Régularité maçonnique

Régularité maçonnique

Depuis ses origines, la franc-maçonnerie utilise le mot « régulier » comme synonyme de « légitime[1] », le terme français venant du mot anglais « regular » qui signifie dans ce contexte « normal », « standard », « ordinaire » ou « habituel[2] ».

C'est pourquoi toutes les obédiences maçonniques se considèrent elles-mêmes comme « régulières[3] » dans les querelles qui les opposent sur la question de la régularité maçonnique, laquelle trouve son origine dans la nécessité, pour chacune d'entre elles, de définir à quelles conditions elle peut reconnaître les autres comme légitimes, exemptes de déviations graves et authentiquement maçonniques.

Dans de nombreuses obédiences, ces conditions prennent souvent la forme de listes de « Basic Principles », de « landmarks » ou de « règles » marquant les limites au-delà desquelles la pratique maçonnique d'une autre obédience sera considérée par elles comme déviante et inauthentique.

Sommaire

Généralités

Les discussions concernant ces règles de légitimité sont très variées et complexes. Du point de vue strictement historique, on notera d'ailleurs que la question de la régularité ne commence à se poser que lorsque deux tendances (aujourd'hui : deux obédiences) au moins se discernent ; tant qu'il n'en existe qu'une celle-ci se considère évidemment comme régulière. C'est le cas lorsque la tendance qui émerge en 1717 à Londres, vient concurrencer la plus ancienne formée au XVIIe siècle sous l'influence des partisans de la dynastie des Stuarts[4]. Alors, en écho d'un clivage politique, apparaît la première querelle de régularité, au sens où les francs-maçons se réclamant de Londres (Hanovriens), contestent les autres (Jacobites), et réciproquement. Cette opposition est vite observable en France où l'on épouse plutôt la cause jacobite, car en 1737 un magistrat d'Epernay souvent en séjour à Paris, Philippe-Valentin Bertin du Rocheret, qualifie sa loge de "plus régulière de France", ayant été constituée par le grand maître jacobite de l'époque, le comte Charles Radcliffe of Derwentwater[5]. Toutefois, en analyse contemporaine quelques thèmes sont prédominants et deux groupes principaux sont en présence:

Groupe dit des « Obédiences régulières »

À quelques nuances près, les obédiences du premier groupe exigent:

  • La croyance en Dieu, à des degrés divers, allant de la « Foi en Dieu » pour certaines, à la simple « croyance en l'existence d'un Être Suprême » pour d'autres.
  • La présence d'un livre sacré dit Volume de la Sainte loi (Bible, Torah, Coran, Granth, etc.) dans la loge.
  • L'interdiction de toutes discussions politiques ou religieuses en loge.
  • L'interdiction de tout contact avec les obédiences féminines ou mixtes.

Elles se dénomment le plus souvent elles-mêmes « régulières », c'est-à-dire « légitimes » par opposition aux autres qu'elles jugent « irrégulières ». Elles appartiennent presque toutes au groupe des obédiences reconnues par la Grande Loge unie d'Angleterre.

Mécanismes de reconnaissance et de régularité en Amérique du Nord

La conférence des grands-maîtres d'Amérique et du Canada a créé en 1951 la "Commission on Information for Recognition" qui évalue la régularité des obédiences du monde entier en fonction de 3 critères:

  1. Légitimité des origines.
  2. Exclusivité de la juridiction territoriale, ou sinon par consensus ou entente mutuelle.
  3. Adhésion aux anciens devoirs, surtout en ce qui concerne la croyance en Dieu, la présence du Volume de la Loi sacrée en loge et l'interdiction formelle de toute discussion religieuse ou politique en loge.

Cette commission échange des informations avec toutes les obédiences régulières du monde.

Groupe dit des « Obédiences libérales »

À quelques nuances près, les obédiences du second groupe rejettent les exigences du premier groupe et de plus, contrairement à lui:

  • Reconnaissent la légitimité des francs-maçonneries féminines et mixtes.
  • Refusent de reconnaître les obédiences qui pratiquent une ségrégation religieuse[6] ou raciale[7] dans le recrutement de leurs membres.

Elles se dénomment souvent elles-mêmes « libérales[8] » ou « adogmatiques », par opposition aux autres, qu'elles jugent « dogmatiques ». Elles appartiennent souvent au groupe des obédiences reconnues par le Grand Orient de France et/ou par le CLIPSAS.

Autres obédiences

Il existe également d'assez nombreuses obédiences dont les caractéristiques ne permettent de les classer dans aucun de ces deux groupes.

