Genre (sciences sociales)

Genre (sciences sociales)
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Le genre est un concept récent en sciences sociales et en médecine[1] dont on peut simplement appréhender le sens au travers des deux citations suivantes :

Le concept de genre (gender) a été créé dans la langue anglaise car le mot sex y possède un champ sémantique beaucoup plus réduit que le mot « sexe » en français, rendant difficile la présentation de la place des hommes, des femmes et des intersexes dans la société (ce dernier sexe étant très minoritaire, environ 1 % des naissances, et fortement incompris voire rejeté). Une autre raison de la création de ce terme « genre » est l'influence des féministes, qui différencièrent le sexe anatomique du genre afin de remettre en cause les contraintes imposées par ce dernier.

Ainsi, le sexe est utilisé pour faire référence aux différences physiques distinguant les hommes et les femmes, le genre aux différences non anatomiques (psychologiques, mentales, sociales, économiques, démographiques, politiques…). Néanmoins, le sexe n'est pas une donnée biologique évidente, le conflit sexuel existe même chez les animaux[2] et le genre présente à chaque fois une connotation sociale.

Sommaire

Polarité

Dans le domaine de la pensée, certains auteurs utilisent le mot « polarité » pour préciser la démarche, l'orientation du raisonnement ou de la conscience influencées par le genre. On considère une polarité masculine, une polarité féminine, une polarité intermédiaire ou indifférente [réf. nécessaire].

Une donnée sociale

Selon le psychanalyste et chercheur Robert Stoller « Le genre est un terme qui a des connotations psychologiques et culturelles plus que biologiques. (...) Le genre est la quantité de masculinité ou de féminité que l'on trouve dans une personne et, bien qu'il y ait un mélange des deux chez de nombreux êtres humains, le mâle normal a une prépondérance de masculinité et la femelle normale une prépondérance de féminité. » [3], cité par Paul-Edmond Lalancette.

Le « genre » est l'identité construite par l'environnement social des individus, c'est-à-dire la « masculinité » ou la « féminité », que l'on peut considérer non pas comme des données « naturelles », mais comme le résultat de mécanismes extrêmement forts de construction et de reproduction sociale, au travers de l'éducation. Elle a traits aux comportements, pratiques, rôles attribués aux personnes selon leur sexe, à une époque et dans une culture donnée.

Selon Simone de Beauvoir « On ne naît pas femme, on le devient »[4] sous l'influence de l'éducation patriarcale. Certains, tel Pierre Bourdieu, estiment que cela est également vrai pour les hommes : « On ne naît pas homme, on le devient », et c'est à travers toute une éducation, composée de rituels d'intégration de la norme masculine, que se façonne l'identité masculine, et que l'homme assure dans la société une fonction de reproduction de la domination[5].

Cette éducation est non seulement constructive mais aussi punitive : la déviation des rôles de genre (c'est-à-dire, un désaccord entre la présentation de genre d'une personne et la présentation de genre exigée d'une personne de son sexe) n'est pas toujours tolérée et certaines attitudes sont encore réprimées par la société. Un exemple simple est la « tenue » sociale : une blague sur le sexe sera vue comme relativement acceptable de la part d'un homme, mais sera mal acceptée si elle provient d'une femme : cette différence de jugement est causée par un double standard. Pourtant, l'identité sexuelle est loin d'être acquise biologiquement, et à travers le conflit sexuel, « toutes les conduites se retrouvent dans la nature » affirme le biologiste Thierry Lodé.

Chez l'homme, la construction du genre reste un impératif social. Il y a dans l'histoire de la société occidentale des cas documentés de personnes qui ont été brûlées vives pour avoir refusé ces contraintes. Au moment où la médecine a pris le pas sur la religion, elles ont été stigmatisées, « pathologisées », psychiatrisées de force. Malgré une longue lutte, cette utilisation de la médecine pour construire un système normatif est toujours d'actualité. Le problème se pose particulièrement pour les personnes nées intersexuées (avec un sexe indéterminé à la naissance)[6]. Dans une société qui affecte certaines prérogatives à l'un ou l'autre des sexes biologiques, ces personnes ont du mal à se construire une identité. La première information que l'on a sur un individu étant son sexe, avoir une présentation ambiguë est un grave handicap social. Le problème de l'identité entre le sexe "génétique" et le sexe ressenti est parfois "résolu" de façon hâtive par les médecins, qui opèrent le bébé afin de lui assigner un sexe dès le plus jeune âge. Les conséquences peuvent être graves si le choix effectué ne concorde pas avec l'identité que se construit l'enfant en grandissant.

