Black Panthers

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Black Panther Party

Le Black Panther Party (à l'origine le Black Panther Party for Self-Defense) était un mouvement révolutionnaire afro-américain formé aux États-Unis en 1966 par Bobby Seale et Huey P. Newton qui a atteint une échelle nationale avant de s'effondrer à cause de tensions internes et des efforts de suppression par l'État, en particulier le FBI (efforts qui comportaient des arrestations et l'agitation de factions rivales via des infiltrateurs). L'organisation est connue pour son programme « Free Breakfast for Children », l'utilisation du terme « pigs » (cochons) pour décrire les agents de police ainsi que pour avoir apporté des armes à feu à l'assemblée législative californienne.

Sommaire

Naissance de l'organisation

La rencontre de Seale et Newton

Le Black Panther Party est le fruit de la rencontre de deux jeunes militants de la cause noire, Huey P. Newton et Bobby Seale, dans la ville d’Oakland (Californie). Les sources sont contradictoires à propos des circonstances exactes de leur rapprochement. Les deux hommes se seraient rencontrés en 1962[1] au collège Merritt d’Oakland auquel Newton s'est inscrit pour suivre des cours de droit[2] ou lors de conférences organisées par l’Afro-American Association (AAA), une association nationaliste noir née sur le campus de Berkeley en 1961 dont l’audience était importante dans le Sud de la Californie[3].

Newton, plus radical que Seale, est alors attiré par le nationalisme noir prôné par Malcolm X. Seale est à l’origine plus proche de la position intégrationniste et non-violente de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) dont il commence à se détacher[4]. Les deux hommes s'éloignent rapidement de l’AAA pour rejoindre le Revolutionary Army Movement (RAM) qu’ils quittent toutefois bientôt, critiquant sa démarche trop tournée vers la réflexion théorique et son incapacité à porter son action sur le terrain pour résoudre les problèmes concrets rencontrés par les plus pauvres des Afro-Américains[5].

Newton s’inscrit parallèlement à la San Francisco Law School. Il purge en 1964 une peine de prison de six mois, consécutive à une agression à l’arme blanche[6]. À sa sortie de prison en 1965, les deux hommes se retrouvent au Merritt College où ils adhèrent au Soul Student Advisory Council, une structure émanant du RAM. Ils y participent à une mobilisation pour mettre en place un cycle de cours sur l'histoire des Noirs[7]. Seale travaille alors au Centre de lutte contre la pauvreté d'Oakland Nord où il est confronté quotidiennement aux problèmes économiques et sociaux qui touchent la population noire.

Cette situation sociale s’accompagne d’un accroissement des tensions entre la police et la population noire dans la ville d’Oakland, notamment depuis les émeutes de Watts dans la ville toute proche de Los Angeles. L’insatisfaction qu’ils éprouvent devant les réponses offertes face à cette situation par les différentes organisations noires auxquelles ils ont successivement adhéré les persuade de créer leur propre structure.

Les quinze premiers jours d’octobre 1966, ils rédigent un programme en dix points qui reprend la forme adoptée par le Muslim Program de la Nation of Islam. Son ambition est de s’inspirer directement des préoccupations de la population et d’être aisément compréhensible par les moins instruits[8] . Il s’agit de l’acte de naissance du Black Panther Party for Self-Defense. Seale en devient le président, Newton le ministre de la défense.

Origine du nom

L’emblème et le nom de l’organisation s’inspirent directement de la Lowndes County Freedom Organization, un parti né dans le sillage de la marche de Selma à Montgomery de 1965, organisée par une coalition d’organisation luttant pour les droits civiques[9]. Lors de leur passage dans le comté de Lowndes (Alabama), composé à une écrasante majorité de Noirs mais dirigé par des démocrates Blancs, les membres du Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC), parmi lesquels Stokely Carmichael, entreprennent de créer un parti dont la vocation est représenter les intérêts des Noirs. Une démarche similaire a eu lieu en 1964 dans l’État du Mississippi où le Mississippi Freedom Democratic Party avait avec succès contesté la « légitimité du Parti démocrate local »[10]. La loi de l'Alabama oblige tous les partis à présenter une identification visuelle pour les votants analphabètes. Un concepteur d'Atlanta présente d'abord un pigeon mais les acteurs du SNCC refuse cet emblème jugé trop doux. La deuxième proposition est une panthère noire, la mascotte du Clark College d'Atlanta.