Contestations de terminologie

Le débat est souvent compliqué par des questions sémantiques:

  • Les obédiences du groupe dit « libéral » n'acceptent pas de reconnaître la qualification de « régulier » au premier groupe, car ce serait accepter par contrecoup pour elles-mêmes le qualificatif de « non-régulier ».
  • À l'inverse, les obédiences du groupe dit « régulier » n'acceptent pas que l'autre groupe s'intitule « adogmatique » ou « libéral », car ce serait admettre par contrecoup qu'elles-mêmes ne le seraient pas.

Régularité, reconnaissance et intervisites

La question de la régularité est parfois confondue avec celle de la reconnaissance mutuelle entre obédiences bien qu'elle en soit distincte aux yeux des spécialistes[1]:

En effet, pour prendre un exemple, telle obédience admettra que telle autre obédience a une pratique maçonnique qui est en tous points conforme à ses propres conceptions, "landmarks" (éventuellement récents) ou "critères de régularité" (supposés inchangés depuis les Anciens Devoirs), mais ne lui accordera cependant pas sa "reconnaissance" pour d'autres raisons.

Dans l'histoire récente, on a vu ainsi des obédiences refuser ou retirer leur "reconnaissance" à d'autres:

  • Pour des raisons d'exclusivité territoriale, certaines obédiences ne reconnaissant qu'une seule autre obédience par pays.
  • Pour des raisons de discrimination, devenues à leurs yeux inconciliables avec la morale, même si les "Anciens Devoirs" ou les anciens "landmarks" n'interdisaient pas autrefois les discriminations.
  • Voire parfois pour des raisons de contentieux financier.

La reconnaissance d'une obédience par une autre conditionne presque toujours la possibilité de visites mutuelles en loge, même si, dans la pratique, les interdictions théoriques de visites mutuelles sont parfois contournées.

Par ailleurs, il n'est pas rare que des obédiences maçonniques qui ne se reconnaissent pas mutuellement puissent avoir néanmoins des relations de coopération mutuelles en des occasions particulières, par exemple pour partager des locaux ou pour organiser des expositions muséologiques.

Origine et évolution du concept de régularité maçonnique

Si le concept assez large et complexe de « régularité maçonnique » est relativement récent, l'adjectif « régulières » (en anglais « regular ») dans l'expression « loges régulières » apparaît dès les premiers conflits évoqués ci-dessus entre francs-maçons hanovriens et francs-maçons jacobites. On l'emploie pour distinguer les loges que l'on juge comme étant d'origine légitime, des autres, jugées illégitimes par le locuteur[9], étant entendu que la notion "d'origine" appelle elle-même une discussion. De fait, en dépit des exhortations à la neutralité politique, ni les partisans des Stuarts, précurseurs des loges européennes, ni leurs rivaux Hanovriens ne peuvent s'empêcher de concevoir leurs propres activités en référence au(x) souverain(x) dont ils se considèrent les sujets. Pour les uns ou les autres il n'y a légitimité d'une loge, donc régularité, que si elle a été reconnue (constituée) dans l'espace où ils sont dominants. À cet égard, il ne faut jamais oublier qu'en 1688-1689, la révolution qui se produit en Angleterre est à l'origine du clivage entre ces deux factions britanniques. Les partisans des Stuarts sont chassés de Grande-Bretagne et viennent se réfugier en France à la suite de leur roi Jacques II (d'où le qualificatif de Jacobites), et ce sont eux qui marquent de leur empreinte la franc-maçonnerie française. Leur influence persistera nettement jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, voire jusqu'en 1766 qui voit la disparition à Rome de Jacques III, fils de Jacques II. Ce qui n'est évidemment pas le cas de leurs vainqueurs qui, après la disparition de Guillaume d'Orange, puis l'intermède du règne d'Anne Stuart, épousent en 1714 la cause de George Ier de Hanovre et de son fils George II[10].

Pour certains, qui jugent plutôt le fonctionnement d'une loge ou d'une obédience en interne, sans considération politique, le mot doit être davantage compris dans le sens anglais ("regular", c’est-à-dire "normal") que par rapport à l'idée d'une règle au sens latin des ordres monastiques. Dans ce cas, il recouvre une notion beaucoup plus ancienne qui n'est pas exactement superposable à celle des landmarks, puisqu'elle fait référence aux "Anciens Devoirs", c’est-à-dire aux anciennes règles de métier des corporations de maçons. Or ces règles:

  • Ne sont pas toujours directement transposables, sans une interprétation métaphorique, à la franc-maçonnerie moderne, dite "spéculative". C'est par exemple le cas des règles qui régissaient le paiement des travaux ou l'interdiction d'employer sur les chantiers de l'époque des travailleurs handicapés.
  • Ont toujours été en partie différentes selon les époques et les régions.
  • Furent "refondues" à l'époque d'Anderson, dans une synthèse qui fut contestée dès son origine (conflit des "Antients" et des "Moderns").

