Jean Lafitte

Jean Lafitte
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Jean Lafitte
LafitteKing.jpeg
Naissance 1774
Saint-Seurin, près de Gradignan
Origine France
Allégeance Pirate Flag of Rack Rackham.svg
Grade Pirate
Années de service 1803 - 1822?
Conflits Guerre de 1812
Faits d'armes Bataille de la Nouvelle-Orléans
Distinctions Fondateur de la Galveston au Texas
Famille Lafitte
Portrait anonyme de Jean Lafitte du début du XIXe siècle.
La maison de Jean Laffite, rue Bourbon à La Nouvelle-Orléans, construite par Jean-Louis Dolliole.
Carte dressée par le National Park Service, montrant les itinéraires que Lafitte aurait le plus logiquement empruntés pour se livrer à la contrebande.

Jean Lafitte ou Laffite (né dans les années 1770 - date de décès inconnue[1]) était un flibustier français qui écuma le golfe du Mexique au début du XIXe siècle. De par son origine juive il se disait ennemi de l’Espagne et de l’Inquisition [2].Il créa son propre « royaume de Barataria » dans les marais et les bayous près de La Nouvelle-Orléans afin de contrôler l'embouchure du Mississippi après l'achat de la Louisiane en 1803, avec sous ses ordres plus de mille hommes. Son soutien au général américain Andrew Jackson fit basculer la bataille de la Nouvelle-Orléans, en 1815. Il prit part au trafic des esclaves, alors interdit. De nombreux sites en Louisiane et au Texas portent son nom. Son frère et lui ont ensuite fondé Galveston, premier port cotonnier du Texas, où ils furent espion au service de l'Espagne, contre les révolutionnaires mexicains, entre novembre 1815 et juin 1816, selon les archives espagnoles à Séville[3].

Sommaire

Biographie

Fils d'une juive espagnole[4]. Ses différents biographes font état de « pages blanches » mais convergent sur le fait qu'on retrouve sa trace comme capitaine du navire La Sœur chérie, à partir de 1804[5] peu de temps après l'échec de l'Expédition de Saint-Domingue, au cours de laquelle il aurait été lieutenant de l'armée française, après avoir vécu dans la colonie française de Saint Domingue[6],[7]. Peu de temps après la vente de la Louisiane aux États-Unis en 1803, il retrouve son frère Pierre Lafitte, engagé dans la contrebande et la flibuste, opérant au nom de son Royaume de Barataria[8], ne reconnaissant de ce fait la souveraineté d’aucune autre nation.

Selon son biographe William C. Davis, Jean Lafitte, appelé alors « Jean Lafette » convoyait des esclaves de Saint-Domingue à bord de La Sœur chérie, avec deux autres navires, pour les importer illégalement en Louisiane, contournant la Nouvelle-Orléans pour arriver en avril 1804 à Fort Plaquemine[9], car les États-Unis avaient interdit dès 1803 l'importation en Louisiane d'esclaves de Saint-Domingue. Officiellement, le navire a quitté Les Cayes le 7 octobre 1803, six jours avant que le général Jean-Baptiste Brunet ne se rende aux anglais, en signant un traité promettant de cesser tout acte de piraterie contre les espagnols[10]. La révolution haïtienne et les guerres napoléoniennes favorisent alors la piraterie des années 1800 dans la Caraïbe. Les historiens David Stephen Heidler et Jeanne T. Heidler estiment que les forces rassemblées par la piraterie des années 1800 dans la Caraïbe, dans l'archipel de Barataria représentaient un total de 3 000 à 5 000 combattants clandestins[11].

Jean et Pierre s'installent à Barataria dans les îles côtières de la Louisiane vendue par Napoléon aux américains en novembre 1803. Il faudra attendre dix ans avant que ce territoire ne devienne un État à part entière et les frères Lafitte vont profiter de ces vides institutionnels et juridiques pour développer une économie parallèle. L'importation d'esclaves est interdite en 1807 par le congrès des États-Unis, ce qui fait monter en flèche le prix des esclaves. Lafitte fait de ce trafic son fonds de commerce clandestin. Parmi ses relations d'affaires, Rezin Bowie, renommé James Bowie, futur fondateur du Texas, et son frère John Bowie, qui revendent, avant de s'y installer, des esclaves dans la paroisse de Saint-Landry où est installé le planteur de coton Hippolyte Chrétien, ami de Laffite, ainsi Rosette Rochon, fille du planteur et premier armateur de Mobile Pierre Ronchon, et de nombreux Réfugiés français de Saint-Domingue en Amérique.

