Metaphysique (Aristote)

Metaphysique (Aristote)

Métaphysique (Aristote)

Aristote

La Métaphysique est un ensemble de quatorze livres écrits par Aristote réunis uniquement après sa mort, dont certains ont une authenticité douteuse. Le titre Métaphysique n'est pas d'Aristote lui-même, mais a été accollé par le bibliothécaire Andronicos de Rhodes, qui a rassemblé et organisé les livres.

La Métaphysique constitue un des sommets de la philosophie de l’Antiquité et eut une influence fondamentale sur toute la métaphysique et philosophie postérieures. Aristote y développe notamment une science de l'être en tant qu'être, une ontologie et une théologie.

Sommaire

Histoire du corpus aristotélicien

Aristote est-il l'auteur de la Métaphysique ? Est-elle tout entière de lui ? N'est-ce qu'un assemblage de traités différents ? Le plan dont nous disposons est-il le plan original de cette œuvre ? Ces questions se sont posées très tôt ; avant de proposer une analyse de l'œuvre, voici quelques éléments d'histoire du corpus aristotélicien et du texte de la Métaphysique.

Histoire de l'œuvre d'Aristote en général

Tous les documents relatifs à ces questions ont disparu ; Adraste d'Aphrodisée avait ainsi rédigé un Peri tes taxos tov Aristotelous sungrammatov et Andronicos de Rhodes un ouvrage sur Aristote et ses œuvres, ouvrages connus de Plutarque et d'Aulu-Gelle (Nuits Attiques, XX, 5). Les témoignages les plus étendus ont accrédité la thèse d'un oubli relatif des œuvres ou de certaines des œuvres d'Aristote.

Antiquité

Selon Strabon (XIII, 608):

« À Scepsis naquirent Coriscus et son fils Nélée ; disciple d'Aristote et de Théophraste, Nélée hérita de la bibliothèque de Théophraste, dont celle d'Aristote faisait partie ; car Aristote (le premier, que je sache, qui ait rassemblé des livres, et enseigné aux rois d'Égypte à mettre en ordre une bibliothèque) avait laissé en mourant à Théosphrate sa bibliothèque et son école. Théophraste laissa donc les livres à Nélée. Celui-ci les ayant portés à Scepsis les transmit à ses héritiers, gens ignorants, qui les tinrent enfermés et entassés en désordre. Lorsqu'ils vinrent à savoir quelle ardeur mettaient les Attales auxquels leur ville obéissait, à assembler des livres pour la bibliothèque de Pergame, ils cachèrent les leurs sous terre, dans une cave, où ils furent gâtés par l'humidité et par les vers. Longtemps après, leurs descendants vendirent, pour un haut prix, à Apellicon de Téos les livres d'Aristote et de Théophraste. Or, cet Apellicon était plus bibliophile que philosophe. Voulant donc restituer ce qui avait été rongé, il transcrivit les livres, en en comblant maladroitement les lacunes, et les publia remplis de fautes. Ainsi les anciens péripatéticiens, les successeurs de Théophraste, n'ayant point ces livres, à l'exception d'un petit nombre, et encore d'exotériques pour la plupart, ne pouvaient philosopher sérieusement, et durent se borner à des amplifications sur un thème donné. Ceux qui vinrent ensuite, lorsque ces livres eurent paru, firent mieux dans la philosophie et l'aristotélisme ; mais ils furent souvent forcés de parler par conjecture, à cause de la multitude des fautes. Rome y ajouta beaucoup : car, aussitôt après la mort d'Apellicon, Sylla prit sa bibliothèque en prenant Athènes, et la transporta à Rome. Là elle passa par les mains du grammairien Tyrannion qui aimait fort Aristote et qui avait gagné le bibliothécaire ; et les libraires se servirent souvent de copies fautives qu'ils ne collationnaient pas, ce qui arrive encore tous les jours pour les autres livres qu'on met en vente, soit à Rome, soit à Alexandrie. »

Selon Plutarque (Vie de Sylla) :

