Tartakover

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Xavier Tartakover

Xavier Tartakover

Xavier Tartacover ou Xavier Tartakover[1] (né Savielly Grigorevitch Tartakover le 22 février 1887 à Rostov-sur-le-Don, Russie, mort le 4 février 1956 à Paris, France) était un joueur d'échecs.

Sommaire

Jeunesse

Xavier Tartacover est né d'un père autrichien et d'une mère polonaise. Ses parents, qui furent plus tard assassinés lors d'un pogrom, l'emmenèrent hors de Russie lorsqu'il avait 12 ans[2].

Il passe son baccalauréat en 1904 au collège de Genève, puis continue ses études à Vienne, où, 5 ans plus tard, il obtient son diplôme de docteur en droit à l'université de Vienne. C'est durant ses études qu'il se passionne pour les échecs. Il joue dans les cafés et rencontre aussi les grands joueurs de son époque, contre lesquels il dispute des parties brillantes. Mais déjà à l'âge de 19 ans, il avait obtenu son titre de maître d'échecs en terminant premier du tournoi de Nuremberg 1906. C'est seulement après la Première Guerre mondiale qu'il décroche ses plus grands succès, notamment le tournois de Liège en 1930[2].

Pendant la Première Guerre mondiale, il combat dans les rangs de l'armée austro-hongroise. Après la guerre, il s'installe à Paris et, curieusement, prend la nationalité polonaise alors qu'il ne connaît pas le polonais.

Carrière professionnelle

Lorsqu'il arrive en France, Tartacover décide de devenir un joueur d'échecs professionnel. Avec d'autres grands maîtres, tels Aaron Nimzowitsch et Richard Réti, il fait partie de l'école hypermoderne et ne dédaigne pas de pratiquer les débuts dits « irréguliers » comme la Défense hollandaise.

Sa meilleure période couvre les années 1920-1935. Tartakover participe à de grands tournois, et remporte le tournoi de Hastings. Il partage la première place avec Nimzowitsch au tournoi de Londres en 1927. Dans les années 1930, il participe 6 fois aux Olympiades d'échecs avec la Pologne, et donne 5 médailles à son équipe. Il gagne deux fois le championnat de Pologne, en 1935 à Varsovie, et en 1937 à Jurata.

Comme plusieurs grands joueurs de son époque, Tartacover connut la réussite dans l'age « mûr ». Parlant de ses progrès plutôt lents, il explique : « Il est vrai que déjà, avant 1930, dans maintes grandes compétitions internationales (comme par exemple à Teplitz-Schönau 1922, Vienne 1922, Semmering 1926), je menais la course pendant longtemps et semblais déjà effleurer la victoire définitive, mais, au lieu de se raidir et de devenir plus insistante, ma tension faiblissait vers la finale, où les gaffes d'un instant gâchaient l'œuvre de plusieurs semaine ! [3] »

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Tartacover participe à la Résistance, sous le pseudonyme de « Lieutenant Cartier[4] ». Puis, la Pologne étant devenue communiste, il opte pour la nationalité française et représente la France aux Olympiades d'échecs de 1950. Il remporte également le championnat de France en 1953 à Paris.

L'enseignement des échecs

Tartacover écrit d'abord des articles dans des magazines d'échecs puis, finalement, publie avec un certain succès plusieurs livres sur les échecs, le principal ayant pour titre La Partie d'échecs hypermoderne.

Son Bréviaire des Échecs, qui a formé des générations de débutants, montre son talent pédagogique, puisqu'il n'hésite pas à commencer par les fins de partie (roi et dame contre roi seul, etc.), qui sont plus simples et montrent la valeur des pièces ; il passe ensuite aux milieux de partie et c'est par les ouvertures qu'il termine son ouvrage. Le lecteur n'y voit rien à redire : c'est seulement ensuite, en y réfléchissant, qu'il constate l'originalité et l'étrangeté de ce plan. Outre son Bréviaire, Tartacover écrit une trentaine d'ouvrage sur les échecs et collabore à de nombreuses revues, gagnant ainsi le titre officieux de Champion des journalistes d'échecs.