La plupart des obédiences se sont par la suite plus ou moins accordées au fil du temps sur un ensemble de règles, formulées de manière suffisamment souple, et parfois dénommées « critères de régularité ». On est ainsi passé d'une qualification (loges dites « régulières »), basée sur un simple jugement de valeur exprimé comme tel, à la recherche d'un concept articulé autour de critères objectifs: la « régularité maçonnique ».

La question de la régularité prend une dimension nouvelle en 1877, avec la résolution passée par le Conseil Suprême de la loge d'Angleterre qui interdit toute alliance, ou relation maçonnique avec le Grand Orient de France, au motif que ce dernier ne requiert plus de profession de foi dans l'existence de Dieu de la part de ses candidats à l'admission[11].

De nos jours, les obédiences du courant "principal" s'accordent généralement soit sur la liste de critères promulguée par la Grande Loge Unie d'Angleterre, dans sa version de 1929 ou dans celle, légèrement différente, de 1989, soit sur la base des trois principaux landmarks formulés par les Grandes Loges des États-Unis dans les années 1950.

D'autres obédiences, tout en accordant une grande importance à cette question de la régularité, ajoutent ou retranchent certaines choses à leurs propres listes de "critères de régularité". C'est par exemple le cas de celles qui n'acceptent les Anciens Devoirs que dans les strictes limites de la version donnée par Anderson, en 1723. Ainsi par exemple, les loges de ces obédiences demanderont à leur Grand Maître une dispense (toujours accordée dans la pratique) chaque fois qu'elles voudront initier une personne handicapée. À l'inverse, d'autres obédiences considèrent comme un critère traditionnel de régularité l'interdiction des discriminations religieuses ou raciales, se référant à l'esprit de tolérance manifesté dans les Constitutions d'Anderson plus qu'à sa lettre.

Le concept de landmark dans la franc-maçonnerie américaine

Selon les constitutions de la Grande Loge de Londres, publiées en 1723, « Chaque Grande Loge annuelle détient le pouvoir et l'autorité de créer de nouvelles règles ou de les modifier, pour le bien de l'ancienne fraternité, à condition de toujours préserver soigneusement les anciens "Land-Marks ». Toutefois, ces landmarks ne furent jamais définis de quelque manière que ce soit. La première tentative de le faire fut celle du Docteur Albert Mackey, aux États-Unis, en 1856.

Dans le contexte de l'époque, la franc-maçonnerie américaine permettait à ceux de ses membres qui participaient à la Conquête de l'Ouest de trouver aide et secours dans leurs dangereux voyages. La question de la reconnaissance mutuelle entre les Grandes Loges des différents États, et donc celle des secours entre leurs membres ainsi que celle de l'assistance à leurs éventuels veuves et orphelins était donc parfois d'une importance vitale[12].

Albert Mackey posa le principe de trois caractéristiques essentielles pour qu'une règle soit reconnue comme landmark:

  1. Être une notion reconnue comme d'ancienneté immémoriale
  2. Être universel
  3. Être absolument irrévocable

Il proclama en avoir identifié 25. Toutefois, d'autres auteurs, en reprenant ses travaux et en conservant les mêmes principes, en publièrent des listes différentes. Ainsi, en 1863, George Oliver en publia une liste de 40 sous le nom de « Trésor de la franc-maçonnerie ». Au cours du XXe siècle plusieurs Grandes Loges des États-Unis décidèrent de publier ce qu'elles considéraient comme leurs landmarks. Leur nombre varie, de 7 (pour la Virginie) à 54 (pour le Kentucky), en passant par de nombreuses valeurs intermédiaires, par exemple 10 pour le New Jersey et 39 pour le Nevada.

D'autres auteurs ont proposé d'autres versions. Ainsi Joseph Fort Newton donne une définition plus simple et synthétique:

« La paternité de Dieu, la fraternité des hommes, la loi morale, la règle d'or et l'espérance en la vie éternelle. »

Pour Roscoe Pound, il y a six landmarks:

  1. Croire en un Être suprême.
  2. Croire en la persistance de la personnalité[13].
  3. La présence indispensable d'un « livre de la loi » parmi les objets utilisés en loge.
  4. La légende d'Hiram au troisième degré.
  5. Le symbolisme faisant référence à l'art de bâtir.
  6. Le fait que tous les membres de l'obédience soient des hommes, nés libres[14], et d'âge mûr.

