Jean Philopon

Jean Philopon

Jean Philopon est un philosophe et théologien chrétien, né en Égypte vers 490 et mort vers 575[réf. nécessaire]. Il fut l'élève et l'assistant d'Ammonios, fils d'Hermias directeur de l'école néoplatonicienne d'Alexandrie. On l'appelle aussi Jean le Grammairien, Ioannes Grammaticus et Jean d'Alexandrie. "Philopon" (φιλόπονος) est un surnom, qui signifie signifie "laborieux, travailleur". Les arabes le dénomment "Yahya Al Nahwi".

Sommaire

Philosophie

Les commentaires d'Aristote

Les premiers commentaires de Jean Philopon sont écrits, comme il le précise dans leur titre, à partir des cours d’Ammonios, fils d'Hermias.

Par la suite, il devient chargé d'enseignement et ses commentaires remettent en cause de façon spectaculaire les doctrines physiques aristotéliciennes[1] notamment dans son Commentaire sur la Physique d’Aristote de 517 :

  • Les rayons du soleil chauffe l’air de la zone sublunaire
  • Les projectiles continuent d’avancer par l’effet d’une force motrice transmise par le lanceur (et non par la poussée de l’air)[2]. Cf. l'article Impetus.
  • L’air est un obstacle au mouvement des projectiles
  • Le vide existe (expérience de la pipette)
  • Le mouvement dans le vide est possible

Travaux en astronomie

Jean Philopon a écrit le plus ancien texte conservé sur l'astrolabe, "Le traité de l'astrolabe" qui décrit l'astrolabe planisphérique et ses usages. Il y fait référence aux travaux de son maître Ammonios.

Les traités critiques

En 529, l’année où Justinien ferme l’École néoplatonicienne d'Athènes, il publie Sur l’Éternité du Monde contre Proclos dans lequel il réfute les arguments de Proclos sur l’éternité de la Matière en utilisant le Timée.

Il publie par la suite Sur l’Éternité du Monde contre Aristote[3] dans lequel il réfute les positions d’Aristote sur le cinquième élément (l'éther) et l’éternité du mouvement et du temps.

Il est durement critiqué par ses pairs philosophes pour ces publications. Simplicius le surnomme le "Grammairien" et le compare à une corneille qui se pare des plumes d'autrui : il doute qu'il ait été l'élève d'Ammonios et qu'il soit original.

Les traités théologiques

À partir de 540, Jean Philopon semble se consacrer uniquement à des travaux théologiques.

La Création du Monde se présente comme une réfutation du Commentaire de la Genèse de Théodore de Mopsueste qui lui-même critiquait les Homélies sur l’Hexaemeron prononcées en 378 par Basile de Césarée. Jean Philopon défend une lecture allégorique de la Bible[4] et le modèle grec de l’univers sphérique en invitant dans le débat Platon, Aristote et Ptolémée. Il s’oppose à la représentation du monde étagé, exposée, à la même période, par Cosmas Indicopleustès, dans Topographie chrétienne. Dans le Livre 1, il propose d’expliquer les mouvements de l’univers[5] en utilisant la notion de « force motrice » qu’il a antérieurement proposée pour le monde « sublunaire» ; par là-même il conteste la dichotomie aristotélicienne du ciel et de la terre.

Dans L’Arbitre , il défend à l’aide des catégories aristotéliciennes les positions monophysites.

Dans son dernier traité De la Trinité , il évolue vers le trithéisme : trois substances divines en Dieu, ce qui lui vaudra l'anathème de Jean des Kellia.


Après Basile de Césarée et Zacharie, Jean Philopon, soucieux, de christianiser la philosophie grecque, élabore une réfutation systématique la conception aristotélicienne de l'éternité du Monde, défendue et renouvelée par Ammonios et Proclos. Dans ses deux ouvrages, De l'éternité du Monde contre Proclos (529) et De la création du Monde, Jean Philopon dégage le sens historique que la création ex nihilo confère au Monde. Si le Monde a commencé à un moment donné, il finira à un autre moment. Entre le début et la fin du Monde, il importe de dégager le sens historique de la création dont le Christ est la pierre angulaire.

Tant savant que philosophe, on trouve dans ses commentaires d'Aristote, que les auteurs arabes ont lus et étudiés, le premier exposé de la théorie mécanique de l'impetus : la main qui lance un projectile lui imprime un élan (impetus) qui persiste dans le projectile après qu'il a quitté la main. Reprise et développée, cette théorie a influencé le développement de la mécanique moderne.

"Il est réputé pour avoir, le premier, tenté une synthèse de la pensée chrétienne avec la tradition aristotélicienne fortement marquée par le néoplatonisme et le stoïcisme" (Encyclopédie de la philosophie, Le livre de poche, 2002, p. 843).