« Sylla prit pour lui la bibliothèque d'Apellicon de Téos, où se trouvaient la plupart des livres d'Aristote et de Théophraste encore mal connus du public. On dit que lorsqu'on l'eut transportée à Rome, le grammairien Tyrannion en obtint la plus grande partie ; qu'Andronicus de Rhodes en acquit de lui des copies qu'il publia et écrivit les tables qui circulent aujourd'hui. Les anciens péripatéticiens paraissent avoir été des hommes doctes et lettrés, mais n'avoir connu encore d'une manière imparfaite, qu'un petit nombre des livres d'Aristote et de Théophraste parce que l'héritage de Nélée de Scepsis à qui Théophraste avait laissé ses livres, étaient tombé entre les mains de gens insouciants et ignorants. »

Ce dernier texte est recopié par Dion Cassius et dans la Souda.

Selon une autre tradition (Athénée, Banquet des sophistes) :

« Nélée hérita des livres d'Aristote (et de Théophraste) ; Ptolémée Philadelphe les lui acheta tous et les transporta avec ceux qui venaient d'Athènes et de Rhodes dans Alexandrie. »

Démétrios de Phalère fut à la tête de la bibliothèque d'Alexandrie sous les deux premiers Ptolémée ; il était l'ami de Théophraste qu'il invite à la cour. Il est donc possible que ce dernier fournit à Démétrios des copies des œuvres d'Aristote, d'autant que Philadelphe cherchait en priorité ses ouvrages. Un commentateur d'Aristote (David, Sur les catégories) indique en outre que Ptolémée Philadelphe composa une biographie du philosophe contenant un catalogue de ses œuvres et il en aurait compté plusieurs milliers. Ce nombre énorme s'explique par les falsifications qui furent suscitées par la générosité de Ptolémée (de nombreux témoignages confirment ce point : Ammonius, David, Galien, etc.). Il arrivait ainsi de partout des livres dont on prétendait qu'ils étaient d'Aristote ; la bibliothèque d'Alexandrie compta ainsi une quarantaine d'Analytiques...

Mais dans ce cas, il faut admettre que l'héritage de Nélée ne fut pas une référence, puisque, dans le cas contraire, ces falsifications n'auraient pas été retenues. Il faut encore ajouter que les disciples d'Aristote écrivirent sur les mêmes sujets que leur maître : Eudème écrivit ainsi une Physique, et nous savons par une lettre de Théophraste qu'il possédait la Physique d'Aristote.

Tout nous laisse en fin de compte supposer une grande diffusion des œuvres d'Aristote : l'académicien Xénocrate et l'épicurien Hermachus (auteur d'un Pros Aristotelev) écrivirent contre lui ; les stoiciens lui empruntèrent, en le critiquant, des éléments de logique, de morale et de physique. Toutes les écoles de philosophie, à toutes les époques, connaissent Aristote. En revanche, entre le temps d'Eudème et de Théophraste jusqu'au siècle d'Auguste, nous ne connaissons aucune référence à la Métaphysique. Mais il reste que l'hypothèse répandue d'un oubli des œuvres d'Aristote est extrêmement exagérée.

Apellicon de Téos et Andronicos de Rhodes

Strabon et Plutarque attribuent à Andronicos de Rhodes certaines publications des textes d'Aristote ; pourtant Cicéron, qui parle plusieurs fois de ce dernier et d'Apellicon, n'évoque jamais la redécouverte des œuvres d'Aristote. Cette idée d'une redécouverte est en fait extrêmement douteuse.

Apellicon, passionné de manuscrits autographes péripatéticiens, acheta à Scepsis des ouvrages d'Aristote qu'il transcrivit entièrement. Mais les vers et l'humidité avaient détruit de nombreux passages et il combla lui-même les lacunes. Étant donné l'étendue de ce travail, il est probable qu'il ne posséda qu'une partie du corpus. Son édition fut jugée extrêmement fautive par Strabon (cf. texte donné plus haut) :

« Cet Apellicon était plus bibliophile que philosophe. Voulant donc restituer ce qui avait été rongé, il transcrivit les livres, en en comblant maladroitement les lacunes, et les publia remplis de fautes. »

Il est donc peu vraisemblable qu'Apellicon travailla avec d'autres manuscrits.

