité » Shambhala ou l’ayant vu en vision en ont laissé des descriptions. Parmi eux, Mipham Rinpoche, maître rimé du XIXe siècle.

Tous les habitants sont éveillés grâce à l’enseignement du kalachakra préservé par les rois dont la liste est fournie[8]. Les sept premiers sont nommés « rois du dharma », puis, à partir de Manjusrikirti (Manjusri Yashas), kalki (sk.) ou rigden (tib.), « maîtres de lignée » ou « dépositaires de la tradition »[9]. Ils sont en général considérés comme des avatars de déités : le premier roi Suchandra est un avatar de Vajrapani, les kalkis sont avatars de Manjusri ou parfois d'Avalokiteshvara (Pundarika). Le 25e kalki Raudrachakrin qui se manifestera dans le monde pour anéantir les ennemis du dharma serait un avatar de Sarvanivarana-Vishkambhin. Les ennemis mentionnés dans cette prophétie du tantra sont nommés Mlecchas[10] et sont adeptes des huit prophètes « asuras » : Adam, Noé (sk. Anogha, certains proposent Enoch) Abraham, Moïse, Mani (sk. Shvetavastri, littéralement « vêtu de blanc ») Mahomet et le Mahdi. Leur figure s'inspire manifestement des adversaires musulmans des royaumes hindo-bouddhistes à l'époque de la rédaction du tantra[6],[11]. L’interprétation traditionnelle soutient qu’il s’agit d’une représentation de la lutte contre les forces du mal.

Le mythe de Shambhala, tout comme le kalachakra, s'interprète selon trois niveaux : « externe » « interne » et « autre ». Le premier voit le royaume comme une contrée accessible seulement à ceux qui ont acquis le karma nécessaire ; l’interprétation interne situe Shambhala dans le corps et l’esprit du pratiquant ; la dernière interprétation le place dans un mandala qui guide la méditation.

Shambhala et le kalachakra

Rigdan Tagpa ou Manjushrí Kírti, roi de Shambhala

À la demande du roi Suchandra qui désirait atteindre l’illumination sans abandonner ses fonctions royales et guerrières de kshatriya, le Bouddha aurait enseigné sous la forme de la déité Kalachakra le premier Tantra Kalachakra à Dhanyakataka (ti. Palden Drepung) près de l’actuelle Amaravati, au même moment où, dédoublé, il donnait le célèbre sermon du mont des Vautours à Rajagriha. Shambhala devint alors un royaume dont tous les habitants étaient éveillés. Plusieurs centaines d’années après, le roi Manjushrikirti (ti.Rigden Tagpa) aurait rédigé le tantra actuel Sri Kalachakra ou Laghutantra (ti. bsDusrgyud), un abrégé de l’enseignement d’origine, et son fils Pundarika (ti. Padma Dkarpo) serait l’auteur du commentaire Vimalaprabha. Le 11e roi, Durjaya (927?-1027?) (ti. Gyalka) [12] aurait transmis le Laghutantra en 966 au sage indien Chilupa ou Kalachakrapada (ti. Jamyang Dorje), lui apparaissant sous la forme de Manjusri. Kalachakrapada l’aurait transmis à Nadapada (Naropa) qui l’aurait transmis à Atisha. Il existe en fait différentes lignées de transmission du kalachakra au Tibet, où il est connu de toutes les traditions. Il est particulièrement important chez les gelug et les kagyu.

À la recherche de Shambhala

Les historiens se sont demandé si Shambhala avait été inspiré par un royaume réel. Certains y voient Zhangzhung ou Gugé ; des textes bön appellent d’ailleurs Shambhala la capitale de Zhangzhung. Srivijaya, qui abritait un important centre d’enseignement bouddhiste où étudia Atisha, a aussi été proposé.

Le premier occidental à rapporter le nom de Shambhala (sous la forme Xembala) fut le missionnaire catholique portugais Estêvão Cacella. Croyant qu’il s’agissait du but de son voyage, Cathay, il suivit les indications de ses informateurs et arriva en 1627 au Tashilhunpo, siège du Panchen Lama[13]. Il existe une tradition qui situe Shambhala à Tashilumpo[14]. Sándor Kőrösi Csoma fut le premier (1833) à présenter en Occident Shambhala comme un pays fabuleux, qu’il situait entre 45 et 50 degrés de longitude.

Les Mongols, pour leur part, situent le royaume dans une vallée de Sibérie du sud. Les mouvements spirituels occidentaux du XIXe siècle et du début du XXe siècle l’ont parfois imaginé sous le désert de Gobi ou même en Russie[6].

Shambhala dans les courants spirituels occidentaux

Nicholas Roerich, Song of Shambhala: Thang-La (1943).

