Soeharto

Soeharto
Soeharto
President Suharto, 1993.jpg
Mandats
2e président de la République d'Indonésie
12 mars 196721 mai 1998
(&&&&&&&&&&01139331 ans, 2 mois et 9 jours)
Vice-président Hamengkubuwana IX
Adam Malik
Umar Wirahadikusumah
Sudharmono
Try Sutrisno
Baharuddin Jusuf Habibie
Prédécesseur Soekarno
Successeur Baharuddin Jusuf Habibie
16e Secrétaire général
du Mouvement des non-alignés
7 septembre 199220 octobre 1995
Prédécesseur Dobrica Ćosić
Successeur Ernesto Samper
Biographie
Date de naissance 8 juin 1921
Lieu de naissance Drapeau des Pays-Bas Kemusuk, Yogyakarta, Indes orientales néerlandaises
Date de décès 27 janvier 2008 (à 86 ans)
Lieu de décès Drapeau : Indonésie Jakarta, Indonésie
Nationalité indonésienne
Parti politique Golkar
Conjoint Siti Hartinah
Enfants Tommy Soeharto
Profession Militaire
Religion Islam
Signature Signature

Armoiries
Présidents de la République d'Indonésie

Soeharto[1] ou Suharto[2], né le 8 juin 1921 et mort le 27 janvier 2008 à Jakarta, fut président de la République d’Indonésie de 1967 à 1998.

Suharto est né dans un petit village près de Yogyakarta, à l'époque coloniale néerlandaise. Ses parents paysans javanais ayant divorcé peu de temps après sa naissance, il vit avec des parents d'accueil pendant une grande partie de son enfance. Pendant l'occupation japonaise de l'Indonésie, Suharto sert dans les forces de sécurité indonésiennes organisées par les Japonais. Il rejoint l'armée indonésienne nouvellement formée à la faveur de la lutte pour l'indépendance de l'Indonésie. Suharto atteint le grade de major-général à la suite de l'indépendance indonésienne. Une tentative de coup d'état le 30 septembre 1965, contrée par les troupes dirigées par Suharto, est imputée au Parti communiste indonésien. L'armée conduit par la suite une purge anti-communiste, et Suharto arrache le pouvoir au président fondateur de l'Indonésie, Sukarno. Il est nommé président par intérim en 1967 et président l'année suivante. Le soutien à la présidence de Suharto s'érode à la suite de la crise financière asiatique de 1997-98. Il est contraint de démissionner de la présidence en mai 1998 et meurt en 2008.

Sommaire

Jeunesse

Enfance

Soeharto naît le 8 juin 1921 dans le hameau de Kemusu Argamulja, qui relevait du village de Godean, à une quinzaine de kilomètres à l'ouest de Yogyakarta, dans le centre de l'île de Java, en Indonésie, à l'époque possession coloniale néerlandaise.

L'enfance et la jeunesse de Soeharto sont mal connues. Les récits standardisés et apocryphes de ses premières années ont le plus souvent une connotation politique. Les parents de Soeharto, sa mère Sukirah et son père Kertosudiro étaient des paysans javanais vivant dans une région dépourvue d'électricité ou d'eau courante. Le nom même de Kertosudiro suggère une appartenance à la catégorie des priyayi, terme que le chercheur français Romain Bertrand traduit par « noblesse de robe » javanaise. Le père de Soeharto était ulu-ulu, responsable, dans son village, de la régulation et de l'entretien de l'irrigation des rizières. Le fait que Soeharto ait reçu très tôt une éducation de bon niveau s'explique par cette origine sociale de « petit » priyayi, de priyayi desa (« de village »).

La jeunesse de Soeharto a connu une certaine instabilité familiale. Son père, qui avait déjà deux enfants d'un précédent mariage, a épousé Sukirah en secondes noces. Le mariage de Kertosudiro avec Sukirah est supposé s'être également terminé par un divorce alors que Soeharto était encore jeune même si la date exacte du divorce n'est pas connue. Le récit rapporté par la biographie de Roeder[3] affirme que le divorce est survenu quelques années après sa naissance. D'après un autre biographie, Pirakan, ce même divorce aurait eu lieu à peine quelques semaines après sa naissance.

L'absence de documents officiels et le manque de cohérence de certains aspects de la petite enfance de Soeharto avec les caractéristiques de la vie de paysan javanais, ont mené à plusieurs rumeurs prétendant que Soeharto était le fils illégitime d'un riche et généreux donateur, ce qui en ferait le fils d'un aristocrate de Yogyakarta ou d'un riche marchand sino-indonésien. Nous avons vu que l'appartenance au milieu des priyayi desa est une explication largement satisfaisante. Pourtant, il est des gens, comme le biographe R. E. Elson, qui soutiennent que de telles rumeurs ne peuvent être entièrement écartées compte tenu de ce que la plupart des informations que Soeharto a donné sur ses origines étaient conditionnées par une signification politique.

