Critique du christianisme

Critique du christianisme

Les critiques du christianisme doivent être distinguées des critiques générales portées contre les religions ainsi que des critiques spécifiques portées contre les églises chrétiennes : catholicisme, protestantisme, orthodoxie.

Sommaire

Critique du Nouveau Testament

Selon certaines critiques, on y trouve des passages appelant à la violence et d’innombrables contradictions et incohérences.

Critique historique

Tous les évangiles furent rédigés à des époques différentes et tardives après que les romains démolirent Jérusalem, après l’an 70 et l’an 135. Les rédactions des évangiles s'étendent donc dans le temps de 37 ans jusqu’à un siècle après la crucifixion de Jésus en l’an 33[1]. Les quatre évangiles furent rassemblés pour la première fois à la demande du Pape Damase Ier (366-384) à partir de l'an 325 alors que les évangiles se comptaient par dizaines[2].


Incohérences et contradictions

On trouve des passages incohérents voir contradictoires :

  • Jésus n’est pas satisfait d’être crucifié et le reproche à Dieu en s’écriant d’une voix forte sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mathieu, 27 :46). Malgré la demande de secours, le Père laisse son fils se faire tuer.
  • Luc prédit que la première génération de chrétiens assistera au retour de Jésus christ (Luc, 21 :32) chose qui ne se produit pas[3].
  • On trouve dans les évangiles la crucifixion et la résurrection mais pas le péché ni la rédemption qui sont pourtant à eux quatre les bases corrélatives qui constituent le fondement du dogme chrétien et dont les deux premiers ne peuvent exister sans les deux autres[4].

Ces critiques courantes sont dues à une mauvaise connaissance des textes bibliques. En voici les explications :

  • Lors de son agonie au jardin des oliviers, le Christ dit la prière suivante : «Mon Père, s'il est possible que passe loin de moi cette coupe! Cependant non comme moi je veux, mais comme toi [tu veux].» (Matthieu, 21:39) Le Christ est à la fois pleinement homme et pleinement Dieu, mais c'est son angoisse humaine qui ressort dans le verset en question (Matthieu, 27:46). En acceptant le sacrifice suprême de sa vie, le Christ est le premier homme a avoir accompli pleinement la volonté du Père. C'est en cela qu'il rachète l'humanité qui se détourne de la volonté du Père par le péché.
  • Le verset critiqué est le suivant : «En vérité, je vous dis que cette génération ne passera pas que tout ne soit arrivé.» (Luc, 21:32) Cette phrase prophétise, non pas la Parousie comme le veut cette critique, mais la mort et la Résurrection du Christ que ses contemporains (cf "génération") verront effectivement.
  • Cette critique est très atypique, car une simple lecture de l'Evangile désamorce la soi-disante contradiction. Lors de la Cène, le Christ explique le caractère rédempteur de son sacrifice : «Buvez-en tous, car ceci est mon sang, celui de l'Alliance, qui est répandu pour beaucoup en rémission des péchés.» (Marc, 26:27-28)

Violence et contrainte

Selon les évangiles de Luc et Mathieu, Jésus dit qu'il n’est pas venu apporter la paix, mais la guerre (Luc, 12 :49-51 ; Mathieu, 10 :34-39).

Jésus prêche la contrainte de se convertir à sa religion (Luc, 14 : 21-24)[5].

La première critique est très partisane puisque le mot employé par le verset est "glaive" et non "guerre". L'Eglise a donné son interprétation sur ce verset en l'éclairant à la lumière de l'enseignement même du Christ. (Jean, 13 : 34-35) Il en est de même pour la deuxième critique, elle aussi très partisane.

Travail contraint : « 
Le christianisme, à l’opposé de toutes les morales antiques, valorise le travail contraint, qu’il ne juge pas dégradant et incompatible avec la condition d’homme libre.  »[6]. Extrait du livre La Religion des seigneurs, d’Éric Stemmelen (ISBN 978-2-84186-543-7).