L’adoption de ce symbole, qui coïncide avec le développement de l’usage du slogan « Black Power », est une des manifestations du tournant opéré par une partie du mouvement des droits civiques. La rupture entre la Southern Christian Leadership Conference (SCLC) de Martin Luther King et d’autres organisations plus radicales, tel que le SNCC, est en passe d’être consommée. Le positionnement vis-à-vis la violence est l’un des points de discorde entre les deux associations. La violence dont ils sont régulièrement victimes lors de leurs actions dans le Sud du pays amène progressivement les militants du SNCC à rompre avec la doctrine non-violente de King. Dans l’esprit de John Hullet, un des leaders du SNNC, la panthère noire est « un animal sauvage qui, si on l’attaque, ne reculera pas. Cela voulait dire que nous riposterions si nous le devions »[11].

Ce symbole et le nom de « Black Panther » sont rapidement repris par d’autres organisations dans le pays qui n’entretiennent pas de lien avec le SNCC. Le Black Panther Party for Self-Defense n'était lui-même à l’origine lié ni au SNCC, ni avec aucun de ces partis.

Actions

Patrouilles de surveillance de la police

En janvier 1967, le parti ouvre officiellement son premier bureau à Oakland. Il a entrepris quelques mois après sa création une campagne de patrouilles visant à surveiller les agissements de la police de la ville. L’action est censée répondre au septième point de son programme : « Nous exigeons la fin immédiate des brutalités policières et des assassinats de Noirs ».

Les Black Panthers s’inspirent d’actions équivalentes menées l’été précédent dans le quartier de Watts en Californie. Des « Patrouilles d'alerte des citoyens noirs » (Negro Citizen Alert Patrols) s’étaient organisées en équipant des véhicules de scanners destinés à écouter et suivre les voitures de la police de Los Angeles. Munies de livres de droit et de magnétophones, les patrouilles s'assuraient de la légalité de chacune des interventions des forces de l’ordre. L’opération avait cependant dû être interrompue après que la police avait détruit les appareils d’enregistrement et dispersé les patrouilles par la force[12].

Les Black Panthers ajoutent un élément à la panoplie initiale du groupe de Los Angeles en armant les membres des rondes de surveillance. L’objectif du groupe est toutefois de rester dans le cadre de la légalité. Il s'appuie sur le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis d'Amérique et la législation de l’État de Californie pour justifier le port d'armes non dissimulées de ses membres[13]. Avant toute intégration dans les patrouilles, ces derniers reçoivent une formation sur les droits constitutionnels fondamentaux en matière d'arrestation et de port d'armes.

Manifestation dans le capitole de Sacramento

Pour répondre à l’initiative des Black Panthers, le député républicain Dom Mulford présente un projet de loi visant à règlementer le port d'armes dans l’État de Californie. En guise de protestation, trente membres des Black Panthers se réunissent le 2 mai 1967 devant le capitole de Californie et pénètrent armés dans la galerie des visiteurs avant de lire un texte développant les raisons de leur opposition au projet de loi[14]. Plusieurs membres du groupe sont arrêtés pour « entrave à la circulation » ; Seale est condamné à six mois de prison pour « trouble à l'ordre public »[15]. L'image de la milice armée pénétrant dans le capitole fait le tour du pays, contribuant à élargir l’audience, jusqu’alors très locale, de l’organisation. Plusieurs sections sont créées à l'Ouest (Los Angeles) comme à l'Est du pays (New York, Détroit)[16].

La campagne de libération de Newton

Les heurts avec la police se multiplient à mesure que la notoriété du Parti progresse. Le 28 octobre 1967, une fusillade éclate suite au contrôle du véhicule de Huey Newton ; l’officier John Frey est tué, un autre officier, Herbert Heanes, blessé. Newton reçoit quatre balles dans l’abdomen Conduit à l’hôpital par un ami, il y est arrêté par la police et accusé d’homicide volontaire[17].

Une campagne, intitulée « Libérez Huey ! » (Free Huey!), est organisée par le Black Panther Party. Orchestrée par Kathleen et Eldridge Cleaver, deux nouveaux venus dans l’organisation, elle atteint rapidement une dimension nationale et permet le rapprochement avec des organisations de la mouvance radicale américaine[18]. Eldridge Cleaver n’est pas étranger à ce développement. Après avoir purgé neuf ans de prison pour viol et tentative de meurtre[19], il écrit dans la revue Ramparts, associée à la Nouvelle Gauche américaine. Il choisit d’adhérer au Parti après avoir vu les Black Panthers organiser de manière spectaculaire l’escorte de Betty Shabbaz, la veuve de Malcolm X, depuis l’aéroport de Los Angeles jusqu’au siège du magazine[20]. Il devient « ministre de l'information » et rédacteur en chef du journal du Black Panther Party.