La théosophe Helena Blavatsky y a fait allusion et le thème fut repris par divers courants spirituels d’inspiration orientale. Le mystique Nicholas Roerich[15] et le Soviétique Yakov Blumkin dirigèrent respectivement en 1926 et 1928 des expéditions à la recherche de Shambhala[16]. Selon Christopher Hale, Heinrich Himmler et Rudolf Hess envoyèrent également des explorateurs dans ce but au Tibet en 1930, 1934-35 et 1938-39 [17]. Alice Bailey en fit un royaume du plan de l’éther, dirigé par Sanat Kumara. Shambhala occupe aussi une place importante dans l’Agni Yoga promu par Nicholas Roerich et sa femme Helena

Les adeptes du mythe de l’Agartha, monde souterrain popularisé par des romanciers et mystiques occidentaux[6], le lient à celui de Shambhala qui en serait la capitale. Déjà les occultistes nazis avaient vu une possible connexion entre Shambhala et Thulé[18]. Ces associations ont donné lieu à des interprétations anti-bolchéviques ou anti-abrahamiques du combat du roi de Shambhala contre le mal évoqué dans le Tantra Kalachakra[6].

Évocations artistiques

Littérature

Le mythe de Shambhala a pu inspirer le monde idéal de Horizons perdus (1933) qui paraît trois ans après Shambhala de Nicholas Roerich[16]

Dans le roman Le roi de Pékin (2009) de Marc Boulet, l'un des héros cherche à rejoindre Shambhala.

La recherche de Shambhala tient une place importante dans Contre-jour de Thomas Pynchon.

Bande dessinée

Shambhala est aussi évoqué dans de nombreuses BD et leurs dérivés comme The Shadow, Prometheus ou 2000 AD, Fullmetal Alchemist.

Musique

On retrouve Shambhala dans des titres musicaux comme Agartha the City of Shamballa d’Afrika Bambaataa & Westbam (1998), Shambala de Three Dog Night (1973) et Shambala des Beastie Boys (1994).

Jeux vidéo

Shambala est l'un des lieux visités par le personnage principal du jeu vidéo Atlantis II de Cryo Interactive, paru en 1998.

Shambhala tient également une place importante dans le jeu vidéo Uncharted 2: Among Thieves, sorti en 2009 sur PlayStation 3.

Shambala est l'un des lieux visités par Indiana Jones dans le jeu vidéo Indiana Jones et la machine infernale de Ubisoft, paru en 1999.

Notes et références

  1. Crossman, Sylvie, eds. Tibet, la roue du temps : Pratique du mandala. Actes Sud, 2003, ISBN 274270552X
  2. discours lors de l'initiation Kalachakra de 1985 à Bodh Gaya
  3. en 2424 selon certains calculs Archives Berzin
  4. Prière pour renaître à Shambhala (anglais)
  5. Dean Martin (1999). "'Ol-mo-lung-ring, the Original Holy Place." In: Sacred Spaces and Powerful Places In Tibetan Culture: A Collection of Essays. (1999) Toni Huber, pp. 125-153. The Library of Tibetan Works and Archives, Dharamsala, H.P., India
  6. a, b, c, d et e Archives Berzin : Dérives occidentales du mythe de Shambhala
  7. Shambhala sur Kalachakra Network
  8. Liste des rois de Shambhala
  9. Le sens du sanscrit kalki est discuté. Titre donné aux avatars de Vishnou, il a pu être compris de diverses façons, "destructeur de l'ignorance" ou simplement "cheval blanc", monture de l'avatar.
  10. peuples ne parlant pas le sanscrit ; ce terme désigna autrefois les Macédoniens
  11. Archives Berzin : Les Mlecchas et leurs prophètes
  12. Das, Sarat Chandra (1882). Contributions on the Religion and History of Tibet. première publication in: Journal of the Asiatic Society of Bengal, Vol. LI.réimpression : Manjushri Publishing House, Delhi. 1970, pp. 81-82.
  13. Bernbaum, Edwin. (1980). The Way to Shambhala, pp. 18-19. Reprint: (1989). Jeremy P. Tarcher, Inc., Los Angeles. ISBN 0-87477-518-3.
  14. reprise dans, entre autres, Laurence J. Brahm dans Shambhala: The Road Less Travelled in Western Tibet, 2006, Singapour, (ISBN 9789812612847)
  15. Kenneth Archer Roerich East & West, Parkstone Press 1999, p.94
  16. a et b Karl Ernest Meyer, Brysac, Shareen Blair (2006) Tournament of Shadows: The Great Game And the Race for Empire in Central Asia (ISBN 0-46504-576-6) p. 454
  17. Christopher Hale Himmler's Crusade, John Wiley & Sons., Inc., 2003
  18. Archives Berzin : Shambhala et les nazis

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • René Guénon, Le Roi du monde, Paris, Gallimard, 1927
  • (en) Marco Pallis, Peaks and Lamas, London, Cassell, 1939
  • (en) Edwin Bernbaum, The Way to Shambhala : A Search for the Mythical Kingdom Beyond the Himalayas, St. Martin's Press, New York, 1980 (reprint : 1989) (ISBN 0-87477-518-3)
  • (en) Charles Allen, The Search for Shangri-La : A Journey into Tibetan History, Little, Brown and Company, 1999; reprint : Abacus, London, 2000 (ISBN 0-349-111421)

Liens externes


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