Ses parents ont divorcé et se sont remariés à de nouveaux partenaires. Soeharto a été séparé de manière alternative d'un ou de ses deux parents au cours de périodes de temps plus ou moins longues, en changeant plusieurs fois de foyer au cours de ses jeunes années. Le mariage de sa tante paternelle avec un petit fonctionnaire javanais du nom de Prawirowiharjo (donc également un priyayi), qui se chargea de l'éducation de Soeharto, aurait, selon Elson[4] fourni à la fois une figure paternelle et un modèle à Soeharto, de même qu'un foyer stable à Wuryantoro, où il a suivi l'essentiel de sa formation primaire.

Comme l'a souligné Elson et d'autres, la jeunesse de Soeharto contraste avec celle d'autres leaders nationalistes indonésiens comme Soekarno dans la mesure où il n'a montré que peu d'intérêt pour l'anticolonialisme[réf. nécessaire] ou les sujets politiques au-delà de son environnement immédiat.

Contrairement à Soekarno et aux personnes qui l'entouraient, Soeharto n'avait aucune notion de néerlandais ni d'aucune langue européenne. Il a toutefois entrepris d'apprendre le néerlandais après avoir rejoint l'armée hollandaise en 1940.

Carrière dans l'armée

Membre de l'armée royale des Indes néerlandaises (troupes coloniales néerlandaises), durant la Seconde Guerre mondiale, il commandera un peloton puis une compagnie au sein de la Peta, Pembela Tanah Air ou « défenseurs de la patrie », un des corps constitués par les troupes d'occupation japonaises en Indonésie, pour s'opposer à un débarquement des Alliés. Il participe à l'attaque générale du 1er mars 1949 à Yogyakarta et l'année suivante il est versé dans la Division Diponegoro. En 1956, les résultats d'une enquête interne révélèrent que durant son affectation en tant que commandant du Kodam IV/Diponegoro, Soeharto avait mis en place des fondations destinées à aider les habitants locaux. Cependant, ces fondations étaient financées par des prélèvements (au lieu de dons) auprès des industries de production et de services. Soeharto était aussi impliqué dans du troc illégal. Il avait notamment troqué du sucre contre du riz avec la Thaïlande.

Le chef d'état-major de l'armée de terre à l'époque, Abdul Haris Nasution souhaitait prendre des mesures contre Soeharto et a effectivement envisagé son expulsion de l'armée. Cependant, Gatot Subroto, le chef d'état major adjoint de l'Armée intervint[5]. Nasution suivit finalement le conseil de Gatot se contentant de le relever de son commandement et de le punir en l'envoyant à l'école d'état-major de l'armée de terre (Sekolah Staf Komando Angkatan Darat ou SESKOAD), formation qu'il terminera en novembre 1960.

En 1961, il obtient le grade de brigadier général et dirige le Komando Mandala chargé d'intervenir en Papouasie Occidentale.En mars 1961, la « réserve générale de l'armée de terre » (Cadangan Umum Angkatan Darat ou CADUAD) fut créée, et Soeharto nommé à sa tête[6].

L'éviction de Soekarno

Article détaillé : Massacres de 1965 en Indonésie.
Cérémonie d'investiture de Soeharto comme président en mars 1968 (photo : Ministère de l'information de la République d'Indonésie)

Au moment du « mouvement du 30 septembre 1965 », Soeharto était commandant du Kostrad, les réserves stratégiques de l'armée de terre indonésienne. Il organise la répression du mouvement et décrète la dissolution du Parti communiste indonésien (PKI), que l'armée accuse d'être l'instigateur du mouvement.

Suivent des massacres qui font entre 500 000 et un million de victimes.

Le 11 mars 1966, Soeharto contraint Soekarno, encore officiellement président, à signer la « Supersemar » (acronyme de Surat Perintah Sebelas Maret, « ordre du 11 mars »). Cet « ordre » sera considéré par Soeharto comme un transfert de pouvoir.

Soeharto est élu président de la République le 21 mars 1968 par le Majelis Permusyawaratan Rakyat Sementara (assemblée délibérative du peuple provisoire) que Soekarno avait nommée en 1959.

Au pouvoir (1967 - 1998)

Soeharto et le secrétaire d'État américain à la Défense William Cohen, le 14 janvier 1998.

