Emanuel Adriaenssen

Emanuel Adriaenssen

Emmanuel ou Emanuel Adriaenssen ou Emanuel Adriaensen, Adriansen, Hadrianus et Hadrianius (Anvers, né entre 1540/55 et décédé à Anvers en février 1604) est un luthiste, professeur de musique et compositeur flamand.

Sommaire

Vie

Emmanuel Adriaenssen alla étudier à Rome en 1574. Avec son frère Gysbrechts, il commença une école de luth à Anvers.

Adriaenssen devint un citoyen aisé et il fréquenta les milieux les plus élevés, où il fit preuve de sa maîtrise en l’art de jouer le luth. Endéans une période de quatre ans, il eut pu s’acheter non moins que deux maisons sur le Meir à Anvers. Il a huit enfants avec son épouse.

Œuvre : Pratum Musicum

Son ouvrage, le Pratum Musicum, paru à Anvers en 1584, dont les rééditions révisées furent publiées jusqu’en l’année 1600, eut une influence considérable. Il contient environ 85 fantaisies, danses et chansons en tablature de luth et comprend des pièces pour luth solo et des madrigaux pour divers luths et voix qui procurent aux musicologues une riche source d’information sur les pratiques d’exécution de la musique de la Renaissance.

Ces tablatures de luth françaises comprennent souvent des versions d’œuvres de certains des plus éminents compositeurs de cette époque : madrigaux italiens, chansons françaises et néerlandaises, motets, chansons napolitaines, fantaisies pour luth et musique de danse arrangée pour luth solo et pour luth et deux instruments mélodiques, pièces allemandes et anglaises pour luth. La plupart des pièces vocales sont en italien. Les chansons napolitaines (pas nécessairement sur des paroles italiennes, puisqu'il s’agit ici plutôt de la définition d’un style), avec leurs parallèles de quintes, présentent un caractère plutôt villageois. L'une d'elles, Del crud'amor, est d’esprit quasi-Oriental. Plusieurs danses pour luth solo présentent également une tendance bucolique. Les chansons en français (9), en néerlandais (4) et celles qui ont à la fois le texte en français et (traduit) en néerlandais (2), font une minorité. La chanson italienne Fiamenga freda contient quelques mots en néerlandais : Niet te verstaen. L'Allemande Slaepen gaen est un arrangement instrumental de la chanson, originellement en allemand, Was woll'n wir auf den Abend tun ? Schlafen woll'n wir gehn, ihr Magdlein, wollt ihr mit uns gehn (qu’est-ce qu’on fera, ce soir ? On veut dormir. Vous, les filles, ne voudriez-vous pas vous joindre à nous ?), tandis que l’Allemande nonnette est vraisemblablement un arrangement instrumental de la chanson allemande Ich gieng einmal spazieren (un jour, j’allais me promener).

Toutes les compositions vocales furent placées dans un contexte italien, comme indiqué dans la classification suivante :

Classification des compositions vocales du Pratum Musicum
a quatro
a cinque
a sei
carmina duabus testudinibus accommoda(ta)
carmina 3. testu(inibus)
carmina 4. testud(inibus)
cantiones napolit(anae)

Les catégories définies en italien ou en latin, furent empruntées à la musique italienne. Parmi les cantiones napolitanae, l’on retrouve deux chansons néerlandaises et deux françaises. L'influence italienne s’étendit parfois jusqu’aux paroles. Un exemple est la chanson Als ick u vinde du compositeur anversois Hubertus Waelrant. Les vers furent construits, d’après la théorie de versification italienne, comme une canzone à trois vers endécasyllabes :

Als ick u vinde (Hubertus Waelrant/Emanuel Adriaenssen) Si je vous trouve
Als ick u vinde met u spil en spinrock
Met u schoon handen ende roode wanghen,
Dan vind ic dat ic ben van u ghevanghen.
Quand je vous trouve, avec votre pivot et votre quenouille
Avec vos belles mains et vos joues rouges
Alors, je me considère comme épris de vous.

Le rythme alternant des vers de cette chanson, fut une nouveauté dans la chanson néerlandaise. D’autres chansons présentent un rythme pareil de versets alternants, ou un autre rythme, différent. C’est le cas de la chanson d’un auteur anonyme Tsou un meisken gaen om wijn (une fille allait chercher du vin), dont le refrain se lit comme suit : Hout u canneken proper Dianneken,/Hout u canneken vaste (gardez la propre, votre cruche, petite Diane ; tenez la bien).

La position de la langue néerlandaise dans la musique fut à cette époque plutôt faiblissante et eut changé complètement de caractère par rapport aux décennies antérieures. Les pièces sur des paroles en langue néerlandaise, y compris les deux chansons en version bilingue, disparurent d’ailleurs dans les éditions ultérieures du Pratum Musicum (Novum Pratum Musicum de 1592 et Pratum Musicum editio nova de 1600). Contrairement à ce qui fut auparavant le cas dans les recueils de chansons néerlandaises du XVIe siècle, Adriaenssen employa la langue néerlandaise plutôt comme un dialecte approprié dans certaines situations.

Le style d’Adriaenssen peut se définir comme un style progressif ayant une tendance baroque. En raison de son ampleur et par sa qualité musicale, l'œuvre d’Adriaenssen fut significative pour le développement de la musique pour luth dans les Pays-Bas.

