Désintégration en cascade

Désintégration en cascade

Chaîne de désintégration

Une chaîne de désintégration, ou chaîne radioactive, ou désintégration en cascade, ou encore filiation radioactive, désigne une série de désintégrations, apparaissant par transformation spontanée d'un radioisotope instable, permettant d'arriver à un élément chimique dont le noyau atomique est stable (c'est-à-dire non radioactif). Le plomb est généralement le point stable auquel les chaînes de désintégration s'arrêtent.

Dans une chaîne de désintégration, le noyau instable appelé « mère » est stabilisé par une succession de désintégrations. Chaque étape est caractérisée par un état intermédiaire correspondant à un radionucléide appelé « fille » de l'élément mère. Une chaîne de désintégration peut être représentée graphiquement par un schéma de désintégration, particulièrement utile lorsque la chaîne est complexe.

Quatre chaînes de désintégration : thorium, radium, actinium et neptunium

Sommaire

Désintégration simple

Lors d'une simple désintégration, l'élément radioactif subit différents modes de désintégration : il peut émettre soit un rayonnement (alpha, bêta plus ou bêta moins, et se transforme en un autre élément appelé produit de désintégration. Le rayonnement α consiste en l'émission d'un noyau d'hélium, constitué de deux neutrons et deux protons ; le rayonnement β- consiste en l'émission d'un électron (chargé négativement) ; le rayonnement β+ par celle d'un positron (ou anti-électron, chargé positivement).

Cas de la fission spontanée

Pour certains éléments il peut se produire spontanément non pas une désintégration, mais une fission nucléaire, initialisant plusieurs chaînes de désintégration. Par exemple, l'uranium 235 se transforme dans une très faible proportion en deux produits de fission en émettant quelques neutrons. Un autre exemple est constitué par le californium 252, pour lequel le taux de fission spontanée est d'environ 3 %.

Radioactivité globale d'une chaîne

À échelle des temps géologiques, c'est le radionucléide dont la demi-vie est la plus longue qui domine la chaîne. Quand ses descendants sont à l'équilibre, le nombre d'atomes d'un descendant dans le minerai est pratiquement proportionnel à sa demi-vie. Ainsi, accompagnant de l'uranium 238 (4500x106 ans), on trouve toujours à l'équilibre dynamique une faible proportion de son descendant l'uranium 234 (0,25×106 ans) dans une proportion de 0.25/4500=0,0056 %. Mais l'activité d'un radionucléide étant inversement proportionnelle à sa durée de vie, chaque maillon de la chaîne a finalement la même contribution en termes de nombre de désintégration par seconde (becquerel) : l'activité globale d'une chaîne de désintégration à l'équilibre est celle de son maillon dominant, multipliée par le nombre d'étapes de la chaîne. En particulier, pour un minerai d'uranium (majoritairement 238U), la radioactivité due au radon est du même niveau que celle due à l'uranium proprement dit, c'est-à-dire 7 % de la radioactivité globale (parce que la chaîne de désintégration a quatorze étapes).

Les 4 chaînes de désintégration

Il n'y a que quatre chaînes de désintégration, compte tenu du mode de décroissance des actinides : la radioactivité α fait perdre quatre nucléons, tandis que la radioactivité β- (et le cas échéant, la radioactivité β+) ne modifie pas le nombre de nucléons. Pour cette raison, pratiquement toutes les désintégrations radioactives conduiront à un radionucléide dont le nombre de nucléons reste constant modulo quatre.

Trois de ces chaînes se rencontrent dans la nature : celles de l'uranium 235, de l'uranium 238, et du thorium 232. La quatrième chaîne, celle du neptunium 237, ne comporte que des radionucléides artificiels. Ces chaînes se prolongent en amont par les actinides artificiels transuraniens, plus lourds et plus instables.

