Ossip Mandelstam

Ossip Mandelstam
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Ossip Mandelstam
О́сип Мандельшта́м
Ossip Mandelstam en 1934,fichier du NKVD après sa première arrestation
Ossip Mandelstam en 1934,
fichier du NKVD après sa première arrestation

Nom de naissance Ossip Emilievitch Mandelchtam
Activités Poète et essayiste
Naissance 15 janvier 1891
Varsovie, Flag of Russia.svg Empire russe
Décès 27 décembre 1938
Camp de transit près de Vladivostok, Drapeau : URSS Union soviétique
Langue d'écriture russe

Ossip Mandelstam (russe : О́сип Эми́льевич Мандельшта́м Ossip Emilievitch Mandelchtam) est un poète et essayiste russe du XXe siècle (Varsovie, 15 janvier 1891Vladivostok, 27 décembre 1938).

Il est l'un des principaux représentants de l'acméisme, dans le cadre de « l'âge d'argent » que la poésie russe connaît peu avant la révolution d'Octobre.

Sommaire

Éléments biographiques

Jeunesse

Mandelstam (à gauche) avec Tchoukovski, Livchits et Annenkov en 1914 (photographie de Karl Bulla)

Ossip Mandelstam naît dans une famille juive peu pratiquante. Son père est un commerçant en maroquinerie et sa mère enseigne le piano. Il est éduqué par des tuteurs et des gouvernantes.

À Saint-Pétersbourg, il suit les cours de la prestigieuse école Tenichev (1900-1907), puis à la Sorbonne à Paris (1907-1908) et en Allemagne (1908-1910), où il étudie la littérature française ancienne à l’Université de Heidelberg (1909-1910). De 1911 à 1917, il étudie la philosophie à l’Université de Saint-Pétersbourg. Mandelstam est membre de la Guilde des poètes à partir de 1911. Ses premiers poèmes paraissent en 1910 dans la revue Apollon.

Il se lie avec Boris Pasternak (lors des funérailles de Lénine).

L'acméisme

Gueorgui Tchoulkov, Maria Petrovikh, Anna Akhmatova, Ossip Mandelstam, dans les années 1930.

Avec Anna Akhmatova et Mikhaïl Kouzmine, il est l'une des principales figures de l'école acméiste fondée par Nikolaï Goumilev et Sergueï Gorodetsky.

En définissant l'acméisme comme « la nostalgie de la culture universelle », il donne la clef de sa propre poésie, qui actualise par la musique du mot l'univers intemporel de la culture pérenne où celui-ci plonge ses racines.

Il rejette le symbolisme russe. C'est pourquoi dans son œuvre une place centrale est accordée au mot considéré comme phénomène acoustique et aussi comme réalité architecturale : « les mots sont des pierres, "voix de la matière" autant que matière de la voix ».

Ses nombreux textes en prose gravitent autour des trois recueils qu’il a écrits : Pierre (en russe Камень, Kamen'), avec lequel il obtient la reconnaissance, paru en 1912 ; Tristia en 1922, qui confirmera son statut de poète, dont les poèmes annoncent avec une ironie tragique, par la référence à Ovide, l’exil au cours duquel il écrira en 1935 et 1937 les Cahiers de Voronèj, son œuvre ultime.

Dans La Quatrième prose, il réplique de façon virulente à une accusation de plagiat dont il est victime. À travers son accusateur Arkadi Gornfeld, c'est l'établissement littéraire stalinien qui est visé. Mandelstam exprime ses convictions les plus profondes sur la nature du travail littéraire avec un style tournoyant où le sens poétique décomplexé scrute à la surface une prose surprise.

L'œuvre de Mandelstam a influencé de nombreux poètes, parmi lesquels Paul Celan qui lui dédie son recueil La Rose de personne, André du Bouchet ou Philippe Jaccottet, et parmi les plus jeunes, Serge Venturini qui lui dédia son premier livre.

Contre-révolutionnaire ?

Ossip Emilievitch Mandelstam, malgré toutes les circonstances malheureuses, ne cessa jamais d’être poète.

Dans les années 1920, Mandelstam pourvoit à ses besoins en écrivant des livres pour enfants et en traduisant des œuvres d'Upton Sinclair, de Jules Romains, de Charles De Coster, entre autres. Il ne compose plus de poèmes de 1920 à 1925, et se tourne vers la prose.

Mandelstam se voit comme un outsider et établit un parallèle entre son sort et celui de Pouchkine. La préservation de la culture traditionnelle prend pour lui un rôle central, et les autorités soviétiques mettent en doute – à raison – sa loyauté vis-à-vis du régime bolchevique.

Quelques années plus tard, alors qu'il est de plus en plus suspecté d'« activité contre révolutionnaire », il part en Arménie (Voyage en Arménie) et revient à la poésie après un silence de cinq ans.

Il poursuit une œuvre douloureusement solitaire et courageusement novatrice dans un climat très hostile et de plus en plus dangereux, comme pour Meyerhold.

À l'automne 1933, il compose un bref poème (une épigramme) contre Staline, Le Montagnard du Kremlin : Et chaque massacre réjouit / L’Ogre Ossète ou bien Nous vivons, sourds au pays en dessous de nous, Dix marches plus bas personne n’entend nos paroles, Mais si nous tentons la moindre conversation Le montagnard du Kremlin y prend part.