Barataria est un territoire difficile d'accès composé de trois îles principales toutes idéales pour dissimuler ses bases, sa flotte navale et les « produits de contrebande » : les esclaves qu'il vole aux Espagnols. La navigation incessante de ses navires autour de ses possessions en interdit presque totalement l'accès[8].

En 1812, l'Angleterre entre en guerre contre les États-Unis, dont la marine est faible. Lafitte, avec 500 hommes et des canons volés aux Espagnols est sollicité par les anglais. Il décide de se ranger du côté américain avec le général Andrew Jackson, futur Président des États Unis en 1829, qu'il avertit de l'imminence d'une attaque. Il négocie son aide contre le pardon pour lui et ses hommes. Jackson refuse d'abord de collaborer avec un criminel mais finit par accepter son aide après avoir lancé seul une première attaque désastreuse[12].,[7]. Le 8 janvier 1815, les canons de Lafitte volés aux espagnols vont contribuer à blesser ou tuer près de 2000 Anglais à la bataille de Chalmette - plus communément appelée bataille de la Nouvelle-Orléans - pour 55 hommes perdus côté américain[13]. Cette bataille permet à Jean Lafitte de gagner une certaine notoriété, ainsi que le pardon pour ses actes répréhensibles, mais il perd la souveraineté sur son Royaume au profit des américains[5]. Jean Lafitte est aussi soutenu par ses amis Hippolyte Chrétien et James Bowie.

Au sommet de son activité, Jean Lafitte commandait une cinquantaine de vaisseaux rapides et bien armés, et plus d'un millier d'hommes[8]. Le directeur de la Gazette de la Louisiane était un ami de Jean Lafitte[14], et le journal relatait les exploits des contrebandiers en raillant les autorités[15].

Son frère et lui ont ensuite fondé Galveston, premier port cotonnier du Texas, où ils furent espions au service de l'Espagne, contre les révolutionnaires mexicains, entre novembre 1815 et juin 1816, selon les archives espagnoles à Séville[3]. Ils en chassent le corsaire français Louis-Michel Aury, qui harcelait un empire espagnol en proie à l’anarchie. En 1820-1821, ils doivent quitter cette nouvelle base opérationnelle, livrant aux flammes[5] leur « maison rouge » sur Galveston, qui reste après leur départ la première ville du Texas.

Le Congrès des États-Unis a entretemps voté en 1820 une loi qui punit de pendaison le trafic d'esclaves[16].

Ce qui lui arrive ensuite reste obscur et les théories sont nombreuses[17]. S'il est attesté que Pierre meurt dans la région du Yucatán fin 1821[18], selon les sources les moins douteuses, Jean Lafitte serait mort soit en 1823 lors d'un combat naval entre son navire, le General Santander, et une flottille espagnole[19], soit en 1826 au cours d'un ouragan. D'autres dates sont citées par nombre de généalogistes et historiens, amateurs ou professionnels, mais il est en tous cas impossible de trouver de témoignage irréfutable concernant la fin de vie de Jean Lafitte après 1822, date de son évasion d'une prison cubaine[18].

Un manuscrit controversé, connu sous le nom de Journal de Jean Laffite[7], raconte comment, après que sa mort fut annoncée dans les années 1820, il aurait vécu dans plusieurs états des États-Unis, fondé une famille à Saint-Louis, Missouri et écrit ce journal avant de décéder aux alentours de 1840. Dans les années 1950, le journal est traduit du français vers l'anglais et édité aux États-Unis. Le manuscrit original est acheté par Price Daniel, Gouverneur du Texas, et est aujourd’hui exposé à la bibliothèque Sam Houston Regional Library and Archives, à Liberty, au Texas. Rien ne permet d'affirmer que ce manuscrit soit une contrefaçon, ni au contraire qu'il soit authentique[7].

Lafitte et son frère Pierre avaient amassé une immense fortune durant leur séjour aux Amériques ; malheureusement étant tombé en disgrâce, les Américains l’auraient menacé de lui confisquer tous ses droits et ses biens[réf. nécessaire], il aura probablement enfoui son butin aux fin fonds des bayous réputés inexpugnables. Certains encore aujourd’hui cherchent le « trésor » de Lafitte.

