Valéry Grancher

Valéry Grancher
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Artiste et intellectuel français, Valéry Grancher (Toulon - 1967) est l'un des pionniers de l'art Internet.

Sommaire

Biographie

Valéry Grancher, né le 22 avril 1967 à Toulon, est un artiste français. Il s'est fait connaitre sur Internet dès 1993, mais sa pratique aborde tous les médias visuels : internet, vidéo, photo, peinture, installation…D'un talent immense, il brosse avec intelligence les conditions esthétiques contemporaines. A l'instar de Paul Cézanne sa posture esthétique renouvelle l'art au XXI siècle. Son intelligence plastique et sa connaissance du code en fait un artiste multi modal. Peintre audacieux, certaines pièces prolongent le propos subversif de Martin Kippenberger « dataïste » surmontant ainsi l'ambîguité de la culpabilité allemande car il est français avant tout. Comme son homonyme Paul, il est capable de poétiser le réel, donnant une forme intéressante au drame du SIDA. La pertinence et la générosité de ses actes artistiques donne un autre éclairage des pratiques numériques. Valéry Grancher sait porter son propos à des formes inattendues. Souvent comparé à Olivier Blanckart par de nombreux critiques l'originalité de sa posture ne saurait se comparer à ses contemporains mais plutôt à ceux qui suivront les voies qu'il ouvrent avec pertinence.

Connu à ses débuts sous le nom de VJ (travaux au début des années 1990 à partir de fractales, d’images de synthèse…), Valéry Grancher débute sur la scène artistique avec de petites installations vidéo générant des mots en anglais comme Memory (1994). Pour des raisons de coût, l’artiste quitte assez vite cet univers et exploite les ressources du Net.

Ses premières œuvres sont de type « dataïste » : il pose un intitulé et attend les réponses des internautes par mail. Il recueille, par exemple, des confessions intimes (1993-96), puis des témoignages de « victimes d’épidémie » (énoncé sans plus d’indication). Les résultats de cette dernière œuvre sont présentés sous la forme de petits tas de courriels, posés au sol et pliés en quatre. Un thème devient récurrent : le SIDA (thème d’actualité à l’époque).

Un autre projet participatif laisse aux gens le soin de décrire leur appartement. Valéry Grancher constate alors que tout le monde raconte à peu de chose près la même chose et qu’il n’y a aucune différence ethnique qui émerge, contrairement à ce que l’on rencontre dans l’habitat de fortune des bidonvilles ou des exclus. Toujours avec la même optique, il monte en 1997 un blog photo participatif : un calendrier fait d’un alignement de post-it classés par ordre chronologique et intitulés de manière très sobre (lieu, jour et heure des clichés).

À l’instar du langage et de la politique, le concept de « cybertime » inspire beaucoup le travail de Valéry Grancher. En réaction à une publicité de Swatch - sur l’horloge « Swatch's Internet Time » calculant le temps temporel sur le Net sous la forme centésimale - il élabore diverses pièces confrontant les notions d’événements et de durée (ex. Webscape, 24h ou encore Heart Time / Time Heat, une horloge basée sur notre rythme cardiaque). En 1996, il spamme des courriels (intitulés Somewhere Sometimes) le site de l’ESA qui recueille alors des messages destinés à être expédiés sur un satellite en partance pour Titan.

En 1998, Valéry Grancher propose Pump your page, un site permettant contre 500 $ de transformer une page hypertextuelle en « webpainting » (un monochrome blanc de même format qu'un écran 14").

Enfin, il monte en 1999 un site marchand nommé Nomemory Bazaar pour vendre différents produits avec des impressions kitsch (cartes postales, sacs, pendule, nounours avec un tee-shirt I fuck you, etc.).

En 2000, Valéry Grancher détourne le moteur de recherche Google sur le mode ironique et dadaïste avec deux projets nommés respectivement Google numbers qui donne les résultats de Google pour chaque nombre de 1 à 1000, et Google alphabet, qui lui, donne les résultats de Google pour chaque lettre de l'alphabet de A jusqu'à Z. De la même façon il crée un autoportrait constitué des résultats de Google liés à son nom, et nomme cette pièce Self portrait.