Le nouveau régime renoue avec le camp occidental. L'Indonésie réintègre l'ONU, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, que Soekarno lui avait fait quitter et met fin à la confrontation indonésio-malaisienne (appelée Konfrontasi en indonésien) en 1966 . Une loi sur l'investissement étranger est promulguée en 1967. Les compagnies pétrolières étrangères signent des contrats d'exploration, attirées par le potentiel du pays. D'importantes découvertes d'hydrocarbures sont faites.

En janvier 1974, des émeutes éclatent à Jakarta, à la suite de manifestations d'étudiants qui profitaient de la visite du premier ministre japonais Kakuei Tanaka pour protester contre la mainmise du capital étranger, notamment japonais, sur l'économie indonésienne. Ce sera la dernière manifestation contre le régime pour 24 ans.

En décembre 1975, l'armée indonésienne envahit et annexa le Timor oriental, ancienne possession coloniale portugaise, « avec la complicité diplomatique des États-Unis et aussi avec leurs armes » selon l'Américain Noam Chomsky, mais aussi du Royaume-Uni et de la France. Cette invasion fit 200 000 morts[7].

Soeharto réprima dans la violence les mouvements communistes et islamistes : le nombre total de victimes varie de 300 000 à 3 millions[8],[9],[10]. Il était alors considéré comme l'un des chefs d'État les plus corrompus et on estime qu'il a amassé, avec sa famille, une fortune de 40 milliards de dollars[8].

Entre 1967 et 1998, le pays connut une forte croissance économique et se développa. Les revenus du pétrole, qui représenteront 80% des exportations indonésiennes en 1980, permettent de financer le développement des infrastructures, de la santé de base, de l'éducation primaire, ainsi que d'industries d'État. En même temps, le régime favorise l'essor de grandes entreprises privées nationales appartenant à des hommes d'affaires d'origine chinoise.

Le revenu moyen par habitant progressa de 70 $ à 1300 $ et le nombre d'Indonésiens pauvres passa de 56 % à 12 %[8]. Le taux d'analphabétisme fut réduit, l'espérance de vie augmenta. L'inflation tomba de 600 % à 6,5 %[8].

La chute du prix du brut en 1986 permet à la Banque mondiale et au FMI de contraindre l'Indonésie de commencer à déréglementer et libéraliser son économie et à privatiser ses entreprises d'État. Cette privatisation se traduit dans les faits par un transfert d'actifs aux hommes d'affaires proches de Soeharto et bientôt, à ses enfants qui ont atteint l'âge adulte.

Pendant les 33 ans de son règne, Soeharto et sa famille se sont enrichis considérablement à la faveur de la forte croissance que connaissait le pays.

La chute

La crise financière asiatique de 1997 plonge l'Indonésie dans une grave crise économique. Les étudiants se mobilisent pour dénoncer le régime. La rumeur publique joue sur les mots et traduit « Supersemar » ; qui faisait jusqu'alors référence à un ordre du premier Président d'Indonésie, Soekarno datant du 11 mars 1966 d'où son nom, supersemar étant l'acronyme de Surat Perintah Sebelas Maret (« ordre du 11 mars ») et par lequel ce dernier « ordonne » au général Soeharto de « prendre les mesures nécessaires pour garantir la sécurité et le calme, la stabilité du gouvernement et la bonne marche de la Révolution », cet « ordre » sera considéré par Soeharto comme un transfert de pouvoir; par « SUruh PERgi SEperti MARcos », « qu'on lui dise de partir comme Marcos », allusion à l'ex-président philippin Ferdinand Marcos qui avait dû partir en exil en 1986 à la suite d'un immense mouvement de protestation populaire.

À la suite des émeutes de Jakarta de mai 1998, Soeharto démissionne le 21 mai 1998.

Bilan

L'héritage des 32 ans de pouvoir de Suharto est débattu à la fois en Indonésie et à l'étranger. Sous son administration, l'« Ordre nouveau », Suharto a construit un gouvernement fort, centralisé et dominé par les militaires. Sa capacité à maintenir la stabilité dans un pays vaste et divers et ses positions ouvertement anti-communistes lui ont valu le soutien économique et diplomatique des pays occidentaux pendant la guerre froide. Pendant l'essentiel de sa présidence, l'Indonésie connait une forte croissance économique et s'industrialise. La santé, l'éducation et le niveau de vie s'améliorent considérablement. Durant sa dictature plus de 500 000 personnes perdent la vie sur un pays qui en compte 200 000 000[11],[12]. L'occupation pendant 24 ans du Timor oriental durant la présidence de Suharto, fait, quant à elle, au moins 200 000 morts sur une population de 800 000 habitants[7]. Dans les années 1990, l'autoritarisme de l'« Ordre nouveau » et la corruption généralisée ont été une source de mécontentement. Dans les années qui ont suivi sa présidence, les tentatives pour le juger sur la base d'accusations de corruption et de génocide ont échoué en raison de son état de santé.