Style de jeu

Le style du jeu de Tartacover reflète parfaitement son esprit virevoltant, imaginatif, mais fragile. Sa spécialité consistait à remettre au goût du jour des coups considérés jusqu'alors comme douteux. Son grand principe, que partageaient les hypermodernes (surtout Richard Réti), était de ne pas en avoir.[5]

Les coups excentriques de Tartacover, s'ils déconcertèrent de nombreux grand maîtres de premier plan, arrivaient hélas souvent à déconcerter surtout... son auteur. A son tableau de chasse figure tous les plus grands joueurs de l'époque. Pour certains comme Frank Marshall, et plus tard Paul Keres, il fut même une véritable « bête noire ». [5]

Personnage haut en couleur, Tartacover aimait l'originalité, qu'il manifesta de plusieurs manières brillantes durant sa carrière. Il introduisit deux ouvertures originales et bien des variantes.

La première ouverture, 1. b4 (que Tartacover baptisa « début Orang-Outan », connue aussi sous le nom de début Sokolsky), fût introduite en 1924 lors du Tournoi de New York. Cherchant un plan stratégique pour justifier ce début si original, Tartacover dit qu'il eut l'idée de cette ouverture durant sa visite du zoo du Bronx, lorsqu'il vit un orang-outan grimper à une liane ! [6]

La deuxième ouverture fut introduite avec panache lors du tournoi de Barcelone : lors du banquet d'ouverture de ce tournoi fermé, il annonça avec légèreté aux organisateurs qu'il introduirait un nouveau système d'ouverture. Ce fut donc lors de ce tournoi que vit le jour le début catalan, qui allie à la poussée d4 le fianchetto du fou en g2.

Enfin, la « variante Tartakover du Gambit dame » est une ligne de jeu fréquemment employée par les joueurs de l'élite mondiale. Hormis Bobby Fischer, tous les champions du monde de l'ère moderne, comme par exemple Boris Spassky ou Anatoli Karpov l'on intégré à leur répertoire d'ouverture : 1.d4 d5 2.c4 e6 3.Cc3 Cf6 4.Fg5 Fe7 5.e3 0-0 6.Cf3 h6 7.Fh4 b6 [7]

Fin de vie

Malgré l'apparente jovialité conférée par son humour, il possédait un caractère irascible qui lui valut quelques inimitiés, et surtout, la solitude[8].

Quelques joueurs d'échecs parisiens ont gardé le souvenir de la fin de vie amère de Tartacover. Complètement démuni, et trop fier pour emprunter à ses amis échiquéens, il en était réduit à attendre, attablé dans un club d'échecs parisien, l'éventuel « client » contre qui il pourrait gagner quelques francs pour s'acheter un casse-croûte. C'est le jeu (et plus précisément son addiction au jeu) qui avait causé la perte de Xavier Tartacover : à l'instar de ceux de David Janowski, les prix de ses tournois finissaient dans les caisses d'un casino à la fin de soirées passées devant la roulette[8].

Il meurt en 1956, à Paris, seul[8].

Anecdotes

Tartakover était tellement féru de mondanités que ses collègues le surnommaient malicieusement « Tartakaviar ».[réf. nécessaire]

Parties remarquables

Citations

Xavier Tartacover est connu pour ses aphorismes et ses jeux de mots savoureux, comme par exemple :

  • « On n'a jamais gagné une partie en abandonnant ! »
  • « Les grosses bourdes sont là, sur l'échiquier, attendant d'être commises. »
  • « Le Maître a dit : Qu'il faut, pour être le veinard, Des Gaffes aux Échecs, faire l'avant dernière. »
  • « La Tactique consiste à savoir ce qu'il faut faire quand il y a quelque chose à faire. La Stratégie consiste à savoir ce qu'il faut faire quand il n'y a rien à faire. »
  • « Il est encore meilleur de sacrifier les pièces de son adversaire. »
  • « Tout est finement imaginé ; mais les dieux, avant la fin de la partie, ont placé le milieu de jeu. »
  • « Ne jouez donc aux Échecs que pour vous distraire ; c'est le plus beau des jeux, mais c'est un jeu. Ses lauriers sont trompeurs, son ambition est maladive. »

