Nikos Skalkotas

Nikos Skalkotas

Níkos Skalkótas

Nikos Skalkottas (en grec moderne : Nίκος Σκαλκώτας), né à Chalkis le 8 mars 1904 et mort à Athènes le 19 septembre 1949, était un compositeur et violoniste grec.

Biographie

Nikos Skalkottas, disciple d'Arnold Schoenberg, Kurt Weill et Philipp Jarnach, est resté à peu près inconnu du public jusqu'au début de ce siècle, connu seulement des dictionnaires et par quelques musiciens. Pourtant, dans l'édition 1965 du dictionnaire Larousse français de la musique, le musicologue Harry Halbreich dans son article consacré à la musique en Grèce écrivait déjà: "C'est cependant la génération suivante [après celle des fondateurs de l'école nationale Kalomiris et Petridis] qui nous offre le plus grand de tous les compositeurs hellènes, Nikos Skalkottas." Et Halbreich ajoute plus loin: "Son œuvre est aussi chaleureux, aussi lyrique, et souvent aussi sombre, que celui d'un Alban Berg, parfois aussi ténu et raffiné que celui d'un Webern, ou aussi rythmé que celui d'un Stravinsky ou d'un Bartók. Mais il est avant tout d'une clarté et d'une lucidité véritablement méditerranéennes", et parle des compositions de Skalkottas comme "représentant un des œuvres les plus importants de notre époque!" Les œuvres de Skalkottas sont écrites dans des idiomes très variés puisque l'on trouve autant de pièces atonales libres que d'autres sérielles (principalement dans son propre système "multi-sériel" bien plus libre que celui de Schoenberg), ou encore certaines modales et enfin purement tonales. Étant mort très jeune, il est impossible d'imaginer dans quelle direction le compositeur se serait engagé dans les années 60... Il a écrit pour pratiquement toutes les formations et tous les genres à l'exception de l'opéra.

Nikos Skalkottas vit le jour à Chalkis sur l'île d'Eubée. Son père Alécos était originaire de l'île de Tinos (Cyclades), sa mère, Ioanna, venait de Hostia, en Béotie; elle chantait à son fils des chansons de son pays (qu'il utilisa plus tard dans ses compositions), et lui racontait des légendes locales. A l'âge de 5 ans, avec l'aide de son père, il se construisit lui-même un petit violon. C'est son oncle Kostas qui commença la même année à lui enseigner le violon. Toujours en 1909, la famille s'installa à Athènes pour fournir à Nikos une meilleure éducation: il poursuivit plus tard ses études de violon au Conservatoire d'Athènes, dont il sortit en 1920 avec un brillant diplôme. L'un des événements décisifs dans la vie de Skalkottas fut sans conteste l'obtention en 1921 d'une bourse de la Fondation Averoff qui lui permit de se rendre à Berlin (où il restera jusqu'en 1933), d'abord pour des études supérieures de violon auprès de Willy Hess, à l'Académie Musicale, cela à un moment crucial de son développement artistique et humain. C'est clairement pendant ces années que Skalkottas aura accès à toute l'actualité internationale de la musique et des arts. Mais l'on sait peu de choses en fait de ce qu'était la vie de Skalkottas dans ces années. Dès sa première année d'études, il rencontre celle qui devait devenir sa première compagne vers 1926, la violoniste ukrainienne Mathilde Temko originaire de Riga en Lettonie. Ils auront ensemble 2 filles dont seule la seconde, Artémis Lindal, survécut. Ils se séparèrent en 1931 et Mathilde s'installa avec sa fille à Stockholm. A Berlin, Skalkottas partage la première année un appartement à Lankwitz avec Dimitri Mitropoulos, et fréquentera le compositeur grec Yannis Constantinidis.

Après deux années d'études de violon à Berlin, il se décide à s'adonner entièrement à la composition. Skalkottas aura aussi l'occasion de voyager en Europe, à Bruxelles au printemps 1925, en Autriche (Vienne et Salzbourg), et bien sûr à l'intérieur de l'Allemagne. Ses conditions de vie financières sont loin d'être toujours satisfaisantes, et il travaillera par exemple dans des cinémas pour l'accompagnement des films ou bien à des orchestrations pour le label Odeon. Mais il sera soutenu aussi par une famille fortunée, les Salomon. Il produit dès 1925 après des études avec Paul Juon et quelques cours avec Kurt Weill (qui semblent se prolonger jusqu'en 1926) son premier chef-d'œuvre, la Sonate pour violon solo, avant d'étudier pendant 2 ans auprès de Philipp Jarnach (lui-même disciple de Busoni). Jarnach dira plus tard de Skalkottas qu'il était de caractère très fermé, mais il est visiblement impressionné par son élève. C'est seulement en 1927 que Skalkottas amorce un tournant avec des études auprès de Schoenberg jusqu'en août 1930, avec cette fois le soutien d'une bourse de la Fondation Benakis. Schoenberg, lors d'une conversation avec la pianiste Marika Papaïoannou (élève d'Artur Schnabel), dira grand bien de son nouvel élève. Il mentionne lui-même en 1948, peu avant sa mort (ignorant complètement si Nikos Skalkottas vivait ou s'il avait composé quoi que ce soit après 1933), que "parmi les centaines de mes élèves, très peu sont devenu des vrais compositeurs: Anton Webern, Alban Berg, Hanns Eisler, Karl Rankl, Winfried Zillig, Roberto Gerhard, Nikos Skalkottas, Norbert von Hannenheim, Gerald Strang, Adolph Weiss. C'est du moins les seuls dont j'ai entendu parler." C'est durant ces années que quelques-unes de ses œuvres orchestrales seront jouées à Berlin ainsi que lors de ses passages à Athènes. Ce seront en fait pour lui les seules occasions d'entendre ou de diriger ses partitions orchestrales atonales ou sérielles. A partir de l'été 1931, sa situation semble se dégrader, avec la perte de la Bourse Benakis, sa séparation d'avec Mathilde, et surtout une mystérieuse rupture avec Schoenberg, dont le principal effet semble être l'arrêt presque total de ses activités de compositeur jusqu'en 1934-35. En mai 1933, il retourne en Grèce, un retour dans la patrie qu'il n'imagine certainement pas définitif à ce moment-là, mais ses tentatives ultérieures pour voyager se soldent visiblement par un échec.

