Première Intifada

Première Intifada

La Première Intifada, appelée également guerre des pierres, est un soulèvement général et spontané, qui a débuté le 9 décembre 1987, de la population palestinienne contre l'occupation israélienne. Elle a atteint son paroxysme en février lorsqu'un photographe israélien publie des images qui font le tour du monde montrant des soldats israéliens « molestant violemment » des Palestiniens suscitant ainsi l'indignation de l'opinion publique[1]; elle a pris fin en 1993 lors de la signature des accords dits d'Oslo.

Sommaire

Casus belli

Le 8 décembre 1987, un camion israélien écrase une voiture palestinienne tuant quatre Palestiniens. La radio diffuse la nouvelle sans insister car il s'agit d'un accident comme tant d'autres[2]. Une rumeur fait surface selon laquelle il s'agit d'un acte de vengeance commis par un parent de l'israélien poignardé deux jours plus tôt[2]. Les Palestiniens y voient un accident provoqué intentionnellement et un meurtre prémédité[3].

Le lendemain, pendant les funérailles des victimes, la foule s'en prend à une position militaire de Tsahal à Jabaliya en lançant des pierres. Des coups de feu sont tirés par les soldats mais cela n'a aucun effet sur la foule. Des renforts sont appelés, mais ceux-ci se retrouvent sous un déluge de pierres et de cocktails Molotov[4]. Cet évènement est considéré comme le début de la première Intifada. Cependant cet accident ne constitue que la goutte d’eau qui fait déborder le vase car l'Intifada est le résultat de l'accumulation de plusieurs facteurs.

Sous-estimation

Plusieurs officiers de la compagnie de Jabaliya se réunissent à l'avant-poste attaqué. Les réservistes, impressionnés par l'intensité de l'émeute, demandent du renfort mais le commandement du secteur répond « Il ne se passera rien ! » et ajoute « Ils vont se coucher, puis ils partiront travailler demain matin à l'aube, comme d'habitude »[4]. Aucun renfort n'est alors demandé et aucun couvre-feu n'est instauré.

Mais le lendemain les troubles recommencent. La majorité des résidents ne se rendent pas au travail et les étudiants de l'université islamique de Gaza parcourent les rues pour appeler la population à la révolte. Pour disperser la foule, les soldats sortent pour faire étalage de leur force mais ils se retrouvent sous une pluie de pierres accompagnées par des huées de la foule. Quelques jeunes Palestiniens grimpent sur les camions militaires. Les chauffeurs effrayés accélèrent pour tenter de se débarrasser d'eux[5].
Le gaz lacrymogène est utilisé à plusieurs reprises sans effets pour disperser la foule. Trois cocktails Molotov sont jetés par les Palestiniens, deux atteignent leur cible et incendient un véhicule militaire. Ofer, le lieutenant de la compagnie de Jabaliya ordonne alors de tirer dans les jambes de tous ceux qui s'approchent puisque les rafales en l'air ne réussissent pas à disperser la foule[6]. Deux heures plus tard, Itzak Mordechai, commandant de la région Sud, arrive à l'avant-poste de Jebalaya et suspend le lieutenant Ofer sur le champ car il est convaincu que cet affrontement dans la rue est à l'origine des troubles dans la bande de Gaza[6].

Réaction politique israélienne

Au troisième jour de l’Intifada, le 10 décembre, Yitzhak Rabin ministre israélien de la défense à l'époque s'envole pour New York. Celui-ci ne prend aucune mesure pour calmer l'Intifada et c'est Yitzhak Shamir qui occupe les fonctions de ministre de la Défense pendant l'absence de Rabin alors qu'il n'a jamais occupé ce poste et le chef d'état-major, relativement nouveau dans son poste, n'a jamais eu à s'occuper de troubles palestiniens ce qui permet à l'Intifada de s'étendre en Cisjordanie[7]. Arrivé à New York, le secrétaire américain de la Défense aborde le sujet brièvement, ce qui constitue une preuve pour la délégation israélienne que ce qui se passe dans les territoires n'a pas d'importance[7] et à cela s'ajoute le fait que l'équipe chargée de communiquer à Rabin tous les développements significatifs est inexpérimentée. Rabin ne prête alors pas attention à ce qui se passe dans les territoires occupés et s'occupe plutôt des négociations portant sur l'achat d'équipements militaires[7]. De plus aucun responsable de la sécurité n'imagine un soulèvement palestinien d'une grande ampleur. Dès son retour, Rabin commet ce qui passe pour une erreur flagrante aux yeux des observateurs : il organise une conférence de presse dans l'aéroport et affirme que l'Iran et la Syrie, les deux plus grands ennemis d'Israël, se trouvent derrière l'Intifada. Ces propos sont non seulement éloignés de la vérité, mais ils vont aussi à l'encontre de ceux de Yitzhak Shamir qui accuse l'OLP d'en être responsable. Les experts des services de renseignement sont également d'accord pour dire que le soulèvement est un mouvement spontané né sur place et que, ni la Syrie, ni l'Iran, ni l'OLP ne sont à l'origine de cette révolte[8].