Dans les années 1950 la « Commission d'information pour les questions de reconnaissance de la conférence des grands-maîtres francs-maçons d'Amérique du Nord » (Commission for Information for Recognition of the Conference of Grand Masters of Masons in North America) proposa de ramener ces landmarks à trois[15]:

  1. Monothéisme: Une foi inaltérable et continue en Dieu.
  2. Présence du « Volume de la Loi Sacrée » (la Bible) dans la loge.
  3. Interdiction des toutes discussions politiques ou religieuses.

Les basics principles de la Grande Loge unie d'Angleterre

Charles Cousin, Président du Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France, écrivit le 28 novembre 1884 au Prince de Galles, Grand Maître de la Grande Loge Unie d'Angleterre, pour déplorer la « situation regrettable ... faite aux Maçons français par les Ateliers soumis à la juridiction de la Grande Loge d'Angleterre ». Il reçut quelques semaines plus tard du Grand Secrétaire Shadwell H. Clerke une réponse courtoise:

« ...mais la Grande Loge d'Angleterre soutient et a toujours soutenu que la croyance en Dieu est la
première grande marque de toute vraie et authentique Maçonnerie, et qu'à défaut de cette croyance
professée comme le principe essentiel de son existence, aucune association n'est en droit de se
réclamer de l'héritage des traditions et des pratiques de l'ancienne et pure Maçonnerie. L'abandon
de ce Landmark, dans l'opinion de la Grande Loge d'Angleterre, supprime la pierre fondamentale de
tout l'édifice maçonnique[16]... »

En 1929, époque où l'Empire britannique connaît une crise importante et cherche des repères, la Grande Loge unie d'Angleterre publie ses « Principes de base pour la reconnaissance par elle d'une autre Grande Loge », plus communément appelés « basic principles ».

Ils permettront par la suite à de nombreux auteurs de cristalliser les oppositions de la franc-maçonnerie mondiale en deux camps principaux bien distincts:

  • Les Grandes Loges qui seront reconnues par la Grande Loge Unie d'Angleterre (elles lui reconnaîtront en contrepartie la prééminence en tant que "Loge Mère du Monde")
  • ... et toutes les autres.

Ce groupement mondial d'obédiences pour la plupart de langue anglaise, très souvent situées dans les anciennes colonies britanniques, et réunies autour de principes communs, à égalité de droits bien qu'en conservant une préséance particulière pour l'obédience britannique présente de nombreuses similitudes avec le développement du Commonwealth dans les années 1920.

Rédaction de 1929

La rédaction de 1929 des Basic Principles est la suivante:

«  Le Très Respectable Grand Maître ayant exprimé le désir que le Bureau établisse une déclaration des Principes de Base sur lesquels cette Grande Loge puisse être invitée à reconnaître toute Grande Loge qui demanderait à être reconnue par la Juridiction Anglaise, le Bureau des Propositions Générales a obéi avec joie. Le résultat, comme suit, a été approuvé par le Grand Maître, , et formera la base d'un questionnaire qui sera retourné à l'avenir à chaque Juridiction qui demandera la reconnaissance Anglaise. Le Bureau souhaite que non seulement ces obédiences, mais plus généralement l'ensemble de tous les Frères de la Juridiction du Grand Maître, soient entièrement informés de ces Principes de Base de la Franc-maçonnerie auxquels la Grande Loge d'Angleterre s'est tenue tout au long de son histoire.

  1. Régularité d'origine; c'est-à-dire que chaque Grande Loge doit avoir été établie légalement par une Grande Loge dûment reconnue ou par trois Loges ou plus régulièrement constitués.
  2. Que la croyance en le Grand Architecte de l'Univers et en Sa volonté révélée soient une condition essentielle de l'admission des membres.
  3. Que tous les initiés prennent leurs Obligations sur, ou en pleine vue, du Volume de la Loi Sacrée ouvert, de manière à symboliser la révélation d'en haut qui lie la conscience de l'individu particulier qui est initié.
  4. Que les membres de la Grande Loge et des Loges individuelles soient exclusivement des hommes, et qu'aucune Grande Loge ne doit avoir quelque relation maçonnique que ce soit avec des Loges mixtes ou des obédiences qui acceptent des femmes parmi leurs membres.
  5. Que la Grande Loge aient un juridiction souveraine sur les Loges qui sont sous son contrôle; c'est-à-dire qu'elle soit une organisation responsable, indépendante, et gouvernée par elle-même, disposant de l'autorité unique et indiscutée sur les Degrés du Métier ou Symboliques (Apprenti, Compagnon et Maître) au sein de sa juridiction; et qu'elle ne dépende ni ne partage en aucune manière son autorité avec un Suprême Conseil ou un autre Pouvoir qui revendiquerait quelque contrôle ou supervision que ce soit sur ces degrés.
  6. Que les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie (à savoir le Volume de la Loi Sacrée, l'Equerre et le Compas) soient toujours exposées quand la Grande Loge ou ses Loges subordonnées sont au travail, la première d'entre elles étant le Volume de la Loi Sacrée.
  7. Que la discussion de sujets politiques ou religieux soit strictement interdite au sein de la Loge.
  8. Que les principes des Anciens Landmarks, des coutumes et des usages de la Fraternité soient strictement observés. »

