Vallées glaciaires

Vallées glaciaires

Vallée glaciaire

Une vallée glaciaire est une forme de relief caractéristique des régions de montagnes qui ont été affectées par une glaciation régionale. Elles résultent du travail découlement en bloc des glaciers, emplissant tout le fond de la vallée et lérodant par surcreusement. Les vallées glaciaires se définissent par leur profil en travers, mais surtout par profil en long. Dans la plupart des cas, les vallées glaciaires correspondent à des héritages des glaciations pléistocènes de puissants icestrœm en provenance des hauts massifs ont utilisé ces axes préexistants pour se diriger vers les piémonts. Ils se sont souvent réunis dans de très grandes vallées longitudinales comme les vallées de lIsère, du haut Rhône, du haut Rhin, de lInn, de lEnns, de la Drave, se concentrait la glace. Comme lont souligné P. & G. Veyret (1967), cest cette exceptionnelle puissance de transport et de réaménagement qui a permis lélargissement, le creusement et le surcreusement de ces vallées et qui confèrent aux vallées alpines une « surprenante maturité » par rapport à lextrême jeunesse du massif.

Morphologie d'une vallée glaciaire
Vallée symétrique du glacier Athabasca au Canada.
Vallée glaciaire symétrique dans les Écrins (vallée de la Romanche).
Vallée glaciaire asymétrique dans l'Himalaya indien.

Sommaire

Le profil en travers

Le profil en travers des vallées glaciaires a fait couler beaucoup dencre depuis le début du XXe siècle. De nombreuses erreurs dinterprétation ont pour origine la généralisation abusive de la forme du profil en travers en auge.

Lauge glaciaire

La forme la plus caractéristique apparaît donc être la vallée en « U », en auge, ou auge glaciaire, avec des flancs abrupts et un fond plat, notamment lorsquil sagit du fond dun ancien lac. Cependant, comme le souligne J. Tricart (1981), « lauge glaciaire est en réalité un lit façonné par un écoulement de glace concentré ». De plus, la forme en auge napparaît pas comme une constante et on peut faire les remarques suivantes :

  • Toute vallée glaciaire nest pas en auge : la Maurienne et la Tarentaise présentent davantage un profil en « V », dautres présentent un profil dissymétrique comme les gorges du Manival, en Oisans ;
  • Lauge glaciaire peut être réduite à certaines sections dune vallée. Le profil peut sévaser ou, au contraire, se rétrécir dans des gorges étroites et pas seulement dans les verrous, comme les gorges du Guil (Queyras) ou les gorges de Servoz à laval de la vallée de Chamonix.
  • Toute vallée en « U » nest pas obligatoirement dorigine glaciaire. De très belles vallées ayant ce profil existent dans le massif du Sinaï, en Égypte.

Ainsi, les vallées glaciaires présentent de nombreux types de profils en travers tout le long de leur développement longitudinal ; les auges existent principalement à lamont des grandes vallées glaciaires, même si laspect en auge est plus apparent que réel. De plus, certaines auges glaciaires qui apparaissent ainsi suivant un certain profil sur le terrain, ne le sont plus dun autre site ou ne résistent pas lorsque lon dessine ce profil sur le papier. Dans les auges glaciaires « parfaites », le fond plat est lié à laccumulation dalluvions fini- ou post-glaciaires de fond de vallée, remblayant complètement le lit de lancien torrent sous-glaciaire qui peut être très profond. Il existe des épaulements et des vallées suspendues. Les interprétations traditionnelles de ces formes dépend des positions des auteurs.

  • Pour les antiglacialistes : Lexistence de ces formes serait liée au maintien du profil des anciennes vallées « mûres » préglaciaires qui se seraient conservées. Lauge, quant-à-elle, résulterait du passage du glacier dans une vallée plus « jeune », emboîtée dans la précédente. Chaque replat correspondrait alors au fond dune auge creusée par une glaciation antérieure.
  • Pour les ultra-glacialistes : « Lauge glaciaire paraît correspondre souvent non pas à un courant fait à la mesure du glacier, mais à la partie profonde du courant glaciaire » (Blache, 1960). En effet, dans un glacier alpin, la couche superficielle, circulant au niveau des replats, sécoule sans grands effets sur le bedrock, alors que les couches profondes, soumises à des pressions élevées déterminent une forte érosion.