En ce qui concerne Andronicos de Rhodes, il ne semble pas avoir donné une véritable édition d'Aristote ; son texte paraît en effet avoir été aussi fautif que celui d'Apellicon. Selon Plutarque, il publia les copies qu'il avait acquises auprès de Tyrranion, et il composa des tables et des index (Vie de Sylla, c. XXVI). Et nous avons le témoignage de Porphyre de Tyr qui déclare avoir imité

« Apollodore, qui divisa en dix sections les comédies d'Épicharme, et Andronicos le péripatéticien, qui classa par ordre de matière des livres d'Aristote et de Théophraste, en réunissant en un tout les traités partiels sur un même sujet. » (Vie de Plotin, XXIV).

Andronicos dressa la catalogue des œuvres d'Aristote, et il écrivit une vie du philosophe, ainsi que de Théophraste, et traita de l'ordre et de l'authenticité de leurs œuvres. Dans son ouvrage sur Aristote, on trouvait le testament du philosophe, et la correspondance entre Alexandre et Aristote. Le cinquième livre contenait une table des écrits d'Aristote. Il plaçait la Logique en tête de son catalogue, logique où il plaçait les Catégories juste avant les Topiques ; il tenta aussi de déterminer la composition et l'ordre interne de chaque œuvre particulière. C'est sans doute lui qui réunit les trois derniers livres de la Physique au cinq premiers. Il signala l'existence de deux textes des Catégories, et considérait comme apocryphe l'appendice de ce texte, ainsi que le De l'interprétation. Le jugement d'Andronicos sur ce dernier ouvrage indique qu'il n'avait en réalité pas de critère sûr pour établir l'authenticité des textes ; en effet, son argument s'appuie uniquement sur une citation jugée par lui inexacte du Traité de l'Âme.

L'ordre du corpus établi par Andronicos est encore celui qui est suivi à peu près jusqu'à nos jours, mais il existe des différences qui tiennent vraisemblablement à une division latine (peut-être constituée entre le IVe et le VIe siècle après J.C., de Victoranus à Boèce).

Époque moderne

À l'époque moderne, les questions sur le corpus aristotélicien commencèrent à la Renaissance avec Pic de la Mirandole, qui mit en doute l'authenticité de la Métaphysique (Examinatio vanitatis doctrinae gentis, IV, 5). La discussion se poursuivit entre Nizzoli et Majoraggio, mais le premier qui réunit les textes fut Patrizzi, qui tenta d'établir des règles critiques et pensait que la Métaphysique était apocryphe (Discussiones peripateticae, 1583).

En 1717, un texte anonyme (Dans les Aménitez de la critiques, ou Discussions et Remarques nouvelles sur divers points de l'antiquité ecclésiastique et profane ; l'auteur est en fait Liron) mettait en doute les récits de Plutarque et de Strabon sur l'histoire des manuscrits d'Aristote.

Les travaux se poursuivirent en Allemagne, avec Brandis, Bekker, Bonitz, et en France, avec Ravaisson.

Histoire de la Métaphysique

Les traités qui forment la Métaphysique semblent avoir été publiés du vivant d'Aristote (publication des écrits acroamatiques : Aulu-Gelle, Nuits Attiques, XX, V ; Plutarque, Vie d'Alexandre). Néanmoins, cette hypothèse est contredite par Asclepios de Tralles :

« Le présent ouvrage n'a pas l'unité des autres écrits d'Aristote, et manque d'ordre et d'enchaînement. Il laisse à désirer sous le rapport de la continuité du discours ; on y trouve des passages empruntés à des traités sur d'autres matières ; souvent la même chose y est redite plusieurs fois. On allègue avec raison, pour justifier l'auteur, qu'après avoir écrit ce livre il l'envoya à Eudème de Rhodes, son disciple, et que celui-ci ne crut pas qu'il fût à propos de livrer au public, dans l'état où elle était, une œuvre si importante ; cependant Eudème vint à mourir, et le livre souffrit en plusieurs endroits. Ceux qui vinrent ensuite, n'osant y ajouter de leur chef, puisèrent pour combler les lacunes, dans d'autres ouvrages, et raccordèrent le tout du mieux qu'ils purent. »