Raisons antérieures

L'Intifada n'est pas l'unique résultat de la mort des quatre Palestiniens mais elle naît suite à l'accumulation de plusieurs facteurs :

Sur le plan personnel, la population vivait mal l'occupation israélienne. Après la Guerre des six jours de 1967, le marché du travail israélien s'ouvrit aux Palestiniens, permettant l'essor de l'économie locale et du niveau de vie [9]. Toutefois, cette situation ne dura pas longtemps, les Palestiniens étant sujets à des humiliations quotidiennes, tandis que les conditions de travail se dégradent. Pour le même travail, ils sont ainsi payés deux fois moins que leurs collègues israéliens; de plus, ils ont besoin d'autorisations difficiles à obtenir pour se déplacer et travailler. Enfin, des fouilles quotidiennes sont effectuées même dans leur domicile[10].

Sur le plan territorial, Jérusalem est réunifié par Israël et est déclarée sa capitale « éternelle et indivisible ». L'accès à l'esplanade des Mosquées et aux lieux saints musulmans est réglementé. Des terres sont annexées pour assurer le statut de Jérusalem comme capitale indivisible et pour créer des colonies qui ont pour but de garantir des frontières sûres[11]; les sources d'eau de la bande de Gaza et de la Cisjordanie sont détournées au profit des colonies israéliennes et au détriment des Palestiniens[12].

Sur le plan politique, la direction palestinienne en exil a été accusée de ne pas avoir pris suffisamment en compte les besoins de la population[10]. La politique de l'OLP à Tunis reposait sur la création d'un axe Le Caire-Amman pour assurer la sécurité d'Arafat, ce qui ne réglait pas les problèmes des Palestiniens ou même des réfugiés[13]

Sur le plan arabe, les Palestiniens ont été confrontés au désintéressement progressif des chefs d'État arabes pour leur cause. Lors des sommets de la Ligue arabe, la question palestinienne est classé en bas de la liste des priorités. Même quand les dirigeants arabes s'intéressent à la question palestinienne, ils n'ont aucune solution à proposer[13].

Développement

L'Intifada se caractérise par une campagne de désobéissance civile et par des manifestations contre la domination israélienne, avant de s'étendre rapidement à l'ensemble des territoires occupés, avec une diminution de la violence en 1991. Après Jabaliya, le vent de l'Intifada touche Khan Younès, al Bourej, Nuseirat et toute la Bande de Gaza, avant de s'étendre en Cisjordanie.

Elle est surtout menée par des enfants et des adolescents qui s'attaquent aux forces israéliennes en jetant des pierres et qui bloquent les routes avec des barricades de pneus incendiés. Des centaines de personnes se rassemblent autour des mosquées et défient l'armée de les disperser. Les haut-parleurs sont utilisés pour appeler les habitants à manifester, des tracts sont distribués et des slogans sont placardés sur les façades, incitant à se retourner contre l'armée [14]. Les tracts sont généralement distribués à la mosquée pendant les heures de prière par des enfants de six ou sept ans ou sont affichés à l'entrée. Une autre méthode consistait à les jeter par paquets des fenêtres des voitures avant le lever du jour ou à les glisser sous les portes, les placarder sur les poteaux de téléphone[15]... Israël répond d'abord par la répression policière et militaire, des tortures physiques, des déportations, des arrestations sans procès[11] la fermeture des universités, des sanctions économiques et le développement des implantations israéliennes dans les territoires occupés.