Jean Lafitte dans la mémoire collective

Littérature, bande dessinée

  • Jean Lafitte est le sujet d'un poème de Lord Byron intitulé The Corsair[20] :
He left a corsair's name to other times,
Linked with one virtue, and a thousand crimes.[21]
  • Les romans La Désirade de Jean-François Deniau et La Baie des Maudits de Alain Dubos retracent aussi, avec une certaine liberté due au genre romanesque, le parcours de Jean Lafitte.
  • Georges Blond a écrit Moi, Laffite, dernier roi des flibustiers, qui retrace les aventures de Jean Laffite.
  • Le scénariste Marc Bourgne et le dessinateur Franck Bonnet sont les auteurs d'une série en bande dessinée intitulée Les pirates de Barataria (Glénat) qui s'inspire très largement de l'histoire des frères Laffite.
  • Dans le livre Zorro d'Isabel Allende, les héros rencontrent et vivent chez Jean Laffite en barataria.
  • Dans le livre 2 de La petite fille bois-caïman, septième et dernier tome de la série Les passagers du vent de François Bourgeon, il est dit que Jean Lafitte serait né la même année que l'héroïne Isa, en 1764, et aurait financé Marx et Engels à Bruxelles, à la fin de sa vie.

Cinéma

La légende de Jean Lafitte a été racontée dans trois films américains :

Sites

Un parc national des États-Unis porte aujourd’hui son nom ; le Parc Historique National et Réserve Jean Lafitte est divisé en six emplacements physiquement séparés dans le sud est de la Louisiane, respectant la culture acadienne locale.

La Réserve de Barataria tente de préserver l'histoire naturelle et culturelle des montagnes et marais de la région. Au sud-est de La Nouvelle-Orléans se situe le champ de bataille de Chalmette et le Cimetière National, emplacement réel de la bataille de la Nouvelle-Orléans et lieu de repos éternel pour les soldats de la guerre de Sécession, de la guerre hispano-américaine, des Première et Seconde guerres mondiales, ainsi que de la Guerre du Viêt Nam.

Jean Lafitte est également le nom d’un village de pêcheurs cadiens et d’un site touristique situés près de la ville de Barataria.

Autres

Le capitaine Crouche, personnage mascotte des céréales du même nom, distribuées en Amérique du Nord, eut pendant un moment pour adversaire un pirate appelé Jean La Foote, d’après le nom de Lafitte.

Voir aussi

Bibliographie anglophone

Bibliographie francophone

Notes et références

  1. (fr). Parmi les hypothèses émises quant aux dates et lieux de naissance et décès de Jean Lafitte, certaines sources affirment qu'il est né en 1774 à Saint-Seurin, près de Gradignan, et décédé en 1858 dans cette dernière ville (Article biographique). Néanmoins, ces affirmations se basent sur des documents familiaux non encore authentifiés.
  2. http://www.histoiredumonde.net/article.php3?id_article=1060
  3. a et b (en) Page en anglais sur le bayou Dickinson.
  4. http://www.la-boucane.com/article-4129872.html
  5. a, b et c (en) A Biography of Jean Laffite par Krzysztof Wilczyński, biographie résumée.
  6. (en) Voir cette notice biographique issue du site helium.com.
  7. a, b, c et d [PDF] (en) Ce document .pdf offre une chronologie des événements concernant Lafitte et expose les principales théories circulant à son sujet.
  8. a, b et c (en) Voir cette série d'articles sur crimelibrary.com (par Joseph Geringer) qui proposent de nombreux détails biographiques et théories sur Lafitte.
  9. The Pirates Laffite: The Treacherous World of the Corsairs of the Gulf Par William C. Davis, page 26
  10. (en) voir The Pirates Laffite: The Treacherous World of the Corsairs of the Gulf par William C. Davis, consultable sur Google Books.
  11. Encyclopedia of the War of 1812 Par David Stephen Heidler,Jeanne T. Heidler, disponible sur Google Livres.
  12. (fr) Voir l'article d'Encarta concernant cette bataille.
  13. (fr) La Nouvelle Orléans et nous les Haïtiens, article évoquant la participation massive d'anciens esclaves à cette bataille aux côtés de Lafitte.
  14. 1815 Les naufrags de l'Empire aux Amériques, page 282
  15. Voir 1815 Les naufragés de l'Empire aux Amériques par Alain Saby, consultable sur Google Books.
  16. (en) Article : Pirate Lafitte, Bowie dealt in slave trade via SE Texas, par W. T. Block.
  17. (en) cet article permet de se faire une idée du nombre de théories circulant autour de sa fin de vie et sa disparition et propose une bibliographie très complète en anglais (voir p. 14).
  18. a et b (en) Voir la FAQ du site de la Lafitte Society.
  19. (en) Hypothèse retenue par la Lafitte Society sur son site officiel.
  20. (en) C.f. bibliographie de la Lafitte Society.
  21. (fr) : « Il légua le nom d'un corsaire à d'autres temps / lié à un acte vertueux et à un millier de crimes. »

Liens externes


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