On peut aussi mentionner l'orientation sexuelle en fonction du genre : la plupart des sociétés définissent une règle du genre exigeant que les hommes désirent les femmes et vice-versa.

Outre cette éducation au genre (par laquelle passe chaque individu), les sciences sociales ont également démontré le caractère appris de ces comportements à travers la catégorisation de la société et des stéréotypes qu'elle développe parfois inconsciemment. Une étude sur les livres pour enfants a montré que les rôles selon le sexe des personnages sont très cloisonnés : un médecin est pratiquement toujours un homme, une infirmière une femme. La mère au foyer est un classique, alors qu'on ne trouve jamais de père au foyer. Certains ont voulu étendre ce constat à l'absence de représentation de couples homosexuels dans ces livres. Il s'agirait d'après les éditeurs[Qui ?] non pas d'un refus de les représenter, mais d'un choix : laisser les enfants grandir et se faire une opinion par eux-mêmes sur un fait de société qu'ils découvriront un jour. Toutefois, ne proposer que des représentations de couples hétérosexuels respectant les standards du genre façonne la perception de la normalité chez les jeunes lecteurs.

Les relations entre sexe et genre

La première sociologue à élaborer la distinction entre le sexe et le genre est la Britannique Ann Oakley. En 1972, dans Sex, Gender and society, elle explique que masculinité et féminité ne sont pas des substances « naturelles » inhérentes à l’individu, mais des attributs psychologiques et culturels, fruits d’un processus social au cours duquel l’individu acquiert les caractéristiques du masculin ou (et) du féminin. Le genre est ici considéré comme le « sexe » social.

Par la suite de nombreux auteurs vont proposer un renversement de la relation de cause à effet sexe/genre. Ces auteurs vont considérer que le sexe, au même titre que le genre, est une construction sociale.

Pour Christine Delphy « Le genre précède le sexe ; dans cette hypothèse le sexe est simplement un marqueur de la division sociale »[7]. Penser le sexe en termes de donnée biologique est une impasse : pour elle le sexe est avant tout une représentation de ce que la société se fait de ce qui est « biologique ».

Selon Judith Butler, « Le genre, c’est la stylisation répétée des corps, une série d’actes répétés à l’intérieur d’un cadre régulateur plus rigide, des actes qui se figent avec le temps de telle sorte qu’ils finissent par produire l’apparence de la substance, un genre naturel de l’être. » [8]. Ici les actes et les discours relatifs au genre sont performatifs ; cela signifie que non seulement ces derniers décrivent ce qu’est le genre (performance) et par là même ont la capacité de produire ce qu’ils décrivent. Mais pour Judith Butler, « il faut aussi que le genre désigne l’appareil de production et d’institution des sexes eux-mêmes […] c’est aussi l’ensemble des moyens discursifs/culturels par quoi la « nature sexuée » ou un « sexe naturel » est produit et établi dans un domaine « pré discursif », qui précède la culture, telle une surface politiquement neutre sur laquelle intervient la culture après coup. »[9].

Genre interne, transgenre, et transsexualité

Le terme Transgenre (parfois troisième sexe) aurait été emprunté à la communauté lesbienne, gay, bi et trans, anglo-saxonne dans les années 1990 via la communauté canadienne où il désigne tout individu revendiquant le droit à la non conformité aux normes traditionnelles ou à la transition entre les genres, non au gré d'une tierce personne physique ou administrative mais uniquement de sa propre volonté, parfois dans le but politique ou philosophique de lutter contre le sexisme et les discriminations qui lui sont liées, de proposer une alternative à la société bipolaire ou hétéronormée, ou encore tout simplement pour vivre sa vie en tentant d'échapper aux modèles stéréotypés. Ce terme est cependant souvent mal utilisé, car basé sur une confusion entre les personnes nées avec un sexe indéterminé et celles qui, ayant une identité sexuelles avérée, la refusent et aspirent à appartenir à l'autre genre. Les personnes nées avec un sexe ambigu rejettent cette dénomination pour les "transsexuels sociaux", car elles estiment que ce sont deux problèmes bien distincts (l'un de nature physiologique, l'autre psychologique).

S'autodésignent également comme transgenres, les militants, androgynes, hermaphrodites, travestis, transsexuels, drag king, drag queen, transformistes, XX Boys, boyz, new half ou encore shemales.