Un rapport parlementaire de 1997, rédigé sous la direction de Miriam Ben-Porat (en) (juge à la Cour suprême de 1977 à 1987, puis élue à la Knesset contrôleur d'Etat), montra que le Shabak, le service de contre-espionnage, continua à torturer après le rapport de la Commission Landau de 1987, allant bien au-delà des « pressions physiques modérées » acceptées par celui-ci, et ce, en particulier lors de la première Intifada, entre 1988 et 1992 [16]. Soumis à un sous-comité d'intelligence du Parlement, le rapport fut gardé secret jusqu'à 2001, c'est-à-dire deux ans après l'arrêt de la Cour suprême dans l'affaire Comité public contre la torture en Israël, qui aboutit à interdire ex ante l'usage de toute forme de torture [16].

En décembre 1992, la Cour suprême ordonne d'abord une injonction immédiate de suspension d'un processus de déportation de 415 Palestiniens des Territoires palestiniens occupés au Liban, ordonné par le gouvernement d'Yitzhak Rabin. Mais elle légitime finalement ex post facto l'expulsion [17].

L'armée israélienne sous-estima l'ampleur de la révolte populaire des Palestiniens [18], et l'armée n'était pas prête à affronter des grandes manifestations. Les soldats se trouvaient encerclés par des enfants, des hommes et des femmes armés de pierres [19]. L'armée adopta, dans un premier temps, une politique militaire répressive et reçut l'ordre de frapper les manifestants. Selon Zeev Schiff et Yaari Ehud:

« Dans de nombreux cas, des sous-officiers participèrent avec leurs soldats à des tabassages injustifiés. Il n'était pas facile de savoir quand on pouvait frapper [...]on frappait même les gens chez eux, sans raisons, et des familles entières étaient rouées de coups. » [20]

Les images, amplement diffusées par les médias nationaux et étrangers, d'enfants palestiniens battus, voire tués, par les forces de l'ordre israéliennes pour avoir jeté des pierres alimentent un courant de sympathie à l'égard des Palestiniens que Yasser Arafat sait utiliser pour faire progresser sa cause. Elle entraîne un cycle infernal de représailles de la part de Tsahal que suivent de nouvelles émeutes. Des grèves sont également organisées, ainsi que des mouvements de boycott. En Israël, la poursuite de l'Intifada renforce l'opposition entre les partisans d'un règlement pacifique de la question palestinienne et les opposants à toute concession faite aux Palestiniens.

Rôle des femmes

Une femme et un soldat israélien à Jérusalem

Contrairement aux autres soulèvements [réf. nécessaire], les femmes ont joué un rôle important dans la Première Intifada, n'hésitant pas à affronter l'armée israélienne et à s'engager en faveur de la cause palestinienne. Leur participation dans les villes est plus forte que dans les villages. Ce phénomène est dû en effet à la structure patriarcale, très importante dans les milieux ruraux, qui maintenait les femmes à la maison. Leur engagement progressif était palpable sur le terrain : les femmes représentent un tiers de la totalité des victimes[21].

Grâce à l'Intifada, les femmes ont pu affirmer leur existence sur les scènes sociale et politique ce qui constitue une rupture avec le passé. Dans le passé, seules les épouses des plus éminents activistes participaient à la politique nationale. L'entrée de la femme en politique date des années 1970 avec la création d'associations étudiantes mais leur rôle n'était pas important. Ainsi, le rôle de l'Union générale des femmes palestiniennes, organisation représentative des femmes au sein de l'OLP, créée en 1965, se restreignait aux aides sociales et à la santé.

Cette tendance peut être vue avec l'augmentation du nombre de femmes arrêtées ou incarcérées sans procès qui passa de quelques centaines dans les années 1970 à quelques milliers dans les années 1980[22]. La politique israélienne a aidé les femmes à faire entendre leur voix en annulant une disposition jordanienne de 1955 qui refusait le droit de vote aux femmes.

Celles-ci ont alors pu participer aux élections municipales de 1976 et certaines furent élues dans certains conseils municipaux[22]. Il faut néanmoins attendre 2005 pour voir une femme, Janette Khoury (FPLP), élue à la tête d'une grande ville palestinienne, Ramallah. Avec le durcissement des conditions de vie et de la répression lors de l'Intifada, le taux de participation des femmes a connu une augmentation. Elles sont présentes dans tous les aspects du soulèvement : jets de pierre, organisation de grèves et élaboration d'une diplomatie afin de tirer parti politiquement de l'Intifada. Elles fondèrent aussi des coopératives, parfois dans leurs foyers, afin de créer les conditions d'une autosubsistance relative et de compenser les sanctions israéliennes[23].