Travail communautaire

Le parti a lancé une variété de programmes communautaires, initialement dans la région d'Oakland, incluant un programme de dépistage de la drépanocytose, des cliniques gratuites, des dons de vêtements et des distributions de nourriture. Le programme qui a été de loin le plus populaire et qui a eu le plus de succès est sans doute le « Free Breakfast for Children Program », qui a vu le jour dans une église de San Francisco et qui a nourri des milliers d'enfants durant l'histoire du parti.

Les Black Panthers ont aussi offert de nombreux autres services gratuits tels que des cours de politique et d'économie, des cliniques médicales, des leçons d'autodéfense et de premiers soins, des transports vers les prisons pour les membres de la famille des détenus, un programme d'ambulance de soins d'urgence, des mesures de réhabilitation à l'alcoolisme et à la toxicomanie, et le dépistage de la drépanocytose. Les Panthers ont testé plus de 500 000 Afro-Américains pour cette maladie avant que les établissements médicaux reconnaissent qu'elle affecte presque exclusivement les membres de la communauté noire. Le parti a aussi combattu l'usage de drogues dans la communauté Afro-Américaine en arrêtant les opérations des trafiquants de drogue et en faisant de la propagande anti-drogue.

Alliances politiques

Avec le Peace and Freedom Party

Le Black Panther Party conclut une alliance électorale avec le Peace and Freedom Parti (Parti Paix et Liberté), une coalition d’organisations de gauche qui se distingue alors par son opposition à l’intervention américaine au Viêt Nam. Malgré son jeune âge, Eldridge Cleaver qui a alors 34 ans, devient le candidat du PPL pour les élections présidentielles de 1968[21].

Avec le SNCC

L'alliance des Panthers avec des organisations à majorité blanche est pour beaucoup dans l'échec du rapprochement avec le SNCC amorcé au cours de l'année 1967. Les principaux leaders du SNCC, Stokely Carmichael, James Forman et H. Rap Brown sont nommés à des postes clés de l'organisation en février 1968. La jonction ne dure cependant que quelques mois avant d’éclater, butant sur l’intransigeance du nationalisme noir prôné par le SNCC[22].

COINTELPRO et le clivage Est contre Ouest

Le Parti a été ciblé par le programme COINTELPRO du FBI, qui tentait systématiquement d'interrompre les activités et de dissoudre le parti. COINTELPRO procédait par infiltration, propagande publique et la provocation de rivalités entre factions, notamment par l'envoi de lettres anonymes ou falsifiées. La police retenait le groupe par de longues poursuites, des fusillades, des assassinats, des enquêtes, de la surveillance et des dirty tricks.

Lors de l'une des plus notoires de ces actions, le FPB et la police de Chicago ont pris d'assaut la résidence de l'organisateur charismatique des Panthers Fred Hampton le 4 décembre 1969. Les personnes dans la maison ont été droguées par l'informateur du FBI William O'Neal et tous étaient endormis lors de l'assaut. Hampton fut atteint par balles et tué ainsi que le garde Mark Clark. Les autres dans la maison ont été tirés dans la rue et battus puis accusés pour voies de fait. Ces accusations ont été par la suite retirées.

Les membres Bunchy Carter et John Huggins ont été tués sur le campus de l'UCLA en 1969 lors d'un autre incident. Bien qu'ils aient été tués par un groupe Black Power rival nommé US (United Slaves) créé par Maulana Karenga, le directeur local du COINTELPRO a revendiqué les meurtres dans des notes internes du FBI, y affirmant qu'une série de documents falsifiés provenant de son bureau avaient mené directement à la fusillade [réf. nécessaire].

Pendant qu'une partie de l'organisation participait ou était proche des services sociaux des gouvernements locaux, un autre groupe avait constamment des démêlés avec la police. La séparation entre l'action politique, l'activité criminelle, les services sociaux, l'accès au pouvoir et la recherche d'identité est devenue floue et bizarrement contradictoire. De ce fait, le momentum politique des Panthers a été graduellement épuisé en se confrontant au système judiciaire.