Rédaction de 1989

En 1989, une version légèrement différente des basic principles est adoptée:

«  La Franc-maçonnerie est pratiquée sous l'autorité de nombreuses Grande Loges indépendantes dont les principes et les normes sont similaires à ceux établis par la Grande Loge Unie d'Angleterre tout au long de son histoire.

Normes

Pour être reconnue par la Grande Loge Unie d'Angleterre, une Grande Loge doit respecter les normes suivantes:

  1. Elle doit avoir été légalement constituée par une Grande Loge régulière ou par trois Loges particulières ou plus, si chacune d'entre elles a été légitimée par une Grande Loge régulière.
  2. Elle doit être véritablement indépendante et autonome, et avoir une autorité incontestée sur la Franc-maçonnerie du Métier - ou de base - (c'est-à-dire les degrés symboliques d'Apprenti, de Compagnon et de Maître) au sein de sa juridiction, et ne pas être sous la dépendance, ni partager son pouvoir en aucune manière avec aucun autre organisme Maçonnique.
  3. Les Francs-Maçons placés sous sa juridiction doivent croire en un Être Suprême.
  4. Tous les Francs-Maçons placés sous sa juridiction doivent prendre leurs Obligations sur ou en pleine vue du Volume de la Loi Sacrée (qui est la Bible) ou sur le livre qui est considéré comme sacré par l'homme concerné.
  5. Les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie (qui sont le Volume de la Loi Sacrée, l'Equerre et le Compas) doivent être exposés quand la Grande Loge ou ses Loges Subordonnées sont ouvertes.
  6. Les discussions politiques et religieuses doivent être interdites dans ses Loges.
  7. Elle doit adhérer aux principes établis (les "Anciens Landmarks") et aux coutumes du Métier, et insister pour qu'ils soient observés au sein de ses Loges.
Grandes Loges irrégulières ou non-reconnues

Il existe quelques soi-disant obédiences Maçonniques qui ne respectent pas ces normes, par exemple qui n'exigent pas de leur membres la croyance en un Être Suprême, ou qui encouragent leurs membres à participer en tant que tels aux affaires politiques. Ces obédiences ne sont pas reconnues par la Grande Loge Unie d'Angleterre comme étant Maçonniquement régulières, et tout contact Maçonnique avec elles est interdit. »

Clarification de 2007

En 2007, le Pro-Grand Maître de la GLUA a clarifié la position britannique sur les sujets de reconnaissance[17].

Dans son allocution devant les représentants d'obédiences européennes reconnues par la Grande Loge Unie d'Angleterre et d'obédiences non reconnues, mais respectant la tradition et les règles de la franc-maçonnerie il a précisé que:

  • Plusieurs obédiences peuvent être considérées comme régulières dans chaque pays ou région. Il n'appartient pas à la GLUA d'en juger au préalable, mais à l'obédience reconnue et à ces dernières de s'entendre.
  • La reconnaissance par une obédience reconnue d'une autre obédience n'implique absolument pas la reconnaissance de la GLUA...
  • ... Par conséquent une obédience reconnue par la GLUA peut parfaitement reconnaitre des obédiences non reconnues par la GLUA

Par cette clarification le Pro GM a ainsi mis dos à dos les obédiences qui rejetaient sur la GLUA les sujets liés à la "Régularité" et a souligné que les sujets de reconnaissance entre obédiences traditionnelles étaient souvent d'ordre politique et non pas qualitatifs.

Autres groupes de reconnaissance mutuelle

Il existe de nombreux autres groupes de reconnaissance mutuelle. La plupart sont fondés sur des principes qui, comme ceux des basic principles ou comme les landmarks, se veulent symboliquement immuables, mais évoluent pourtant, au moins dans leur formulation, au cours du temps. La plupart du temps, ces autres groupes ne font pas directement référence au terme de « régularité maçonnique ». Cependant, toutes les obédiences qui les composent se considèrent elles-mêmes comme « régulières », le plus souvent par référence à l'esprit des Constitutions d'Anderson.


