Données Archéologiques Sur David Et Salomon

Données Archéologiques Sur David Et Salomon

Données archéologiques sur David et Salomon

L'archéologie n'a pas pour but de comprendre la Bible, elle vise seulement à établir les données du terrain. On trouvera ci-dessous un inventaire des principales données archéologiques en rapport avec le récit biblique, y compris les plus récentes. Pour les aspects autres que les données archéologiques, voir David et Salomon.

Sommaire

Données archéologiques sur le règne de David

Concernant la personne du roi David, le seul document archéologique dont nous disposons est la Stèle de Tel Dan, découverte en 1993. Cette stèle n'est pas datée exactement, mais les archéologues lui attribuent[1]une date aux alentours de –900. Hazaël, roi de Damas, a fait graver en Araméen[2] :

« J'ai tué [Jo]ram fils d'[Achab] roi d'Israël, et [j'ai] tué [Ahas]yahu fils de [Joram] roi de la maison de David. Et j'ai réduit [leur ville en ruine et changé] leur terre en [désolation]. »

La signification de l'expression "maison de David" est tout à fait claire en Archéologie : il s'agit de la dynastie royale dont "David" a été le premier roi[3]. Le caractère historique de l'inscription étant indéniable[4], il n'existe pas de raison fondée sur l'Archéologie conduisant à mettre en doute l'existence du roi David. Par contre, le fait qu'aucune mention du royaume de David datant de son vivant n'ait été retrouvée, alors que les abondantes archives des pays voisin mentionnent de nombreux royaumes y compris de petites cité-États, jette un doute sérieux sur la taille du royaume de David. Cette inscription atteste aussi qu'à l'époque de l'inscription le royaume d'Israël (« la maison d'Omri » des archives assyriennes) est différent du royaume de « la maison de David ». Il n'existe aucune donnée archéologique permettant de dater le règne de David : on ne peut donc fonder d'estimation que sur le texte biblique (-1010, -970), dates qu'il faut prendre comme des ordres de grandeur plausibles, non des chiffres établis par des sources archéologiques).

Les données archéologiques en Palestine, à l'époque du royaume de David, sont très nombreuses. Les données archéologiques sur sa capitale, Jérusalem, sont beaucoup moins riches. On estime actuellement[5] que Jérusalem était, à cette époque, autour de –1000, un petit village sans fortifications, limité à l'emplacement que l'on appelle la « Cité de David », sans rapport avec la description biblique. D'imposantes fortifications datées de –1700 ont été retrouvées, montrant qu'à cette époque antérieure, Jérusalem était une ville de taille importante[6], ce qui montre que, lorsqu’une construction est importante, elle laisse des traces, même si elle est très ancienne et située en plein cœur de Jérusalem. Ce phénomène de déclin très marqué n'est pas propre à Jérusalem, il est lié à l'effondrement systémique qui marque le passage de l'âge du bronze tardif à l'âge du fer (voir : Données archéologiques sur la conquête de Canaan et Données archéologiques sur les Philistins). Il faudra attendre –700 pour constater un développement foudroyant de Jérusalem, dont l'étendue passe de six à soixante-quinze hectares en quelques décennies, et la population de 1 000 à 12 000 habitants. Ces chiffres sont estimés, notamment, à partir du relevé de la position des tombes et de leurs datations. À cette époque, le royaume d'Israël est occupé par l'Assyrie et de nombreux Israélites se réfugient au sud, dans le royaume de Juda.

Vers –1000, la population vivant sur la partie sud des hautes terres (étendue géographique correspondant à Juda) est estimée à 5 000 habitants. Il s'agit d'une population rurale modeste. Il n'est pas vraisemblable que cette population ait pu contribuer à la formation d'une armée importante sous David. À la même époque, sur la partie nord des hautes terres (étendue géographique correspondant à Israël), la population est estimée à 40 000 habitants. La différence s'explique par une raison géographique : la partie nord est plus arrosée et située sur les voies de communication, la partie sud est plus sèche et plus difficilement accessible. À titre de comparaison, la population égyptienne est estimée à 2 800 000 personnes vers -1250.