Le Pratum Musicum fut assez populaire, et cela dès la première édition : le prix de l’ouvrage fut indiqué dans un journal de l’éditeur anversois, Christophe Plantin, et des exemplaires du Pratum Musicum ont été retrouvés dans les bibliothèques de Philippe de Marnix de Sainte-Aldegonde, de Constantin Huygens et de Jean IV de Portugal.

Progéniture

Quatre de ses fils furent peintres: [1]:

  • Alexander I Adriaenssen,(Anvers, 1587-1661), fils d'Emmanuel Adriaenssen,.
  • Vincent (Anvers, 1595 - Rome, 1675), fils d'Emmanuel Adriaenssen,
  • Cornelis Adriaenssen(s) (Anvers, 1596 - ?, ?), sixième enfant d'Emmanuel Adriaenssen, entreprit peut-être un voyage à Rome où un peintre flamand Cornelio Adrianes (Adrians) est cité entre 1625 et 1634 dans les archives des paroisses romaines. Aucune œuvre n'est connue.
  • Nicolas (Niclaes) Adriaenssen(s) (Adriaensz, Adriani) (Anvers, 1598 - Leyde, 1649), huitième enfant d'Emmanuel Adriaenssen, entre en 1613 à l'université de Leyde comme étudiant en art sous le nom de "Nicolaus Adriani Leidensis". Il revient à Anvers en 1615 où il est inscrit chez un maître inconnu, peut-être son frère aîné Alexander I. De 1618 à 1621, il travaille chez un autre maître. Après 1621 (excepté une mention en 1632), on ne trouve plus trace de lui à Anvers, ce qui laisse supposer qu'il serait retourné à Leyde dès la fin de son apprentissage. En 1649, un peintre du même nom figure dans les archives de la gilde de Saint-Luc à Leyde. Aucune œuvre connue.

À côté de ces noms, tous apparentés, on trouve également mentionnés dans les archives d'autres peintres:

  • Anthony I Adriaenssen(s) est cité dans l'atelier de Joos de Beer en 1510.Anthony II Adriaenssen(s) (Anvers ?, vers 1589 ? - Rome ?, vers 1649 ?), qui suit.
  • Claes Adriaenssen, surnommé Dondari, maître à la gilde de Saint-Luc d'Anvers en 1561.
  • Isabella Adriaenssen, reçue maître en 1726/1727 comme spécialiste de la peinture sur papier.
  • Jan I Adriaenssens, Adriaensen, Adriaenssen) (avant 1522 - 1588), peintre et marchand, est nommé franc-maître avant 1544 à la gilde de Saint-Luc d'Anvers. Cette même année, il reçoit Lodewijk van Dale comme élève et en 1545, Cornelis van Dalem. En 1545 et 1549, il exerce la charge de doyen de la corporation et en 1549 également, celle de doyen de la chambre de rhétorique De Violieren. Cette même année, Cornelis Priers entre en apprentissage chez lui. En 1585/1586, il est cité comme doyen de la corporation. Aucune œuvre peinte n'est connue. Le dictionnaire des peintres Saür signale qu'en 1622, il est encore cité comme maître à part entière et attire l'attention sur le fait qu'il ne faut pas le confondre avec un certain Jan Adriaenssens de Weert. Eu égard à la date de naissance de Jan I et à l'existence d'un homonyme, il semble qu'il y ait là une confusion entre les deux artistes.
  • Jan Adriaenssens de Weert, actif au XVIIe siècle, est reçu comme élève chez Rombout van de Veken à Anvers en 1596. En 1621/1622, il est cité comme maître sous le nom de Joannes Adriaensen.
  • Jasper Adriaenssen (Anvers ?, avant 1605 - 1632).
  • Renier Adriaenssens, mort entre 1723 et 1724, est peintre d'histoire et de portraits à l'huile sur verre; également graveur. Il est reçu dans la gilde de Saint-Luc à Anvers en 1689 comme fils de maître et est nommé doyen de la gilde en 1702. Aucune œuvre n'est conservée[1]

Sources & références

  • The New Grove Dictionary of Music and Musicians (Le nouveau dictionnaire Grove de la musique et des musiciens), Londres, 2001
  • Facsimile of Pratum Musicum with an introduction and bibliography, par Kwee Him Yong, Frits Knuf, Pays-Bas, 1977
  • Texte du livret de Lutz Kirchhof dans le disque compact Love Songs and Dances, Consort Music for Lute and Voices, from Pratum Musicum, de l’ensemble Liuto concertato dir. par Lutz Kirchhof, Sony Classical, 1996
  • Jan Willem Bonda, De meerstemmige Nederlandse liederen van de vijftiende en zestiende eeuw, (Les chansons polyphoniques néerlandaises du XVe et XVIe siècle). Hilversum, Verloren, 1996. ISBN 90-6550-545-8
  • Godelieve Spiessens, Emanuel Adriaenssen, Nationaal Biografisch Woordenboek (Dictionnaire biographique nationale), tome 1, col. 3-6, Bruxelles, 1964

Notes

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. a et b Dechaux, Carine, Dictionnaire des peintres belges, KIRK-IRPA, 1994

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Emanuel Adriaenssen de Wikipédia en français (auteurs)

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