Le texte ne fut donc publié qu'après la mort d'Eudème, et il est vraisemblable que ce dernier l'avait corrigé, peut-être avec l'aide de ses condisciples (selon Alexandre d'Aphrodisie, Sur la Métaphysique, VII). Ce point est un argument très fort en faveur de l'authenticité de la Métaphysique, et il montre en outre que ce texte était connu des disciples d'Aristote. Il ne paraît pas que Nélée reçu la Métaphysique dans l'héritage de Théophraste. Mais nous ne savons pas quelle est la nature des modifications que subit cette œuvre, ni à quelle époque cela eut lieu.

Comme il a été dit plus haut, nous ne connaissons pas de référence à la Métaphysique entre le temps de Théophraste et le siècle d'Auguste ; Cicéron ne parle jamais de cet ouvrage. Après le temps d'Andronicos de Rhodes, nous trouvons quelques commentateurs : Eudorus, Evharmostus et le plus connu, Nicolas de Damas. Ce dernier semble avoir composé un Theoria tov Aristotelous meta ta phusika, dont le titre fait apparaître cette expression qui allait devenir le nom du texte d'Aristote : Meta ta phusika. On a attribué ce titre à Andronicos de Rhodes, mais on le trouve dans un fragment de Théophraste sur la philosophie première ; il a donc peut-être été inventé par un disciple immédiat d'Aristote.

Enfin, Diogène Laërce ne mentionne pas la Métaphysique dans son catalogue.

Analyse de l’œuvre

Livre A

Ce livre commence par une description de la genèse des connaissances humaines et en donne également une hiérarchie. Aristote se demande quelle est la science la plus haute et comment on peut la définir.

1. Aristote considère tout d'abord les sensations : les sensations nous plaisent en elles-mêmes, surtout la vue, parce qu'elle nous offre le plus de connaissances et de différences.

Par nature, tous les animaux sont doués de sensation ; mais la sensation ne suffit pas encore à produire une connaissance : en effet, remarque Aristote, la sensation engendre ou non la mémoire. Or les animaux doués de mémoire sont les plus intelligents et les plus aptes à apprendre. Mais la faculté d'apprendre nécessite en outre le sens de l'ouïe. Pour apprendre, il faut donc sentir, se souvenir et entendre ; or entendre suppose la connaissance du sens des mots ; tout apprentissage suppose donc un logos.

De la mémoire naît l'expérience constituée par les nombreux souvenirs d'une même chose. À partir d'une multitude de notions expérimentales se dégage un seul jugement universel à tous les cas semblables : c'est ce qui constitue l'art. L'art suppose donc :

  • l'aptitude à reconnaître des cas semblables
  • l'aptitude à appliquer à ces cas une règle universelle.

La genèse de l'art est donc : sensation > mémoire > expérience > jugement universel.

De l'expérience et de l'art, laquelle l'emporte ? Dans la vie pratique, l'expérience paraît supérieure à l'art, car elle est connaissance du particulier, de l'individuel, alors que l'art connaît l'universel et ignore les choses individuelles. Mais c'est à l'art qu'appartiennent le savoir et la faculté de comprendre : les hommes de l'art savent le pourquoi et la cause. Les plus sages sont sages non par l'habileté pratique, mais par la théorie et la connaissance des causes. Le signe de ce savoir, c'est qu'il peut être enseigné ; or, les hommes d'art peuvent enseigner.

Les sensations sont donc le fondement de la connaissance du particulier, mais elles ne sont pas la science et ne nous apprennent pas le pourquoi. L'art est dégagé des sensations communes, et c'est après la constitution des arts relatifs aux nécessités de la vie et aux agréments que naquirent les sciences les plus libres, en particulier les mathématiques.

Le résultat de ces réflexions est que la connaissance la plus haute, la sagesse, a pour objet les premières causes et les principes des êtres ; aussi les sciences théorétiques sont-elles supérieures aux sciences pratiques.

2. Il faut à présent chercher quelle est cette science : de quelles causes et de quels principes la philosophie est-elle la science ?