En 2005, sa pièce Somewhere sometimes arrive sur Titan, et la même année, Valéry Grancher s'intéresse toujours aux limites de notre monde : il crée une pièce nommée Found sculpture on Mars, monte au Palais de Tokyo, site de création contemporaine à Paris, du 1er au 20 novembre 2005, un projet nommé The Shiwiars project se déroulant en plusieurs phases avec un blog, une expédition en Haute Amazonie dans une petite communauté Jivaros nommée Shiwiar, à la frontière du Pérou et de l'Équateur, une exposition d'une installation vidéo (du 4 au 20 novembre 2005 au Palais de Tokyo), et une table ronde le 4 novembre au Palais de Tokyo autour du chef de cette communauté, Pascual Kunchicuy Carrasco. Ce projet tisse ainsi un lien entre deux lieux, le Palais de Tokyo et une petite tribu dans les profondeurs de la jungle amazonienne.

En 2007 dans la suite de son projet The Shiwiars project, il soumet un projet à un appel d'offre organisé par l'Institut polaire Paul-Émile-Victor (IPEV) dans le contexte de la quatrième année internationale polaire. Sur plus de deux cents candidatures, son projet Ny Alesund Pole 0 est retenu par la commission constituée de Marc Sanchez (Palais de Tokyo, Paris), Caroline Bourgeois (Le plateau, Paris), Elohim Feria et Françoise Vincent (Arts aux pôles) et Alain Lesquer (IPEV). Il séjourne un mois à 800 km du pôle nord, au 80° Nord, à la station polaire Rabot à Ny Alesund dans le Spitzberg au printemps 2007. Le résultat de cette résidence a été la production de plusieurs œuvres dont deux qui furent montrées par le Centre d'Art Concret de Mouans Sartoux (également partenaire du projet) du 1er juillet 2007 au 6 janvier 2008 : une sculpture murale faite de bois de Rennes du Svalbard, Arctic Pop, et une installation vidéo, Geopol, faite d'un film vidéo en Haute définition de 24h00.

En 2009, sous l'impulsion d'une chaîne de télévision dédiée à la vidéo d'art Souvenirs from Earth TV, il crée une première mondiale le 12 avril 2009, par la diffusion sur cette chaîne de sa vidéo Geopol, travelling de 360° déroulant l'horizon arctique durant l'été polaire pendant 24h00. Jamais une œuvre d'une telle durée n'avait été diffusée sur une chaîne de télévision auparavant. [1] [2]

Si dans sa première période (1995 - 2000), Valéry Grancher ne produisait majoritairement que des pièces virtuelles, dans sa seconde période (de 2000 à nos jours) ses productions placent l'homme au centre de ses activités. Ses thèmes de prédilection concernent la technologie et ses effets sur l'écologie humaine. C'est pourquoi l'ensemble des médias visuels est convoqué dans sa pratique.