Le CLIPSAS

Le CLIPSAS (Centre de Liaison et d'Information des Puissances Maçonnique Signataires de l'Appel de Strasbourg) a été constitué le 22 janvier 1961 à l'appel du Grand Orient de France et de onze autres puissances maçonniques souveraines[18] qui, émus par l'intransigeance et les exclusives qu'ils estimaient abusives de certaines autres obédiences, lancèrent un appel à toutes les maçonneries du monde afin de les réunir dans le respect de leur souveraineté, de leurs rites et de leurs symboles.

Les principes fondamentaux de ce groupe d'obédiences diffèrent des basic principles anglais et des landmarks nord-américains sur deux points essentiels:

  • Le principe d'une nécessaire foi en Dieu (ou similaire) est remplacé par celui d' « absolue liberté de conscience ».
  • Ce groupe n'interdit pas la reconnaissance des obédiences féminines ou mixtes.

Pour ce groupe, les principes essentiels permettant de reconnaître la qualité maçonnique d'une loge sont:

  1. Sa constitution par un nombre minimum de 7 membres.
  2. L'utilisation d'un rituel faisant référence aux symboles des bâtisseurs.
  3. La présence dans la loge des colonnes J & B, de l'équerre et du compas (la présence d'un volume de la loi sacrée étant possible mais pas obligatoire), des outils du degré, et du pavé mosaïque.
  4. La pratique des trois degrés symboliques: Apprenti, Compagnon et Maître.
  5. La nécessité de n'admettre que des frères ou sœurs initiés dans une loge (ainsi) régulièrement constituée

L'AMIL

L'Association maçonnique intercontinentale libérale (AMIL), a été créée en 1996 lorsque le Grand Orient de France a quitté le CLIPSAS.Son siège est à Bruxelles[19].


Elle regroupe actuellement 7 obédiences:

  • Grand Orient de Belgique,
  • Grand Orient de France,
  • Grande Loge traditionnelle et symbolique Opéra,
  • Fédération française du droit humain,
  • Grande Loge française du rite ancien et primitif de Memphis Misraïm,
  • Grande Loge mixte de France,
  • Grande Loge féminine de Suisse.

Le SIMPA

Le Secrétariat international des puissances maçonniques adogmatiques (SIMPA) a été fondé en 1998[20].

Le CLIMAF

Le CLIMAF (Centre de Liaison International de la Franc-maçonnerie Féminine) a été fondé en 1982[21].

Son objectif est de créer, pour les Obédiences-membres un espace de réflexion, d'échanges, voire d'actions communes, en vue de promouvoir les valeurs de la Franc- Maçonnerie universelle en général, de la Franc- Maçonnerie féminine en particulier.

Ses membres actuels sont:

  • La Grande Loge Féminine d'Allemagne
  • La Grande Loge Féminine de Belgique
  • La Grande Loge Féminine d'Espagne
  • La Grande Loge Féminine de France
  • La Grande Loge Féminine d'Italie
  • La Grande Loge Féminine du Portugal
  • La Grande loge Féminine de Suisse

La Confédération des Grandes Loges Unies d’Europe (GLUE)

La Confédération des Grandes Loges Unies d’Europe (GLUE) a été fondée le 18 juin 2000 par un traité d’union signé par trois grandes loges. Elle est actuellement composée de onze obédiences.

L'Espace Maçonnique Européen (EME)

La structure dénommée “Espace Maçonnique Européen” a été mise en place en septembre 2002, sous l’égide du GODF, la GLDF et la GLFF.

Elle a pour objet “la défense et le développement des valeurs et des principes dont la maçonnerie est I’héritière vigilante : la dignité, la liberté et l’égalité des droits des êtres humains ainsi que l’amélioration sociale, économique, culturelle et politique des sociétés, en particulier le renforcement de la démocratie, la promotion de la laïcité entendue comme liberté absolue de conscience et séparation institutionnelle des cultes et des Etats ; la promotion d’une Europe démocratique de plus grande justice et de solidarité plus réelle ”.

La liste des pays dont les Obédiences adhérentes font partie est la suivante : France, Belgique, Autriche, Luxembourg, Suisse Italie, Roumanie, Espagne, Grèce, Allemagne, Tchéquie, Pologne, Hongrie, Turquie, Portugal, Pays-Bas et Haïti. La liste des Obédiences figure ci-dessous.