Déclin et désintégration

Les disputes intestines, attisées et parfois provoquées par l'action du FBI, conduisent à une désintégration progressive du Parti. Plusieurs membres éminents rejoignent un groupe armé clandestin, la Black Liberation Army, tandis que l'activité du Parti se resserre autour du territoire originel d'Oakland. Plusieurs membres purgent toujours des peines de prison à la suite des actions menées au début des années 1970[23]. À partir de 1982, et la fermeture de l'Oakland Community School, une école ouverte par le Parti, l'activité du l'organisation s'éteint définitivement[24].

Un groupe s'appelant le New Black Panther Party a émergé de la Nation of Islam plusieurs décennies après la chute des Black Panthers originaux. Des membres du Black Panther Party original les ont publiquement et durement critiqués. Par exemple, la Dr. Huey P. Newton Foundation insiste qu'il « n'y a pas de nouveau Black Panther Party. » Une nouvelle National Alliance of Black Panthers a été formée le 31 juillet 2004, inspirée par l'activisme de l'organisation initiale, mais non autrement reliée. Leur présidente est Shazza Nzingha.

Extraits divers

Programme en dix points

Le parti a été fondé sur un programme comportant dix points (Ten Point Plan) listés ci-dessous et disponibles en entier (en) avec les commentaires explicatifs du parti pour chacun des points. Le Ten Point Plan fut l'un des documents centraux du parti et sa distribution était la méthode la plus importante de propagande, d'éducation et de recrutement.

Les dix points:

  1. Nous voulons la liberté. Nous voulons le pouvoir de déterminer le destin de notre Communauté Noire.
  2. Nous voulons le plein emploi pour notre peuple.
  3. Nous voulons la fin du vol de notre Communauté Noire par les capitalistes.
  4. Nous voulons des habitations décentes, propres à l'hébergement de personnes.
  5. Nous voulons une éducation pour notre peuple qui expose la véritable nature de cette société Américaine décadente. Nous voulons une éducation qui nous enseigne notre véritable histoire et notre rôle dans la société d'aujourd'hui.
  6. Nous voulons que tous les hommes noirs soient exemptés du service militaire.
  7. Nous voulons la fin immédiate de la brutalité policière et du meurtre des personnes noires.
  8. Nous voulons la liberté pour tous les hommes noirs détenus dans des prisons municipales, de comtés, d'état et fédérales.
  9. Nous voulons que toutes les personnes noires amenées en cour soient jugées par leurs pairs ou par des personnes de leurs communautés noires tel que défini dans la Constitution des États-Unis.
  10. Nous voulons des terres, du pain, des logements, de l'éducation, des vêtements, la justice et la paix.

Pourquoi nous ne sommes pas racistes

Extraits de "A l'affût - Histoire du Parti des Panthères noires et de Huey Newton" par Bobby Seale, Collection Témoins Gallimard, 1972 (édition française)

« 

Le parti des Panthères noires n'est pas une organisation raciste noire, et cela à aucun point de vue. Nous connaissons bien les origines du racisme. Notre ministre de la Défense, Huey P. Newton, nous a appris à comprendre qu'il nous fallait nous opposer au racisme sous toutes ses formes. Le parti a conscience du fait que le racisme est ancré dans une grande partie de l'Amérique blanche, mais il sait aussi que les sectes embryonnaires qui prolifèrent à l'heure actuelle dans la communauté noire ont à leur base une philosophie raciste.

Le parti des Panthères noires ne se place pas au niveau vil et bas du Ku Klux Klan, des "chauvins blancs" ou des organisations de citoyens blancs, soi-disant patriotiques, qui haïssent les Noirs pour la couleur de leur peau, même si certaines de ces organisations proclament "Oh, nous ne haïssons pas les Noirs, la seule chose, c'est que nous ne les laisserons pas faire ceci, ni cela! " Ce n'est en fait que de la basse démagogie, masquant le vieux racisme qui fait un tabou de tout, et en particulier du corps. L'esprit des Noirs a été étouffé par leur environnement social, cet environnement décadent qu'ils ont subi quand ils étaient esclaves et qu'ils subissent encore depuis la soi-disant Proclamation d'émancipation. Les Noirs, les Bruns, les Chinois et les Viêt-namiens, font l'objet de surnoms péjoratifs tels que crasseux, nègres, et bien d'autres encore.