Œuvres

  • Xavier Tartacover, Le Bréviaire des échecs, éditions Stock, Paris, 1937.
    • Réédition : Xavier Tartakover[9], Bréviaire des échecs[10] (nouvelle édition revue et augmentée), éditions Stock, Paris, 1967, 295 p., (FRBNF 33188870x).
    • Réédition : Xavier Tartakover[9], Bréviaire des échecs[10], éditions Stock, Paris, 1978, 294 p., (ISBN 2-234-00187-0), (FRBNF 34603922g). Fac-similé de l'édition de 1967.
    • Réédition : Xavier Tartakover[9], Bréviaire des échecs[10], éditions Garnier, coll. « Librairie Saint-Germain », Paris, 1984, 419 p., (ISBN 2-7370-0000-9), (FRBNF 348477133).
    • Réédition : Xavier Tartakover[9], Bréviaire des échecs[10], Librairie générale française, coll. « Le Livre de poche » no 7933 série « Pratique », Paris, 1988, 378 p., (ISBN 2-253-04620-5), (FRBNF 34944923d).
  • Xavier Tartacover, Tartacover vous parle : ses meilleures parties d'échecs, Librairie Stock, Paris, 1953.
    • Réédition : Xavier Tartacover, Tartacover vous parle : choix de ses meilleures parties d'échecs annotées par lui-même : 1905-1930, éditions Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot » no 115, Paris, 1992, , (ISBN 2-228-88566-5), (FRBNF 35534905q).

Voir aussi

Liens internes

Lien externe

Notes et références

  1. Certaines éditions françaises de ses ouvrages ont recouru à l'orthographe « Tartacover » tandis que d'autres ont préféré l'orthographe « Tartakover ». Les éditions Stock elles-mêmes, qui avaient initialement recouru à l'orthographe « Tartacover » en 1937 et 1953, ont ensuite utilisé, en 1967 et 1978, l'orthographe « Tartakover ».
  2. a  et b Nicolas Giffard, Le Guide des Échecs, page 446 (éditions Robert Laffont, 1993) (ISBN 2-221-05913-1)
  3. Il poursuit : « Par contre, à Liège 1930, ma volonté de vaincre s'est enfin maintenue sans fléchir jusqu'à la fin, puisque, même encore dans la dernière ronde [..], j'ai quand même préféré rechercher les complications pour abattre inexorablement mon rival direct dans ce tournoi-là : « le mystérieux Hindou » Sultan Khan ». Nicolas Giffard, Le Guide des Échecs, page 446 (éditions Robert Laffont, 1993) (ISBN 2-221-05913-1)
  4. Hans Kmoch, The Grandmasters I Have Known
  5. a  et b Nicolas Giffard, Le Guide des Échecs, page 447 (éditions Robert Laffont, 1993) (ISBN 2-221-05913-1)
  6. « Le lendemain était un jour de repos, et une excursion au zoo du Bronx fut organisée. Le boute-en-train de l'équipe était sans conteste Tartacover qui amusa tout le monde par une conversation à bâton rompu avec Suzan... le plus bel orang-outang. Il décida même de lui dédier sa prochaine partie contre Maroczy. Effectivement, il tint son pari et entama la partie par : 1.b4!?! Tartacover expliqua que la montée de ce pion lui faisait penser à un orang-outang grimpant à un arbre. » Nicolas Giffard, Le Guide des Échecs, page 415 et 416 (éditions Robert Laffont, 1993) (ISBN 2-221-05913-1)
  7. Nicolas Giffard, Le Guide des Échecs, pages 278 et 843 (éditions Robert Laffont, 1993) (ISBN 2-221-05913-1)
  8. a , b  et c Nicolas Giffard, Le Guide des Échecs, page 448 (éditions Robert Laffont, 1993) (ISBN 2-221-05913-1)
  9. a , b , c  et d Orthographe exacte utilisée dans cette édition.
  10. a , b , c  et d Titre exact utilisé dans cette édition.


  • (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu d’une traduction de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Savielly Tartakower ».
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