Répression militaire israélienne

Pressé d'agir, Yitzhak Rabin déclare à la Knesset : « Nous imposerons la loi et l'ordre dans les territoires occupés, même si cela doit se faire dans la douleur». Il ajoute « S'il le faut, brisez-leur les bras et les jambes »[1]. Il demande de concevoir des armes non létales permettant de lutter contre les manifestants d'une manière plus efficace[1]. Israël développe une politique de communication dans le but de marginaliser l'OLP et alimenter les tensions entre le Hamas et les autres factions[1].

Suite à l'échec des forces régulières, les garde-frontières sont appelés par le gouvernement israélien pour mettre un terme à la révolte populaire. Les garde-frontières, ou les bérets verts sont en effet connus pour leur aptitude à contrôler les foules et également pour leur brutalité[1]. Avec un âge moyen de 35/40 ans, ils sont plus expérimentés que les autres soldats de Tsahal. Dans le but de calmer l'Intifada ils reçoivent des vestes pare-éclats en Kevlar et armes non létales qui permettent de neutraliser l’adversaire. Ce sont les 20e et 21e compagnies, connues pour avoir surveillé les frontières entre le Liban et Israël lors de l'invasion de 1982, qui sont les premiers à être déployés. Mais l'engagement des bérets verts ne change pas la situation sur le terrain. L'armée est alors autorisée à ouvrir le feu en cas d'attaque par une personne de plus de 12 ans qui est considérée comme un adulte. Le tir doit d'abord s'effectuer en l'air à 60 degré au-dessus de la foule, puis dans les jambes en cas de danger. Le thorax ne peut être visé qu'en cas de légitime défense. Néanmoins ces règles sont fréquemment violées[24]. En octobre 1988, le gouvernement israélien révèle l'existence de deux nouvelles unités qui opèrent en Cisjordanie et à Gaza. Ses membres sont tous des arabisants qui agissent en civil et leur tâche principale est d'infiltrer la résistance palestinienne[24].

Le cas de Jérusalem

Jérusalem-Est vivait dans le calme alors que le reste des territoires occupés furent emportés par l'Intifada. Les habitants des quartiers aisés n'étaient pas du genre à descendre dans la rue[25]. Israël ne prend non plus aucune précaution supplémentaire dans cette partie orientale de la ville. Muhammad Labadi, un militant du front démocratique, décida d'importer l'Intifada à la ville. Des jeunes furent recrutés à Gaza et Hébron dans ce but. Les préparatifs s'accomplirent dans le secret le plus total et le Shin Beth ne se douta de rien. Il fut décidé que les émeutes éclateraient le 19 décembre. Les émeutes éclatent alors d'une manière brutale et inattendue dans divers endroits à 9h20 malgré les renforcements des mesures de sécurité ce jour à l'occasion de la visite du président italien Francesco Cossiga. Des barricades de pneus incendiés sont élevées, les banques israéliennes sont attaquées, les véhicules de la municipalité sont brûlés. Certaines institutions arabes ne sont pas épargnées par les attaques. L'hôpital Muqased, des clubs de jeunes sont visés et des usines où des Palestiniens représentent une part importante de la main d'œuvre[26]. La ligne verte a été rétablie et des renforts sont appelés par la police israélienne. La police procéda à des méthodes strictes vis-à-vis des habitants arabes de Jérusalem : contrôle des véhicules, fouilles corporelles, confiscation de 4000 cartes d’identité. Une nouvelle loi interdit aux Musulmans non résidents dans la ville d'aller à la mosquée al-Aqsa et ceux qui y entrent doivent montrer leurs papiers. Un contingent de la brigade anti-terroriste est placé à l'enceinte de la mosquée pour empêcher que des manifestations éclatent le vendredi mais cette mesure provoque des affrontements entre la police et des manifestants que les forces de l'ordre capturent et rouent de coups. La police plaça alors ses hommes à une certaine distance de la mosquée. Parallèlement à ces mesures, la police reçut l'ordre formel de ne pas ouvrir le feu et les troupes sont averties de devoir passer par un juge pour prouver qu'ils étaient en état de légitime défense pour justifier l'usage de leur arme. Pendant des mois, Jérusalem ne connaît aucun mort côté Palestinien[27].