Remarques théoriques

Daprès les calculs théoriques, la forme en tuile romaine serait la forme idéale, correspondant à un compromis entre la section idéale pour permettre lécoulement de la glace et la section élargie par érosion latérale. Selon Embleton & King (1975), le profil transversal dune auge correspondrait à une parabole déquation y = 0,000402x2,046. Daprès R. Vivian (1975), la base des versants sont les sites lérosion est maximale pour trois principales raisons :

  • La présence de grandes quantités de débris en provenance des versants permet le jeu de labrasion, notamment en début et en fin de glaciation, lorsque les versants sont dénudés ;
  • La faible épaisseur de glace favorise la pénétration dondes de gel à lintérieur du glacier, permettant le débitage et la gélifraction. Le délogement et larrachement de débris sont donc très puissants ;
  • Dans ce secteur du glacier, existent également les torrents juxtaglaciaires ou sous-glaciaires. Ceux-ci creusent des chenaux, voire des gorges et accentuent les valeurs de glissement du glacier sur le bedrock.

Ces types de modelages élargissent par la base le talweg de la vallée glaciaire et creusent des sections dauges. En fait, « le calibrage et lallure du profil en travers de la vallée sont essentiellement dus aux formes daccumulations glaciaires » (Vivian, 1975), cest-à-dire que les plaquages de moraines latérales et de dépôts juxtaglaciaires acquièrent un profil concave lors du passage du glacier, tandis que les inégalités du bedrock sont masquées par les accumulations fluvio-glaciaires et/ou fluvio-lacustres.

Les épaulements

Classiquement, on définit les épaulements comme des replats latéraux continus et symétriques situés sur les flancs dune vallée glaciaire.

  • Les hypothèses classiques : Selon E. de Martonne (1951), les épaulements correspondent à des phases successives alternent érosion fluviatile et érosion glaciaire, chaque replat correspondant à une glaciation antérieure plus vaste ; il évoque alors des « auges emboîtées ». Cependant, on remarquera que la plupart des replats situées dans les vallées de moyenne altitude sont discontinus, asymétriques ou dorigine structurale. Pour F. Taillefer (1966), les épaulements sont une conséquence directe de la dynamique glaciaire : au sein des glaciers alpins, seule les couches de glace inférieures soumises à de fortes pressions ont une grande capacité dérosion. A contrario, les couches superficielles sécoulent de manière passive, sans provoquer dérosion. Les épaulements correspondraient alors à la partie de la vallée affectée par ce type de glace.
  • Les épaulements liés au travail des glaciers latéraux : Les travaux de P. Veyret (1968) dans la vallée de Chamonix, confirmés par les observations de G. Monjuvent (1978) dans les bassins du Drac et de la Romanche, ont montré que les véritables épaulements des hautes vallées apparaissent comme le résultat de la dynamique glaciaire à partir des glaciers de cirque latéraux, à faible distance des vallées suspendues :
    • Lorsque les épaulements sont jointifs, on remarque que les cirques affluents sont très rapprochés ;
    • Lorsque les épaulements sont situés à une altitude équivalente, on remarque que les cirques ont des dimensions comparables.

« Les épaulements ne font point partie de la vallée glaciaire ; ils font au contraire partie du versant dont ils représentent un façonnement particulier » (Veyret, 1969). Les deux phénomènes décrits apparaissent clairement dans la vallée de Chamonix, entre la Mer de Glace et le glacier des Bossons ou du vallon des Étançons (haut Vénéon, Oisans).

  • Les épaulements liés au recul differencié des parois : Cependant, certains épaulements apparaissent dus à la présence de roches plus gélives au niveau sest inscrit lépaulement. Celui-ci est donc davantage lié au recul des parois par la gélifraction et au maintien dune forte pente au-dessus et au-dessous du replat (Vivian, 1975).

Dans le cas du flanc oriental de la Grande Casse et de la Grande Motte (Vanoise: Le soubassement de cet épaulement est taillé par des marbres phylliteux du Trias Moyen, tandis que le recul des parois a affecté les calcaires gélifs de la nappe de la Grande Motte. Dans le cas du vallon de la Leisse (Vanoise), lépaulement est bâti dans les gypses et les cargneules, dominés par les schistes lustrés.