Bibliographie

CPG 7260-7282

Ouvrages

On trouve les ouvrages de Jean Philopon, en grec, dans la collection Commentaria in Aristotelem Graeca (CAG), de l'Académie de Berlin, Berlin, éd. Reimer, 1882-1909, aux tomes XIV, XV, XVI, XVII. Ils sont traduits en anglais dans la collection The Ancient Commentators on Aristotle, King's College, Richard Sarabji dir., Duckworth and Cornell University Press, 1987 ss. Souvent il s'agit des conférences d'Ammonios, notées par Jean Philopon.

  • CAG XIV 2 : (sous le nom de son disciple Jean Philopon) Commentaire sur 'De la génération et de la corruption' d'Aristote, édi. par H. Vitelli : In Aristotelis libros 'De Generatione et Corruptione' commentaria, 1897. (Commentaire fondé sur l'enseignement d'Ammonios, sans critique d'Aristote). Trad. an. C. J. F. Williams, I. Kupreeva, E. Gannagé, Philoponus, On Aristotle on Coming to Be and Perishing, Londres, Duckworth and Cornell University Press, The Ancient Commentators on Aristotle, 1999, 2000, 2005.
  • CAG XV : (sous le nom de Jean Philopon) Commentaire sur le traité 'De l'âme' d'Aristote, édi. par Michael Hayduck : In Aristotelis 'De Anima' libros commentaria, Berlin, 1897. [1](This work on Aristotle's On the Soul contains rather mature commentary ; evidence suggests, however, that the work comes early in Philoponus'career, and it therefore seems reasonable to assume that the substance of the ideas expressed in it is by his teacher Ammonios. Certains savants attribuent le commentaire du livre III du Traité de l'âme d'Aristote (424 b 22 sq.) à Étienne d'Alexandrie : voir Jean Philopon, Commentaire sur le 'De anima' d'Aristote, traduction de Guillaume de Moerbeke, édi. par G. Verbeke, Corpus Latinum Commentariorum in Aristotelem Graecorum, III, Paris, Éditions Béatrice-Nauwelaerts, 1966. Trad. an. W. Charlton, P. van der Eijk, H. Blumenthal, P. Van der Eijk : Philoponus, On Aristotle On the Soul, Londres, Duckworth and Cornell University Press, The Ancient Commentators on Aristotle, 2000, 2005, 2006.
  • CAG XIII, 1 : Commentaire sur les 'Catégories' d'Aristote, édi. par A. Busse : In Aristotelis Categorias commentarium, 1898.
  • CAG XIII 2 : (sous le nom de Jean Philopon) : Commentaire sur les 'Premiers Analytiques' d'Aristote, édi. par M. Wallies, Berlin, 1905. (Le seul ancien commentaire complet existant sur les Premiers Analytiques. est considéré fondé sur l'enseignement d'Ammonios).
  • CAG XIII 3 : (sous le nom de Jean Philopon) : Commentaire sur les 'Seconds Analytiques' d'Aristote, édi. par M. Wallies : In Aristotelis Analytica Posteriora commentaria cum Anonymo in librum II, 1909. (Ce commentaire est considéré fondé sur l'enseignement d'Ammonios, avec toutefois des révisions ultérieures). Trad. an. R. McKirahan, O. Goldin, Philoponus. On Aristotle Posterior Analytics, Londres, Duckworth and Cornell University Press, Ancient Commentators on Aristotle, 2008.
  • CAG XVI-XVII : Commentaire de la 'Physique' d'Aristote, édi. par Hieronymus Vitelli : In Aristotelis 'Physica' commentaria, Berlin, 1887-1888. (Le plus important commentaire de Philopon, dans lequel il conteste les positions d'Aristote sur le temps, l'espace, le vide, la matière et la dynamique) Trad. an. A. R. Lacey, Philoponus, On Aristotle's 'Physics ' 2, Londres, Duckworth and Cornell University Press, The Ancient Commentators on Aristotle, 1993 ; trad. M. Edwards, Philoponus, On Aristotle's 'Physics' 3, 1994 ; P. Lettinck, Philoponus, On Aristotle's 'Physics' 5-8 (Arabic Fragments), 1993-1994 ; trad. D. Furley, Philoponus, Corollaries on Place and Void, 1991.
  • CAG XIV 1 : Commentaire sur les 'Météorologiques' d'Aristote, édi. par M. Hayduck, Berlin, éd. Reimer, 1901.
  • De l'éternité du monde contre Proclos (Contra Proclum. De aeternitate mundi, 529). Trad. an. M. Share, J. Wilberding : Philoponus, Against Proclus on the Eternity of the World, Londres, Duckworth and Cornell University Press, Ancient Commentators on Aristotle, 2005, 2006. Le livre XI est traduit en fr. dans l'ouvrage de Pascal Mueller-Jourdan.
  • De l'éternité du monde contre Aristote. Trad. an. C. Wildberg : Against Aristotle on the eternity of the World, Londres, Duckworth and Cornell University Press, Ancient Commentators on Aristotle, 1987.
  • De la création du monde. Trad. fr. MC. Rosset et MH. Congourdeau; "La Création du monde", Paris, Migne, 2004.
  • Commentaire sur l'Introduction arithmétique' de Nicomaque de Gérasa
  • Traité de l'astrolabe (Astrolabica), Alain Philippe Segonds, Charles-Benoît Hase, et Société internationale de l'astrolabe, Librairie Alain Brieux, Paris, 1981.

