Ligue Tunisienne Des Droits De L'homme

Ligue Tunisienne Des Droits De L'homme

Ligue tunisienne des droits de l'homme

La Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH) (الرابطة التونسية للدفاع عن حقوق الإنسان) est une association fondée en 1976 et visant à l'observation et la défense des droits de l'homme en Tunisie. Elle est la doyenne des ligues des droits de l'homme en Afrique et dans le monde arabe[1].

La LTDH compte en 2008 près de 3 000 membres, contre un peu plus de 4 200 à la fin des années 1980, qui paient une cotisation symbolique de 10 dinars loin de couvrir les frais généraux[2]. Les nouvelles adhésions sont gelées depuis 1994, par crainte de l'adhésion de militants islamistes ou proches du pouvoir, et les membres du bureau directeur sont tous bénévoles[2]. En plus du siège situé sur la rue de Bordeaux à Tunis, l'association dispose de 10 locaux régionaux.

Histoire

Fondée en 1976 par un groupe de personnalités issues de la mouvance libérale, elle est légalisée le 5 mai 1977[3]. Composée de juristes, d'enseignants, de médecins, d'avocats et de journalistes, elle est présidée par le professeur Saadeddine Zmerli (chef de service d'urologie à l'hôpital Charles-Nicolle) jusqu'en 1988[3]. Dans les années 1980, les rapports de l'association avec le pouvoir d'Habib Bourguiba se dégradent mais l'arrivée du nouveau président Zine el-Abidine Ben Ali en 1987 détend la situation avec des mesures touchant la garde à vue ou l'abrogation des instruments de la justice politique[3].

En 1988, Zmerli devient ministre de la santé suivi un an plus tard par l'ancien secrétaire général Dali Jazi et son successeur Mohamed Charfi nommé ministre de l'éducation après huit mois à la tête de la LTDH[3]. Le troisième congrès tenu en mars 1989 porte Moncef Marzouki à la présidence mais l'association entre dans une zone de turbulences dès le début des années 1990, dans un contexte de répression des militants islamistes d'Ennahda. En 1992, un amendement de la loi sur les associations contraint la LTDH à accepter toute personne souhaitant y adhérer sans possibilité de réserve, dont des militants du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) au pouvoir, même si la mesure n'est plus appliquée dès mars 1993[3]. Le quatrième congrès tenu en février 1994 aboutit à l'éviction de Marzouki et l'élection de Taoufik Bouderbala, partisan d'une ligne conciliante avec le gouvernement. Malgré le choix de cette stratégie, Khemaïs Chammari et Khemaïs Ksila sont emprisonnés et la LTDH se voit débordée par des associations plus radicales comme le Conseil national pour les libertés en Tunisie créé en 1998[3].

Le cinquième congrès tenu en octobre 2000 porte l'avocat proche du Parti communiste des ouvriers de Tunisie, Mokhtar Trifi, à la présidence[4] face à Fadhel Ghedamsi considéré comme proche du RCD. Le 14 novembre, les candidats non élus obtiennent l'annulation de l'assemblée générale pour vice de forme et, le 27 novembre, l'association est placée sous administration judiciaire et les activités de son bureau sont gelées[4],[5]. Le congrès est à nouveau convoqué par une décision de justice rendue le 21 juin 2001[3]. En 2005, la fusion-dissolution de 14 sections, dont 7 contrôlées par des proches du RCD, organisée en prélude au congrès prévu pour le mois de septembre conduit à un nouveau blocage judiciaire qui conduit à un nouveau gel des activités[5]. Le sixième congrès de la LTDH qui tente de se dérouler le 27 mai 2006 à Tunis est interdit[1],[6].

En 2007, la nomination de l'ancien ambassadeur Moncer Rouissi à la tête du Conseil supérieur pour les droits de l'homme et les libertés fondamentales, dépendant du gouvernement, permet le début d'un dialogue[3] même si le sixième congrès n'a pu se tenir à ce jour. Toutefois, le comité directeur de la LTDH continue de se réunir chaque semaine[1].

Références

  1. a , b  et c (fr) Samir Gharbi et Sonia Mabrouk, « Vingt ans, vingt dates », Jeune Afrique, 22 octobre 2007
  2. a  et b Samy Ghorbal, « L'impact financier de la crise », Jeune Afrique, 6 juillet 2008, p. 54
  3. a , b , c , d , e , f , g  et h Samy Ghorbal, « Peut-on encore sauver la Ligue ? », Jeune Afrique, 6 juillet 2008, pp. 52-55
  4. a  et b (fr) Dominique Lagarde, « Un avocat pour la défense des droits de l'homme en Tunisie », L'Express, 30 novembre 2000
  5. a  et b (fr) Les actes d'intimidation envers la Ligue tunisienne des droits de l'homme doivent cesser (Amnesty International)
  6. (fr) Florence Beaugé, « La Ligue tunisienne des droits de l'homme interdite de tenir son congrès par la police », Le Monde, 30 mai 2006
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