Désobéissance civile

L'Intifada se caractérise par une campagne de désobéissance civile et par des manifestations contre la domination israélienne. Cette idée d'utiliser la désobéissance civile existait bien longtemps avant l'Intifada mais les dirigeants de l'OLP l'ont tournée en dérision et ont considéré les personnes qui soutenaient ces idées comme des individus naïfs ignorant la réalité palestinienne. Côté israélien, on était conscient de son potentiel mais on la tenait pour négligeable [28]. Le principal partisan de la désobéissance civile était Moubarak Awad un psychologue palestinien vivant aux États-Unis. Ce dernier rentre à Jérusalem, où il ouvrit un centre de la non-violence en 1983, après 15 ans aux États-Unis . Ses tentatives d'appliquer sa philosophie sur le terrain échouèrent à plusieurs reprises. Awad était "snobé" par les représentants de l'OLP qui l'accusaient de collaborer avec la CIA et proféraient des menaces à son encontre [29]. Son isolement idéologique et le manque de soutien rendaient son travail difficile. On ne montra plus d'intérêt à ses idées qu'à partir de novembre 1986 lorsque les Palestiniens ont perdu leur foi dans les représentants Palestiniens de l'extérieur. Pour Awad, seul le peuple empêcherait l'annexion des territoires par Israël [30]. Il n'inventa pas moins de cent vingt méthodes d'action. Parmi ses partisans, on trouve Hanna Siniora et Sari Nusseibeh. Hanna Siniora lance un appel à une désobéissance civile qui commencerait par le boycott des cigarettes et des boissons gazeuses, se poursuivrait par celui des taxes pour atteindre, en plusieurs étapes, la rupture totale avec le système israélien mais son appel tomba dans l'indifférence et le mépris et Hanna fut soupçonné de vouloir démobiliser la jeunesse en prise avec l'armée dans les rues[31]. Awad proposait de remplacer les émeutes par des marches silencieuses, des campagnes de nettoyage. Il appela par exemple à la création d'institutions alternatives à l'administration civile israélienne. Il proposait une infrastructure autonome qui servirait de noyau à un futur État Palestinien, une infrastructure indépendante d'Israël et également de l'extérieur pour le financement et la gestion des affaires. Il appelait à faire des provisions de nourriture, de fuel, et de créer des systèmes de financement locaux au lieu d'attendre l'aide extérieure [32]. À la fin de janvier 1988, le Commandement unifié de l'Intifada a estimé que la rébellion ne pouvait durer que six mois de plus. Aucun membre du Commandement ne croyait à l'idée d'une lutte prolongée car ils étaient convaincus, par leurs expériences, que l'endurance de la population était en général de courte durée. Pour Louai Abdo, la population ne supporterait plus le chômage et une économie sans cesse interrompue [33]. Le Commandement conclut que la désobéissance civile est la seule méthode de lutte possible et commença à étudier les textes d'Awad et adopta plusieurs points de son programme comme objectifs de l'Intifada. L'Intifada adopta une nouvelle stratégie à long terme. Louai Abdo parla de « réduire l'occupation, son réseau inextricable des lois, ses manœuvres et sa bureaucratie omniprésente à des groupes de soldats éparpillés dans les rues ». Dès lors, Awad fut très sollicité des les mois qui suivirent et ses anciens adversaires se disputaient aujourd'hui de défendre ses idées. Awad est également sollicité par les dirigeants locaux du Fatah, il est appelé pour régler les litiges qui opposaient des fractions rivales et la presse le traitait comme le porte-parole de l'Intifada. Sa montée et le triomphe de ses idées irrita l'État hébreu et Awad se trouva sous menace d'expulsion malgré les appels de plusieurs personnalités américaines. Le ministre israélien de l'intérieur a annoncé qu'il ne renouvèlerait pas son visa touristique ce qui lui donna plus de crédit. Il fait appel de la décision devant la Haute Cour de justice et fit savoir qu'il était prêt à se convertir au judaïsme s'il le fallait [34].

