François Dominique Toussaint Louverture

François Dominique Toussaint Louverture

Toussaint Louverture

Toussaint Louverture
Toussaint Louverture
Naissance 20 mai 1746
habitation du Comte de Bréda, près du Cap-Français (Saint-Domingue)
Décès 7 avril 1803 57 ans)
Fort de Joux, La Cluse-et-Mijoux (France)
Allégeance Flag of Haiti.svg Rebelles haïtiens et
Flag of Spain (1785-1873 and 1875-1931).svg Royaume d'Espagne, puis
France République française, puis
France Haïti
Arme cavalerie
Grade Général
Service 1791 - 1803
Conflits Révolution haïtienne
Faits d’armes Expédition de Saint-Domingue

Toussaint Louverture (né François-Dominique Toussaint le 20 mai 1746 dans une habitation près de Cap-Français ; mort le 7 avril 1803 au Fort de Joux, à La Cluse-et-Mijoux en France) est le plus grand dirigeant de la Révolution haïtienne, devenu par la suite gouverneur de Saint-Domingue (le nom d'Haïti à l'époque).

Il est reconnu pour avoir été le premier leader Noir à avoir vaincu les forces d'un empire colonial européen dans son propre pays. Né esclave, s'étant démarqué en armes et ayant mené une lutte victorieuse pour la libération des esclaves haïtiens, il est devenu une figure historique d'importance dans le mouvement d'émancipation des Noirs en Amérique.

Sommaire

Origine et jeunesse

Son grand-père, Gaou-Guinou, serait un Africain né au Dahomey (actuel Bénin), issu d'une famille royale d'Allada. Déporté à Saint-Domingue, son père Hippolyte Gaou est vendu comme esclave au gérant de l'habitation du Comte de Bréda, dans la province du Nord, près du Cap-Français. Dans la plantation de ce domaine naît Toussaint, recevant alors le nom de son propriétaire, Bréda, selon l'usage. Son maître, M. Baillon de Libertat, relativement humain, encourage Toussaint à apprendre à lire et à écrire, et en fait son cocher, puis le commandeur (c’est-à-dire le contremaître) de l'habitation.

Toussaint, malgré une petite taille et une laideur qui lui vaut le surnom de Fatras-Bâton, gagne une réputation d'excellent cavalier et de docteur feuille, maîtrisant la médecine par les plantes. Il épouse une femme libre du prénom de Suzanne dont il a deux fils : Isaac et Saint-Jean. Il adopte aussi un premier fils de Suzanne, le métis, Placide, et a une nombreuse descendance illégitime. Il est affranchi en 1776, à l'âge de 33 ans. Selon les archives coloniales, il loue une ferme de café d'une demi quinzaine d'hectares avec treize esclaves.

Le révolté allié à l'Espagne

La Révolution française provoque d'énormes répercussions dans l'île. Dans un premier temps, les grands Blancs (riches propriétaires, administrateurs et aristocrates locaux) envisagent l'indépendance, les petits Blancs (paysans, artisans et employés) revendiquent l'égalité avec les premiers et les gens de couleur libres.

En août 1791, les esclaves de la plaine du Nord se révoltent suite à la cérémonie de Bois-Caïman. Toussaint Bréda devient aide-de-camp de Georges Biassou, commandant des esclaves qui, réfugiés dans la partie orientale de l'île, s'allient en 1793 aux Espagnols, qui l'occupent pour renverser les Français esclavagistes. Toussaint est initié à l'art de la guerre par les militaires espagnols. À la tête d'une troupe de plus de trois mille hommes, il remporte en quelques mois plusieurs victoires. On le surnomme dès lors Louverture. Il devient général des armées du roi d'Espagne.

Le 29 août 1793, Toussaint lance sa proclamation où il se présente comme le leader noir :

« Frères et amis. Je suis Toussaint Louverture ; mon nom s'est peut-être fait connaître jusqu'à vous. J'ai entrepris la vengeance de ma race. je veux que la liberté et l'égalité règnent à Saint-Domingue. Je travaille à les faire exister. Unissez-vous, frères, et combattez avec moi pour la même cause. Déracinez avec moi l'arbre de l'esclavage. »
Votre très humble et très obéissant serviteur, Toussaint Louverture, Général des armées du roi, pour le bien public.

Mais il excite la jalousie de ses chefs, Jean-François et Biassou, qui fomentent un complot auquel il échappe, mais où il perd son jeune frère Jean-Pierre. Le peu d'attention que lui montrent les Espagnols achève de le convaincre que ceux-ci ne vont pas abolir l'esclavage.