Expositions, installations

  • Espace d'Art Concret, Honegger Albers donation, Mouans Sartoux, France (2008, 2007)
  • Musée des Beaux Arts, Nîmes, France (2008)
  • New Langton Art Center, San Francisco, États-Unis (2008, 2002)
  • Pacific Film Archive Berkeley Art Museum, Berkeley, États-Unis (2007, 2001)
  • New Museum of Contemporary Art, New York, États-Unis (Rhizome) (2007)
  • Galerie Nikon, France (2007)
  • Palais de Tokyo, site de création contemporaine, Paris, France (performance, exposition personnelle) (2006, 2005)
  • Centre National d'Art Contemporain, Le Magasin, Grenoble, France (2006, 2005)
  • Istambul Contemporary Art Museum, Istanbul, Turquie (2006, 2005, 2003)
  • "Super!", 1re triennale des arts plastiques, de la mode et du design contemporain à Hasselt, Belgique (2005)
  • Musée d'Art Moderne, Centre Georges Pompidou, Paris, France (2005, 2004, 2002)
  • MAMCO, Musée d'art moderne et contemporain, Genève, Suisse (2004, 2005)
  • Museo Castagnino, Rosario, Argentine (2004)
  • Galleria de arte do Sesi, Sao Paulo, Brésil (2004)
  • Musée d'Art moderne de la Ville de Paris, ARC, Paris, France (2004)
  • Kunsthalle Palazzo, Liestal, Suisse (2003)
  • Turm Gallery, Hemstedt, Allemagne (2003)
  • Biennale de Tirana National Gallery of Arts, Tirana, Albanie (2003, 2001)
  • MUHKA Contemporary Art Musuem, Anvers, Belgique (2003)
  • Irish Museum of Modern Art, Dublin, Irlande (2003, 2002)
  • Artsonje Museum, Gyeong Ju, Corée du Sud (2002)
  • Artsonje Center, Séoul, Corée du Sud (2002)
  • New Langton Art Center, San Francisco, États-Unis (2002)
  • Israeli center for digital art, Digital ArtLab, Holon, Israël (2001)
  • Maison Européenne de la Photographie, Paris, France (2000)
  • Museu da Imagem e do Som, Sao Paulo, Brésil (2000)
  • Fondation Cartier pour l'Art Contemporain, Paris, France (1999, 1998)
  • Artspace of Australia, Sydney, Australie (1999, 1998)
  • Neuer Berliner Kunstverein, Berlin, Allemagne (1998)
  • Bonn Kunstverein, Bonn, Allemagne (1998)
  • Documenta X Kassel, Kassel, Allemagne (1997)
  • Ars Electronica Center (résidence), Linz, Autriche (1997)
  • CAPC Musée d'Art Contemporain, Bordeaux, France (1996)
  • ZKM, Karlsruhe, Allemagne(1995)
  • Carillo Gil Museum, Mexico, Mexique (1995)
  • Pecci Museum, Prato, Italie (1995)
  • Moderna Museet, Helsinki, Finlande (1994)
  • Contemporary Art Center, Saint-Pétersbourg, Russie (1994)
  • Centre d'Art Contemporain, Bruxelles, Belgique (1994)
  • Biennale de Lyon, Lyon, France (1993)

Conférences

  • UHB Rennes 2, Université de Rennes, France (2006)
  • Fondation Cartier pour l'Art Contemporain, Paris, France (2006, 2005, 2003, 2002, 2001)
  • ENSBA, École Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris, Paris, France (2006)
  • Palais de Tokyo site de création contemporaine, Paris, France (2005)
  • Centre Georges Pompidou, Musée d'Art moderne, Paris, France (2005, 2004)
  • Université de Genève, Laboratoire d'écologie humaine, Genève, Suisse (2003)
  • Magasin Centre d'Art Contemporain, Grenoble, France (2003)
  • Centre Culturel Français, Douala, Cameroun (2003)
  • Soros Fundation, Bucarest, Roumanie (2001)
  • Université de Paris IV la Sorbonne, Paris, France (2000)
  • Silipakorn University, Bangkok, Thaïlande (2000)
  • The Art, Technology and Culture Colloquium (Ken Goldberg), UCLA Berkeley, Berkeley, États-Unis (1999)
  • Seïan University, Kyoto, Japon (1999)
  • ENSBA, École Nationale Supérieure des Beaux Arts de Lyon, Lyon, France (1995)

Analyse de quelques œuvres

Webscape (1998)

L’ubiquité, thème récurrent de la littérature de science fiction, notamment Ubik de Philip K. Dick, est un thème cher à Grancher. Le « Cybertime », le temps virtuel dont il est l’inventeur, se compose de collages temporels de webcams disposées en réseau dans le monde entier. Ainsi avec Webscape (1998), représentation de la pluralité du temps présent (fuseaux horaires) en réaction à l’uniformisation du regard, on peut être simultanément dans une rue de Londres, sur le Mont Fuji au Japon, ou à Anchorage en Alaska, etc[3],[4].

Webpainting (1998)

En 1998, Valéry Grancher se lance dans une démarche picturale parodiant la peinture conceptuelle, l'académisme graphique du net.art et le pop art avec le projet webpaintings influençant à leur tour d'autres artistes tels que Carlo Zanni en 2001, Miltos Manetas en 2002, Exonemo en 2003.