Antisemitisme ?

Dans l'évangile de Mathieu, quand Jean Le Baptiste aperçut que beaucoup de juifs sont venus à lui pour se faire baptiser, il les traita d'engeance de vipères (Mathieu, 3:7/Luc, 3 :7).

Des juifs sont traités d’engeance de vipères par Jésus à plusieurs reprises (Mathieu, 23 :33 et 12 :34), ce qui explique que jusqu’au milieu du siècle dernier les juifs soient désignés ainsi par de nombreux chrétiens[7].

Jean Le Baptiste et Jésus-Christ utilisent tous deux l'image de la vipère pour parler des juifs durs de coeur qui épient leurs enseignements pour critiquer sans chercher à les comprendre. Etant eux-mêmes juifs, leurs paroles ne peuvent être prises comme fondement doctrinal d'un quelconque antisémitisme.

Similitudes avec les religions païennes

La civilisation hellénique était remplie de mythologie, et certains pensent que cette mythologie a pu influencer l’apôtre Paul dans sa conception de la trinité par exemple[8]. Avant Jésus il y avait une douzaine de divinités humaines (héros, philosophes, dirigeants) qui moururent et ressuscitèrent le troisième jour comme Jésus[9]. Dieu avait plusieurs enfants qui se marièrent avec les belles femmes des humains (Genèse 6:1-2) comme le faisaient les divinités grecques ; par exemple le dieu Zeus avec l’humaine Europe dont l’accouplement donna naissance aux européens. On retrouve des traits de Zeus semblables aux traits du Dieu le Père[10]. Un autre exemple de similitudes avec les religions antiques ; les filles qui choisissent la vie de couvent en faisant voeu de chasteté font penser aux vestales des temples de l'antiquité qui étaient les épouses des dieux et menaient aussi une vie de chasteté[11].

On notera que ces rares "similitudes" s'arrêtent là. En effet, les dieux de la mythologie sont des projections anthropomorphes soumis à bien des vices et vides de tout contenu théologique; les vestales, choisies très jeunes, sont tenues à la chasteté seulement pour leurs périodes de sacerdoce, ce qui diffère totalement du christianisme où il s'agit d'un choix de vie adulte. Quant à la Trinité, à savoir un seul Dieu en trois personnes consubstantielles, elle n'a pas pu être inspirée de la mythologie puisqu'elle n'existe nulle part ailleurs que dans le Christianisme.

Critique autour de Jésus

Jésus et le Christianisme

Des chercheurs tels que Daniel Marguerat avancent que Jésus "n'avait pas du tout l'idée de fonder une nouvelle religion rivalisant avec la religion d'Israèl ; il voulait réformer le dogme juif qui n'obtempera point" [12]. Selon Michel Quesnel, Jésus n'est pas le fondateur du christianisme : "Après ce qui a précédé, nous ne voyons point pourquoi Jésus est qualifié de fondateur. Sa religion était le Judaïsme tant dans sa conduite que dans son instruction ; il en récusa les formalités mais n'en renia pas les fondements" [8].

Cette critique est elle aussi très atypique puisque le Christ dit lui-même : «Et moi je te dis que tu es Pierre et sur ce roc je bâtirai mon Eglise. [...] Je te donnerai les clefs du royaume des Cieux, et ce que tu lieras sur la terre se trouvera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre se trouvera délié dans les cieux.» (Matthieu, 16:18-19) Par contre, la fondation de cette Eglise n'est effectivement pas étrangère au Judaïsme puisque le Christ dit : "N'allez pas croire que je sois venu pour abolir la Loi ou les Prophètes; je ne suis pas venu abolir mais accomplir." (Matthieu 5:17)

Remise en cause de l'existence de Jésus

Voir en particulier l'article Mythe de Jésus.

Deux Jésus ?