Les vallées suspendues

La plupart des vallées affluentes dune vallée glaciaire débouchent au-dessus du fond de la vallée principale : on dit que ce sont des vallées suspendues : le cours des rivières postglaciaires franchit ce gradin de confluence par une gorge dite gorge de raccordement ou par une cascade (vallée de Lauterbrunnen, dans lOberland bernois), lorsque la lithologie est homogène. Il est même possible que la vallée qui apparaît aujourdhui comme la vallée principale ait été une vallée secondaire durant les glaciations pléistocènes, à limage de la Romanche et du Vénéon, de lArc et du Doron de Termignon ou de la Durance et de la Gyronde. Ces vallées suspendues sont nettement moins creusées que les vallées principales et possèdent souvent un profil « en V ». Il est également possible quune grande vallée sachève sur un ensemble de vallées suspendues comme la vallée de lArve à lamont de Passy les vallées du Bon Nant et la haute vallée de lArve sont suspendues. On remarquera dans un premier temps, que les vallées suspendues sont liées à des glaciers moins puissants que le glacier principal. Cependant, il existe plusieurs cas de vallées suspendues :

  • Les vallées suspendues à englacement inexistant ou réduit : Dans ce cas, le problème de la différence de creusement ne se pose pas. Le gradin de confluence est lié à labsence de creusement en période glaciaire de la vallée suspendue. Dans certains cas, il y a pu avoir une diffluence du glacier principal dans la vallée secondaire. Ce fut notamment le cas du glacier de la Romanche dans la Mathésine ou du glacier de lIsère dans le val de Lans.
  • Les vallées suspendues dissymetriques : Dans le cas il a existé des glaciers dans les deux vallées, il est possible de faire appel aux conditions structurales et à lorientation des vallées.

En matériel homogène, les glaciers les plus puissants sont en orientation Nord et les vallées suspendues sont donc plus nombreuses ; cest notamment le cas dans la vallée du Vénéon (Oisans). En matériel hétérogène, les conditions structurales prennent lavantage sur lorientation. Ainsi, dans la vallée de la Romanche, les glaciers situés en rive droite ont des vallées plus profondes, creusées dans les roches sédimentaires. Ils ont été plus nombreux quen rive gauche, creusée dans les roches cristallines (Montjuvent, 1978).

  • Les gradins de confluence : La dénivellation du gradin de confluence est, le plus souvent, dépendante de la surface de la vallée suspendue : plus cette surface est faible, plus la dénivellation du gradin de confluence est grande.
  • Les gorges de raccordement : Le raccord entre les deux cours deau affluents peut se faire par une gorge de raccordement. Cette gorge a été creusée à la fois par le cours deau sous-glaciaire et par le cours deau, héritier de la vallée glaciaire. Lorsque les roches sont particulièrement résistantes, il ny a pas de gorge de raccordement et le raccord se fait par une cascade. Les vallées suspendues ont longtemps été des sites favorables au développement dusines hydroélectriques et de barrages de retenue.

Le problème des auges emboîtées

Dans certaines vallées glaciaires, il existe plusieurs épaulements qui sétagent jusquà la surface de la glace et qui apparaissent ainsi emboîtés. Lorigine de ces formes est posée ainsi : sagit-il dune différence dintensité et de durée des processus glaciaires avec une épaisseur de glace plus limitée sur les bords ou dune différence dordre structural, les « épaulements » sont taillés dans des roches la densité des fractures est moindre. Ainsi, les auges actuelles du glacier dArgentière et de la Mer de Glace sont délimitées par des fractures. Cependant, même si la glace ne peut transmettre des pressions supérieures à 20 000 Pa (2 bars), on ne peut que sinterroger sur ce problème en considérant les remarques suivantes (Bozonnet, 1981:

  • Les épaulements nexistent pas dans les bassins dalimentation glaciaire et apparaissent progressivement vers laval ;
  • Il existe un emboîtement dauges sur la rive gauche du glacier du Brouillard (val Veny) qui sexplique difficilement par des raisons structurales.

Lobturation glaciaire

Le processus dobturation glaciaire est lié à une diffluence modérée dune langue glaciaire à lintérieur dune vallée non englacée. Les formes et formations associées à ce processus sont :

  • Un ou plusieurs arcs morainiques frontaux, à convexité tournée vers lamont et non vers laval comme dans les vallées « normales » ;
  • Un remblaiement fluvio-glaciaire ou glacio-lacustre, lié au barrage constitué par le glacier. Il forme alors une banquette ou une plaine alluviale.