Famille 4n + 0 du thorium 232 (plutonium 240, uranium 236)

Thorium series.gif

Le plutonium 240 est produit en réacteur à partir du plutonium 239, par capture neutronique. La proportion de plutonium 240 dans les produits d'activation de l'uranium sera d'autant plus élevée qu'il aura subi une irradiation prolongée en réacteur. À long terme, la radioactivité du Pu 240 est dominée d'abord par l'uranium 236, et à échelle de temps géologique, par le thorium 232, quasiment stable (il est présent dans l'écorce terrestre en quantité quatre fois plus importante que l'uranium).

Élément chimique Rayonnement Demi-vie
Plutonium 240 240Pu Radioactivité α 6 560 ans
Uranium 236 236U Radioactivité α 23 millions d'années
Thorium 232 232Th Radioactivité α 14,05×109 a
Radium 228 228Ra Radioactivité β- 5,75 ans
Actinium 228 228Ac Radioactivité β- 6,15 heures
Thorium 228 228Th Radioactivité α 1,19 an
Radium 224 224Ra Radioactivité α 3,63 jours
Radon 220 220Rn Radioactivité α 55,6 s
Polonium 216 216Po Radioactivité α 0,145 s
Plomb 212 212Pb Radioactivité β- 10,64 h
Bismuth 212 212Bi Radioactivité β- 60,55 min
Polonium 212 212Po Radioactivité α 0,3 μs
Plomb 208 208Pb Stable -

Famille 4n + 1 du neptunium 237 (plutonium 241)

Cette série est entièrement artificielle. La durée de vie de cette série est insuffisante pour que l'on en trouve des traces minéralogiques.

Le plutonium 241 est un isotope fissile, mais rarement utilisé séparément en raison de la difficulté à le produire en grande quantité, du coût élevé de sa production, de sa demi-vie brève, et de sa radioactivité plus élevée que celle du plutonium 239. Le plutonium 241 possède un descendant radiotoxique, l'américium 241, qui, s'il s'accumule dans les tissus, en particulier les reins et les os, y crée un danger semblable à celui du plutonium.

À long terme (échelle du millénaire) la radioactivité du plutonium 241 est dominée par son descendant le neptunium 237, dont la demi-vie est de 2 millions d'années.

Élément chimique Rayonnement Demi-vie
Plutonium 241 241Pu Radioactivité β 14,4 ans
Américium 241 241Am Radioactivité α 432,7 ans
Neptunium 237 237Np Radioactivité α 2 140 000 ans
Protactinium 233 233Pa Radioactivité β 27 j
Uranium 233 233U Radioactivité α 159 000 ans
Thorium 229 229Th Radioactivité α 75 400 ans
Radium 225 225Ra Radioactivité β 14,9 j
Actinium 225 225Ac Radioactivité α 10 j
Francium 221 221Fr Radioactivité α 4,8 min
Astate 217 217At Radioactivité α 32 ms
Bismuth 213 213Bi Radioactivité α 46,5 min
Thallium 209 209Tl Radioactivité β 2,2 min
Plomb 209 209Pb Radioactivité β 3,25 h
Bismuth 209 209Bi Radioactivité α ~19×1018 a
Thallium 205 205Tl stable  

Famille 4n + 2 de l'uranium 238

L'uranium 238 est l'isotope d'uranium qui représente plus de 99,3 % de l'uranium naturel, il se désintègre naturellement en plomb 206, stable et non radioactif. Parmi les descendants de l'uranium 238, le radon est un gaz radiotoxique qui peut provoquer le cancer du poumon en cas d'inhalation.