Lors de la crucifixion de Jésus, sur un écriteau au dessus de sa tête était écrit le chef d’accusation : « IESUS NAZARENUS REX IUDERUM » : « Jésus de Nazareth, roi des juifs » ( Jn, 19 :19-20). Selon Mohamed Talbi, le véritable crucifié serait un insurgé prétendant la royauté et se nommait aussi Jésus, un nom très répandu parmi les juifs. Dans cet écriteau était mentionné d’une façon claire et incontestable la nature du délit et la cause de l’exécution, aucun rapport avec une quelconque activité religieuse selon lui. Cependant les évangiles les citent et prétendent que le crucifié était Jésus fils de Marie.

Selon l’historien, il eut un mixage dans les évangiles de deux Jésus, l’un était le Jésus fils de Marie qui enseignait dans les synagogues et commentait la Torah. L’autre était un Jésus royal, nationaliste et agitateur politique. Ce jeune homme c’était autoproclamé roi des juifs, soutenu par la secte des Nazôréens dont faisait partie Paul. Il mena une insurrection contre Rome dont le but était la restauration du royaume de David. Il connaitra, comme un autre insurgé quelques décennies plus tôt à la mort du roi juif Hérode le Grand, l’arrestation et la crucifixion. C’est selon lui Paul qui transformera ce dernier en Jésus fils de Marie et en fera un Dieu. Les évangélistes qui écrivirent tous après Paul se seraient tous engagés dans cette voie[13].

Il est important de noter que cette critique s'appuie sur l'hypothèse du mixage, historiquement non-vérifiée. Quant à l'Evangile, il fait effectivement référence à la Royauté du Christ qui n'est pas de ce monde : «Alors Pilate entra de nouveau dans le prétoire ; il appela Jésus et dit : " Tu es le roi des Juifs ? " Jésus répondit : " Dis-tu cela de toi-même ou d'autres te l'ont-ils dit de moi ? " Pilate répondit : " Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t'ont livré à moi. Qu'as-tu fait ? " Jésus répondit : " Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n'est pas d'ici. " Pilate lui dit : " Donc tu es roi ? " Jésus répondit : " Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. " » (Jean, 18:33-37) Voilà pourquoi Ponce Pilate fera inscrire "Iesus Nazarenus Rex Iuderum" sur l'écriteau, au grand dam des juifs eux-mêmes. (Jean, 18:21-22)


Critique de l'église

La femme

Le deuxième concile œcuménique de Macon en 585 ne ratifia que la femme possède une âme comme l'homme que par une courte majorité de trois voix[14].

La femme, dans la théologie chrétienne, était jusqu'au milieu du siècle précédent le symbole du mal[15].

L'église fonda l'inquisition où l'on brula les sorcières conformément à l'Ancien Testament : "Tu ne laissera point vivre la magicienne" (Exode 22:18). Les papes autorisèrent l'usage de la torture lors des interrogatoires des présumées sorcières[16].


Cette critique classique mais infondée à propos de l'âme des femmes fait référence à la Légende du Concile de Mâcon. En effet, cette rumeur malveillante est fausse car dès les origines de la chrétienté les femmes ont été baptisées aussi bien que les hommes.

Quant à la théologie chrétienne, l'Eglise catholique n'a jamais établi la femme comme symbole du mal. Au contraire, la femme représente Marie (pour laquelle les catholiques ont toujours eu une grande vénération) ainsi que l'Eglise elle-même, épouse du Christ. (Genèse, 3:14-15)


Autres critiques

Critique de la notion de transcendance

Commune au judaïsme, à l'islam et à toutes les philosophies fondées sur une transcendance, elle remet en question plus généralement l'existence de Dieu, de la Révélation, de l'Au-delà, etc. Voir en particulier les articles déisme et athéisme.