Dans la plupart des cas, cette vallée est drainée par un ravin parallèle au glacier et entaillant les matériaux juxtaglaciaires. Dans le cas dune région karstique, elle peut évoluer en une dépression fermée de karst couvert, cest-à-dire en pseudo-poljé dont les eaux se perdent dans les versants calcaires.

Le profil en long : les verrous et les ombilics glaciaires

Le profil en long de la vallée glaciaire est plus caractéristique que le profil en travers : il montre des formes de surcreusement ou ombilics, cest-à-dire des formes de creusement, correspondant topographiquement à des cuvettes lacustres, des petits bassins, voire des petites plaines alluviales, limitées à laval par une bosse, une contre-pente, un simple resserrement de la vallée ou verrou, contourné par les rivières principales. La première succession de modelés de ce genre est le cirque glaciaire, lieu de naissance du glacier.

Définition et environnement du verrou

On appelle verrou une barre rocheuse accidentant le profil en long dune vallée glaciaire et le plus souvent située à laval dun ombilic.

  • Les verrous sous la glace : Lors de lenglacement, le glacier franchit les verrous par un décollement de la glace à lamont et à laval. La rupture de pente est franchie par une série de crevasses et de séracs. Les eaux sous-glaciaires sétalent à lamont, façonnant lombilic et creusent des gorges de verrou à leurs côtés.
  • Aspect et genèse des verrous-barres : Dans les zones déglacées, on peut remarquer que les verrous-barres sont de tailles variables, mais leur caractéristique est dêtre à léchelle du relief environnant. Mais, ils peuvent ne correspondre qu'à un simple resserrement de la vallée associé à une rupture de pente comme les gorges de la Poya dans la vallée de Chamonix ou les resserrements entre Ville-Vieille et Aiguilles ou entre Aiguilles et Abriès dans le Queyras). Il faut alors imaginer les ombilics beaucoup plus profondement creusés sous le glacier qu'ils ne le sont à l'Holocène après piégeage de divers sédiments détritiques glaciaires, glacio-lacustres, fluvio-glaciaires, lacustres et fluviatiles. Lorsquils sont monolithiques cest à dire constitués dune seule roche, lorigine du profil dissymétrique des verrous ressort nettement, du fait de la double action de labrasion à lamont et du quarrying à laval :
    • Laspect de roches moutonnées que lon constate à lamont du verrou est liée à labrasion provoquée par la compression de la glace : la roche est alors lissée et striée, cest-à-dire moutonnée.
    • Laspect décharné à laval du verrouprofil en « marches descalier » — est au quarrying, processus à mettre en rapport avec lalternance gel/ dégel sous le glacier décollé du verrou.
    • Certains verrous déglacés peuvent être en partie ennoyés et former des îles dans la merau large des fjords, par exempleou dans un lac comme les îles Borromées sur le lac Majeur au large de Stresa (Italie du Nord). Dans dautres cas, ils forment des presquîles à l'image du roc de Chères sur le lac d'Annecy.
  • Les verrous-gradins : Ce sont des discontinuités dans un lit ou ancien lit glaciaire sans contre-pente à lamont et sans surcreusement de lombilic. On les trouve généralement à lamont des vallées glaciaires, entre les cirques et les amphithéâtres glaciaires ou à laval des vallées suspendues pouvant alors être qualifiées de gradins de confluence.

Les ombilics

Lombilic désigne une cuvette topographique située le plus souvent à lamont dun verrou au sein dune vallée glaciaire. Les ombilics sont liés à létalement des eaux sous-glaciaires et à une vitesse moindre du glacier en amont du verrou. Ces deux phénomènes sont accentués par la stagnation éventuelle dun culot de glace morte pendant les périodes de fonte du glacier.

Les rapports entre les verrous et les ombilics

Dans la très grande majorité des cas, les verrous sont précédés dun ombilic. Les verrous sont façonnés sinon dans des roches dures, au moins dans des roches plus résistantes que les ombilics. Ceci est à laugmentation de la pression hydrostatique à lamont dun obstacle qui permet labaissement du point de congélation et permet la fusion. Les matériaux solides présents à la base du glacier vont pouvoir pénétrer à lintérieur du fait de la surcharge en glace.

