Benoîte Rencurel

Benoîte Rencurel
Tableau représentant Benoîte Rencurel, peint de son vivant. Ce tableau se trouve dans la chapelle derrière le chœur de la basilique.

Benoîte Rencurel (née le 16 septembre 1647 à Saint-Étienne d'Avançon - morte le 28 décembre 1718 à Saint-Étienne d'Avançon) est une bergère à qui la Vierge Marie est apparue en 1664. Les apparitions de Notre-Dame du Laus dans le diocèse de Gap dureront 54 ans, un record dans l'histoire des apparitions mariales.

Sommaire

Biographie

Naissance

Intérieur de l'église de Saint-Étienne-le-Laus
Plaque à l'intérieur de l'église de Saint-Étienne-le-Laus

C'est dans un hameau des Alpes à Saint-Étienne-le-Laus, où quelques familles à peine vivaient au XVIIe siècle, que Benoîte Rencurel voit le jour le 16 septembre 1647. Elle sera baptisée le lendemain dans l’église paroissiale.

Enfance

La pauvreté des Rencurel devient une profonde misère à la mort du père de famille. Benoîte, alors âgée de sept ans, est chassée avec les siens du logis où elle avait passé ses premières années. Elle doit bientôt gagner son pain comme gardienne de troupeaux. À partir de l'âge de douze ans, elle travaille chez deux maîtres : Jean Roland, cultivateur brutal que Benoîte convertit par sa douceur et Louis Astier, homme de bien[1].

Apparition de saint Maurice

En mai 1664, alors que Benoîte conduit ses chèvres le long d'un bois, sur la montagne de Saint-Maurice, un vieillard s'approche d'elle. Il se révèle comme étant saint Maurice lui-même et annonce à la bergère qu'elle verra la Mère de Dieu dans un vallon voisin.

Apparitions de la grotte « des fours » et de Pindreau

Chapelle de Notre-Dame-des-Fours
Intérieur de la chapelle de Notre-Dame-des-Fours

Confiante et simple, comme elle le sera toute sa vie, Benoîte guide dès lors son troupeau dans une autre vallée, s'arrêtant dans la grotte dite « des fours » pour y réciter son chapelet. C'est en ce lieu que la Vierge Marie lui apparaît un jour, son Fils dans les bras. Quatre mois durant jusqu’au 29 août 1664, jour de la fête du martyre de saint Jean-Baptiste, la merveilleuse apparition se renouvelle, laissant chaque fois Benoîte dans l'extase. Ce jour-là, la Vierge Marie lui dit : « Je suis Dame Marie, la Mère de mon Fils et vous ne me verrez plus de quelque temps ».

Fin septembre, après un mois d'absence, la Vierge se manifeste à nouveau sur l'autre versant de la vallée, à Pindreau. Elle ordonne à Benoîte de chercher au Laus une petite chapelle, où flottent de suaves odeurs, et de venir l'y prier. Là elle lui parlera et la verra très souvent.

Apparition de Notre-Dame de Bon-Rencontre

La basilique construite après la demande reçue par Benoîte, aujourd'hui au centre du sanctuaire de Notre-Dame du Laus

Le lendemain, Benoîte découvre sur la colline du Laus, située de l'autre côté de l'Avance, un oratoire couvert de chaume, dédié à Notre-Dame de Bonne-Rencontre, et dont il ne reste guère que des ruines. De merveilleux parfums s'y font sentir. Et voici que la Vierge apparaît sur le pauvre autel de plâtre, à droite du tabernacle. Le geste qu'a Benoîte, à cette vue, est exquis de naïveté : « Permettez que je mette mon tablier sous vos pieds » dit-elle à celle qu'elle appelait sa Bonne mère : « Il est tout blanc de lessive ». La Vierge, en refusant, lui sourit, puis lui annonce qu'une grande église sera bâtie, en ce lieu destiné à la conversion des pécheurs. Benoîte indique que Marie a voulu « bastir une église en l'honneur de son très cher Fils et au sien, où beaucoup de pécheurs et de pécheresses se convertiront »[2]. Dès lors les apparitions se succèdent pour Benoîte, durant cinquante-trois années, et sur la foi de ses dires, les pèlerins affluent au Laus, vite encouragés par des grâces extraordinaires.