Pour le découvrir, Aristote cherche d'abord les jugements portés sur le philosophe :

  • Il possède la totalité du savoir, mais en général ;
  • il a la connaissance des choses difficiles ;
  • il a la connaissance et la capacité d'enseigner les causes ;
  • sa seule fin est le savoir et la science la plus élevée ;
  • le philosophe donne des lois et commande.

Ainsi la connaissance de toutes choses appartient nécessairement à celui qui possède la science de l'universel. Mais c'est extrêmement difficile, car ces connaissances sont les plus éloignées des sens. Ces connaissances peuvent être ainsi caractérisées :

  • Ces sciences sont les plus exactes et les plus propres à être enseignées ;
  • Ces sciences consistent en la connaissance pour la connaissance par excellence : connaissances des principes et des causes qui font connaître les autres choses ;
  • La science la plus élevée fait connaître en vue de quelle fin il faut faire chaque chose, le bien de chaque être.

La philosophie doit donc être la science théorétique des premiers principes et des premières causes, et la fin est l'une de ces causes.

Enfin, Aristote se demande d'où vient la philosophie.

Il répond que c'est l'étonnement qui poussa les premiers penseurs aux spéculations philosophiques, quand ils virent leur ignorance et qu'ils voulurent y échapper. Car si l'on commence par l'étonnement, on finit par le repos du savoir. Cette science est aussi la seule qui soit libre, car elle est à elle-même sa propre fin.

Mais c'est une science difficile : la philosophie n'est-elle pas plus qu'humaine ? La nature humaine est souvent esclave et le dieu seul ou principalement peut être philosophe. Cette science est moins nécessaire que les autres, mais elle est la science des dieux.

3. Recherche de la cause chez les premiers philosophes.

Nous connaissons une chose seulement quand nous pensons connaître sa première cause. Or, le mot cause a quatre sens (cf. Les 4 causes) :

Pour les premiers philosophes, il y a une nature première, une ou multiple, d'où le reste est engendré, mais elle demeure toujours. Ses éléments sont variables ; par exemple, l'eau, d'où, pour Thalès de Milet, viennent toutes choses, et qui est donc leur principe. Autres principes : l'air, le feu, etc. ou encore des principes en nombre infini qui s'unissent et se séparent.
Mais tout cela est insuffisant : pourquoi cela arrive-t-il et quelle en est la cause ? Le substrat en tant que substrat n'est pas la cause de ses propres changements : d'où vient alors le commencement du mouvement, quel est son principe ? Les éléments sont ces principes du mouvement.
Mais cela n'engendre pas la nature des choses : d'où vient l'ordre, le beau dans les choses ? Pas du hasard : Anaxagore affirma qu'il y avait une Intelligence (nous en grec) dans la nature, cause de l'ordre et de l'arrangement universel.

4. C'est Hésiode qui le premier, à ce qu'il semble, trouva des causes du mouvement et de l'ordre (l'Amour, comme Parménide).Mais comme le mal et le laid l'emporte dans la nature, on trouve l'Amour et la Haine chez Empédocle, peut-être même le Bien et le Mal comme principes. Quant à Leucippe et Démocrite ils affirment que les différences de l'être viennent de la configuration, de l'arrangement et de la tournure des atomes.

5. Les pythagoriciens se consacrèrent aux mathématiques. Pour eux, les principes des mathématiques étaient les principes de tous les êtres. Le nombre est la matière et constituant des modifications des états des êtres ; mais le nombre est lui-même constitué d'éléments contraires (limite, illimité, etc.) : les contraires sont les principes des êtres.

6. Les Idées. Les choses sensibles sont dans un flux perpétuel et ne peuvent être l'objet de science. Platon reprit les recherches de Socrate (sur l'universel et la définition), mais pensa qu'il existait des réalités d'un autre ordre que les êtres sensibles.

7.

8. Critique des Préplatoniciens

9. Critique de la théorie des Idées

10.