Premiers Israélites (hautes terres), Cananéens (vallées), Pelesets (côte)

Données archéologiques sur le règne de Salomon

Concernant la personne du roi Salomon, il n'existe aucune donnée archéologique. Il n'existe pas non plus de raison fondée sur l'Archéologie conduisant à mettre en doute l'existence même du roi Salomon. Pour les dates du règne de Salomon, on ne peut faire qu'une estimation à partir du texte biblique (-970, -930, avec les mêmes réserves que pour David).

Sur l'étendue géographique correspondant à Israël (partie nord), on trouve les traces de constructions très importantes sur plusieurs sites, notamment à Samarie, Megiddo, Gézer, Hazor. Une controverse passionnée, qui n'est pas encore complètement tranchée, porte sur la datation exacte de toutes ces constructions. Une partie des constructions (à Samarie, la grande esplanade et le magnifique palais en pierre taillée par exemple) appartient clairement à la dynastie du roi Omri, royaume centralisé des Omrides (-884, -842) et ne peut en aucune manière être attribuée à Salomon[7]. Le site de Megiddo comporte 25 strates archéologiques et couvre 7 000 ans d'histoire. Vers –1800, Megiddo est une cité-État de 2 000 habitants avec des édifices importants, des fortifications et des temples. Une très grande écurie a été trouvée à Megiddo, elle est datée –800, elle est donc sans rapport avec Salomon. La porte à triple tenaille de Megiddo est datée –800 également. Les restes les plus importants, palais et temples en pierre taillée, sont datés –900 [8].

Sur l'étendue géographique correspondant à Juda (partie sud), après –900, d'imposantes citadelles sont construites à Lakish et Bet Shemesh, un centre administratif important se développe dans la vallée de Beersheba, avec une forteresse à Arad et à Tell Beersheba. Vers -800, la population totale du royaume de Juda est estimée à 35 000 habitants, celle du royaume d'Israël à 350 000. Le développement de Jérusalem, nous l'avons vu, est postérieur.

La controverse non complètement tranchée sur les datations (voir bibliographie) est compliquée par le fait qu'un grand nombre de strates sont présentes et qu'une petite erreur de strate entraîne une grosse erreur de date. Les datations sont faites à partir du style des poteries et, maintenant, par la technique de datation au carbone 14 rendue beaucoup plus précise par une calibration spécifique et un traitement statistique. La calibration est possible si l’on trouve une strate qui est déjà datée exactement (stèle par exemple). Mais une date fournie dans la Bible seulement ne peut servir d’étalonnage puisqu’elle n’a pas été validée indépendamment. En pratiquant un nombre significatif de tests indépendants dans la même strate, on améliore la précision. Un traitement statistique permet d’estimer la fiabilité du résultat. L'extrême précision requise explique pourquoi on ne parvient pas toujours à tirer des conclusions parfaitement claires, car une petite erreur de date (100 ans) modifie radicalement les conclusions.

Cependant, quatre remarques peuvent être faites. La première, c'est qu'il n'existe aucune donnée archéologique indiquant qu'une des grandes constructions trouvées sur l'étendue géographique correspondant à Israël ait été bâtie par Salomon effectivement. La seconde, c'est qu'il semble difficile de croire que Jérusalem aurait eu une croissance non détectée très importante à l'époque de Salomon : comment se ferait-il alors, qu'on identifie très bien une splendeur passée vers -1700 et une croissance foudroyante vers –700. La troisième, c'est que, comparativement aux agglomérations de la partie nord, la taille modeste[9] de la capitale du royaume — la Jérusalem de l'époque de Salomon — rend paradoxale la thèse selon laquelle Salomon aurait été à la tête d'un immense royaume tel que le décrit le récit biblique. La quatrième, c’est que, si Salomon avait vraiment été à la tête d'un immense royaume tel que le décrit le récit biblique, les nombreuses archives des pays voisins n'auraient pas manqué de le dire et il est impensable qu'aucun des nombreux documents retrouvés ne contienne la moindre allusion à ce royaume (sur ces archives, voir l'article : Données archéologiques sur les Philistins)[10].