Les tentatives de procédures judiciaires

Il a échappé aux poursuites judiciaires en mai 2006 du fait de son grand âge et de son état de santé. En ce qui concerne les accusations de graves violations des droits de l'homme, notamment la déportation sur l'île de Buru, à la suite du « Mouvement du 30 Septembre » de dizaines de milliers de prisonniers politiques, la Commission Nationale des droits humains fondamentaux indonésienne, Komnas HAM avait formé un groupe pour examiner les faits, mais finalement la méthodologie d'enquête proposée a été rejetée par le Conseil représentatif du peuple, Dewan Perwakilan Rakyat ou DPR, l'assemblée nationale indonésienne, au cours de l'année 2004.

Toutefois selon M.M. Bilah, membre de la commission à l'époque, il aurait suffi que 7 des 20 membres de la Komnas HAM l'approuve pour qu'une révision ait lieu, sans garantie toutefois que l'enquête puisse se poursuivre car l'accord de la DPR était de nouveau nécessaire[13].

Le 27 février 2008, la Komnas HAM décide de former deux équipes chargées d'enquêter, respectivement, sur les événements de 1965-1966 et sur les « assassinats mystérieux », pendant une durée de 3 mois prolongeable si nécessaire[14].

Décès

Entré à l'hôpital Pertamina de Jakarta le 4 janvier 2008, il y est mort le 27 janvier suivant, « à 13h10 locales d'une défaillance multiviscérale » selon l'agence de presse Xinhua, à l'âge de 86 ans. Il est inhumé avec les honneurs militaires à Karanganyar près de Surakarta, (Java)[15].

Notes et références

  1. Après son premier pèlerinage à la Mecque en 1990, on a ajouté le prénom « Moehammad » au nom de Soeharto, devenu Haji
  2. Dans des textes en alphabet latin autre qu'en langue indonésienne ou en néerlandais, la prononciation étant [suharto])
  3. The Smiling General: President Soeharto of Indonesia, O. G. Roeder, Gunung Agung Ltd., 1969
  4. Suharto: A Political Biography, Cambridge, United Kingdom: Cambridge University Press, 2001 (ISBN 0-521-77326-1)
  5. (en) (en) Robert Elson, Suharto: A Political Biography, The Press Syndicate of the University of Cambridge, 2001 (ISBN ISBN 0-521-77326-1), p. 73 
  6. (en) (en) Robert Elson, Suharto: A Political Biography, The Press Syndicate of the University of Cambridge, 2001 (ISBN 0-521-77326-1), p. 79 
  7. a et b Noam Chomsky, « L'hypocrisie de l'Occident. Timor-Oriental, l’horreur et l’amnésie », Le Monde diplomatique, octobre 1999.
  8. a, b, c et d (en) Richard C. Paddock, Paul Watson, « Indonesia's Suharto dies », The Los Angeles Times, 27 janvier 2008. Mis en ligne le 27 janvier 2008, consulté le 5 février 2008
  9. The Los Angeles Times, cite le chiffre de 2 millions de tués pendant toute l'ère Soeharto
  10. (id) « Tragedi 1965, menggantung pertanyaan », dans Tempo, Edisi khusus Soeharto, 4-10 février 2008, p. 74-75 (ISSN 0126-4273)
    Tempo cite le chiffre de 3 millions de disparus à la suite des seules conséquences de la répression du mouvement du 30 Septembre.
     
  11. Adam Schwarz, A Nation in Waiting : Indonesia’s Search for Stability, Talisman, Singapour, 2008 (1er éd. 1999)
  12. Benedict Anderson, « Exit Suharto : Obituary for a mediocre tyrant », New Left Review, Londres, vol. 50, mars-avril 2008.
  13. (id) « Tragedi 1965, menggantung pertanyaan », dans Tempo, Edisi khusus Soeharto, 4-10 février 2008, p. 74-75 (ISSN 0126-4273) 
  14. (id) JOS, « Tim "Ad Hoc" Kasus 1965-1966 Dibentuk » sur kompas.com, KOMPAS. Mis en ligne le 28 février 2008, consulté le 1er mars 2008
  15. Décès de l'ancien président indonésien Suharto

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