  • Dans les roches sédimentaires héterogènes : Lorsque la lithologie est hétérogène, ce sont les couches les plus rebelles à lérosion glaciaire qui sont mis en relief (grès durs, calcaires) et les couches tendres qui sont excavées.
  • Lorsque la lithologie paraît homogène : Lorsque la lithologie apparaît homogène, cest-à-dire que les roches sont les mêmes dans le fond de lombilic et sur le verrou, lérosion différentielle sest appuyée sur dautres facteurs :
    • Les conditions tectoniques faisant alterner des zones de roches broyées et des zones de roches saines) ;
    • La direction de lécoulement glaciaire par rapport au pendage des couches, voire à la foliation des roches.

On admet quun verrou nest pas obligatoirement précédé dun ombilic. Ainsi, le verrou de Séchilienne ou Portes de lOisans (vallée de la Romanche), nest précédé daucun ombilic. Il correspond à une large bande damphibolites très résistantes. Lombilic de Vizille a un encaissement considérable (135 m en amont de la ville). Il comporte deux cuvettes (Vizille et Séchilienne), séparées par le rétrécissement de La Bathie. Il est creusé au contact entre le massif cristallin de Belledonne et le sillon subalpin, en position monoclinale.

La genèse des verrous et des ombilics

La préservation des verrous et lapprofondissement des ombilics est donc un fait acquis, mais il faut revenir sur les conditions de leur existence et de leur façonnement.

  • Dans les hautes vallées glaciaires à structure et lithologie homogènes : À limage de la haute vallée du Vénéon, il ny a ni ombilic ni verrou, ni élargissement du profil aux nombreux confluents. Il ny a donc aucun rapport entre la genèse de ces formes et la puissance des anciens glaciers.
  • Dans dautres vallées glaciaires, plus petites, à structure hétérogène : Comme dans les vallées de lEau dOlle ou de la Bonne (Oisans), on trouve des ombilics (GrandMaison, Valbonnais) sur des affleurements de roches tendres, fermés par des verrous (Maupas, Pas du Prêtre). À Gap, le verrou est en roche peu résistante (marno-calcaires) mais qui constitue un relatif môle de résistance dans une dépression creusée dans les marnes noires callovo-oxfordiennes autour du dôme de Rémollon. Or, les glaciers surcreusent aux endroits leur écoulement est lent et nérodent que très peu lécoulement est rapide, car la glace est un fluide très visqueux, suivant les lois physiques générales qui régissent cet état de matière. Les expériences menées montrent ainsi quun fluide circulant dans un conduit avec un débit supposé constant exerce sur ses parois une pression inversement proportionnelle à sa vitesse. Il y a ainsi surpression dans la section large par rapport à la section étroite :
    • À lamont des verrous, la glace est soumise à de fortes pressions et a tendance à fondre. Ces alternances engel/dégel permettent ainsi le façonnement des ombilics ;
    • À laval des verrous, la glace est soumise à des pressions plus faibles et leau libérée à lamont a tendance à regeler, ce qui permet larrachement de blocs (quarrying) aux verrous.

Il suffit donc dun rétrécissement transversal, hérité du modelé préglaciaire, pour que samorce le surcreusement en amont par suite des différences de pression dynamiques que le glacier exerce sur son lit. Ainsi, il ny a pas de surcreusement possible sans rétrécissement à laval, comme dans les Dombes, au Nord-Est de Lyon, pourtant composées de formations tendres — « Alluvions Jaunes » ou formation lacustre du Pliocène inférieur —, envahies par les glaciers lors du « Riss ».

Synthèse

Le profil longitudinal dune vallée glaciaire apparaît donc comme le résultat dun double travail de lérosion et de laccumulation :

  • Lévolution des vallées en période glaciaire : Le creusement des fonds de vallées ainsi que des bords inférieurs des versants seffectue principalement en période glaciaire. Il saccompagne dun remblaiement morainique dampleur variable, constitué de tills de fond puis de tills dablation lors de la déglaciation. Lors des périodes de déglaciation ce modelé caractéristique permet le tronçonnement de licestrœm : les verrous sont généralement déglacés plus précocemment que les ombilics.
  • Lévolution des vallées en période interglaciaire : Le remblaiement postglaciaire des fonds de vallées seffectue notamment par des processus fluviatiles et lacustres. Les processus affectant les versants sont très variables, suivant les sites : certains sites tendent à sévaser, par écroulement de pans de versants, tandis que dautres tendent à se régulariser, par les actions périglaciaires ou par le ruissellement.