La situation est différente avec les autorités françaises. Les commissaires de la République française, Léger-Félicité Sonthonax et Etienne Polverel, sont en effet arrivés à Saint-Domingue en septembre 1792 pour garantir les droits des gens de couleur. L'île est envahie par la marine britannique et les troupes espagnoles, auxquelles se sont ralliés de nombreux blancs royalistes. Le 29 août 1793, le même jour que la proclamation de Toussaint, Sonthonax émancipe l'ensemble des esclaves, pour que ceux-ci se joignent à la Révolution. Le 16 pluviôse an II (4 février 1794), la Convention ratifie cette décision en abolissant l'esclavage dans tous les territoires de la République française.

Le général de la République

Par l'intermédiaire du général en chef Étienne Laveaux, les commissaires tentent de convaincre Toussaint de rejoindre la République. Ce n'est que le 5 mai 1794, que Toussaint effectue une volte-face. L'armée sous son commandement — qui compte des soldats noirs, mulâtres et même quelques blancs — défait en quinze jours ses anciens alliés espagnols et enlève une dizaine de villes.

En un an, il refoule les Espagnols à la frontière orientale de l'île, et bat les troupes de ses anciens chefs qui leur sont restés fidèles. En juillet 1795, la Convention l'élève au grade de général de brigade.

En mars 1796, il sauve Laveaux, malmené pour sa rigueur lors d'une révolte de mulâtres au Cap Français. En récompense, celui-ci le nomme lieutenant général de la colonie de Saint-Domingue. Le Directoire l'élève au grade de général de division en août 1796. Cependant, le flot des réfugiés français de Saint-Domingue en Amérique grossit.

La marche vers le pouvoir absolu

Son talent n'est pas seulement militaire. Partout où il passe, il confirme l'émancipation des esclaves. Il organise la remise en marche des plantations en invitant les colons à revenir, y compris ceux qui ont combattu contre la République, et ce, malgré l'avis des représentants de l'autorité française.

La lutte contre les Britanniques est plus difficile. Toussaint ne peut les déloger du Nord et de l'Ouest. Au Sud, le général mulâtre André Rigaud les contient courageusement, mais sans les repousser.

Le retour de Sonthonax comme commissaire civil en mai 1796 constitue une ombre à l'ambition de Toussaint de diriger seul. Il réussit en septembre 1796 à faire élire Lavaux et Sonthonax comme députés auprès du Directoire afin des les renvoyer en métropole : le premier dès octobre, le second en août 1797.

Pour rassurer la France, il envoie ses deux fils aînés, Isaac et Placide, étudier à Paris à l'École de Liancourt (rebaptisée « Institut des colonies ») sous la direction de l'abbé Coisnon.

Grâce aux armes arrivées avec la commission de 1796, Toussaint dispose d'une armée de 51 000 hommes (dont 3 000 blancs). Il reprend la lutte contre les Britanniques, et connaît quelques succès, mais pas décisifs. Fatigués d'une telle résistance, les Britanniques se décident à négocier. Toussaint sait écarter des négociations le dernier commissaire civil Julien Raimond, comme le dernier général en chef Hédouville, arrivé en mars 1798. Le 31 août 1798, les Britanniques abandonnent Saint-Domingue.

Pour se débarrasser d'Hédouville, Toussaint alerte les noirs du Nord. Le général ayant ordonné le désarmement des noirs, ceux-ci se révoltent le 16 octobre 1798, obligeant Hédouville à rembarquer précipitamment pour la métropole avec de nombreux blancs.

Délivré de tout contrôle, Toussaint se tourne contre son rival, le chef des mulâtres Rigaud. Profitant d'un incident, il le provoque. Rigaud engage les hostilités en juin 1799. Toussaint, secondé par Jean-Jacques Dessalines et Henri Christophe vainc les troupes de son adversaire en un an au prix d'un bain de sang.

Décidé à remettre l'économie sur pieds, Toussaint publie le 12 octobre 1800 un règlement reconduisant le travail forcé des noirs sur les plantations tel qu'il a été organisé par Sonthonax, Laveaux et Hédouville. Cela provoque de nombreux mécontentements. À la fin octobre 1801, les noirs du Nord se révoltent, allant jusqu'à égorger les blancs. En quelques jours, Toussaint disperse les révoltés et fait fusiller treize meneurs, dont son propre neveu, le général Moïse. Pour rallier les blancs à sa cause, il rappelle les émigrés et proclame le catholicisme religion officielle.

