Moise Amyraut

Moise Amyraut

Moïse Amyraut

Moïse Amyraut
Moïse Amyraut.jpg

Naissance septembre 1596
Bourgueil
Décès 8 janvier 1664 (à 68 ans)
Saumur
Nationalité France France

Moïse Amyraut, Moses Amyraldus en latin, en septembre 1596 à Bourgueil, mort le 8 janvier 1664 à Saumur, est un théologien protestant français. Lun des théologiens les plus distingués et les plus influents du XVIIe siècle, il occupa une place importante dans lhistoire de la théologie réformée.

Sommaire

Biographie

Dune famille honorable qui affirmait descendre des LAmyrault dOrléans, son père, désirant le voir succéder un jour à un de ses oncles dans la charge de sénéchal de Bourgueil, lenvoya suivre lécole de droit à Poitiers.

Le jeune Amyraut sappliqua avec tant dardeur à létude de la jurisprudence, quau bout dun an, il fut en état de prendre ses licences ; mais il nalla pas plus loin dans une carrière qui semblait souvrir à lui sous les plus heureux auspices. Les conseils de Bouchereau, ministre de Sancerre, fortifiés par limpression profonde que lui laissa la lecture de lInstitution chrétienne de Calvin, le décidèrent à étudier la théologie. Dès quil eut obtenu le consentement de son père, qui ne renonça pas toutefois sans peine à des arrangements de famille, il se rendit à Saumur, le parti protestant avait une académie florissante, Cette ville, il fit son cours détudes sous Cameron, se félicita dun tel élève, et bientôt Amyraut fut professeur lui-même.

Lorsque Daillé fut appelé à Charenton, en 1626, léglise de Saumur choisit Amyraut pour le remplacer, en même temps que celles de Rouen et de Tours le demandaient pour pasteur. Saumur lemporta et le chargea en même temps de remplir provisoirement à lacadémie, de concert avec Cappel quelle lui adjoignit, la chaire de théologie. En 1631, Amyraut fut député par la province dAnjou au synode national de Charenton, qui le chargea avec François de Montauban de Rambault, seigneur de Villars et ancien de léglise de Gap, de porter en cour les remerciements des églises pour la permission quelles avaient obtenue de sassembler, et aussi leurs représentations.

Des difficultés sélevèrent tout dabord sur la manière dont cette requête serait présentée. Richelieu voulait que, conformément à un cérémonial reçu, les députés du synode parlassent au roi à genoux ; mais après de longues négociations, la fermeté dAmyraut obtint la suppression en fait de cet usage humiliant, moyennant sans doute la concession quil fit de dire en commençant son discours : « Sire, les députés reconnaissant la liberté de laquelle ils jouissent par la grâce de Votre Majesté, viennent ployer les genoux devant elle pour lui en faire lhommage en révérence avec tous les ressentiments de gratitude dont lesprit humain peut être capable. »

Sa harangue plut fort au cardinal de Richelieu qui conçut pour lui beaucoup destime et qui lui fit lhonneur de le consulter sur son fameux projet de réunion des deux Églises. Le 18 juin 1632, Amyraut assista au synode provincial de Bauge. Lannée suivante (juin 1633) il subit avec Louis Cappel et Josué de La Place, devant le synode tenu à Saumur, les épreuves réglementaires. Il y satisfit et soutint sa thèse, De Sacerdotio Christi, à lapplaudissement général. Il entra ainsi en exercice en même temps que deux collègues, avec lesquels il se lia dune étroite amitié que naltéra jamais la différence de leurs opinions sur certains points de la dogmatique. Leur affection dut lui être dautant plus précieuse quil ne tarda pas à se trouver engagé dans une ardente polémique et exposé aux plus vives attaques.

Disciple aimé de Cameron, il avait adopté la doctrine de Saumur de Cameron, système de conciliation entre larminianisme et le gomarisme imaginé par son maître, et ses relations intimes avec Paul Testard, pasteur de Blois, lavaient encore affermi dans ses convictions.

La querelle nétait pas assoupie entre les deux partis qui avaient divisé le synode de Dordrecht ; peut-être Amyraut espéra-t-il y mettre un terme en se portant comme médiateur. Ce fut en 1634 quil publia son traité De la prédestination, il développa avec une sagacité et une érudition remarquables sa doctrine sur la prédestination. Selon lui, Dieu désire le bonheur de tous les hommes et personne nest exclu par un décret divin des bienfaits que procure la mort de Jésus-Christ ; cependant nul non plus ne peut y participer ni par conséquent être sauvé, à moins de croire en Jésus-Christ. Dieu, dans sa bonté immense et universelle, ne refuse à personne le pouvoir de croire; mais il naccorde pas à tous lassistance nécessaire pour quils fassent usage de ce pouvoir, en sorte que plusieurs périssent par leur faute, sans quon puisse accuser la bonté de Dieu. Cette doctrine, que lon désigne sous le nom duniversalisme hypothétique, lui attira des ennemis et fut vigoureusement attaquée par André Rivet, Friedrich Spanheim, Johann Heinrich Heidegger, Pierre Dumoulin, Pierre Jurieu, qui la traitèrent de pélagianisme déguisé et accusèrent lauteur de contrevenir aux décisions du synode de Dordrecht pour favoriser larminianisme.