Pour rétablir le contrôle de l'Administration civile sur la population et empêcher les progrès de la désobéissance civile, Israël appliqua des mesures punitives et dissuasives. Persuadé qu'il ne peut pas inverser la rébellion, le gouvernement a décidé de s'en prendre aux acquis de l'Intifada et contrôler ses ambitions. Le code de procédure pénale fut révisé pour permettre des arrestations massives. De nouveaux centres de détention sont créés pour permettre l'incarcération de plusieurs milliers de personnes pendant de longues périodes. L'armée a choisi aussi d'allonger la durée des couver-feu. Pendant la première année du soulèvement on compta pas moins de 1600 couvre-feux dont 118 sur une période au moins égale à 5 jours. La totalité de la population de la Bande de Gaza a vécu sous couvre-feu et au moins 80% des 450 villages et villes arabes de la Cisjordanie. Les écoles et les universités de Cisjordanie ont été fermées, 140 dirigeants du soulèvement ont été expulsés et plusieurs maisons démolies [35]. Les associations qui ont exprimé une quelconque manifestation d'indépendance ou de contestation, comme par exemple l'Association pour la protection de l'environnement à Qalqilya, furent contraintes de fermer leurs portes. Afin d'empêcher l'arrivée de l'aide extérieure, les voyageurs en provenance de la Jordanie ne furent plus autorisés à porter que deux cents dinars jordaniens contre deux mille dinars précédemment. Des campagnes sont organisées par l'armée afin de forcer la populations à payer les impôts israéliens. Les licences d'exportation ne furent renouvelées seulement aux personnes qui avaient acquitté leurs impôts [36]. Un blocus est imposé sur certaines zones uniquement peuplées d'Arabes. Ils ne peuvent plus se déplacer, d'expédier ce qu'ils produisaient. On va jusqu'à interrompre l'alimentation en électricité et en eau. Il y a également coupure des lignes téléphoniques. La Jordanie a aggravé la situation en interdisant l'importation de certains produits majeurs de la Cisjordanie [37]. Cette politique a modifié l'équilibre des forces et a entraîné la chute du niveau de vie des Palestiniens de 30 à 40 % .

Action armée

La première Intifada est connue par son caractère pacifique mais l'action armée y était présente à hauteur de 15% . Les cibles de ses actions armées étaient les soldats israéliens, les colons et les collaborateurs : « Nous ne faisons pas la différence entre le colon et le soldat : tous deux sont juifs, le colon d'aujourd'hui est le soldat de demain » (Hamas) tandis que les appels du CNU désignent indistinctement soldats et colons comme cibles des pierres et des cocktails Molotov mais rien n'est dit des civils israéliens qui ne vivent pas dans les territoires occupés [38]. Des listes nominatives de collaborateurs ainsi que tracts sont publiés . Ces collaborateurs sont présentés par le Hamas comme des "hommes à l'esprit malade" , des "psychologiquement défaitistes" (HMS13), des "sous-hommes" ou des "lâches" . Les collaborateurs sont définis par le Commandement unifié de l'Intifada comme "tous ceux qui s'écartent du rang national" . « Dans les Appels, les collaborateurs désignés sont les commerçants qui n'observent pas les appels à la grève ou qui diffusent les produits israéliens concernés par le boycott, les membres des conseils municipaux, villageois ou de camps nommés ou de façon générale tous les non-démissionnaires des services du fisc, de la police, des douanes etc. et ceux qui diffusent les faux communiqués ou les rumeurs au service des objectifs de l'ennemi . Les partisans de la Jordanie et de la "réaction arabe" seront, à plusieurs reprises, également inclus dans la liste des catégories accusées de collaboration de même que les partisans de Hamas  »[38] . Des "groupes de choc", "brigades de choc" et autres "forces de choc" sont apparus après à la création du Commandement unifié, et ce sont les proches du Fatah qui, dans un premier temps, feront appel à leurs services . Ces groupes ont pour mission d'organiser les heurts avec l'armée et les colons, d'imposer les consignes du Commandement; ils sont également investis du pouvoir de châtier tous ceux qui tentent de "s'éloigner de l'appel de la patrie". Cette militarisation croissante des groupes de choc ne sera, cependant, pas acceptée de tous, le débat se manifestant dans les réécritures de chaque groupe [38].

Naissance du Hamas

Article détaillé : Hamas.