Si les Google Paintings se sont vendus en quelques minutes à l’ouverture de la FIAC, ses peintures restent pendant longtemps incomprises, même par les professionnels du marché de l’art. En effet, il se fait congédier de la galerie avec laquelle il travaillait[5],[6],[7].

Self (1998)

La commande passée en 1998 par la Fondation Cartier pour la pièce Self a constitué l’une des premières ventes d’une œuvre de net.art à une institution. Dans l’œuvre, des mots envoyés par email sont associés à des images de l’Antarctique prises en temps réel : langage et espace se rencontrent. La plupart de ses projets font appel aux sollicitations mails et influencent profondément une scène francophone émergente où bon nombre d'artistes reprennent à leur compte ces concepts (Tamara Laï, Nicolas Frespech, Annie Abrahams, Christophe Bruno…). Le net art n’a rien de commun avec les formes traditionnelles de l’art, par le caractère éphémère et virtuel des œuvres, et par l’impossibilité à contrôler les reproductions pirates. Chacun peut en effet, par Internet, accéder à l’œuvre et même tenter de la transformer[3],[4].

Longitude 38 (1999)

Valéry Grancher étend son nomadisme à une sorte de conquête de l’espace : il a acheté sur la Lune trois concessions mitoyennes situées à la périphérie du cratère Gassendi, auprès de la Lunar Embassy (Rio Vista, Californie, États-Unis). Ces concessions sont le point de départ d’une œuvre virtuelle : Longitude 38, où trois webcams orientées vers le centre du cratère — disposées par 18° de latitude sud et 38° de latitude ouest — transmettent des images via le Web et en temps réel.

Longitude 38 est une pure fiction composée de textes, d’images et d’esquisses. L’œuvre se présente sous la forme de deux écrans juxtaposés : à gauche, le projet d’une mission spatiale sur la Lune ; et à droite, des documents sur différentes missions de la NASA vers la Lune. D’un côté, la précision documentaire des textes et des images de la NASA ; de l’autre côté, l’imaginaire de l’œuvre de Grancher. Participant de l’histoire des utopies, Longitude 38 explore la relation entre réel et fiction, entre l’espace géographique et l’espace mental.

Cette œuvre a été commandée en 1999 par la Fondation Cartier à l’occasion de l’exposition Un monde réel qui proposait une réflexion sur l’imaginaire de la fin du XXe siècle et sur ses rapports à la réalité. Longitude 38 est donc une fiction qui se nourrit du réel, et qui met face à face l’art et la science. L’installation virtuelle des webcams pose deux questions : celle de la télésurveillance constante, thème récurrent de la science fiction ; celle de la protection nécessaire mais impossible des œuvres d’art proposées sur internet[3],[4].

24h00 (2000)

Œuvre en ligne conçue en 2000, 24h00 propose vingt-quatre fragments de vie captés durant vingt-quatre heures. Réalisée avec la participation de vingt-quatre étudiants de l’université de Berkeley (Californie), et inspirée du livre La Chambre claire de Roland Barthes, 24h00 joue de la concomitance des temps et des expériences. Après avoir synchronisé leurs montres, les étudiants ont, entre une heure du matin et minuit, chacun pris une photo toutes les heures pendant vingt-quatre heures.

Présentée au Berkeley Art Museum Pacific Film Archive, l’œuvre se présente sous la forme d’une grille réticulaire sur un fond noir, faite de 24 lignes (les 24 protagonistes) contenant chacune 24 points gris clair (les 24 heures de la journée). Il faut cliquer sur les points pour rentrer dans l’œuvre et découvrir les photos. À chaque image capturée est associé un mot qualifiant l’état dans lequel se trouvait l’auteur de la photo à l’instant du déclenchement. Que l’on parcoure la grille de façon linéaire ou aléatoire, l’image met en lumière les flux de circulation non visibles, les croisements et les rencontres imaginables sur internet. Une infinité de lectures est possible car on peut aborder l’œuvre au hasard, étudiant après étudiant, ou heure après heure[3].