Benoîte exerce au Laus sa mission d'accueil, de prière et de pénitence en mettant en œuvre son charisme de connaissance des cœurs. Des centaines de guérisons physiques opèrent au Laus, notamment pas les onctions de l'huile de la lampe du sanctuaire, appliquées avec foi, selon le conseil de la Vierge Marie.

Les témoignages

Le bruit de ses faveurs divines s'étant répandu alentour, les magistrats et les théologiens cherchent à constater leur exactitude. Ainsi l'avocat Grimaud, juge de paix de la baronnie d'Avançon vient au Laus, à plusieurs reprises : il ne découvre ni supercherie ni illusion dans les merveilles de la petite chapelle. Bien mieux, sa relation, tenue pendant les deux premières années du pèlerinage, signale soixante guérisons miraculeuses.

Le chanoine Pierre Gaillard, docteur en théologie, conseiller et aumônier du Roi, qui remplit à Gap les fonctions d'archidiacre, vicaire général et official de l'évêché, se rend au Laus le 17 août 1665.

L'autorité diocésaine d'Embrun ne pouvait manquer d'établir une enquête. Cette enquête, faite avec une extrême rigueur, constate à trois reprises des prodiges indéniables. C'est d'abord le chanoine Antoine Lambert, administrateur du diocèse, vicaire général et official de l'archevêché d'Embrun qui, le 14 septembre 1665, se rend au Laus, accompagné du père André Gérard, plus tard grand pénitencier à Rome. Après un interrogatoire au cours duquel Benoîte ne peut être trouvée en défaut, l'éclatante guérison de Catherine Vial donne lieu à la constatation juridique du 18 septembre 1665, actuellement conservée aux archives du Laus. Le successeur du chanoine Lambert, M. Javelli fait plus tard venir Benoîte à Embrun et la tient au secret pendant les quinze jours d'interrogatoire; on s'aperçoit alors que la bergère ne prend aucune nourriture pendant cette réclusion, sans en paraître aucunement souffrir.

À l'automne 1666, Benoîte rentre au Tiers-Ordre dominicain, sans doute le jour de la pose de la première pierre de la basilique[2].

Le chanoine Gaillard, aidé par l'arrivée en 1669 de l'abbé Peythieu, attaché au pèlerinage pendant vingt ans et du frère Aubin, ermite de Notre-Dame de l'Érable arrivé en 1680, va rédiger pendant quarante-trois ans un journal consacré à faire le récit de ce qu'il voit au Laus, notant ainsi les événements du vivant de la bergère. Chaque nouveau récit est soumis à Benoîte afin de le valider.

C’est enfin l'archevêque Charles de Genlis, qui – nommé à Embrun en 1672 – part au Laus. Nettement incrédule avant ce voyage, il est, sur place, émerveillé, tant par la solidité des réponses obtenues de Benoîte que par la protection vraiment miraculeuse accordée à un domestique au cours d'un terrible accident. Il revient plusieurs fois et obtient par lettres patentes du roi, enregistrées le 19 décembre 1679, d'établir au Laus un séminaire.

L’apparition du Christ en croix

La croix devant laquelle Benoîte a eu à cinq reprises la vision du Christ crucifié
La chapelle du Précieux Sang où est conservée la Croix

En juillet 1673, Benoîte voit Notre-Seigneur fixé à la Croix et elle se sent inondée de son sang. Elle se trouve brusquement raidie, chaque semaine dans la pose de crucifiée et reste ainsi du jeudi au samedi, sans pouvoir faire un geste. Cette « crucifixion mystique » va durer de 1673 à 1684[2]. Elle s'effare, dans son humilité, de l'attention générale qu'attire sur elle ce prodige et demanda que d'autres souffrances, moins visibles, lui soient accordées. C'est à partir de 1689 qu'elle subira des sévices nocturnes et combattra spirituellement le démon toutes les nuits jusqu'à sa mort.

Invasion savoyarde

L'invasion savoyarde en août 1692 oblige Benoîte à quitter le Laus. Elle se réfugie à Marseille pendant 2 mois.