On définit l'identité sexuelle comme l'identification personnelle avec un sexe en particulier. La plupart des personnes s'identifient au genre que la société leur attribue en fonction de leurs organes génitaux : une personne née avec des organes génitaux masculins est non seulement identifiée, mais aussi s'identifiera souvent, à un homme ; une personne née avec des organes génitaux féminins, à une femme. C'est ce que les anglophones définissent sous le terme de « gender identity » et qui est traduit en français sous le terme d'« identité sexuelle ».

On décrit comme transgenre l'état dans lequel l'identité sexuelle est en désaccord avec les attributs du genre assignés à une personne en se fondant sur ses organes génitaux à la naissance. On regroupe communément sous ce terme plusieurs sortes de personnes, comme les transexuels aussi bien que, par exemple, une personne identifiée comme un homme de par ses organes génitaux masculins mais qui refuse d'être identifiée comme tel, sans pour autant s'identifier comme une femme. Certaines personnes transgenres s'identifient à la fois comme hommes et comme femmes, de par une société qui efface de plus en plus le cloisonnement entre les rôles attribués à chaque genre.

Le transsexualisme désigne une personne qui soit est né avec un corps féminin mais qui revendique un mode de vie d'homme (FtM), soit une personne née avec un corps masculin mais qui veut être une femme (MtF). Dans les deux cas, la non congruence entre leur apparence et leur aspiration est si forte et si pénible qu'on envisage une intervention chirurgicale pour adapter l'apparence de leur corps à leur psychologie. Cette opération a cependant un impact très limité: certains paramètre du corps, propre à l'un ou l'autre des sexes (forme du corps et du visage, taille des mains et pieds, finesse des traits, etc.) ne sont pas modifiables, ou très difficilement, malgré les promesses que certains médecins peu scrupuleux font aux candidats à l'opération.

D'autre problèmes surviennent ensuite: le mot "sexe" prétendant renvoyer avant tout à la distinction biologique, en dehors de toute implication sociale, la question se pose: peut-on appeler "femme" un être humain dont l'apparence reste ambiguë, et dont le patrimoine génétique est exclusivement masculin  ? (la même question se pose pour l'opération inverse). Les recherches actuelles sur un éventuel "sexe du cerveau" vient encore rajouter à ce flou, car elles révèlent que chaque sexe biologique a des particularités.

Pour l'administration également, c'est un cas difficile: l'état civil peut exceptionnellement changer la mention du sexe d'une personne, mais cela pose des problèmes juridiques, notamment pour le mariage et l'adoption, qui ne sont accessibles qu'aux couples "naturellement" hétérosexuels. La question se pose également dans des domaines où l'appartenance à l'un ou l'autre des sexes a une importance évidente. Le sport en est un exemple: la capacité pulmonaire d'un homme opéré étant supérieur à celle d'une femme née femme, celui-ci a un avantage que certains assimilent à du dopage, car cela crée une inégalité de fait entre les concurrentes.

Une erreur fréquente est de croire employer le langage châtié en désignant certaines personnes transgenres par la locution « transsexuel non opéré », alors que ceux-ci ne désirent en rien être identifiés comme tels. Il s'agit plutôt pour eux d'un simple rejet de la catégorisation des genres[10], qui n'a aucun influence sur leur identité sexuelle. Un transgenre peut par exemple adopter une attitude et une tenue androgyne, tout en gardant une attirance exclusive pour le sexe opposé.

Le terme « identité sexuelle »

Le terme « identité sexuelle » est celui qui a été adopté en français pour traduire le terme anglais "gender identity". Si l'anglais fait référence aux comportements (le genre), le français fait référence au corps (le sexe). En anglais, le terme "gender identity" a été adopté, car l'autre expression ("sexual identity") était déjà utilisée pour décrire l'orientation sexuelle.

Pour certains, cet usage peut porter à la confusion entre l'identité reliée au « sexe » dans le sens homme/femme (ce qu'on entend par le mot genre dans l'usage décrit dans cet article) et l'identité reliée à la sexualité et la vie sexuelle. On pourrait ainsi se questionner au sujet de son identité sexuelle (par exemple, « suis-je bisexuel ? » « quelles sortes de relations sexuelles préfèré-je ? ») sans pour autant questionner son genre (« suis-je un homme ou une femme ? »)

L'expression identité sexuelle est également problématique en ce sens qu'elle renvoie implicitement à une métaphysique des sexes distinguant strictement des sexualités comme des essences différentes au sein de l'être humain. Dans ce cas, ou bien ces identités définissent véritablement un genre, et il faut admettre que l'humanité se divise en plusieurs espèces dont les rapports sont difficiles à déterminer ; ou bien l'identité sexuelle est inessentielle, c'est-à-dire contingente, et ne regarde pas les déterminations essentielles d'un être vivant en tant que personne humaine.