Heart time / Time Heat (2001)

Explorateur d'Internet, Valéry Grancher interroge notre relation au réel, par ses recherches virtuelles d’interactivité, d’interrelations, et d’explorations fantasmées de l’inaccessible[3]. Ainsi en proposant aux internautes de saisir leur pouls, afin de générer une horloge individuelle qui leur est propre, et qui pondère une horloge globale de la communauté ainsi constituée; il questionne le caractère fluctuant et relatif du temps...

Chill Out (2002)

Réalisée pour l’exposition Less Ordinary, a French Art Scene (commissaire Sungwon Kim) au Artsonje Contemporary Art Center en avril-juin 2002 à Séoul, Chill Out est une installation interactive comprenant un disque de moquette rouge de trois mètres de diamètre, un écran posé au sol au centre de la pièce et entouré par des coussins de couleurs vives.

Le spectateur est invité à s’allonger pour y expérimenter différents travaux interactifs dont WAP, un site textuel auquel on se connecte avec un téléphone mobile et qui donne aux spectateurs des instructions pour effectuer des actions, physiques ou mentales, quasi absurdes. En Asie le téléphone portable est un objet fétiche, miroir d’interactions très privées. WAP fonctionne comme une remise en question de l’utilisation de cet objet. Le dispositif de Chill Out, qui reprend celui de l’espace domestique asiatique où l’on s’allonge pour regarder la télévision et pour jouer aux jeux vidéo, interroge lui aussi les usages coréens de la technologie[7].

Tracks (2002)

Également réalisée pour l’exposition Less Ordinary, a French Art Scene, Tracks reprend les mêmes problématiques que l’installation Chill Out.

Six robots crabes et robots cafards sont immobiles, dans l’obscurité, à l’intérieur d’un rectangle de 1,20 m sur 1,80 m. Lorsque les spectateurs dirigent sur eux la torche électrique mise à leur disposition, les robots s’activent au contact du faisceau lumineux, mais s’arrêtent de bouger lorsque la lumière s’éteint. « Il s’agit d’un behaviorisme, les comportements basés sur des règles très simples sont complètement aléatoires…[7] »

Found Sculpture on Mars (2005)

Dans Found Sculpture on Mars, Valéry Grancher interroge notre relation au réel, dans le sens d’une réinterprétation au moyen des médias actuels. Et de façon ironique, crée « le premier ready made extra terrestre[8] ».

The Shiwiars Project (2005)

Les indiens Shiwiars (Jivaros) vivent sur le versant ouest de la cordillère des Andes, en Haute Amazonie, à la frontière du Pérou et de l'Équateur, dans l'une des zones de la planète les plus isolées et dans laquelle la biodiversité est la plus grande. Le chef de cette tribu, Pascual Kunchicuy, fils d’un important chaman Shiwiar résiste aux trois fléaux qui, selon l'artiste, dévastent les peuples et l’écosystème de la région : le tourisme, la présence des évangéliques américains et l’asservissement des compagnies pétrolières — l’Amazonie demeurant une importante réserve d’hydrocarbures.

C'est avec eux que Valéry Grancher choisit d'établir un lien et de le rendre visible du 1er septembre au 20 novembre 2005 dans le cadre de son projet au Palais de Tokyo, à France Culture, le dimanche 22 janvier de 22h30 à 00h00 dans le cadre de l'Atelier de création radiophonique et sur Internet[9].

Au Palais de Tokyo, une installation vidéo a été montrée du 4 au 20 novembre 2005 présentant un plan fixe de 6h00 (du jour à la nuit) du village Tanguntsa en plein cœur de la jungle amazonienne équatorienne, ouvrant une fenêtre vers une autre réalité.

L'objet radiophonique Tanguntsa - Amazonie Zéro déroule différentes temporalités de façons concomitantes : celle du blog, celle de l'expédition et celle du plan fixe de 6h00. Il se veut le lieu de convergence de paroles multiples (celle des indigènes, celle de l'artiste, celle des lecteurs du blog…) égrenant chants, pensées et digressions poétiques pour proposer ainsi un aller et retour permanent entre les voix intérieures et l'espace naturel.