Critique émanant du judaïsme

Déjà mentionnée dans les récits de l'existence terrestre de Jésus de Nazareth et dans les critiques que lui-même adressait aux pharisiens, elle consiste principalement à dénier qu'il soit le Messie annoncé dans les prophéties. Réciproquement, les chrétiens reprochent aux israélites de ne pas avoir été fidèles à l'Alliance en accueillant le messie envoyé.

Critique émanant de l'islam

Cette critique qui apparaît dès les origines de l'islam voit dans les statues et les images saintes une forme d'idolâtrie et dans la Trinité du polythéisme.

Les musulmans reprochent à l'Eglise d'avoir jeté l'anathème sur l'islam, le Coran, le Prophète de l'islam, et la umma en 680 dans les résolutions du Concile œcuménique tenu à Constantinople sachant que chaque concile est inspiré par le Saint Esprit[17].

Critique nietzschéenne

Pour Nietzsche, le christianisme est la religion des faibles[18], qui cherchent à empêcher les forts de vivre leur liberté[19].

Notes et références

  1. Mohamed Talbi, Afin que mon cœur se rassure, éd. Nirvana, 2010, p.288
  2. Mohamed Talbi, Afin que mon cœur se rassure, éd. Nirvana, 2010, p.275
  3. Mohamed Talbi, Afin que mon cœur se rassure, éd. Nirvana, 2010, p.328-329
  4. Mohamed Talbi, Afin que mon cœur se rassure, éd. Nirvana, 2010, p.142
  5. Mohamed Talbi, Afin que mon cœur se rassure, éd. Nirvana, 2010, p.318
  6. Comment le christianisme est devenu une vaste machine de coercition., L'Humanité, 13 Novembre 2010
  7. Mohamed Talbi, Afin que mon cœur se rassure, éd. Nirvana, 2010, p.267
  8. a et b Mohamed Talbi, Afin que mon cœur se rassure, éd. Nirvana, 2010, p.351
  9. Mohamed Talbi, Afin que mon cœur se rassure, éd. Nirvana, 2010, p.353
  10. Mohamed Talbi, Afin que mon cœur se rassure, éd. Nirvana, 2010, p.372
  11. Mohamed Talbi,"L'islam n'est pas voile, il est culte", éd. cartaginoiseries, 2011, p.312
  12. Mohamed Talbi, Afin que mon cœur se rassure, éd. Nirvana, 2010, p.352
  13. Mohamed Talbi, "L'islam n'est pas voile, il est culte", éd. Cartaginoiseries, 2011, p.401-402
  14. Mohamed Talbi, Afin que mon cœur se rassure, éd. Nirvana, 2010, p.156
  15. Mohamed Talbi, Afin que mon cœur se rassure, éd. Nirvana, 2010, p.151
  16. Mohamed Talbi, Afin que mon cœur se rassure, éd. Nirvana, 2010, p.149
  17. Mohamed Talbi, Afin que mon cœur se rassure, éd. Nirvana, 2010, p.306
  18. Que chacun soit une "âme immortelle" et de rang égal avec chacun, [...] que de petits cagots, des toqués aux trois quarts aient le droit de se figurer que pour eux les lois de la nature sont enfreintes sans cesse, - une telle gradation de tous les égoïsmes jusqu'à l'infini [...] ne peut pas être marquée d'assez de mépris. Et pourtant le christianisme doit sa victoire à cette pitoyable flatterie de la vanité personnelle, -par là il a attiré à lui tout ce qui est manqué, bassement révolté, tous ceux qui n'ont pas eu leur part, le rebut et l'écume de l'humanité., in L'Antéchrist, éditions Mercure de France, 1952, pp. 241-242
  19. Le poison de la doctrine des "droits égaux pour tous", ce poison, le christianisme l'a semé par principe; le christianisme a détruit notre bonheur sur la terre... Accorder l'immortalité à Pierre et à Paul fut jusqu'à présent l'attentat le plus énorme, le plus méchant contre l'humanité noble., ibid.

Voir aussi

Articles connexes

Thèmes

Histoire

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