Pour d'autre, elle est au contraire très judicieuse. l'expression "identité sexuelle" fait référence à la question "qui suis-je en tant qu'être corporé et sexué?" Et c'est bien à cette question que sont confrontées les personnes transsexuelles, transgenres et intersexuées. C'est la réponse à cette question qui amène les personnes transsexuelles à modifier définitivement leur corps par voie chirurgicale. Cette question amène les personnes intersexuées qui ont été assignées arbitrairement à leur naissance à devoir faire corriger cette assignation arbitraire. Sentir qui on est constitue une autre question que de savoir comment on s'assume et on s'exprime en tant qu'homme, que femme, que homme et femme, que pas homme, que pas femme, etc.

Le genre et le sexe dans le langage

Le genre grammatical (masculin/féminin) ne doit pas être confondu avec le sexe (mâle/femelle). Des mots masculins peuvent désigner des femmes, de même que des mots féminins peuvent désigner des hommes (par exemple dans la phrase « Pierre est une personne sympathique »). En français, pour désigner des groupes comprenant aussi bien des hommes que des femmes, on utilise le genre masculin, qui sert donc également de genre neutre. Il s'agit d'une règle de grammaire appliquée (en France) dans la quasi-totalité des publications imprimées (presse, édition, etc.).

Cette règle est néanmoins contestée par de nombreuses personnes [Qui ?] : se fondant sur la correspondance partielle qui existe entre le genre et le sexe, elles estiment que l'emploi générique du genre masculin révèle un caractère sexiste de la grammaire française.

Il est de plus en plus fréquent d'utiliser rigoureusement des mots féminins pour désigner des femmes, surtout en milieu professionnel (un auteur, une auteure), et de construire des tournures dédoublées pour inclure explicitement les femmes (gays et lesbiennes, toutes et tous), ce qui, somme toute, est une manière de généraliser les formules de politesse en évitant les exclusions (« Françaises, Français », « Mesdames, Messieurs »).

Article détaillé : genre grammatical.

Genre et pouvoir

L'association d'un genre au sexe chromosomique, anatomique et hormonal de chaque individu est parfois perçu comme induisant une répartition des rôles sociaux profondément inégalitaire.

L'historienne Joan W. Scott, l'une des pionnières de la théorie du genre, présente cette dimension de la notion en ces termes : « le genre est un élément constitutif de rapports sociaux fondés sur des différences perçues entre les sexes, et le genre est une façon première de signifier des rapports de pouvoir »[11].

Notes et références

  1. http://www.ehess.fr/fr/enseignement/enseignements/2010/ue/1268/
  2. Thierry Lodé, La guerre des sexes chez les animaux, Odile Jacob, 2006.
  3. Recherches sur l'identité sexuelle à partir du transsexualisme, Robert Stoller, Éditions Gallimard, p. 28.
  4. Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe II L'expérience vécue, Gallimard, Folio, 1949 (renouvelé en 1976), p. 13.
  5. Pierre Bourdieu, La domination masculine.
  6. Réseau des Intersexué-e-s Francophones d'Europe
  7. Delphy, 2003, Penser le genre: quels problèmes?, pp. 94-95, in M.-C. Hurtig, M. Kail, & H. Rouch, Sexe et genre. De la hiérarchie entre les sexes (pp. 89-102). Paris: CNRS Editions.
  8. Butler J., 2006 Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l'identité. Paris: La Découverte, p. 109
  9. Butler J., 2006 Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l'identité. Paris: La Découverte, , p. 69
  10. Thinking the (non) gender
  11. J.W. Scott, « Genre : une catégorie utile d'analyse historique », Les cahiers du GRIF, 37-38, 1988, p.125.

Annexes

Bibliographie

Butler, J. (2009). Ces corps qui comptent. De la matérialité et des limites discursives du "sexe". Paris: Éditions Amsterdam.

Butler, J. (2006). Trouble dans le genre. Le féminisme et la subversion de l'identité. Paris: La Découverte.

Delphy, C. (2003). Penser le genre: quels problèmes? Dans M.-C. Hurtig, M. Kail, & H. Rouch, Sexe et genre. De la hiérarchie entre les sexes (pp. 89-102). Paris: CNRS Éditions.

Goffman, E. (2002). L'arrangement des sexes. Paris: La Dispute.

Guilbert, G.-C. (2004). C'est pour un garçon ou pour une fille? La Dictature du genre. Paris: Autrement.

Articles connexes

Liens externes



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