Son retour à Athènes s'opère sous le signe des retrouvailles avec la musique populaire: après plusieurs années de crise comme compositeur, certains travaux de transcriptions qui lui sont officiellement confiés par Melpo Merlier l'encouragent certainement dans la rédaction des fameuses 36 Danses Grecques, qui lui apporte un premier succès incontesté dans son pays (mais qui ne seront jouées dans la totalité qu'en 1988 à Rio de Janeiro sous la direction de Byron Fidetzis). En fait, seules de rares œuvres modales ou tonales seront jouées en Grèce jusqu'à la fin de sa vie, notamment deux ballets (La Belle et la Camarde dès 1940), des extraits de la Symphonie Classique en la majeur pour instruments à vent et une partition pour la radio et la scène. Aucune des autres œuvres ne sera jouée, toutes les tentatives avortant. C'est le cas du Concertino pour hautbois qui faillit bien être présenté puisque Skalkottas rédigea une note pour le public. Ce texte est d'ailleurs instructif, puisque Skalkottas y appelle le public au rire et à l'humour. Selon de nombreux témoignages il y a souvent deux images de Skalkottas qui coexistent, celle d'un bel homme, volontiers facétieux et dynamique, et celle de l'homme isolé, (aussi bien par le rejet des autres que par son propre choix), secret et triste. Il semble que Skalkottas soit victime en rentrant dans son pays d'un certain nombre de cabales et il doit pour survivre se retrancher dans un emploi de violoniste de rang dans les trois orchestres d'Athènes jusqu'à la .n de sa vie. Déçu, il s'isole complètement et refuse de parler sérieusement de musique à quiconque à quelques exceptions près, quand il est rassuré que son interlocuteur le comprend (selon J.G. Papaïoannou). Entre 1935 et 1944, il va produire l'essentiel de son œuvre, très abondante (l'année 1939-1940 étant la plus incroyablement faste, et culminant avec les 32 Pièces pour piano), abordant des genres très diversifiés. C'est en mai 1944 qu'a lieu l'épisode de son arrestation par les nazis pour avoir enfreint le couvre-feu: Skalkottas a la chance de ne pas être abattu d'office comme c'était souvent le cas à ce moment, et il sera "juste" interné dans le camp de Khaïdari pendant plusieurs mois. C'est aussi pendant la guerre en 1943 que Skalkottas rencontra la pianiste Maria Pangali. Ils se marièrent après la guerre, en 1946. Un premier fils, Alécos, naît en 1947. Durant les 3 dernières années de sa vie il réalise nombre d'orchestrations de partitions laissées en suspens. Il compose aussi dans ces années une quantité plus importante qu'avant-guerre d'œuvres tonales, dont certaines seront jouées devant lui.

Dans la nuit du 18 au 19 septembre 1949, Skalkottas meurt d'une hernie strangulaire tandis que sa femme accouche (le 21) d'un second fils. A sa mort brutale, ce 19 septembre 1949, Skalkottas est pratiquement inconnu, ni publié, ni enregistré, ni joué. Ses succès passagers de Berlin sont pratiquement oubliés. Il aura fallu plus de cinquante années pour que ses œuvres soient toutes jouées au moins une fois, et l'opiniatreté d'un éditeur suédois indépendant pour enregistrer la quasi intégrale de ses oeuvres. La musique de Skalkottas reflète complètement ses racines culturelles dans tous ses aspects. Le musicologue suisse Luca Sabbatini écrivait très judicieusement en 1999 que "sa musique combine expressionnisme haletant et climats archaïques. La violence des rythmes, le tranchant des couleurs orchestrales sont tempérés par un lyrisme halluciné qui provoque l'envoûtement."

(d'après un texte de Christophe Sirodeau, 1999; avec l'autorisation de l'auteur et de l'Association Internationale Feinberg-Skalkottas), 2008

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