Le 9 mai 1801 il proclame une constitution autonomiste qui lui donne les pleins pouvoirs à vie.

La fin de l'aventure

Le Fort de Joux où est mort Toussaint Louverture.

Malgré les proclamations de loyauté de Toussaint Louverture, Bonaparte s'inquiète du risque de perdre une colonie rentable, et cède aux arguments des grands propriétaires et des négociants qui veulent rétablir l'esclavage. Il décide alors d'envoyer son beau-frère, le général Leclerc, reprendre le contrôle de l'île à la tête d'une troupe de 30 000 hommes.

Le 20 janvier 1802, l'expédition de Saint-Domingue débarque sur l'île et se porte à l'assaut des partisans de Toussaint Louverture. Malgré quelques succès, le combat devient rapidement inégal et certains de ses officiers décident de rallier le camp des Français. Le 7 mai 1802, Louverture signe à Cap-Haïtien avec les Français un traité qui stipule notamment que l'esclavage ne sera pas rétabli sur l'île. Il se retire alors dans son domaine d'Ennery.

Trois semaines plus tard, sur une dénonciation de Dessalines, Leclerc arrête Toussaint Louverture, soupçonné de complot et de rébellion, ainsi que sa famille. Le vaisseau le Héros les conduit alors en France. Le 25 août 1802, Toussaint est emprisonné au Fort de Joux, dans le Doubs, où il sera maintenu isolé et soumis à des interrogatoires répétés. Il y mourra d'une pneumonie le 7 avril 1803. Sa famille fut exilée à Bayonne, puis à Agen.

Certains de ses partisans jugés comme dangereux ou susceptibles de créer de l'agitation sont envoyés en France. Ceux qui ne sont pas assignés à résidence sont emprisonnés, notamment en Corse. Ils constituent plus tard une partie des hommes et officiers du Bataillon des Pionniers Noirs.

Malgré l'exil de Louverture, la révolte continue sous les ordres de Dessalines et les Français (menés par le général Donatien de Rochambeau) doivent évacuer Cap Français en novembre 1803 après la bataille de Vertières. Dessalines proclame l'indépendance d'Haïti le 1er janvier 1804.

Toussaint Louverture n'est pas mort d'une pneumonie. Il est mort en prison au château de Joux dans le Doubs suite à des infections dentaires. Comme le veut la loi française, tous les prisonniers morts en captivité doivent être autopsiés, lors de son autopsie, les médecins Français découvrent les raisons de la mort de Toussaint Louverture, dans des souffrances atroces. Le cerveau de Toussaint Louverture baigne dans du pus dont l'origine est due à des infections dentaires multiples. Lors de la visite du château de Joux et de la cellule de Toussaint Louverture, on explique que l'odeur qui s'échappa de la boîte crânienne de Toussaint Louverture était tellement forte qu'elle imprégna les murs de sa cellule pour de nombreuses années.

Sources

  • Mémoires du général Toussaint L'Ouverture, écrits par lui-même, par Toussaint Louverture, Joseph Saint-Rémy, 1853.
  • Cri des colons contre un ouvrage de M. l'évêque et sénateur Grégoire, ayant pour titre « De la Littérature des nègres ». par François Richard de Tussac (à propos du livre de l'abbé Grégoire).

Articles connexes

  • Jacques de Cauna, Toussaint Louverture et l'indépendance d'Haïti, SFHOM et Karthala, 2004
  • Jean Métellus, Toussaint Louverture, pièce de théâtre, Hatier, 2003
  • Jean Métellus, Toussaint Louverture, le précurseur, Roman, Le Temps des Cerises, 2004
  • Pierre Pluchon, Toussaint Louverture , Fayard, Paris, 1989.
  • Aimé Césaire, Toussaint Louverture (essai), Club Français du Livre, Paris, 1960 (réédité par Présence Africaine en 1962).
  • Victor Schoelcher, Vie de Toussaint Louverture, Karthala, Collection Relire, 1982
  • Alain Foix, Toussaint Louverture, Gallimard, "Folio Biographies", 2007
  • Laurent Lutaud et Georges Nivoix,Toussaint-Louverture et l'abolition de l'esclavage, Collection Mémoires et Histoire, SCÉRÉN - CRDP de Franche-Comté, 2009, DVD vidéo.

Liens externes

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