Livre B

Dans ce livre, Aristote analyse une série d'apories qui prennent la forme de questions :

  • l'étude des causes appartient-elle à une seule science ?
  • la science des premiers principes de la substance est-elle aussi la science des principes généraux de la démonstration ?
  • y a-t-il une seule science pour toutes les substances ?
  • n'y a-t-il que des substances sensibles ?
  • quelle est la science des attributs essentiels des substances ?
  • les principes et les éléments sont-ils les genres ou les parties intrinsèques ?
  • ou les genres les plus rapprochés des individus ou les plus élevés ?
  • en dehors de la matière, y a-t-il quelque chose qui soit cause en soi ?
  • les principes sont-ils limités numériquement ou spécifiquement ?
  • les principes des êtres corruptibles et incorruptibles sont-ils les mêmes ?
  • l'Un et l'Être sont-ils des universels ou semblables à des objets individuels ?
  • sont-ils en puissance ou en acte ?
  • les êtres mathématiques sont-ils des substances, et sont-ils séparés ou immanents ?

Livre Γ

On divise généralement ce livre en deux parties.

1. Aristote cherche donc la science qui étudie l'Être en tant qu'être et ses attributs essentiels. Les autres sciences découpent une certaine partie de l'être et en étudient l'attribut essentiel. Mais ce qui est cherché, ce sont les principes premiers et les causes les plus élevées.

2. Il y a plusieurs acceptions de l'être, mais par rapport à un principe unique, à une nature unique : il y a donc une seule science pour étudier les êtres en tant qu'êtres.

Pour chaque genre, il n'y a qu'une seule science. L'être d'une chose ne se sépare pas de son unité et inversement. L'Un n'est rien d'autre en dehors de l'Être : autant il y a d'espèces de l'Un, autant il y a d'espèces de l'Être. Une même science étudiera donc l'identique et le semblable, par exemple les espèces de l'Un et leurs opposés.

Il y aura autant de parties de la philosophie qu'il y a de substances : donc une philosophie première, une philosophie seconde.

La science des opposés est une : le multiple s'oppose à l'Un. Il y aura donc aussi une même science pour l'autre, le dissemblable, l'inégal, etc, et les modes comme la contrariété, l'altérité, etc. Une seule science se doit de donner la raison de ces notions.

La dialectique est préparation critique, la philosophie fait connaître positivement.

3. Qu'en est-il de l'étude des axiomes ? Les axiomes embrassent tous les êtres. Tous les hommes se servant des axiomes, mais dans la mesure qui leur convient. Ils relèvent de l'étude de la connaissance de l'Être en tant qu'Être : ce sont les conditions de la vérité des propositions, donc c'est une propédeutique de la science. Le philosophe doit donc aussi étudier les principes du raisonnement syllogistique.

Le principe le plus certain de tous, le mieux connu est :

« Il est impossible que le même attribut appartienne et n'appartienne pas en même temps au même sujet et sous le même rapport. »

On ne peut le concevoir, le penser véritablement même si on peut l'énoncer ; c'est une loi de la pensée.

Livre Δ

Ce livre est une analyse d'une trentaine de concepts.

Principe

En grec, arkhè.

  • point de départ du mouvement d'une chose ;
  • le meilleur point de départ pour chaque chose ;
  • élément premier et immanent de la génération ;
  • la cause primitive et non immanente de la génération, du point de départ naturel du mouvement ou du changement ;
  • l'être dont la volonté réfléchie (proairesis) meut ce qui se meut et fait changer ce qui change ;
  • le point de départ de la connaissance d'une chose est aussi nommé le principe de cette chose.

Toutes les causes sont des principes. Le caractère commun de tous les principes, c'est d'être la source d'où l'être, la génération ou la connaissance dérive. Parmi ces principes, les uns sont immanents, les autres extérieurs.

La matière d'une chose, l'élément, la pensée, le choix, la substance, la cause finale sont des principes.

Cause

En grec, aitiov. La science des causes est donc une aitiologie.

Livre E

1. Ce livre procède tout d'abord à des distinctions entre les différentes sciences suivant ces critères :

  • L'objet de la recherche sont les principes et les causes des êtres, mais en qu'êtres, non comme objets déterminés.
  • Il faut également tenir compte du mode d'être de la quiddité et de sa définition : distinguer ce qui est engagé dans la matière et ce qui est indépendant de la matière sensible.