Mandelstam fut arrêté pour la première fois en 1934 pour l'épigramme écrite à propos de Staline.

Il fut exilé à Tcherdyne. Après une tentative de suicide, la sentence fut commuée en exil à Voronej, jusqu’en 1937. Dans son Carnet de Voronej (1935-1937), Mandelstam écrit : Il pense en os et ressent avec ses sourcils / Et tente de reprendre forme humaine.

Photos prise par le NKVD après son arrestation en 1938.

Après trois ans d'exil, Mandelstam est arrêté pour activités contre-révolutionnaires en mai 1938 lors de la période des Grandes Purges, et condamné à cinq ans de travaux forcés. Après avoir subi les pires humiliations, il meurt de faim et de froid, du côté de Vladivostok, pendant le voyage qui le conduit dans un camp de transit aux portes de la Kolyma, après avoir subi de multiples privations. Son corps est jeté dans une fosse commune.

Cet immense poète ne sera pleinement connu et enfin reconnu internationalement que dans les années 1970, plus de trente ans après sa mort, à la publication de ses œuvres en Occident et en Union soviétique.

Sa veuve Nadejda Mandelstam publie ses propres mémoires, Espoir contre espoir (1970) et Fin de l’espoir (1974), qui décrivent leur vie et l’ère stalinienne. Cela Contre tout espoir comme l’écrira Nadejda, il aura opposé sa voix, car selon Varlam Chalamov : « il ne vivait pas pour la poésie, il vivait par elle. Et maintenant il était évident, il était clair de façon perceptible que l'inspiration, c'était la vie : il lui était donné de savoir avant de mourir que la vie, c’était l’inspiration, oui, l'inspiration[1]. »

Carte postale de1991 en son honneur.

Œuvres

  • Tristia
  • Pierre
  • De la poésie
  • Tristia et autres poèmes
  • Le Timbre égyptien
  • Poésie Vol. 5, Les cahiers de Voronej
  • Poèmes
  • Lettres
  • Les cahiers de Voronej Vol. 2
  • Le bruit du temps
  • Les cahiers de Voronej Vol. 3
  • Voyage en Arménie
  • Le Bruit du temps
  • La quatrième prose

Citations

  • C’est qu’un poème s’adresse toujours à quelqu’un, à un «destinataire inconnu». (Voir Ievgueni Baratynski)
  • En me privant des mers, de l’élan, de l’envol, Pour donner à mon pied l’appui forcé du sol, Quel brillant résultat avez-vous obtenu, Vous ne m’avez pas pris ces lèvres qui remuent.
  • L'amour et la peur ne connaissent pas d'issue.
  • Il n'est pas rare d'entendre dire : Bon, mais tout cela c'est d'hier. Or je dis que cet hier n'est pas encore venu, qu'il n'a pas réellement existé.

Œuvres disponibles en langue française

  • La rage littéraire, récits traduits du russe et préfacés par Lily Denis, Gallimard, 1972
  • Tristia et autres poèmes, traduit et présenté par François Kérel, Poésie/Gallimard, 1982
  • Physiologie de la lecture, traduit par André Du Bouchet, Fourbis, 1989
  • De la poésie, traduit, présenté et annoté par Mayelasveta, "Arcades", Gallimard, 1990
  • Tristia, présenté et traduit par Michel Aucouturier, "La Salamandre", Imprimerie nationale, Paris, 1994
  • Simple promesse (choix de poèmes 1908-1937), traduit par Philippe Jaccottet, Louis Martinez et Jean-Claude Schneider, La Dogana, 1994
  • Entretien sur Dante, précédé de la Pelisse, traduit par Jean-Claude Schneider ; préface de Florian Rodari, La Dogana, 2002
  • Eté froid & autres textes, traduit par Ghislaine Capogna-Bardet, "Lettres russes", Actes Sud, 2004
  • Les cahiers de Voronej, édition bilingue, traduit par Chritian Mouze, Harpo &, Marseille, 2005
  • Voyage en Arménie, traduit, revu, et corrigé, par André du Bouchet, Mercure de France, 2005
  • La 4e prose et autres textes, textes rassemblés et traduits par André Markowicz, "Titres 13", Christian Bourgois éditeur, 2006
  • Le bruit du temps, traduit par Edith Scherrer, préface de Nikita Struve, "Titres 14", Christian Bourgois éditeur, 2006
  • Le Timbre égyptien, traduit par Georges Limbour et D.S. Mirsky; préface de Ralph Dutli; posface de Clarence Brown, Le Bruit du temps éditions, Paris, 2009
  • Poésie complète de Mandelstam en 4 volumes bilingues (traduction et commentaires de Henri Abril) :
    • Cahiers de Voronej, éd. Circé, 1998
    • Poèmes de Moscou 1930-1934, éd. Circé, 2001
    • Le Deuxième livre, éd. Circé, 2002
    • La Pierre, éd. Circé, 2003

Notes et références

  1. Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma, Cherry-Brandy, Éditions Verdier 2003 (ISBN 2864323524) p. 104

Liens externes

Bibliographie

  • Robert Littell, L'hirondelle avant l'orage, éd. BakerStreet, 2009 (fiction évoquant le parcours de Mandelstam).
  • Marc Weinstein, Mandelstam : jouer-combattre, coll. « Le Bel Aujourd'hui », éd. Hermann, Paris décembre 2010, (ISBN 9782705680190)

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