- Manche (fleuve)
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Le fleuve Manche, ou Channel River, est un paléo-fleuve qui s'écoulait dans l'actuelle Manche il y a plus de 20.000 ans, i.e. lors de la dernière période glaciaire (ca. 80 000 à 15 000 ans avant notre ère), mais également lors des périodes glaciaires précédentes (d'une durée de l'ordre de 60 000 ans), celles-ci se produisant cycliquement tous les 100 000 ans depuis environ 600 000 ans (Pléistocène Moyen et Supérieur).
À la faveur du bas niveau marin (-120 mètres environ par rapport à l'actuel, car une part importante de l'eau du globe constitue les immenses calottes de glace des hautes latitudes lors des périodes glaciaires), l'actuelle Manche est en effet exondée lors des périodes glaciaires. Le cours actuel des fleuves et rivières se jetant actuellement dans la Manche (Seine, Somme, etc.) confluent dès lors vers un unique système fluviatile : le Fleuve Manche.
Les périodes glaciaires couvrant environ 70 % du Pléistocène (époque couvrant la période des derniers 2,6 millions d'années), le fleuve Manche constitue donc un système fluviatile majeur de l'Europe à l'échelle des temps géologiques récents. En ce sens, la Manche en tant que mer épi-continentale, c'est-à-dire dans la situation que nous connaissons actuellement, est donc une « anomalie » géographique très peu représentative de la géographie de l'Europe au cours des derniers 2,6 millions d'années. De même, le Fleuve Manche verra à nouveau le jour lors de la prochaine période glaciaire.
Histoire
L’histoire du fleuve Manche est complexe et principalement contrôlée par la tectonique (à l'échelle des dernières dizaines de millions d'années) et l’extension des glaciations du Pléistocène (à l'échelle des 2,6 derniers millions d'années). La Manche occidentale fonctionne auparavant comme un golfe tout au long du Pliocène (période qui précède le Pléistocène) et la ligne de rivage (et donc l'embouchure du fleuve) évolue constamment au gré des variations du niveau marin.
Le Fleuve Manche devient un fleuve de plus grande importance au cours du Pléistocène Moyen, du fait de l'établissement de vastes calottes de glace d'épaisseur pluri-kilométrique sur les îles Britanniques (Irlande et Écosse, jusqu'au nord de Londres) et la Scandinavie avec une limite sud à la latitude de Berlin.
En effet, la Manche est en tant que telle d'origine géologique assez récente, puisqu'elle fut d'ailleurs une zone non inondée pendant la majeure partie du Pléistocène. On suppose que la jonction entre les eaux à l'ouest et à l'est du Pas de Calais; formant justement ce détroit ayant donné son nom au département français (Dover strait en anglais), et auparavant bande de terre reliant les parties émergées des actuelles Angleterre et France; a été provoquée entre -450 000 et -180 000 par deux événements glaciaux catastrophiques où des flots d'eaux se sont déversés lors de la rupture de l'anticlinal Weald-Artois, une crête qui retenait un large lac glaciaire vers le Nord-Est, situé dans la région du Doggerland, maintenant submergée sous la mer du Nord. L'inondation aurait duré plusieurs longs mois, laissant des traces bien visibles et permettant de relâcher l'équivalent d'un million de mètres cubes d'eau liquide par seconde. La rupture de cette bande de terre et de l'anticlinal, permettant à la Manche de se former en joignant le lac glaciaire à l'Est et la direction de l'Atlantique à l'Ouest, fut possiblement provoquée par un séisme, ou encore par la pression des glaciers eux-mêmes sur les eaux du lac.
Durant les plus fortes glaciations, la rencontre des calottes Britannique et Scandinave en Mer du Nord (elle aussi exondée (c'est-à-dire émergée) du fait du bas niveau marin) oblige les eaux d’Europe centrale (c'est-à-dire les eaux des différents fleuves polonais, allemands, néerlandais, belges et sud-anglais) à s’écouler dans le Golfe de Gascogne au travers du détroit du Pas-de-Calais désormais créé. Ces eaux s'ajoutent à celle des rivières du nord de la France et du sud des Îles Britanniques. Cette situation est suggérée lors des trois dernières glaciations nommées Weichselienne (i.e. dernière période glaciaire), Saalienne (i.e. avant-dernière période glaciaire, entre -130 000 et -170 000 ans) et Elsterienne (il y a environ 420 000 ans). Concernant la dernière période glaciaire, celle-ci prend fin il y a environ 15 000 ans. À la faveur du réchauffement planétaire qui caractérise chacune des transitions glaciaire-interglaciaire du Pléistocène, les calottes glaciaires fondent à travers le monde, le niveau des eaux remonte rapidement, et la Manche est progressivement inondée jusqu'à la situation géographique actuelle.
Bassin
Dans sa configuration maximale, le fleuve Manche récoltait les eaux des fleuves contemporains Orne, Seine, Somme, Tamise, Rhin, Meuse, Weser, Ems, Elbe ainsi que les eaux de fonte des calottes glaciaires britannique, scandinave et alpine (via le Rhin). La taille du bassin versant du Fleuve Manche est alors estimée à 1,2 million de km².
Liens externes
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