Aristote distingue alors trois sciences théorétiques :

La physique est la science d'un genre déterminé : elle est la science de cette substance qui possède en elle-même le principe de son mouvement et de son repos. C'est une science théorétique de la substance formelle, mais non séparée de la matière.

La science mathématique est également une science théorétique, qui étudie ce qui est immobile mais engagé dans la matière.

Il y a enfin la connaissance d'un être éternel, immobile et séparé ; cette connaissance est théorétique et antérieure à la physique et aux mathématiques. Cette science par excellence doit avoir pour objet le genre par excellence, ce qui est divin. Cette science est donc la théologie.

S'il n'y avait que ce qui est constitué par la nature, la physique serait la science première ; mais la métaphysique étudie la première espèce de l'être, fondement de tous les autres êtres, et il s'agit donc d'une science universelle. Elle étudie l'être en tant qu'être, son essence et ses attributs en tant qu'être.

2. Aristote analyse ensuite les différents sens de l'être :

  • l'être par accident ;
  • l'être comme vrai ;
  • les catégories ;
  • l'être en puissance et l'être en acte.

Le premier sens de l'être ne fait pas l'objet d'une science ni d'aucune spéculation : l'accident n'a en effet qu'une existence nominale, car il est voisin du non-être. Il n'y a pas de processus de génération et de corruption pour les êtres par accident.

Parmi les êtres, certains sont nécessaires, d'autres sont le plus souvent. Ce qui n'est ni nécessaire ni le plus souvent, c'est l'accident.

Les accidents ne relèvent d'aucun art, d'aucune puissance déterminée, car les causes de l'accident sont accidentelles. Mais la science a pour objet ce qui est nécessaire ou le plus souvent. Sans cela, on ne peut ni apprendre ni enseigner.

Livre Z

1. L'être se prend en de multiple sens : ce qu'est la chose, la substance ; un prédicat, etc.

Mais l'être, au sens premier, est le ce qu'est la chose, notion qui exprime la substance. Les autres choses ne sont des êtres que parce qu'elles sont quelques déterminations de l'être (quantité, qualité, etc.). Il y a, sous chacune d'elle, un sujet réel et déterminé : la substance et l'individu qui se manifeste dans une catégorie, ce sans quoi les autres catégories n'existent pas. Ainsi, l'être absolument parlant, c'est la substance.

Le sujet individuel (tode ti), c'est ici la substance première des Catégories, c'est ce qui est en puissance à toutes les déterminations. Il est donc radicalement indéterminé. L'ousia, traduit par substance, s'induit à partir des substances premières et secondes. Ce ne peut pas être le sujet comme on l'a vu précédemment, mais c'est le principe selon la forme, et source de toutes les déterminations.

La substance est absolument première, logiquement, dans l'ordre de la connaissance et selon le temps. En effet, seule la substance existe séparée ; logiquement, dans la définition de chaque être est nécessairement contenue celle de sa substance. Enfin, nous croyons connaître le plus parfaitement une chose quand nous connaissons ce qu'elle est, ce qu'est l'homme par exemple, plutôt que ses qualités.

Aussi, pour Aristote, l'objet éternel de toutes les recherches, présentes et passées, le problème toujours en suspens : qu'est-ce que l'être ? Revient-il à : qu'est-ce que la substance ?

C'est de la substance en effet que les uns affirment l'unité, les autres la pluralité (limitée en nombre ou infinie). L'objet unique de notre étude doit être la nature de l'Être pris en ce sens.

Éditions de la Métaphysique

  • Aristotelis opera, éd. Bekker, Berlin, 1831 (texte grec)
  • Aristotelis omnia opera, graece et latine, Paris, éd Firmin-Didot
  • Métaphysique d'Aristote, Traduction des livres A à E, par Bernard Sichère, éd Agora / Pocket, 2007.

Bibliographie

  • Commentaire de la métaphysique d'Aristote, par Thomas d'Aquin
  • Essai sur la Métaphysique d'Aristote, Félix Ravaisson
  • Annick Jaulin, Aristote. La Métaphysique., Paris, PUF, coll. Philosophie, 1999.

Voir aussi

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