Les ombilics sont souvent remblayés par des dépôts morainiques (tills de fond), surmontés par des alluvions fluvio-glaciaires fini-glaciaires, puis lacustres et/ou fluviatiles postglaciaires. Ces matériaux proviennent de lamont de la vallée ou des vallons et des versants perpendiculaires à lombilic, dont la fréquence et lintensité des apports sont liés aux fluctuations climatiques. Le contrôle de la sédimentation à lintérieur de lombilic est assuré par différents éléments :

    • Le contrôle-aval, représenté par les barrages temporaires, soumis à des processus dembâcles et de débâcles, ces dernières pouvant être brutales ou non ;
    • Le contrôle litho-structural qui règle la présence et la hauteur du verrou ainsi que la profondeur de lombilic.

En outre, ce contrôle du comblement de la sédimentation au niveau local conditionne le niveau de base, la pente de lombilic ainsi quindirectement, la géométrie des formations contenues, du fait des ruptures éventuelles de barrages qui permettent létagement ou la superposition des dépôts.

Le problème du surcreusement des ombilics

Le surcreusement peut se définir comme le profond creusement dune portion de vallée limité à laval par une contre-pente, résultat caractéristique des actions glaciaires. Les cuvettes laissées par les grands glaciers quaternaires sont souvent de taille et de profondeur impressionnantes. Par exemple, le Léman est limité à laval par un seuil de 310 m dont 255 m sont liés au surcreusement et 55 m au barrage morainique frontal de Laconnex-Bardonnex, à laval de Genève (Charollais & al., 1990).

La localisation théorique des zones surcreusées

La localisation des zones surcreusées dépend de deux facteurs : la position par rapport à linlansdsis et les influences litho-structurales.

  • La position par rapport à la calotte glaciaire ou à linlandsis : Sous les langues glaciaires et surtout sous les calottes et les inlandsis, les surcreusements sont profonds. Ces organismes glaciaires ont eu plusieurs types dimpacts sur lévolution géomorphologique régionale :
  • Ils ont protégé le relief des régions centrales, nayant eu que des glaciers peu mobiles et donc peu susceptibles dérosion ;
  • Les icestrœm divergeants à partir de la calotte centrale ont raboté, surcreusé le pourtour des régions centrales ;
  • Ils ont déposé divers types de matériaux morainiques et fluvio-glaciaires le long des icestrœm et sur les piémonts.

Cependant, les zones zurcreusées ne correspondent pas obligatoirement aux zones de fortes accumulations de masses de glace : ce phénomène, même sil est nettement visible actuellement, apparaît davantage comme une conséquence du surcreusement que dune véritable cause. En effet, « les variations de pression ne sont pas proportionnelles à la variation dépaisseur de glace qui surmonte les points de mesures. La glace ne peut transmettre aucune contrainte dépassant 200 Pa, soit 2 bars » (Vivian, 1975).

  • Les influences litho-structurales : Les données lithostructurales influent non seulement par la nature de la roche, mais encore par lorientation des joints stratigraphiques, des fractures, des failles, des diaclases et des zones de broyage. Les glaciers tendent à surcreuser dans des secteurs particuliers lon remarque les conditions suivantes :
  • Lécoulement de la glace est lent ;
  • Lécoulement de la glace est étalé sur une large portion du lit ;
  • Les eaux sous-glaciaires sont largement étalées ;
  • À ces trois phénomènes est associée lérosion différentielle dans des roches plus fragiles.

Ces facteurs permettent le façonnement des ombilics par la multiplication des cycles dalternances gel/dégel consécutifs aux variations de pression car à lamont des obstacles, la glace est soumise à de fortes pressions et a tendance à fondre. Au contraire, lorsque la vitesse est rapide, lérosion est limitée.

Ainsi, la cuvette du bas Grésivaudan est-elle particulièrement surcreusée, puisque lon passe dune vallée large à une vallée plus étroitela cluse de Grenoble —, la vitesse a due être accélérée, alors que le débit était accru par les apports de la Romanche (Monjuvent, 1978). La haute Maurienne en amont du verrou de lEsseillon est un exemble intéressant avec alternance de verrous et dombilics liés aux conditions litho-structurales :

  • Lombilic de Bramans-Termignon, long de 10 km, creusé dans la semelle gypsifère de la nappe des schistes lustrés. Il est en plus calqué sur un accident majeur constitué par la faille de Modane-Ruisseau de la Chavrière ;
  • Lombilic de Lanslebourg, long de 6 km, qui appartient à la même unité morphostructurale ;
  • Enfin, lombilic de Bessans, long de 6 km également, est surcreusé dans la nappe de schistes lustrés elle-même.