Ce que le parti des Panthères noires a fait en substance, c'est appeler à l'alliance et à la coalition tous les gens et toutes les organisations qui veulent combattre le pouvoir. C'est le pouvoir qui, par ses porcs et ses pourceaux, vole le peuple; l'élite avare et démagogue de la classe dirigeante qui agite les flics au-dessus de nos têtes, et qui les dirige de manière a maintenir son exploitation.

A l'époque de l'impérialisme capitaliste mondial, impérialisme qui se manifeste aussi contre toute sorte de gens ici même en Amérique, nous pensons qu'il est nécessaire en tant qu'êtres humains, de lutter contre les idées fausses actuelles telles que l'intégration.
Si les gens veulent s'intégrer - et je présume qu'ils y arriveront d'ici cinquante ou cent ans - c'est leur affaire. Mais pour l'instant, notre problème, c'est ce système de classe dirigeante qui perpétue le racisme et l'utilise comme moyen de maintenir son exploitation capitaliste. Elle utilise les Noirs, et en particulier ceux qui sortent de l'Université et sont issus de ce système d'élite, parce que ceux-ci ont tendance à tomber dans le racisme noir qui n'est pas différent de celui que le Ku Klux Klan où les groupes de citoyens blancs pratiquent, il est évident que combattre le feu par le feu a pour résultat un grand incendie. Le meilleur moyen de combattre le feu, c'est l'eau parce qu'elle éteint. L'eau, c'est ici la solidarité du peuple dans la défense de droit à s'opposer à un monstre vicieux. Ce qui est bon pour l'homme est bon pour nous. Ce qui est bon pour le système de la classe diricapitaliste ne peut pas être bon pour la masse.

Nous, le parti des Panthères noires, nous voyons les Noirs comme une nation à l'intérieur d'une nation, mais pas pour des raisons racistes. Nous le voyons comme une nécessité qui s'impose, si nous voulons progresser en tant qu'êtres humains et vivre sur cette terre en accord avec les autres peuples.

Nous ne combattons pas le racisme par le racisme. Nous combattons le racisme par la solidarité. Nous ne combattons pas le capitalisme exploiteur par le capitalisme noir. Nous combattons le capitalisme par le socialisme. Nous ne combattons pas l'impérialisme par un impérialisme plus grand. Nous combattons l'impérialisme par l'internationalisme prolétarien. Ces principes sont essentiels dans le parti. Ils sont concrets, humains et nécessaires. Ils devraient être adoptés par les masses.

Nous n'utilisons et n'avons jamais utilisé nos armes pour pénétrer la communauté blanche et tirer sur des Blancs. Tout ce que nous faisons, c'est de nous défendre contre quiconque nous attaque sans raison et essaie de nous tuer lorsqu'on met en pratique notre programme, qu'il soit noir, bleu, vert ou rouge. Tout bien considéré, je pense que dans nos actions, tout le monde peut voir que notre organisation n'est pas une organisation raciste, mais un parti progressiste révolutionnaire. Ceux qui veulent semer la confusion dans la lutte en parlant de différences ethniques sont ceux qui maintiennent et facilitent l'exploitation des masses des pauvres Blancs, des pauvres Noirs, des Bruns, des Indiens rouges, des pauvres Chinois et Japonais et des travailleurs en général.

Le racisme et les différences ethniques permettent au pouvoir d'exploiter la masse des travailleurs de ce pays parce que c'est par là qu'il maintient son contrôle. Diviser le peuple pour régner sur lui, c'est l'objectif du pouvoir; c'est la classe dirigeante, une infime minorité constituée de quelques pourceaux et de rats avares et démagogues, contrôle et pourrit le gouvernement. La classe dirigeante avec ses chiens, ses laquais, ses lèche-bottes, ses "Toms", ses Noirs racistes et ses nationalistes culturels, - ils sont tous les chiens de garde de la classe dirigeante. Ce sont eux qui aident au maintien du pouvoir en perpétuant leurs attitudes racistes et en utilisant le racisme comme moyen de diviser le peuple. Mais c'est seulement la petite minorité qui constitue la classe dirigeante qui domine, exploite et opprime les travailleurs.