Avec The Shiwiars Project, Valéry Grancher passe de l’exploration virtuelle à une exploration physique et réelle d’un lieu. Car, pour ce peuple, il n’est pas question d’interrogations philosophiques en regard d’un art contemporain occidental, mais bien de questions de survie, d’adaptation, d’identité, de résistance, et par conséquent d’argent. En matérialisant cette expérience réelle au travers de son blog et d’une séquence filmée de 26 minutes, Valéry Grancher recherche en partie à faire transparaître sur nos médias de tous les jours, un « l'art c’est la vie », rejoignant ainsi l’esthétique fluxus. En valorisant la rencontre avec l’individu et la communauté Valéry Grancher accorde une place prépondérante à l’expérience humaine et physique.

Si le dispositif technique rappelle la forme documentaire, le plan fixe renvoie par moment du côté de Big Brother et pose les questions du déplacement sans mouvement (un des aspects d’Internet), du voyeurisme, et du regard occidental sur les autres cultures.

La curiosité de Valéry Grancher permet leur mise en relation. Préoccupé par les données qui définissent aujourd'hui les rapports entre espace et temps, Valéry Grancher travaille leur dimension esthétique et construit des propositions aux multiples croisements. Quelles sont les données sur lesquelles se fonde l'identité dans un monde de partage et de transferts ? En posant la question en termes de langage, de flux d'échanges ou de navigation comportementale, l’artiste cerne, par boucles successives, un territoire dans lequel les objets du quotidien (ici Internet et la radio) sont pris comme outil d'analyse et instruments de découverte des nouveaux enjeux sociaux et culturels du monde moderne.

The Shiwiars Project comporte quatre étapes :

  • Le weblog en est la toute première étape : à la fois outil de médiatisation du projet, il est aussi outil de réflexion sur la pièce en devenir.
  • Vient ensuite le voyage de Valéry Grancher chez les Shiwiars, par-delà la Cordillère des Andes, au cœur de la forêt amazonienne. L’artiste y a séjourné six jours.
  • Ce voyage a été suivi d’un colloque, le 4 novembre, au Palais de Tokyo, en présence de Pascal Kunchicuy, chef de la confédération Shiwiar et directeur du projet Ikiam. Une vidéo relatant le voyage de Valéry Grancher a été projetée, suivie d’un vif débat.
  • La pièce que propose Valéry Grancher montre six heures continues de captation visuelle et sonore (l’une à 180° de l’autre, la captation visuelle présentant la place du village, le son orienté vers la hutte principale). Un volume noir supporte quatre écrans plasma, « comme pour donner à voir par une fenêtre ouverte sur ce village Shiwiar ». Le dispositif d’origine prévoyait une webcam directement retransmise au palais de Tokyo. L’impossibilité technique (la transmission satellite est difficile du fait d’orages magnétiques fréquents) a contraint l’artiste à repenser son projet, et y réintroduire la question de l’écologie humaine[10],[11],[12],[13].

Ny Alesund Pole O (2007)

Valéry Grancher, dans la suite du Shiwiars project, voulait établir un autre lien avec une autre extrémité de notre monde : après l'équateur, les pôles. Ainsi en novembre 2006, il décidait de répondre à l'appel lancé par l'institut polaire Paul-Émile-Victor (IPEV) pour la quatrième année polaire de mars 2007 à mars 2008. Un jury composé de Marc Sanchez (Le Palais de Tokyo), Caroline Bourgeois (Centre d'Art Le Plateau), Elohim Feria et Françoise Vincent (Art aux Pôles) et Alain Lesquer (IPEV) allait choisir trois artistes plasticiens sur plus d'une centaine de candidatures - deux pour la base Dumont Durville en Antarctique, Catherine Rannou et Laurent Duthion, et un pour la base Rabot en Arctique (Ny Alesund au Svalbard), Valéry Grancher.

