Han Gan

Han Gan

Han Gan ou Han Kan né en 706, mort en 783. VIIIe siècle. Chinois. Peintre de chevaux.

Palefrenier menant deux chevaux par Han Gan 1107.

Sommaire

La peinture d'animaux à l'époque des Song

Les critique chinois ont l'habitude de diviser la peinture en trois sections déterminées par le sujet: dans les deux premières, on trouve la peinture de personnages et le paysage; dans la troisième, les représentations de fleurs et de plantes, d'oiseaux, d'insectes et d'animaux. On accordait moins de valeur à ces dernières œuvres, qui souffrent, d'après ces mêmes critiques, d'une certaine vulgarité. Elles n'en sont pas moins populaires pour autant[1].

Peintre de figures et notamment de fresques bouddhiques, Han Gan est surtout célèbres comme peintre de chevaux, il contribue à hausser ce sujet au niveau d'un genre. Pour justifier l'importance de ce genre, il faut considérer le rôle considérable joué par le cheval dans la Chine des Tang auxiliaire de la conquête et de l'expansion vers l'Asie centrale, il est directement lié à l'élargissement de l'horizon culturel de l'empire. Associés, de surcroît, aux divertissements aristocratiques tels que le polo, la chasse et les joutes, les chevaux sont particulièrement prisés à la cour où sont entretenues de vastes et splendides écuries[2].

Les écuries impériales comptent quarante mille chevaux à l'époque où Han Gan est appelé à y servir. Les meilleurs artistes sont conviés à faire le portrait des montures favorites du souverain, d'autant qu'un grand nombre de ces étalons sont des tribus envoyés à la capitale par les régions lointaines de Ferghana et de Khotan et que les peintures qui en sont faites ne font que perpétuer l'hommage rendu par les nations étrangères au prestige de la cour chinoise: elles revêtent par elles même une dimension historique. Rarement autant de grands écrivains et artistes vivent au même moment: les poètes Wang Wei, Li Bai et Du Fu; les peintres Wu Daozi, Zhang Xuan et Han Gan; les calligraphes Yan Zhenqing Zhang Xu et Huaisu (725-785), parmi beaucoup d'autres[3].

Biographie

La biographie de Han gan est mal connue. Originaire de la province du Henan ou du Shanxi, il vient très tôt habiter la capitale Changan, comme petit commis chez un marchand de vins. Son talent est alors remarqué par l'illustre poète et peintre Wang Wei et vers 750, le jeune Han est convoqué à la cour où l'empereur Xuanzong, l'invite à se mettre à l'école de Chen Hong (peintre) VIIIe siècle, grand peintre de chevaux appointé par la cour[4].

Peintre au service de l'empereur

Dans cette cour dont le faste marque le zénith de la dynastie Tang, Han Gan s'impose d'emblée par un style puissamment original. Quand l'empereur lui donne à peindre ses chevaux favoris Fleur grise de jade et Blancheur illuminant la nuit et d'autres, il attend du jeune peintre des images conformes à la tradition, mais Han Gan travaille dans un autre esprit: «je ne prends pour seuls maîtres, que les chevaux des écuries impériales» dit-il au souverain. L'empereur trouve la réponse insolite. Han Gan entend donner à l'observation de la nature le pas sur les stylisations archaïques[5].

Mythe et légende

Cette conception neuve ne semble pas faire l'unanimité. Dans un poème écrit à la louange de Cao Ba, Du Fu reproche à Han Gan de peindre la chair des chevaux et non leur ossature, «autorisant ainsi l'esprit de Hua Liu à dépérir et à se perdre», Hua Liu est l'un des chevaux du roi Mu. Chez Han gan, l'imagination mythique s'ouvre à l'observation directe de la nature: muscles et os aux formes arrondies, sabots lourds, sûreté d'allure. Attelés à une voiture, ils suivent sans risque les routes les plus dangereuses. Au galop comme au trot, ils impriment à l'attelage «le rythme de la musique Shao» voir note 27. Cette musique règle le mouvement des danses rituelles, elles-mêmes accordées au rythme correct, premier. Aussi la légende veut qu'un cheval peint par Han gan à la demande d'un démon, prend vie. Le messager du démon le monte quand il vient, au nom de son maître, remercier le peintre. Pour libérer l'esprit vital du cheval, Han Gan prend soin de brûler son œuvre[6].

Favotites et nobles dames

Le nom de Han Gan reste attaché à la peinture des chevaux mais il peint aussi des portraits. Il représente la dame Guoguo à cheval avec deux de ses sœurs. Les vêtements de soie ornés de dessins bleu et vert sur fond blanc, or sur fond vert, sont somptueux. Les chevaux sont magnifiques. La dame Guoguo est l'une des sœurs de Yang Yuhuan, la très célèbre favorite[7].

Style et falsification

Ses contemporains semblent frappés par le caractère de vérité qu'il sait insuffler à ses modèles. À ce titre, il rentre dans la légende populaire et plusieurs contes fantastiques attribuent des vertus magiques à certaines de ses œuvres. Han Gan donne en tous cas à la peinture de chevaux sa forme spécifique, et les grands spécialistes ultérieurs que sont Li Gonglin et Zhao Mengfu s'appliquent à l'imiter. Depuis des siècles malheureusement, des faussaires prennent la fâcheuse habitude d'appliquer la signature de Han Gan sur tout portrait de cheval un peu ancien et les falsifications sont très nombreuses[2].