Lorsque l'Intifada éclate dans la bande de Gaza, où habitait Ahmed Yassine, ses disciples lui demandent de prendre part au mouvement en adoptant une ligne militante à la place de sa politique de prédilection. Ahmed Yassine ne voulait pas participer à des actions armées contre Israël et a interdit ce genre d'actions à ses disciples car il était convaincu qu'une confrontation avec Israël serait coûteuse. Quelques semaines après le début du soulèvement, il change sa vision et fait circuler un tract qui appelle à se joindre au mouvement. Ce tract est signé par une faction inconnue jusqu'à maintenant qui est le Mouvement de Résistance Islamique. Avec la création du Commandement unifié de l'Intifada, Yassine voit une manœuvre de l'OLP pour s'assurer le contrôle du soulèvement[39] et prend la décision de créer le Hamas et fait des efforts énormes pour protéger le Congrès islamique qu'il a créé en essayant de faire croire qu'il existe une distinction entre le deux. Le Majed, un réseau de renseignement, est créé pour traquer les personnes qui collaboraient avec le Shin Beth et les exécuter. Les membres des Frères musulmans rejoignent le Hamas et l'organisation se fait absorber par le Hamas qui se développe d'une manière considérable devenant un acteur important dans la bande de Gaza à partir du deuxième mois de l'Intifada et commence à s'attaquer aux soldats israéliens isolés, incendier des champs et des boutiques appartenant à des individus israéliens. L'été suivant le Hamas devient présent en Cisjordanie[39]. Les milieux de la Défense israélienne décident d'une intervention radicale qui s'étend entre juillet et septembre 1988. Environ 120 sont arrêtés dont des hauts responsables comme Jamil al-Tamimi qui était en charge de la liaison avec la Cisjordanie. Ahmed Yassin n'est pas arrêté à cause de son état physique mais il est prévenu d'une manière sévère contre tout soutien aux activités terroristes. Une idée envisage de lui interdire l'accès de Gaza mais elle fut écartée car on craignait que cette idée rehausse son prestige [40]. Suite à cette opération un rapport annonça la fin du mouvement mais celui-ci réussit à se reconstruire quelques semaines plus tard. Les services de sécurité israéliens mènent une seconde intervention en mai 1989 et cette fois Yassine est arrêté avec 260 militants du Hamas. Israël est cette fois conscient que le Hamas est capable de se reconstruire avec la montée en puissance du soulèvement[41].

Arabes israéliens

La réaction des Palestiniens d'Israel était inattendue . Ils réagirent au soulèvement plus vite que l'OLP de Tunis[13]. Les Arabes israéliens déclarent « Nous faisons partie de l’Intifada, mais plutôt que de recourir à la violence, nous exerçons nos droits au sein du système démocratique israélien » [42]. Les Arabes d'Israël sont touchés par ce qui arrivent aux Palestiniens des territoires occupés. Il organisent des manifestations et des grèves. Ils considèrent les actions des insurgés palestiniens justifiées et se sentent même fiers de leur audace qui permet de défier et mettre en échec l'armée israélienne. Pour les aider, ils envoient de la nourriture, des médicaments, organisent des protestations, collectent du fond peux eux et leur donnent leur sang[43]. Les députés arabes à la Knesset interviennent en faveur des détenus palestiniens. D'autres apportent une aide au soulèvement, pour la première fois, les actions politiques des Palestiniens d'Israël et des territoires occupés sont coordonnées. Les Arabes Israéliens seront même soutenus plus tard par certaines factions de la gauche israélienne[44]. Lorsque le Commandement unifié de l'Intifada a trouvé des difficultés pour imprimer les tracts et les manifestes dans les territoires palestiniens occupés, ils utilisèrent d'abord les imprimeries de Nazareth, plus grande ville arabe du pays, puis celles qui se trouvent des les villages arabes. Certains mettent leur compte bancaire à la disposition de l'OLP qui a pu effectuer des virements importants vers les territoires. D'autres offrent leur téléphone lorsque le Shin Beth décida de couper les lignes internationales pour empêcher les Palestiniens de recevoir des directives venant de l'étranger[43]
Le soulèvement a permis d'accélérer le processus de la « palestinisation » des arabes israéliens. Il les amène aussi à changer leur stratégie politique qui consistait à influencer la politique israélienne de l'intérieur en pénétrants les institutions sionistes. Deux membres de la Knesset appartenant à deux partis sionistes démissionnent de leur poste. Abdel Wahab Darawshe quitte le parti travailliste pour créer le Parti arabe démocratique et Mohammed Watad quitte le Mapam pour rejoindre le Front démocratique pour la paix. La stratégie de vote de cette communauté change aussi. Les électeurs arabes votaient d'habitude pour les partis sionistes au pouvoir mais au début des années 1980 la donne change et ils commencent à voter au profit des partis non sionistes avec une légère orientation nationaliste palestinienne comme le Rakah et la liste progressiste pour la paix. En 1981 deux tiers des Arabes votent pour les partis sionistes alors qu'en 1988, les électeurs arabes votent massivement avec un taux de participation avoisinant 73% et deux tiers d’entre eux se prononcent en faveur des partis non sionistes [45]. L'Intifada joua un rôle décisif dans cette orientation politique avec aussi l'émergence d'une nouvelle classe de jeunes diplômés plus cultivés qui a une forte conscience politique éprouvant une profonde sympathie à l'égard de l'Intifada [46].