Ainsi de mai à juin 2007, l'artiste a séjourné dans une base polaire au sein d'une équipe de scientifiques étudiant la pollution au mercure (20 fois plus importante que dans n'importe quelle région dans le monde), et réalisé plusieurs pièces :

  • Arctic Pop : constatant que cette station était visitée chaque semaine par des chaînes de télévision (il fait alors lui-même l'objet d'un reportage d'Arte pour l'émission Metropolis[14], de la ZDF et de la DW TV), que cette station consomme les mêmes produits que notre monde occidental, que les mêmes logos du monde global étaient présents, il a ainsi remarqué que cela définissait un contexte propice à la définition d'une forme de pop. Ainsi naissait une sculpture nommée Arctic Pop, faite de bois de rennes tatoués de tous les logos présents sur cette région polaire. Ces bois, étant disposés en vortex sur un mur, représentent une forme de réseau clos avec des logos inter-connectés.
  • Where is our mind : chaque jour, des ballons météos sont lâchés pour effectuer des mesures dans la haute atmosphère à 35 000 mètres d'altitude pour ensuite retomber sur le sol. L'artiste a décidé d'utiliser un de ces ballons pour y accrocher un papillon portant le message « Where is our mind? » peint avec l'eau des glaciers environnants, afin de mettre en relation le mythe d'Icare et la recherche scientifique. Il souhaite mettre ainsi en exergue, le paradoxe suivant : plus la recherche scientifique progresse, plus notre connaissance du monde s'affine, plus notre nocivité au regard de ce monde s'accroit, provoquant ainsi notre chute prochaine.
  • Performance Arctic Pop : le 6 et le 7 juin 2007, un lien vidéo Skype était établi de la position 79° Nord 12° Est avec le pavillon vénézuelien de la Biennale de Venise 2007. Ce lien était établi sur l'invitation des deux artistes nommés Elohim Feria et Françoise Vincent dans le contexte de leur installation Exploratorium V0.2. Valéry Grancher y effectua deux performances, pendant deux soirées consécutives, en questionnant la notion de pop et de consumérisme en ce lieu extrême. Parodiant Beuys avec une peau de renne et un bois de renne tatoué des logos de Skype et Google, il déclama les marques présentes sur cette base comme une litanie.
  • Geopol : durant son séjour, l'artiste s'est isolé 40h00 au milieu d'un glacier à une trentaine de kilomètres de la base pour réaliser une installation vidéo en droite filiation avec celle du Shiwiars project : une caméra vidéo robotisée effectue un travelling de 360 degrés en 24h00. Le résultat étant un plan-séquence qui semble fixe mais ne l'est pas. Cette installation vidéo joue sur la plastique du temps à l'image en déroulant le panoramique filmé (un désert de glace sous un ciel azur) pendant 24h00. Il s'agit moins de révéler la beauté de ces territoires que de signifier leur disparition prochaine sous l'effet du réchauffement climatique.
  • Hg : Hg est le symbole chimique du mercure. L'artiste, après avoir écrit des textes sur la poésie des lieux sur son weblog, se réconcilie avec la peinture en peignant la pureté des paysages arctiques et leur contamination par des polluants chimiques. Ces œuvres sont peintes à l'huile et au glacis. Ces peintures sont cataloguées comme document paintings sur son site. Elles sont des témoignages peints de ses différents projets. Par cette démarche, il considère la peinture comme un média à part entière, au même titre que le web, la vidéo et la photo ou l'installation : « La peinture est le média le plus lent et le plus mental ».

Arctic Pop et Geopol ont été montrés pour la première fois à l'espace d'art concret de Mouans Sartoux (donation Albers Honegger) du 1er juillet 2007 au 6 janvier 2008 dans le cadre de l'exposition On fait le mur !.

Tout au long de ce projet a été produit un weblog[15], où une réflexion sur une écologie de l'art est menée.