Les dernières années

L'oratoire de l'ange : endroit où Benoîte a été transportée par l'ange, notamment dans la nuit du 16 septembre 1701 où « l'ange éclaire tout le vallon d'un flambeau rayonnant »
La maison où a vécu Benoîte Rencurel à partir de 1673
La chambre de Benoîte

Torturée alors par le démon, elle vit des années terribles, consolée seulement par ses apparitions. Le 15 août 1698, la Vierge lui apparaît entourée par des anges qui emportent Benoîte jusqu'au ciel puis la rapportent ensuite dans son hameau. Lisant dans les âmes, elle ramène au bien les pécheurs en leur disant le nombre et la gravité de fautes qu'ils croyaient ignorées de tous. À Marseille, elle montre à M. de Coulonge, alors vicaire-général, qu'elle connaît sa pensée et le doute qu'il garde en l'écoutant. Cette traversée du désert due au clergé janséniste qui n'accepte pas les événements du Laus ne cessera qu'en 1712 grâce à l'arrivée des pères de Sainte-Garde, ce qui amène un renouveau du pèlerinage. Benoîte meurt le 28 décembre 1718, en la fête des saints Innocents, laissant la réputation d'une sainte dont la vie fut entourée de faits merveilleux. Elle aura vécu jusqu'à 71 ans malgré de cruelles souffrances et les plus grandes austérités.

Benoîte a d'abord été enterrée au cimetière du Laus qui, alors, jouxtait l'église. Son corps fut ensuite déposé dans le caveau actuel dans le chœur même de la basilique[2].

Le procès en béatification

Dès 1865, on signale que 13 processions, venues de régions différentes, se trouvèrent à la fois dans la vallée du Laus. La chapelle fut, dans cette même année, visité par 135 000 fidèles. La rapide célébrité du pèlerinage ne devait pas faiblir par la suite. Depuis deux siècles, 100 000 pèlerins y viennent prier chaque année et le couronnement de la statue par Mgr Depèry, s'est fait, le 23 mai 1855 en présence de 40 000 personnes[1].

Celle qui servit si bien la gloire de Notre-Dame, méritait de connaître quelque gloire à son tour. Les premières démarches en vue de l'introduction de sa cause furent faites par Mgr Bernadou, mort cardinal-archevêque de Sens, alors évêque de Gap. Le procès s'ouvrit le 11 septembre 1864. Benoîte Rencurel est la première voyante d'apparition mariale à voir sa cause de béatification introduite en cour de Rome. Le 7 septembre 1871, le pape Pie IX déclare Benoîte Rencurel « Vénérable servante de Dieu »[3]. Le décret sur les écrits a été promulgué le 7 juillet 1896[4]. Arrêtée en 1913, la cause a été reprise en 1981. Le 3 avril 1999 le Cardinal Ratzinger, futur pape Benoît XVI, a reconnu l'héroïcité des vertus de Benoîte Rencurel. Un miracle est maintenant nécessaire pour obtenir sa béatification.

Le 28 août 1966, alors qu’il se trouvait à Notre-Dame du Laus en la fête de saint Augustin, Jean Guitton a dit de Benoîte Rencurel qu'elle est « un des ressorts les plus cachés et les plus puissants de l’Europe »[5]

La reconnaissance des apparitions

Déclaration de la reconnaissance des apparitions

Le 4 mai 2008[6], l'évêque français Jean-Michel di Falco reconnaît officiellement[7] le caractère surnaturel des apparitions de Marie à Benoîte Rencurel. Par ailleurs, il soutient le procès en béatification de Benoîte Rencurel.

Ce sont les premières apparitions reconnues en France depuis celles de Lourdes, il y a 146 ans[8].

Annexes

Notes et références

  1. a et b Almanach Catholique Français, édition 1927
  2. a, b, c et d Collectif, La basilique de Notre-Dame du Laus, éditions des Alpes, Gap, 2005, ISBN 2 000000027289
  3. Collectif, Siècles, n° 12/2000: La circulation des dévotions., p. 129, disponible sur GoogleBooks
  4. Notre-Dame du Laus sur cartemarialedumonde.org, 16 octobre 2008. Consulté le 24 septembre 2009
  5. Retraite avec Benoîte, 9ème jour sur site du diocèse de Gap et d'Embrun. Consulté le 28 septembre 2009
  6. La foule à Notre-Dame du Laus, lieu de pèlerinage consacré sur La provence, 5 mai 2008. Consulté le 20 janvier 2009
  7. Décret de reconnaissance, Jean-Michel di Falco, 4 mai 2008, [lire en ligne], consulté le 20 janvier 2008
  8. Les apparitions de la Vierge à Benoîte Rencurel : Reconnaissance officielle sur Zenit, 24 avril 2008. Consulté le 20 janvier 2009

