Royaume de Dergé

Royaume de Dergé

31°49′N 98°40′E / 31.817, 98.667 Le Royaume de Dergé était un royaume important du Kham (Tibet oriental). C’était un centre industriel, religieux et politique ayant depuis le XVe siècle son siège dans la ville de Dergé. Son territoire s’étendait entre le Lac Qinghai au nord, Chantui, Litang et les états Horpa à l’est, Batang, Sanai, Gonjo et Draya au sud, Lhato et Chamdo à l’ouest. 12 000 à 15 000 familles y vivaient durant sa période de plus grande extension[1]. Le lignage des rois de Dergé prétend remonter à un parent de Gar Songtsen vivant au VIIIe siècle et s’étend sur 47 générations et 1300 ans[2].

Sommaire

Histoire

C’est au XVe siècle, sous le règne du 31e roi Lodro Tobden, que Dergé devint capitale. Il invita dans le pays Thang Tong Gyalpo qui y fit construire des ponts et des chörtens, et fonda le monastère de Gongchen où s’installèrent les Sakyapa[3].

Au XVIIIe siècle, Tenpa Tsering conquit de nouvelles terres et étendit le royaume vers le nord[3]. En 1717, les Dzoungars occupant la région de Lhasa, la Chine envoya une armée et en 1727 le royaume de Dergé tomba sous contrôle chinois en même temps que le reste du Tibet oriental. Il fut inclus avec d’autres districts comme Nyarong, Batang, Litang et les cinq états Horpa dans la région appelée Kham[4]. En 1733, l’empereur Yongzheng conféra au roi de Dergé le titre de chef du « bureau de pacification » xuanweisi 宣威司, qui le laissait indépendant de fait mais l’obligeait à payer un tribut[5].

Au début des années 1800, Gombo Namgye prit le pouvoir dans le Nyarong voisin et entreprit de l’étendre sur tout le Kham. En 1863, Dergé fut envahi et appela à l’aide la Chine et le gouvernement de Lhasa. Ce fut ce dernier qui envoya une armée qui chassa les troupes de Nyarong en 1865. Le Tibet réclama alors Dergé, ce qui semble avoir été accepté par l’empereur de Chine[3],[6].

En 1895, le gouverneur général du Sichuan envoya contre Chantui le général Chang Chi, qui envahit du même coup Dergé[7] et fit emprisonner le roi et sa famille à Chengdu[5]. Quand les troupes chinoises furent parties, le roi était mort, laissant deux fils : Dorje Senkel soutenu par les Chinois et Djembel Rinchen soutenu par Chantui. En 1908, Dorje Senkel appela à l’aide le seigneur de guerre Zhao Erfeng envoyé en campagne au Tibet pour réaffirmer la suprématie chinoise après l’invasion de Francis Younghusband[5]. Djembel Rinchen dut se réfugier auprès du 13e Dalai Lama, mais Doje Senkel abandonna finalement son pouvoir aux Chinois contre une pension[8]. La Chine prit ainsi le contrôle direct de Dergé jusqu’en 1918[3]. En 1932, à la suite d’un agrément entre le seigneur de la guerre Liu Wenhui et les forces tibétaines, Dergé fut intégré avec le reste du le Kham oriental dans la province du Xikang, puis dans le Sichuan en 1955. Le palais des rois fut transformé en école[9].

Culture et bouddhisme

Dergé était connu pour son artisanat du métal. La famille royale patronait des artistes, et l’un de ses chapelains, le 8e Tai Situ Situ Panchen Chögyi Jungney (1700-1774), fut un grand peintre religieux. C’était aussi un spécialiste de la médecine et un lama Kagyu partisan du shentong[10],[11]

Contrairement au Tibet central où la domination des Gelugpa sur les autres lignées se fit sentir à partir du XVIIe siècle, les Sakyapa, Kagyupa et Nyingmapa restèrent très actifs au Tibet oriental et dominaient à Dergé. Les souverains soutinrent le mouvement Rimé qui y connut un grand développement[12],[13]

Parmi les centres religieux les plus importants on trouve le monastère de Gongchen fondé au XVe siècle, important centre d’études Sakya, Dzongsar, monastère Sakya et centre important du Rimé, le monastère Nyingma de Dzogchen (XVIIe) et le monastère de Palpung fondé au XVIIIe appartenant aux Karma Kagyupa. A proximité de Gongchen fut établie en 1729 une imprimerie de textes bouddhistes (Dergé Parkhang). Elle est le seul des trois grands centres anciens d’imprimerie tibétains (Dergé, Lhapuleng et Lhasa) à avoir fonctionné continûment jusqu'au XXIe siècle, n’ayant interrompu son activité que brièvement durant la révolution culturelle. Les textes y sont imprimés selon la technique traditionnelle.

Article connexe

Notes et références

  1. (en) Oliver R. Coales, The History of Tibet, Londres, Routledge, 2003, 1re éd. (ISBN 978-0-415-30844-1) (LCCN 2002031773), « Narrative of a journey from Tachienlu to Ch'amdo and back via Batang », p. 223 
  2. (en) Gary McCue, Trekking in Tibet: A Traveler's Guide, Seattle, The Mountaineers Bookl, 1999, 2e éd., poche (ISBN 978-0-89886-662-9) (LCCN 99006541) [lire en ligne], p. 239 
  3. a, b, c et d (en) Gyurme Dorje, Tibet Handbook: The Travel Guide, Bath, Footprint Travel Guides, 1999, 2, illustrated, revisede éd. (ISBN 978-1-900949-33-0) (LCCN 98068298) [lire en ligne], p. 469 
  4. Chapman, F. Spencer. (1940). Lhasa: The Holy City, p. 135. Readers Union Ltd., London.
  5. a, b et c Coales, 224.
  6. What is Tibet? Fact and Fancy. Consulté le 2010-03-02
  7. Coales, 222-223.
  8. Coales, 224-225.
  9. McCue, 241.
  10. (en) Patricia Ann Berger, Empire of Emptiness: Buddhist Art and Political Authority in Qing China, Honolulu, University of Hawaii Press, 2003 (ISBN 978-0-8248-2563-8) (LCCN 2002009067) [lire en ligne], p. 145–146 
  11. Situ Panchen: Creation and Cultural Engagement in 18th-Century Tibet, Rubin Museum of Art. Consulté le 2009-02-15
  12. (en) William Woodville Rockhill, The Land of the Lamas: Notes of a Journey Through China, Mongolia and Tibet, Century Co., 1891 [lire en ligne], p. 228 
  13. (en) Toni Huber, The Holy Land Reborn: Pilgrimage & the Tibetan Reinvention of Buddhist India, Chicago, University of Chicago Press, 2008 (ISBN 978-0-226-35648-8) (LCCN 2007042732) [lire en ligne], p. 116 

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