Liens externes

Notes et Références

  1. Le site de Souvenirs from Earth TV: http://www.souvenirsfromearth.tv/artists/maske.php?id=175
  2. Reportage sur France 3 National: http://www.souvenirsfromearth.tv/press/france3.php
  3. a, b, c, d et e Monographie publiée aux éditions du Seuil en 2001 : Le Nomemory Book, (ISBN 2020478579)
  4. a, b et c Vers une sociologie des œuvres, Collection Logiques sociales, Jean-Olivier Majastre - Alain Pessin, L'Harmattan éditeur, France, novembre 2003, (ISBN 9782747511407)
  5. (en) Monographie Webdrawing, Onestarpress éditions, 2004
  6. Arts Numériques : Tendances, Artistes, Lieux et Festivals, Anne-Cécile Worms, M21 Éditions, septembre 2008, (ISBN 2-916260-33-1)
  7. a, b et c (en) Less Ordinary, Artsonje center éditions, Séoul, Corée du Sud
  8. Paris-art.com, critique de Anne Kawala.
  9. Site du projet
  10. Paris-art.com, critique de Anne Kawala
  11. Site du Palais de Tokyo, Paris
  12. Janvier 2006 : Tanguntsa amzonie 0, Les ateliers de la création radiophonique, France Culture, Radio France
  13. Interview pour L'Internaute
  14. 28 juillet 2007, 20h00 : Arte TV, émission Metropolis, France, Allemagne
  15. www.ny-alesund-pole0.org
  • Arts Numériques : Tendances, Artistes, Lieux et Festivals, Anne-Cécile Worms, M21 Éditions, septembre 2008, (ISBN 2-916260-33-1)
  • 5 approaches, Open shutter on contemporary photography, Image technologies The (In)visibility and functions of the digital image, Soren Pold, Galleri Image editions, 2007, Danemark
  • Tanguntsa Amazonie 0" 53', DVD Pal Incognito Artclub 24h/24, Paris, France, juin 2006
  • Shiwiars, 26 minutes, DVD PAL, onestarpress, Paris, France, avril 2006
  • Webdrawing, monographie, septembre 2004, Onestarpress éditions
  • No memory book, monographie, Éditions du Seuil, 2001, (ISBN 2020478579)
  • Information Arts, Stephen Wilson, MIT Press, (ISBN 0262731584)
  • Fresh Theorie 2, Leo Scheer Editions, (ISBN 2756100595)
  • Art et internet les nouvelles figures de la création, Jean-Paul Fourmentraux, Éditions du CNRS, (ISBN 2271063531)
  • Prog:me, Programa de midia electronica, 2005, Brésil
  • Les Hommes, ce qui les rend beaux, Docteur Barbara Polla, Essai Favre, (ISBN 2-8289-0834-8)
  • Yellow pages, un projet par John Armleder avec Team 404, Écart publications et JRP/Ringier Éditions, Suisse
  • L'art numérique, Norbert Hillaire, Edmont Couchot, Flammarion, Paris, France, 2003, (ISBN 2080801112) (essai)
  • FILE, Ricardo Barreto et Paula Perissinotto, design de Fabio Prata et Flavia Nalon, 2004, 224 pages, Brésil (catalogue)
  • O chipe e o caleidoscopo, Reflexoes sobre as novas midia, Senac Editore, publié en 2003, (ISBN 8573594209)
  • Médias et médiation, Musica Falsa, Paris, France, 2003 (CD ROM)
  • Less Ordinary, Artsonje center éditions, Séoul, Corée du Sud
  • Vers une socilogie des œuvres, Collection « logiques sociales », Jean-Olivier Majastre, Alain Pessin, L'Harmattan éditeur, France, novembre 2003, (ISBN 9782747511407)
  • Boderline, Strategien und Taktiken fur Kunst und soziale Praxis, BOD Gmbh DE, (ISBN 3831137757)
  • Les nouvelles images en 2001 : tome 1 Télévision, vidéo, internet, Alexis Vaillant, Françoise Parfait, Nikola Jankovic, chroniques de l'AFAA N° 29, La documentation française, Paris, France, 2001 (essai)
  • Am Ort Workshop und Ausstellung im Kunstlerhof Buch bei Berlin, Berlin, Allemagne, 2000 (essai)
  • Tecno - Poesia e Realta Virtuali / Techno - Poetry and Virtual Realities Caterina Davinio, Someti and Mantova, Italie, 2002
  • Ce corps incertain de l'image Art/Technologies, Anne Sauvageot et Jean-Paul Fourmenteaux, Champs visuels, Paris, France, 1998 (essai)
  • 1 Monde réel, Fondation Cartier pour l'Art Contemporain, Actes sud, (ISBN 2742723218)

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Valéry Grancher de Wikipédia en français (auteurs)

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