Interprétation dynamique du surcreusement

On peut distinguer deux grands types de surcreusement : le surcreusement sous-glaciaire et le surcreusement proglaciaire.

  • Le surcreusement sous-glaciaire : Cest le débitage de blocs à laval des protubérances du lit, lié au regel et à la cavitation qui sy produisent et ne dépend pas de lapparition dun fort glissement par coalescence des cavités. Lérosion sous-glaciaire peut donc se poursuivre même si le lit se creuse et si, corrélativement, lépaisseur de la glace croissant, la vitesse du glissement diminue. Le polissage, par contre, est fonction de la vitesse du glissement : il est maximal au-dessus des verrous, le glacier est mince et la vitesse est très grande.

En Antarctide, les sondages et les radio-échosondages montrent que les icestroem étudiés se localisent dans des zones en creux du substratum qui sont de larges vallées en berceau évasés alternant avec des ombilics profonds et étroits. En surface, la glace se présente avec un profil longitudinal plus ou moins concave, la concavité la plus nette étant marquée par la convergence des flux de glace (Godard & André, 1999).

  • Le surcreusement proglaciaire : Lorsquun glacier est en période de recul, le bedrock apparaît dabord sur les verrous et le glacier finit par se fragmenter, isolant des culots de glace morte qui stagnent dans les ombilics. Dans ces paliers intermédiaires, il ny a plus davance ni de recul du front, faute dalimentation en provenance de lamont, ce qui provoque une alternance de périodes de gélivation fréquentes, associées à des périodes dévacuation des débris précédemment arrachés.

La typologie des vallées glaciaires

Le rôle de la structure dans lélaboration des vallées glaciaires est évident : les vallées glaciaires ouvertes dans des formations géologiques variées ont modelé des versants de pente et de régularité variables. Ainsi, dans le Queyras, la vallée du Guil oppose nettement deux domaines :

  • À lamont, une vallée en « V », très évasée, dans les schistes lustrés piémontais. Les sollicitations de la structure se lisent dans la dissymétrie des vallées perpendiculaires ;
  • À laval, une vallée très étroiteles gorges du Guildans les calcaires des nappes briançonnaises.

Dans les roches résistantes

Les trois grands types de roches résistantes réagissent différemment aux contraintes tectoniques qui auront un effet sur lérosion glaciaire ultérieure.

  • Les calcaires massifs : Les calcaires massifs ont des directions de fractures évidentes et donnent ainsi souvent des vallées glaciaires bien calibrées. La Lauterbrunnental (Oberland bernois), creusée dans les calcaires résistants de la nappe du Wildhorn, montre des épaulements (Wengen, Mürren), correspondant au toit des calcaires, des cascades (Staubach et Trümmelbach) et des couloirs davalanches fossiles sur les flancs. Les vallons glacio-karstiques correspondent à danciennes vallées glaciaires creusées dans les calcaires et plus ou moins surcreusées en amont des verrous. Le lac de Flaine (massif du Giffre), situé 84 m sous le col de Cou, est un bel exemple de lac glacio-karstique, ayant évolué en poljé à lintérieur dune vallée de ce type. Ses eaux se perdent dans le plancher hauterivien.
  • Les roches cristallines homogènes : Dans ces types de roches, le réseau de fractures est très dense et le plus souvent, les fractures très localisées (lignes de failles) sexpriment par des parois raides ou subverticales (vallée du Vénéon). Cependant, les véritables auges sont assez rares.
  • Les roches à plan de schistosité très marquées : Dans les gneiss ou les schistes cristallins, les vallées glaciaires montrent généralement des formes de vallées souvent plus évasées, sauf lorsque la foliation est verticale ou subverticale (vallée de Chamonix). Dans le cas des vallées glaciaires creusées dans des roches résistantes, creusées essentiellement par abrasion, lévolution postglaciaire du modelé des versants seffectue sous la double contrainte lithologique (roches résistantes) et topographique (extrême raideur des parois:
  • La décompression postglaciaire des versants permis lexistence décroulements de toutes tailles ;
  • La torrentialité ne sexprime réellement que dans des zones très fracturées ou au contact de deux ensembles lithologiques (bassin du Bourg-dOisans) ;
  • Les couloirs davalanches représentent le modelé le plus caractéristique. Les cônes davalanches se localisent ainsi à des altitudes relativement basses dans les massifs cristallins des Alpes (Oisans, Mont-Blanc).