  1. Ordre maçonnique mixte international « le Droit humain »
  2. Grand Orient de France
  3. Grande Loge de France
  4. Grande Loge féminine de France
  5. Grossorient von Osterreich
  6. Fédération belge du Droit Humain
  7. Grand Orient de Belgique
  8. Grande Loge de Belgique
  9. Grande Loge féminine de Belgique
  10. Grande Loge symbolique d’Espagne
  11. Fédération française du Droit Humain
  12. Grande Loge féminine de Memphis-Misraïm
  13. Grande Loge mixte de France
  14. Grande Loge Mixte Universelle
  15. Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra
  16. Loge Nationale française
  17. Sérénissime Grand Orient de Grèce
  18. Grand Orient de Hongrie
  19. Gran Loggia d’Italia degli A. L. A. M.
  20. Grand Orient italien
  21. Grand Orient du Luxembourg
  22. Grand Orient de Pologne
  23. Grand Orient de Suisse
  24. Grande Loge féminine de Suisse
  25. Grande Loge libérale de Turquie
  26. Fédération autrichienne du Droit Humain
  27. Grand Orient de Lusitanie
  28. Grande Loge mixte des Pays-Bas
  29. Fédération suisse du Droit Humain
  30. Grossloge A.F.A.M. von Deutschland
  31. Souverain Grand Orient d’Allemagne
  32. Grand Orient tchèque (Dissout en 2007)

Le groupe de la « Maçonnerie française »

Le 20 février 2002, à Paris, les présidents de 9 obédiences françaises:

  1. Grand Orient de France,
  2. Fédération française de l'Ordre maçonnique mixte international le Droit humain,
  3. Grande Loge de France
  4. Grande Loge féminine de France,
  5. Grande Loge traditionnelle et symbolique Opéra,
  6. Grande Loge féminine de Memphis-Misraïm,
  7. Loge nationale française,
  8. Grande Loge mixte universelle,
  9. Grande Loge mixte de France

signèrent le texte fondateur de la « Maçonnerie française ».

La Grande Loge de France s'est retirée de ce groupe en 2006.

«  [...] À l'écart des controverses partisanes, engagées dans une démarche initiatique qui émancipe les consciences, les obédiences maçonniques françaises affirment en commun :

  • La primauté d'un parcours équilibré entre démarche initiatique, pratique d'une méthode symbolique et engagement citoyen et social ;
  • Le rejet de tout dogmatisme et de toute ségrégation ;
  • Le refus de tous les intégrismes et de tous les extrémismes ;
  • La volonté de travailler à l'amélioration de la condition humaine, aux progrès des libertés individuelles et collectives :
  • La défense et la promotion de la liberté absolue de conscience, de pensée, d'expression et de communication ;
  • La défense et la promotion de la laïcité, liberté essentielle qui permet toutes les autres ;
  • La recherche du dialogue pour la paix, la fraternité et le développement

Elles décident de travailler ensemble à l'amélioration de l'Homme et de la Société. »

Controverses

Les controverses autour du concept de régularité sont très nombreuses entre obédiences maçonniques: L'adjectif « régulière » étant en franc-maçonnerie synonyme de « légitime », toutes les obédiences se considèrent elles-mêmes comme régulières et qualifient d'« irrégulières » celles qu'elles estiment illégitimes.

Le conflit est particulièrement vif et complexe lorsque coexistent dans un même pays plusieurs obédiences maçonniques qui ont des conceptions fort proches de la régularité maçonnique et lorsque l'enjeu est la reconnaissance par l'un des deux principaux groupes mondiaux d'obédiences.

C'est notoirement le cas en France entre la Grande Loge de France (GLDF) et la Grande Loge nationale française (GLNF): Ces deux obédiences ont des conceptions et des pratiques assez proches et sont de dimensions semblables. Or la seconde est la seule qui soit reconnue par l'ensemble des Grandes Loges du courant principal (Mainstream) et elle met volontiers en exergue cette exclusivité qui la rend plus attractive que sa concurrente aux yeux des francs-maçons qui souhaitent pouvoir bénéficier de contacts maçonniques lors de leurs voyages dans les pays du Commonwealth et aux États-Unis. La première, n'a jamais voulu se couper totalement du Grand Orient de France et de la tradition maçonnique française, qui privilégie l'esprit de tolérance au détriment du respect de la lettre des textes issus de l'obédience hanovrienne et qui, pour cette raison, se révèle volontiers frondeuse face aux exigences des franc-maçonneries anglaises ou américaines. Elle paye ce non-alignement d'un relatif isolement international dont elle tente de sortir en défendant avec vigueur ses conceptions, par exemple à l'occasion de conférences des Grands Maîtres des États-Unis, ou lors de son éphémère participation au groupe d'obédiences dénommé « la Maçonnerie française ».