Élément chimique Mode de désintégration Observable en spectrométrie gamma Demi-vie
Uranium 238 238U Radioactivité α ~4,5 milliards d'années
Thorium 234 234Th Radioactivité β oui 24 j
Protactinium 234 234Pa Radioactivité β oui 1,2 min
Uranium 234 234U Radioactivité α 250 000 ans
Thorium 230 230Th Radioactivité α oui 75 000 ans
Radium 226 226Ra Radioactivité α oui 1 600 ans
Radon 222 222Rn Radioactivité α 3,8 j
Polonium 218 218Po Radioactivité α 3 min
Plomb 214 214Pb Radioactivité β oui 27 min
Bismuth 214 214Bi Radioactivité β oui 20 min
Polonium 214 214Po Radioactivité α 160 μs
Plomb 210 210Pb Radioactivité β oui 22,3 ans
Bismuth 210 210Bi Radioactivité β 5 j
Polonium 210 210Po Radioactivité α 138 j
Plomb 206 206Pb stable  

Source : Le tableau provient de "La Gazette Nucléaire", n°221/222, juin 2005 [1]

La longue demi-vie de l'uranium 238 explique qu'on en trouve encore sur Terre à l'état naturel et qu'il n'ait pas encore été complètement transformé en plomb.

Famille 4n + 3 de l'uranium 235 (plutonium 239)

Decay scheme U235.png

Le plutonium 239 est un métal lourd artificiel, utilisé pour fabriquer des têtes nucléaires et du combustible MOX. Le plutonium 239 est aussi contenu dans certains déchets radioactifs, il est cependant difficile à détecter.

Il se désintègre dans sa première étape en uranium 235, qui est 30 000 fois moins radioactif que lui : en première approximation, le plutonium 239 se convertit en uranium 235 qui est un élément fissile et présent à 0,73 % de l'uranium à l'état naturel. La chaîne de désintégration du plutonium 239 se confond ensuite avec celle de l'uranium 235. Une chaîne de désintégration simplifiée du plutonium 239 est illustrée ci-dessous.

Élément chimique Rayonnement Demi-vie
Plutonium 239 239Pu Radioactivité α 24 110 ans
Uranium 235 235U Radioactivité α 704 000 000 ans
Thorium 231 231Th Radioactivité β 25,2 h
Protactinium 231 231Pa Radioactivité α 32 700 ans
Actinium 227 227Ac Radioactivité β 21,8 ans
Thorium 227 227Th Radioactivité α 18,72 j
Radium 223 223Ra Radioactivité α 11,43 j
Radon 219 219Rn Radioactivité α 3,96 s
Polonium 215 215Po Radioactivité α 1,78 ms
Plomb 211 211Pb Radioactivité β 36,1 min
Bismuth 211 211Bi Radioactivité α 2,15 min
Thallium 207 207Tl Radioactivité β 4,77 min
Plomb 207 207Pb stable  

Cette chaîne présente trois diverticules où les désintégrations successives α et β- sont inversées :

  • L'actinium 227 subit une radioactivité α dans 1,38 % des cas, conduisant au francium 223.
    Celui-ci, très radioactif (de période ~22 minutes), se désintègre majoritairement (à 99,994 %) par une désintégration β-, conduisant au radium 223 de la branche principale.
    Dans 0,006 % des cas, le francium subit une désintégration conduisant à l'astate 219. Celui-ci se désintègre avec une demi-vie de 56 secondes.
    Une minorité (~3 %) des désintégrations de l'astate 219 se fait en β-, rejoignant la branche principale sur le radon 219.
    Le reste (~97 %) subit une désintégration α, conduisant au bismuth 215. Ce dernier se désintègre à 100 % en polonium 215, rejoignant la branche principale.
  • Le polonium 215 subit une radioactivité β- dans 0,000 23 % des cas, conduisant à l'astate 215.
    Celui-ci, très instable (une demi-vie de 0,1 ms), subit une désintégration α qui lui fait rejoindre la branche principale sur le bismuth 211.
  • Le bismuth 211 subit une désintégration β- dans 0,276 % des cas, conduisant au polonium 211, (d'une demi-vie de 0,516 s).
    Ce dernier se désintègre en plomb 207, stable, par une décroissance α.

Voir aussi

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Sources et liens externes

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