Dans les roches relativement meubles

Dans ces types de roches (flyschs, marnes, schistes, micaschistes), les vallées sont larges, évasées et les interfluves sont des reliefs mous aux formes très émoussées, le fond nest guère mieux creusé que dans les roches résistantes. Lorsque le pendage général est perpendiculaire à laxe de la vallée, les deux versants sont nettement dissymétriques, à limage de la vallée de lAigue Agnelle (Queyras schisteux). La gamme étendue des formes et formations que lon peut relier à lévolution postglaciaire du modelé des versants nest que le reflet de la variété des conditions litho-structurales.

Dans les roches sédimentaires à faciès contrastés

Les versants enregistrent ces variations de dureté sous formes descarpements et de replats structuraux, plus ou moins bien dégagés lors du passage du glacier. Le versant occidental du Grésivaudan, dans la partie orientale de la Grande-Chartreuse montre ainsi un replat structural très net au niveau du plateau des Petites Roches (entre 900 et 1050 m daltitude), correspondant à laffleurement des calcaires tithoniques. Comme dans le cas précédent, lévolution postglaciaire du modelé des versants est variée, du fait de la mosaïque litho-structurale.

Linterprétation des vallées glaciaires

Les vallées glaciaires correspondent à danciennes vallées fluviales dont les eaux courantes avaient mis à profit les faiblesses structurales. La plupart de ces anciennes vallées ont pu être creusées dès lOligocène (Monjuvent, 1978).

Danciennes vallées fluviales

Les vallées glaciaires ont été rectifiées ou réaménagées par le passage des glaciers et sont souvent plus amples, rectilignes et lissées. Ainsi, la vallée de Chamonix est une « dépression structurale guidée par lérosion », les terrains sédimentaires du synclinal liasique, pincés entre les deux écailles cristallines du Mont Blanc et des Aiguilles Rouges ont pu facilement être déblayés (Veyret, 1959).

Le rôle des zones de faiblesse structurale

Les vallées glaciaires sont localisées sur des zones de faiblesse structurales. Cest notamment le cas dans la plupart des vallées du massif du Mont-Blanc ou des fjords norvégiens, qui ne sont que des vallées glaciaires envahies par la mer. Les conditions tectoniques interviennent également dans le tracé des vallées affluentes, on la vu, ainsi que dans le tracé des vallées principales. Elles expliquent les tracés rectilignes et les coudes, à limage de la vallée du haut Rhône de Gletsch au Léman, ou le coude de Martigny.

Annexes

Voir aussi

Bibliographie

  • J. Blache (1960) Les résultats de lérosion glaciaire. Méditerranée, 1, 5-31.
  • Bozonnet (1981) Contribution à létude géomorphologique de la haute montagne tempérée : lexemple du massif du Mont Blanc. Thèse, Grenoble, 139 p.
  • Charollais & al., 1990 Suisse lémanique. Pays de Genève et Chablais. Paris, Masson, coll. « Guides géologiques régionaux », 573 p.
  • Godard & André (1999) Les milieux polaires. Paris, A. Colin, coll. U, 453 p.
  • E. de Martonne (1951) Traité de Géographie physique. t. 2 : Le relief du sol. Armand Colin, Paris, 9° éd., 563 p.
  • G. Monjuvent (1978) Le Drac. Morphologie, stratigraphie et chronologie quaternaires dun bassin alpin. Grenoble, Inst. Dolomieu-CNRS éd., 431 p.
  • F. Taillefer (1966) Paysages glaciaires et périglaciaires. In « Encyclopédie de la Pléïade », publiée sous la direction de R. Queneau, Géographie générale, N.R.F., Paris, Gallimard, 509-608.
  • J. Tricart (1981) Géomorphologie climatique. In « Précis de Géomorphologie », t. 3, 313 p.
  • P. & G. Veyret (1967) Au cœur de lEurope, les Alpes. Paris, Flammarion, 546 p.
  • P. Veyret (1968) Lépaulement de la vallée glaciaire. Rev. Géog. Alpine, LVI, 1, 43-64.
  • P. Veyret (1969) Lauge de Chamonix : une vallée glaciaire dun type particulier. Rev. Géog. Alpine, t. LVIII (4), 559-570.
  • R. Vivian (1975) Les glaciers des Alpes occidentales. Grenoble, Imp. Allier, 513 p.
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