D'un strict point de vue historique, reste à considérer que l'antériorité d'une obédience suffit à garantir sa régularité. Cependant, aussi avec le temps, cette obédience peut disparaître ou subir des métamorphoses. Dès lors, l'apparition d'une obédience distincte au moins, qui elle-même connaît un développement, aboutit à déplacer le débat sur un autre plan, celui de l'idéologie. En effet, la question la plus sensible en franc-maçonnerie est celle de la tradition. Tout cheminement initiatique se fonde sur un désir de reproduire des schémas traditionnels (d'où l'importance des invariants dans les rites pratiqués). Quelle obédience peut se déclarer la plus apte à continuer l'œuvre de lointains pionniers qui ne sont plus de ce monde ? Question quasi préjudicielle au cœur des loges actuelles. Question d'héritage. Elle se double d'une question éthique: en quoi l'épithète de "maçons irréguliers" est-elle conforme avec les maximes qui prônent la fraternité "universelle" ?

Voir aussi

Ressources bibliographiques

Ouvrages utilisés pour la rédaction de cet article

  • Collectif, Franc-maçonnerie, avenir d'une tradition, Musée des Beaux-Arts de Tours, 1997 (ISBN 2-84099-061-X) 

Autres ouvrages faisant autorité dans ce domaine

Articles connexes

Liens et documents externes

Références et notes

  1. a et b cf Alain Bernheim, document web cité en bibliographie
  2. COLLINS & ROBERT, French Dictionary, 2004, p. 1953
  3. Y compris le Grand Orient de France, qui se définit ainsi dès l'introduction de son site web.
  4. Sur les influences propres aux Stuart au XVIIe siècle, voir entre autres les travaux de Marsha Keith Schuchard aux États-Unis et en Grande-Bretagne, particulièrement Restoring the Temple of Vision: Cabalistic. Freemasonry and Stuart Culture, E. J. Brill, Leiden, 2002; ceux d'André Kervella en France, particulièrement La Maçonnerie écossaise dans la France de l'Ancien Régime, éditions du Rocher, Paris, 1997, La Passion écossaise, Dervy, Paris, 2003, et La Légende des Fondations, Dervy, Paris, 2005; Pierre Chevallier a également fourni des aperçus dans le premier volume de son Histoire de la Maçonnerie de la Franc-maçonnerie française aux éditions Fayard, Paris
  5. Bibliothèque Nationale de France, manuscrit français 15176, f° 16 r°; et Kervella André, La Passion écossaise, Dervy 2003,
  6. Il s'agit concrètement des obédiences scandinaves du Rite Suédois qui n'acceptent comme membres que les chrétiens.
  7. Il s'agissait principalement, à l'époque de la Ségrégation raciale et jusque dans les années 1990, de toutes les obédiences blanches, dites à l'époque « caucasiennes », qui n'acceptaient pas les afro-américains parmi leurs membres et refusaient également tout contact avec les obédiences noires (dites de Prince Hall). Leur nombre a considérablement diminué depuis le début des années 1990, mais comprend encore un certain nombre d'obédiences des anciens États confédérés d'Amérique Voir par exemple cette carte.
  8. Les Obédiences Libérales
  9. cf A. Bernheim, site web mentionné en bibliographie.
  10. Kervella, André, La Passion écossaise, op. cit. et La Légende des fondations, Dervy, 2005
  11. "Resolutions Passed by the Supreme Council of England, Declaring Non-Intercourse with the Grand Orient de France", 22 Novembre 1877, in Proceedings of the Supreme Council Norther Masonic Jurisdiction of the United States of America, Binghampton New York, 1878, p. 29., disponible sur Google books
  12. On trouve de nombreux exemples dans les biographies de francs-maçons américains de l'époque publiées par la revue des Philalèthes
  13. Il s'agit probablement là d'une référence à l'immortalité de l'âme, dans une formulation qui se veut dégagée des querelles théologiques.
  14. C'est évidemment la question des anciens esclaves américains qui est ici posée.
  15. Standards adopted for use by The Commission for Information for Recognition of the Conference of Grand Masters of Masons in North America in the 1950's (lien vérifié le 14 juillet 2007).
  16. Gould, History of Freemasonry, Vol. III, p. 26.
  17. Allocution du Pro GM de la UGLE "European Grand Master's Meeting on 5th & 6th November 2007" http://www.ugle.org.uk/static/news/european-speech.htm
  18. Histoire du CLIPSAS (en) (lien vérifié le 14 juillet 2007)
  19. Source: Quid 2007 (Archive, Wikiwix, que faire ?)
  20. cf Tony Pope, document web cité en bibliographie
  21. Source (consulté: 29/07/2007)

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