La crainte jordanienne

Jimmy Carter et le Roi Hussein II de Jordanie, le 25 avril 1977 à la Maison Blanche

Le roi Hussein de Jordanie et ses conseillers étaient persuadés que les Israéliens refusaient délibérément de prendre les mesures nécessaires afin d'écraser l'Intifada. Ils refusaient de croire qu'Israël éprouvait des difficultés et craignaient qu'Israël ne laissa l'Intifada prendre de grandes proportions afin de recourir à une politique de déportation massive[47]. Les Jordaniens craignaient également que la rébellion s'étende au million de Palestiniens qui vivaient sur la rive est du Jourdain. Ainsi, la Jordanie craignait la déstabilisation du pouvoir surtout après la déclaration d'Ariel Sharon qui disait que seulement la Jordanie était le foyer national des Palestiniens. Hussein se tourna vers l'Irak pour demander son aide militaire. L'Irak proposa de faire stationner des troupes en Jordanie. Hussein exprimait également sa solidarité avec le mouvement mais de l'autre côté les services de sécurité interdisaient les manifestations, confisquaient les tracts en provenance de Cisjordanie et incarcéraient certains Palestiniens à titre préventif[47].

Conséquences

L’Intifada eut des conséquences différentes pour les Palestiniens et les Israéliens. Le mouvement fit subir des pertes économiques importantes à Israël [48]. L'Intifada permit l'union de toutes les couches sociales et consolida l'entité nationale palestinienne. La direction de l'OLP exploita le succès de l'Intifada et publia la déclaration d'indépendance de l'État palestinien en novembre 1988 . Le document est une tentative pour préciser les objectifs de l'Intifada, certains d'entre eux n'étaient pas forcément au centre des actions politiques de l'Intifada. Le texte fut suivi de déclarations publiques de l'OLP sur la fin de la lutte armée et la reconnaissance d'Israël [49]. L'Intifada permit la réapparition du problème palestinien et sa mise à l'ordre du jour aux Nations Unies en tant que problème devant être résolu ce qui a conduit les Israéliens et les Palestiniens aux Accords d'Oslo signés en 1993 qui ont mis fin à la première Intifada . 1 162 Palestiniens (dont 241 enfants) et 160 Israéliens (dont 5 enfants) ont connu la mort[50].

Documentation

Sources

  1. a, b, c, d et e Tsahal de Pierre Razoux p. 407
  2. a et b Intifada p. 14
  3. Histoire de l'autre, p. 69
  4. a et b Intifada p. 15
  5. Intifada p. 16
  6. a et b Intifada p. 18
  7. a, b et c Intifada p. 21
  8. Intifada p. 26
  9. Histoire de l'autre, p.63
  10. a et b Histoire de l'autre, p. 72
  11. a et b Histoire de l'autre, p. 66
  12. Histoire de l'autre, p. 73
  13. a, b et c Une terre pour deux peuples p. 251
  14. Intifada p. 125
  15. Intifada p. 130
  16. a et b Israel admits torture, BBC, 9 février 2000
  17. Nimer Sultany, "The Legacy of Justice Aharon Barak: A Critical Review", 48 Harvard International Law Journal Online 83 (2007).
  18. La Première Intifada Medea (consulté le 17 janvier 2007)
  19. Histoire de l'autre, p.70
  20. Intifada
  21. Une terre pour deux peuples p. 257
  22. a et b Une terre pour deux peuples p 258
  23. Une terre pour deux peuples p. 259
  24. a et b Tsahal de Pierre Razoux p. 410
  25. Intifada p. 133
  26. Intifada p. 134
  27. Intifada p. 138
  28. Intifada p. 309
  29. Intifada p. 313
  30. Intifada p. 311
  31. Le Commandement National Unifié : les partisans de l'OLP reprennent l'initiative (consulté le 31 mai 2007)
  32. Intifada p. 312
  33. Intifada p. 327
  34. Intifada p. 315
  35. Intifada p 338
  36. Intifada p. 339
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  38. a, b et c Le soulèvement comme violence : armes, cibles et structures. (consulté le 25 mai 2007)
  39. a et b Intifada p. 286
  40. Intifada p. 307
  41. Intifada p. 308
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  48. L'INTIFADA Centre de ressources sur la non-violence (consulté le 17 décembre 2006)
  49. Une terre pour deux peuples p. 261
  50. Fatalities in the first Intifada B'tselem (consulté le 16 janvier 2007)


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