Le point scientifique sur la question des désaccords de datation est fait dans un compte-rendu de congrès qui rassemble les publications professionnelles : T. Levy and T. Higham, editors, "Radiocarbon Dating and the Iron Age of the Southern Levant : The Bible and Archæology Today", Londres, 2005 (27 contributions, 448 pages).

Le problème de l'absence d'écrit sous le règne de Salomon

Ce paragraphe a pour objet de situer, par rapport aux règnes de David et Salomon, l'alphabétisation de la population de Juda et d'Israël. Le mot alphabétisation est à prendre au sens d'apprendre à lire, pas au sens d'alphabet. Sur l'introduction de l'alphabet en Juda et en Israël, voir Données archéologiques sur les premiers écrits en hébreu ancien.

Aucune trace d'un écrit en hébreu ancien de quelque nature que ce soit n'a été retrouvée datant du royaume de David, ni du royaume de Salomon.

Ni le calendrier de Gézer (inscription lithographique, -1000) ni l'abécédaire de Tell Zayit (-1000) ne constituent des traces attestées de l'usage de l'hébreu ancien. Une des inscriptions les plus anciennes qui ait été retrouvée[11] est la Stèle de Tel Dan, postérieure à -1000 (son écriture dérive du phénicien).

Le nombre d'ostraca (morceaux de matériau sur lequel on a écrit ou dessiné) trouvés en Juda augmente considérablement, de façon soudaine, à partir de -800: c'est cette soudaine croissance qui atteste, sans ambiguïté, que la population du royaume de Juda apprend à lire l'hébreu à partir de -800. Bien que, à en croire la Bible, on écrivait d'abondance à sa cour, la population de Jérusalem n'était donc, en fait, pas encore alphabétisée sous le règne de Salomon et il est logique qu'aucune trace écrite n'ait été retrouvée[12]. Dans le royaume d'Israël, à Samarie, on a retrouvé un grand nombre d'ostraca attestant qu'il existe déjà une solide organisation bureaucratique avec un usage à grande échelle de l'écriture sous les Omrides (-900) (voir : Données archéologiques sur Omri et les Omrides). De plus, les jarres omrides de vin et d'huile d'olive portent des indications sur la provenance des produits, destinées à être lues par tous ceux qui les utilisent. L'archéologie démontre ainsi que le royaume d'Israël s'alphabétise un siècle avant le royaume de Juda.

L'absence de toute trace d'écrit datant de l'époque attribuée au royaume de Salomon, l'absence de tout contact de ce royaume avec les autres royaumes voisins et le fait que la population n'y est pas encore alphabétisée, tout ceci est cohérent avec ce que les restes des constructions ont montré : il s'agirait donc d'un petit royaume (quelques milliers d'habitants) vivant modestement de l'agriculture, sans mode de production à grande échelle, avec pour capitale un petit village de montagne.

Notes

  1. Techniquement, il n'existe pas de moyen de dater une stèle en pierre comme on date un morceau de matière organique—noyau d'olive ou grain de céréale—au carbone 14 (voir Méthodes scientifiques de l'archéologie). Les seuls moyens de datation sont indirects, par référence à un événement qui soit en rapport avec l'inscription et dont la date soit connue par ailleurs. Les tablettes d'argile utilisée pour l'écriture cunéiforme peuvent être datée par thermoluminescence lorsqu'elles ont subi la cuisson d'un incendie.
  2. Aram est la Syrie.
  3. "Maison de..." est une expression consacrée que l'on trouve dans d'autres inscriptions pour désigner d'autres dynasties. Les archives assyriennes désignent le royaume d'Israël sous le nom de Maison d'Omri.
  4. Il ne s'agit pas d'un texte littéraire tel qu'un conte ou une légende, dont nous avons de nombreux exemples et dont le caractère mythique est attesté, il s'agit d'un texte gravé par un roi connu pour célébrer un événement réel.
  5. Ronny Reich, Université de Haïfa, film « La Bible dévoilée » chap. 6 de l’épisode 2, et Israël Finkelstein et Neil Silberman, « Les rois sacrés de la Bible. À la recherche de David et Salomon », Éditions Bayard, 2006. p. 95
  6. Ronny Reich, film « La Bible dévoilée » chap. 6 de l’épisode 2
  7. Norma Franklin, Mission Megiddo, film « La Bible dévoilée », chap. 8 de l’épisode 3
  8. Françoise Briquel Chatonnet, p. 1 377 du Dictionnaire de l’Antiquité, direction Jean Leclant, PUF, 2005
  9. Jean Baptiste Humbert, p. 1 177 du Dictionnaire de l’Antiquité, direction Jean Leclant, PUF, 2205
  10. Ceci n'empêche par le Ministère des Affaires Étrangères d'Israël de présenter sur son site officiel la carte du royaume de David et de Salomon, débordant largement sur l'actuelle Jordanie et sur l'actuelle Syrie, mise en relation avec les limites de l'Israël d'aujourd'hui (selon l'expression utilisée). Carte du royaume de David et de Salomon selon le Ministère des Affaires Étrangères d'Israël
  11. Naissance de la Bible. Une écriture au fil des siècles, Le Monde de la Bible, Hors série 2006, éditions Fayard, p.25
  12. « Les rois sacrés de la Bible » p. 147