En vain Amyraut voulut-il couvrir sa doctrine du nom de Calvin, en soutenant que ce réformateur avait enseigné la grâce universelle, il ne put convaincre ses adversaires et la question fut portée devant le synode national d'Alençon de 1637. Lanimosité contre le professeur de Saumur était telle que plusieurs députés ne parlaient de rien moins que de le déposer. Mais à cette époque déjà, il commençait à sopérer dans les croyances de lÉglise protestante française un changement dont on doit peut-être chercher la cause principale dans la défense, faite dès 1623, dadmettre les étrangers aux fonctions pastorales et denvoyer les jeunes candidats au ministère faire leurs études hors du royaume.

Avant cette défense, beaucoup de pasteurs sortaient chaque année des universités de Suisse et de Hollande, de celle de Genève surtout dominaient les doctrines du calvinisme pur ; mais lorsque Louis XIII eut déclaré quil ne permettrait plus à lavenir quon mit à la tête des églises des ministres formés dans les écoles étrangères, les jeunes protestants qui se destinaient à la carrière théologique furent forcés de faire leurs études dans lune des trois universités de Saumur, de Montauban ou de Nîmes. La première, qui était la plus célèbre, attira le plus grand nombre détudiants, surtout des provinces de deçà la Loire.

Comme Cameron professait à Saumur des principes dune tolérance assez large, il en résulta naturellement une modification notable dans les opinions du clergé protestant de France. Aussi le synode dAlençon refusa-t-il de sassocier aux mesures de rigueur que beaucoup de députés, principalement parmi ceux des églises du midi, réclamaient contre Amyraut. Sans sarrêter aux lettres qui lui avaient été écrites par les universités de Genève et de Leyde, lassemblée se déclara satisfaite des explications quil donna, ainsi que le pasteur Testard, et les renvoya lun et lautre honorablement en leur recommandant la discrétion et la prudence, et en imposant sur ces questions aux deux partis un silence qui fut mal gardé.

Continuant à être attaqué, Amyraut se défendit. De nouvelles plaintes furent donc portées contre lui au synode de Charenton de 1645, qui se montra peu disposé à y donner suite, et qui se contenta de renouveler la défense de « disputer sur des questions inutiles, quon ne propose que par pure curiosité et pour faire paraître la subtilité de son esprit. » II ne tarda pas à donner dailleurs au professeur de Saumur une preuve de la haute estime quil avait pour lui, en le chargeant dentrer en conférences avec La Milletière contre qui il avait déjà soutenu une vive polémique. Mais en disputant de vive voix, les deux controversistes ne purent pas mieux parvenir à sentendre.

De retour à Saumur, Amyraut, tout en soccupant de travaux plus utiles, continua de repousser avec autant de sagacité que de modération les attaques des adversaires de son système. Ces luttes incessantes étaient pénibles pour un homme dun caractère doux et affable comme il était ; aussi se prêta-t-il de grand cœur à une réconciliation avec Rivet. Du Moulin et le pasteur de la Rochelle, Philippe Vincent, qui avait chaudement combattu ses principes sur lobéissance passive.

Il avait été député, en 1638, au synode de Bellesme : il fut nommé recteur de lacadémie de Saumur en 1639, principal en 1640, « tant à cause, de sa grande suffisance pour toutes les fonctions de ladite charge, que particulièrement afin de le retenir et conserver à cette académie en cas que son indisposition lobligeât à se décharger dune partie ou de tout lexercice de son ministère. » En 1642, 1645, 1647, 1652, 1656, il prit encore part aux travaux des synodes de diverses provinces et, en 1658, il se rendit à Bourbon et à Paris sans doute pour le soin de sa santé qui allait saffaiblissant.

En 1659, la province dAnjou enleva une fois Amyraut encore à ses doubles fonctions pour lenvoyer, en qualité de son représentant, au synode national de Loudun. Ce synode lui confia le soin de publier, avec Blondel, Gaultier et Calelan, une édition correcte de la discipline des églises réformées de France. Après la clôture des séances de cette assemblée, Amyraut retourna à Saumur quil parait navoir plus quitté jusquà sa mort, survenue à lâge de soixante-neuf ans, regretté des protestants, et estimé de la plupart des catholiques.