Authenticité incertaine

Il ne reste actuellement que deux œuvres d'une antiquité certaine mais, vraisemblablement, de deux mains, voire de deux époques différentes. Il s'agit du portrait d'un destrier favori de l'empereur Xuanzong: Blanc qui illumine la nuit, (Coll. Sir Percival David-en), Londres qui respire d'une irrépressible vitalité et d'une sorte de primitivité qui en fait la force, et de Palefrenier menant deux chevaux, (Taipei, National Palace Museum) dont l'aisance souple et élégante est en complet contraste avec l'œuvre précédente[8].

On éprouve le même sentiment de mystère en face de Singes et chevaux, une œuvre peu connue et fort ancienne du Musée du palais. Mais dans ce cas précis , si l'insolite se fonde en partie sur la révélation de cet univers coupé du nôtre, il tient aussi à notre ignorance de la raison d'être du tableau où, trois singes, deux d'entre eux suspendus aux hautes branches d'un arbre, le troisième, assis sur un rocher; en bas, deux chevaux passent au trot. Vers quel destination? Que font ces singes? Sont-ils spectateurs ou acteurs? Faut-il attribuer une signification symbolique à cette œuvre? Aucun élément, aucune inscription pour donner une signification sur les desseins du peintre. Il estime peut-être que le tableau se suffit à lui-même[9].

Attribution aléatoire

D'après la tradition, cette peinture est l'œuvre de Han Gan, spécialiste de chevaux du VIIIe siècle. En réalité elle est sûrement moins ancienne et date sans doute des Cinq Dynasties ou du début des Song, soit, à quelques décennies près, l'époque où voient le jour les Cerfs et biches sous les érables rouges de l'automne. De toute façon, les Singes et chevaux relèvent sans contredit d'une tradition picturale purement chinoise. Ce sont les rochers et les arbres qui permettent de situer cette œuvre dans le temps[10].

Yang Kouei-fei montant à cheval attribué à Qian Xuan est un exemple frappant, Han Gan l'a certainement inspiré. Que ce soit vrai ou non, Han Gan vivant à la cour de l'empereur, a certainement représenté ce que l'empereur Ming-houang aime par-dessus tout, les femmes et les chevaux, avec bien plus de chaleur et bien plus d'enthousiasme que ne le fait Qian Xuan[11].

Musées

  • Londres (Collection Sir Percival David):
    • Lumière éclairant la nuit, encre sur papier, plusieurs inscriptions et plusieurs sceaux, feuille d'album.
  • New York: (Metropolitan Museum of Art):
    • Valet tartare menant un cheval, court rouleau en longueur, longue inscription de l'empereur Qing Qianlong.
  • Pékin (Musée du Palais):
    • Huit hommes amenant trois chevaux en tribut, rouleau en longueur, inscription de l'empereur Song Huizong datée 1114 et de Wang Zhideng datée 1574, poèmes de trois écrivains Yuan, attribution.
    • Toilette du cheval, feuille d'album inscrite avec le nom du peintre.
  • Taipei (Nat. Palace Mus.):
    • Palefrenier menant deux chevaux, encre et couleurs légères sur soie, feuille d'album, inscription de l'empereur Song Huizong datée 1107, sceaux de Huizong et d'empereurs ultérieurs.
    • Singes et chevaux, encre et couleur sur soie, rouleau en hauteur, sans doute Cinq dynasties ou Song.
  • Washington D.C (Freer Gallery of Art):
    • Envoyés des pays Occidentaux conduisant trois chevaux richement carapaçonnés en tributs, rouleau en longueur très coloré, inscription dans le style de l'empereur Song Huizong datée 1114, [[Colophon (imprimerie)|colophon) du peintre Mo Shilong (actif vers 1557-1600), vraisemblablement une copie d'après l'un des cinq rouleaux de Han Gan représentant des étrangers amenant des chevaux en tributs. Ce musée possède aussi une copie plus tardive de cette même peinture.

Bibliographie

  • Dictionnaire Bénézit, Dictionnaire des peintres,sculpteurs, dessinateurs et graveurs, vol. 6, éditions Gründ, janvier 1999, 13440 p. (ISBN 2700030168), p. 726 
  • James Cahill (trad. Yves Rivière), La peinture chinoise - Les trésors de l'Asie, éditions Albert Skira, 1960, 212 p., p. 67, 70, 71, 100, 101 
  • Yang Xin, Richard M. Barnhart, Nie Chongzheng, James Cahill, Lang Shaojun, Wu Hung (trad. Nadine Perront), Trois mille ans de peinture chinoise, Éditions Philippe Picquier, 1997, 4 02 p., p. 58, 78, 81, 112, 148 
  • Nicole Vandier-Nicolas, Peinture chinoise et tradition lettrée, Éditions du Seuil, 1983, 259 p. (ISBN 2020064405), p. 48, 66, 118, 124, 129, 130, 161, 162, 165 

Notes et références

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