Liens internes

Voir également :

Lien externe

Le point scientifique sur la question des désaccords de datation est fait dans un compte-rendu de congrès qui rassemble les publications professionnelles : T. Levy and T. Higham, editors, "Radiocarbon Dating and the Iron Age of the Southern Levant : The Bible and Archæology Today", Londres, 2005 (27 contributions, 448 pages).

Documents récents pour approfondir le sujet

  • Le roi David et Jérusalem : mythe et réalité La Bible n'est pas un document historique. Elle contient, certes, une foule d'informations historiques. Mais, pour pouvoir apprécier ces informations, il nous faut considérer quand, comment et pourquoi la Bible a fait l'objet d'une compilation.
  • Israël Finkelstein et Neil Silberman, « Les rois sacrés de la Bible. À la recherche de David et Salomon », Éditions Bayard, 2006.
  • Un film en 4 parties, « La Bible dévoilée. Les révélations de l'Archéologie », a été réalisé en 2005 par Thierry Ragobert, écrit par Isy Morgensztern et Thierry Ragobert, sur le travail d’Israël Finkelstein et de Neil Asher Silberman, avec la participation de Jacques Briend, Professeur honoraire de l'Institut catholique de Paris, et de Thomas Römer, Professeur d’Ancien Testament à l'université de Lausanne. Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman jouent leur propre rôle. Le film a été diffusé sur Arte et sur France 5, le coffret de 2 DVD est sorti en février 2006 aux Éditions Montparnasse.
  • Sur la controverse au sujet des datations, voir revue « La Recherche » no391 du 01-11-2005, dossier spécial intitulé « Les archéologues récrivent la Bible ». La revue se donne pour but de rendre compte de l'actualité des sciences, et The Debate over the chronology of the Iron Age on the southern levant, Amihai Mazar à propos du débat sur la chronologie du Xe siècle et ses conséquences sur le royaume de Salomon.
  • Eilat Mazar : "Did I Find King David's Palace ?" Biblical Archaeology Review (vol. 32 No.1 Jan./Feb. 2006). La mise à jour d'un grand bâtiment fait l'objet d'une intense campagne médiatique, mais Eilat Mazar n'a à ce jour publié aucun article à ce sujet dans une revue professionnelle à comité de lecture. La mention du roi David, en rapport avec cette construction, n'est qu'une proposition personnelle d'Eilat Mazar, qui n'est en aucune manière validée professionnellement. La Biblical Archaeology Review n'est aucunement une revue professionnelle : elle se donne pour but de faire comprendre le monde de la Bible à un large public. L'Archéologie Biblique, de même, vise à comprendre le monde de la Bible, alors que l'Archéologie (tout court) est une science qui vise à comprendre le monde (tout court). L'Archéologie, comme toute science, n'est donc pas préorientée, contrairement à l'Archéologie Biblique. Eilat Mazar définit ainsi sa méthode de travail : I work with the Bible in one hand and the tools of excavation in the other, and I try to consider everything. (Je travaille avec la Bible dans une main et la pioche dans l'autre, et j'essaie de tout prendre en compte).
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