À des talents éminents, un parfait usage du monde, un caractère plein de bienveillance et de fermeté à la fois, Amyraut joignait une charité inépuisable. Pendant les dix dernières années de sa vie, il distribua aux pauvres, sans distinction de religion, les revenus de sa place de pasteur. Ce désintéressement ne put lui faire trouver grâce aux yeux des catholiques bigots qui lui intentèrent, en 1662, un procès au sujet de la taille. Le procureur général près de la cour des aides saisit même cette occasion pour obtenir un arrêt qui défendit à tous les ministres de prendre le titre de docteur en théologie. Amyraut trouva du moins une compensation à ces vexations, dans les témoignages de considération et de respect quil reçut jusquà la fin de sa vie dun grand nombre de catholiques, parmi lesquels on cite des évêques, des archevêques, les cardinaux de Richelieu et de Mazarin, les maréchaux de Brézé et de La Meilleraie, et le premier président du parlement de Bourgogne, Le Goux de La Berebere.

De son mariage avec Elisabeth Aubyneau, de La Rochelle, Amyraut eut deux enfants : une fille, qui épousa Bernard de Haumont, depuis avocat du roi à Saumur, et mourut au bout de dix-huit mois de mariage, en 1615, et un fils, avocat distingué au parlement de Paris, avait eu de sa femme, Marie Théard, Moïse (1660-1670), Мarie (1661-1680), Élisabeth, femme, en 1678, de François Hardy et Moïse, baptisé le 3 juillet 1682 ; il se réfugia en Hollande à la révocation de lédit de Nantes. Son portrait a été peint par Philippe de Champaigne et gravé par Pierre Lombard. Dogmatiste, exégète, moraliste et prédicateur renommé, Amyraut a beaucoup écrit, mais ses ouvrages sont fort rares. Personne navait soupçonné dans le sévère théologien Moïse Amyraut la passion de faire et de publier des vers jusquà la découverte par J. Taschereau, directeur de la Bibliothèque nationale, de deux volumes poétiques, qui pensa que les initiales M. A. pouvaient cacher le nom du ministre de Saumur.

Œuvres

  • Traité des religions, contre ceux qui les estiment toutes indifférentes, 1631
  • Brief Traitté de la prédestination et de ses principales dépendances, 1634
  • Discours sur létat des fidèles après la mort, 1646
  • Paraphrase de la Première Épître de saint Pierre (ch. II, v. 7), 1646
  • Apologie pour ceux de la religion, 1647
  • Six livres de la vocation des pasteurs, 1649
  • Morale chrétienne, 6 vol., 1652-1660
  • Du gouvernement de lÉglise contre ceux qui veulent abolir lusage et lautorité des synodes, 1653
  • Du règne de mille ans ou de la Prospérité de lÉglise, 1654
  • Discours de la souveraineté des rois, 1656
  • La Vie de François, seigneur de La Noue, dit Bras de fer, 1661
  • (la) Syntagma thesium theologicarum in Academia Salmuriensi variis temporibus disputatarum, 1664, co-écrit avec Josué de la Place et Louis Cappel

Bibliographie

  • Alexandre Vinet, Histoire de la prédication parmi les réformés de France au dix-septième siècle, Paris, Chez les éditeurs, 1860
  • André Sabatier, Étude historique sur luniversalité de Moïse Amyraut, Toulouse, Chauvin, 1867
  • Marc Fraissinet, Essai sur la morale dAmyraut, Toulouse, A. Chauvin et fils, 1889
  • A. Galland, Les Pasteurs français et la royauté de droit divin de lédit dAlais à la révocation, Paris, Fischbacher 1929
  • Richard Stauffer, Moïse Amyraut, un précurseur français de lœcuménisme, Paris, Librairie protestante, 1962
  • François Laplanche, Orthodoxie et prédication. Lœuvre dAmyraut et la querelle de la grâce universelle, Paris, Presses Universitaires de France, 1965
  • Brian G. Madison, Calvinism and the Amyraut heresy , 1969
  • Duncker & Humblot, Calvinismus und französische Monarchie im 17, 1975
  • Les Relations entre la Touraine et la Pennsylvanie au XVIIe siècle : Moyse Amyraut et William Penn R. Fillet, Société détudes anglo-américaines des XVIIe et XVIIIe siècles, no 37, 1993, p. 121-142

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Sources

  • E. Haag, La France protestante, t. iii, Paris, Librairie Sandoz et Fischbacher, 1854, p. 185-210.
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