Bibliographie

  • Charles Matheron, Recueil historique des merveilles que Dieu a opérées à Notre-Dame de Laus, près de Gap, en Dauphiné, par l'intercession de la Sainte Vierge, et des principaux traits de la vie de Benoîte Rencurel, surnommée la bergère du Laus, éditions A. Faure, 1736.
  • André Jean Marie Hamon, Notre-Dame de France ou histoire du culte de la Sainte Vierge en France, le chapitre XIV (p. 307 à 321) est consacré à Benoîte Rencurel, Paris, 1859, disponible sur GoogleBooks.
  • Léon Aubineau, Notices littéraires sur le dix-septième siècle, le chapitre XIV (p. 345 à 358) est consacré à Benoîte Rencurel, Paris, 1859, disponible sur GoogleBooks.
  • Abbé Paul Guillaume, Information canonique sur la guérison miraculeuse de Lucrèce Souchon des Praux par l'intermédiaire de Benoîte Rencurel, bergère du Laus, éditions L. Jean et Peyrot, 1900.
  • Félix Vernet, La vénérable Benoîte Rencurel, fondatrice du Laus (1647-1718), éditions J. Gabalda et Fils, Paris, 1931
  • Yves Estienne, Sœur Benoîte et Notre-Dame du Laus, 1954.
  • Henri-Cyrille-Adrien Juge, Sœur Benoîte ou cinquante-quatre ans d'apparitions de la très sainte Vierge à la pieuse bergère du Laus : Esquisse historique, éditions P.-N. Josserand, 1869.
  • Roger de Labriolle, Benoîte, la bergère de Notre-Dame du Laus, 1977.
  • Bande dessinée, Vie de Benoîte Rencurel, auteur ?, éditeur ?, année ?.
  • Régine Flambard, Benoîte, messagère de Notre-Dame du Laus, éditions « Association diocésaine de Notre-Dame du Laus », 1983, extraits disponibles sur GoogleBooks.
  • Marie-Agnès Vallart-Rossi, Une laïque missionnaire : Benoîte Rencurel, 1647-1718: le témoignage du Laus, Nouvelle Cité, 1986, (ISBN 2853131289).
  • Pierre Médan, Vie abrégée de la vénérable Benoîte Rencurel.
  • Marie-Agnès Vallart-Rossi et René Combal, La fondatrice du sanctuaire de notre dame du Laus. Benoîte Rencurel, laïque, du tiers-ordre de Saint Dominique (1647-1718) - Biographie documentée, 650 pages, 1996, (ISBN 2853131289).
  • Robert Pannet, Notre-Dame du Laus et Benoîte Rencurel, Fayard - Le Sarment, 1998, (ISBN 2866790715).
  • René Combal, Notre-Dame du Laus et Benoîte Rencurel, 2003.
  • René Combal, Prier 15 jours avec Benoîte Rencurel : 54 ans d'apparitions de la Vierge à Notre-Dame du Laus, Nouvelle Cité, 2003, (ISBN 2853134466).
  • François de Muizon, La vie merveilleuse de Benoîte Rencurel, Nouvelle Cité, 2004, (ISBN 2853134512).
  • René Combal, Les apparitions de Notre-Dame du Laus à Benoîte Rencurel.
  • Jean-Michel Di Falco Leandri, Benoîte Rencurel, la visionnaire du Laus, Parole et silence, 2008, (ISBN 2845736827).
  • René Humetz et père René Combal, préface de Jean-Michel Di Falco, Enquête sur les parfums de Notre-Dame du Laus, Le Sarment, 2008, (ISBN 2866794729).
  • Francine Bay, La belle Dame du Laus (avec des illustrations de Violaine Morlin), éd. Pierre Téqui, coll. « Petits Pâtres », Paris, 2008, 32 p. (ISBN 2740314205 et 978-2740314203).

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