Études

  • Pierre Duhem, Le système du Monde, I, p. 380 suiv.
  • Theresia Hainthaler, Jean Philopon, philosophe et théologien à Alexandrie, dans A. Grillmeier, Le Christ dans la tradition chrétienne, II 4 : L’Église d’Alexandrie, la Nubie et l’Éthiopie après 451, pp. 165-215. Paris, Les Editions du Cerf, 1996.
  • Martin Achard, Jean Philopon, Commentaire aux Seconds Analytiques, 12, 4-20, 2, dans J.-M. Narbonne et P.-H. Poirier (éds.), Gnose et Philosophie. Mélanges en hommage à Pierre Hadot, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2009, p. 31-40.
  • (en) Peter Lautner, Methods in examining Sense-perception : John Philoponus and Ps.-Simplicius, dans Martin Achard et François Renaud (éds.), Le commentaire philosophique (II), Laval théologique et philosophique, 64.3, 2008, p. 651-661.
  • Henri-Dominique Saffrey, Le chrétien Jean Philopon et la survivance de l'école d'Alexandrie au VIe s., Revue des études grecques, LXVII (1954), p. 396-410.
  • (en) S. Sambursky, The physical world of late antiquity, Londres, 1962, ch.IV.
  • (en) R. Sorabji, Time, Creation and the Continuum, London: Duckworth, pp. 193-231. 1983.
  • (en) R. Sorabji (dir.), Philoponus and the Rejection of Aristotelian Science, Londres, Cornell University Press, 1987.
  • (en) R. Sorabji, Matter, Space, and Motion, London: Duckworth, pp. 227-48. 1988.
  • R. Vancourt, Les derniers commentateurs alexandrins d'Aristote, Faculté catholique de Lille, 1941.
  • (en) K. Verrycken, The development of Philoponus' thought and its chronology. In Aristotle Transformed, ed. R. Sorabji, London: Duckworth, pp. 233-74. 1990.
  • Cyrille Michon, Thomas d'Aquin et la controverse sur "L'Éternité du monde", GF Flammarion, Paris, 2004.
  • Pantelis Golitsis, Les commentaires de Simplicius et de Jean Philopon à la "Physique" d'Aristote, Walter de Gruyter, 2008.
  • (en) F.A.J. de Haas, John Philoponus' new definition of prime matter, Brill, 1996.
  • (en) Christian Wildberg, John Philiponus' Criticism of Aristotle's Theory of Aether, De Gruyter Incorporated.
  • (en) Inna Kupreeva, Philiponus: On Aristotle Meteorol, Duckworth Publishers, 2011.
  • Pascal Mueller-Jourdan, Gloses et commentaire du livre XI du Contra Proclum de Jean Philopon, Autour de la Matière première du monde, 2011, Brill, Philosophia antiqua, vol.125.

Voir aussi

Articles annexes

Liens externes

Notes et références

  1. Pierre Pellegrin, introduction p.61, Aristote, Physique, GF Flammarion, Paris, 2000
  2. Commentaire sur la Physique d’Aristote 1,IV c.VIII :"Il est donc nécessaire, au contraire, qu'une certaine puissance motrice incorporelle soit cédée au projectile par l'instrument de jet"
  3. Traité reconstitué à partir des citations qu'en donne Simplicius dans son propre commentaire de la Physique et du traité Du ciel , Cyrille Michon, ouv. cit. p.318.
  4. La Création du monde, I,19 : « Il ne faut pas s’attacher à la lettre nue, mais chercher le sens caché de chacun de ces mots.»
  5. La Création du monde, I,12 : « Dieu qui les a créés, ne pouvait-il pas placer dans la Lune, le Soleil et les autres astres, une force motrice, comme les forces conférées aux corps lourds et aux corps légers.»

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