Nous faisons tous partie de la classe ouvrière, que nous travaillions ou non et notre unité doit se constituer sur la base des nécessités concrètes de la vie, la liberté et la recherche du bonheur, si ça signifie encore quelque chose pour quelqu'un. Pour que les problèmes qui existent puissent être résolus, cette unité doit être basée sur des choses concrètes comme la survie des gens, et leur droit à l'autodétermination. En résumé, il ne s'agit donc pas d'une lutte raciale et nous en ferons rapidement prendre conscience aux gens. Pour nous, il s'agit d'une lutte de classe entre la classe ouvrière prolétarienne qui regroupe la masse, et la minuscule minorité qu'est la classe dirigeante. Les membres de la classe ouvrière, quelle que soit leur couleur, doivent s'unir contre la classe dirigeante qui les opprime et les exploite. Et laissez-moi encore insister: Nous croyons que notre combat est une lutte de classe et non pas une lutte raciale. »

Extraits de "A l'affût - Histoire du Parti des Panthères noires et de Huey Newton" par Bobby Seale, Collection Témoins Gallimard, 1972 (édition française)

Bibliographie

  • Bobby Seale. (1968). Seize the time. Black Classic Press; Réimpression (septembre 1997).
  • Panthère noire (Soul on Ice), Cleaver Eldridge, Paris, Editions du Seuil, 1970, coll. « Combats », 219 p.
  • Earl Anthony, Prenons les armes !, Présence africaine, 1971.
  • George Jackson, Les Frères de Soledad, Gallimard, 1971.
  • A l’affût. Histoire du parti des Panthères noires et de Huey Newton, Seale Bobby, Paris, Gallimard, 1972, 369 p.
  • John Lewis. (1998). Walking with the Wind. Simon and Schuster. ISBN0684810654, p. 353.
  • Les Panthères Noires, Tom Van Eersel, L'Echappée, 2006
  • Black Panthers, Stephen Shames et Charles E. Jones, La Martinière, 2006, 152 p.
  • We want freedom, Mumia Abu-Jamal, Le temps des cerises, 2006, 260 p.
  • Jeffrey Ogbonna Green Ogbar, Black Power : Radical Politics and African American Identity, JHU Press, 2005, ISBN 978-0801882753
  • Les Panthères noires parlent, Paris : Maspero, 1971

Filmographie

  • Black Panthers - Huey!, Varda Agnes, États-Unis, 1968, 46 mn.
  • Eldridge Cleaver, Black Panther, Klein William, Alger, ONCIC, 35 mm, couleur, 75 mn, 1970.
  • All power to the People: The Black Panther Party and Beyond, Lew-Lee Lee, Etats-Unis, 1996, 1 h 56 mn.
  • Black Panthers, Case Georges, États-Unis, 1991, 80 mn.
  • Panther, Mario Van Peebles, Angleterre / États-Unis 1995 124 min.
  • What We Want, What We Believe: The Black Panther Party Library, Newsreel et Roz Payne, Etats-Unis, 12 heures, 4 DVD.

Notes et références

  1. Tom Van Eersel, Panthères noires. Histoire du Black Panther Party, Paris : Éditions l’Échappée, 2006, p. 33.
  2. Jeffrey Ogbonna Green Ogbar, Black Power : Radical Politics and African American Identity, JHU Press, 2005, p. 96.
  3. Ogbar (2005), p. 126.
  4. Van Eersel (2006), p. 33 et s.
  5. Van Ersel (2006), p. 34.
  6. Van Eersel (2006), p. 34.
  7. Van Eersel (2006), p. 43.
  8. Philip F. Soner, « Introduction » à Les Panthères noires parlent, Paris : François Maspero, 1971, p. 16.
  9. Nicole Bacharan, Histoire des Noirs américains au XXe siècle, Editions Complexe, Paris, 1994, p. 187.
  10. Nicole Bacharan (1994), p. 187.
  11. Henry Hampton et Steve Fayer, Voices of freedom. An oral history of the civil rights movement from the 1950s to the 1980s, New York : Bantam Books, 1990, p. 277. Cité dans Nicole Bacharan (1994), p. 188.
  12. Van Eersel (2006), p. 51.
  13. Nicole Bacharan (1994), p. 196.
  14. Van Eersel (2006), p. 58.
  15. Van Eersel (2006), p. 60
  16. Soner (1971), p. 23.
  17. Ogbar (2005), p. 88.
  18. Ogbar, p. 88.
  19. Bacharan (1994), p. 197
  20. Bacharan (1994), p. 197.
  21. Soner (1971), p. 25.
  22. Soner (1971), p. 26.
  23. Van Eersel (2006), p. 134.
  24. Van Eersel (2006), p. 130.

Voir aussi

Lien interne

Liens externes

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