René Davoine

René Davoine

René Davoine (1888-1962) était un sculpteur français, qui a vécu et travaillé à Charolles (Saône-et-Loire).


Statuaire charollais, rénovateur de la sculpture sur bois, fidèle au Salon des Artistes français entre les deux guerres, artiste indépendant loin de toute école, adepte de la sculpture figurative, René Davoine est un peu oublié malgré les œuvres remarquables qu'il a laissées et dont une grande partie est exposée au Musée du Prieuré à Charolles. Qui était donc cet artiste?

Jean-Sébastien Irénée Davoine naquit le 14 octobre 1888 rue Condé, face à la sous-préfecture de Charolles, dans la maison de son grand-père maternel. Il épousa le 2 avril 1914, Jeanne Hortense Garreaud, sa cousine.

Vous allez me dire, mais quel rapport avec notre artiste René Davoine? Et bien! Il s'agit de la même personne. Sur sa maison natale, une plaque apposée pour le centième anniversaire de sa naissance, mentionne:

Ici est né

René Davoine

Statuaire

le 14 octobre 1888

Les prénoms qui lui avaient été attribués à sa naissance et qui le suivirent jusque sur son acte de décès survenu le 23 mars 1962, ne devaient pas lui convenir pour qu'il prenne et signe le prénom de René.

Son père, Théophile Davoine, originaire de Moselle, avait l'esprit d'aventure; il partit en Argentine avec femme et enfant, alors que ce dernier n'avait que trois ans.

A onze ans, René Davoine revint en France avec sa mère, et fréquenta alors le collège de Charolles pendant près de trois années. Il s'y fit de bons camarades qu'il retrouve plus tard au sein de l'association des Anciens Élèves dont il fut un membre fidèle.

Il retourna en Argentine et poursuivit ses études. Il était passionné par le dessin, s'attachant à rendre les reliefs. Un artiste italien avait son atelier près de chez lui, et à chaque sortie, l'œil collé à la vitre, il le regardait sculpter des figurines dans le bois. Ceci devait l'inspirer, car il s'exerça dans sa chambre, réalisant à quatorze ans, cette Tête d'arabe si expressive.

Ses parents n'approuvaient pas ce désir de poursuivre une carrière artistique, aussi René Davoine, dans le plus grand secret, prépara-t-il seul l'examen d'entrée à l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Buenos Aires. Il se classa deuxième du concours.

Il suivit l'Ecole du Soir: les cours portaient sur les Écoles françaises, italiennes, espagnoles avec les professeurs argentins Arthuro Greco et Sivori, ainsi que César Giovanola, grand sculpteur italien. Ceux-ci exercèrent une grande influence sur leur élève, en particulier Sivori qui l'incita à sculpter le bois.

L'enseignement classique reçu par René Davoine à Buenos Aires allait constituer la base sur laquelle il bâtit, par la suite, toute sa carrière.

Sursitaire, il revint en France pour accomplir son service militaire, mais fut réformé «définitif», car à dix-sept ans, il était devenu asthmatique, ce qui le tortura toute sa vie.

Après son mariage en 1914, René Davoine regagna l'Argentine avec son épouse qui lui donna un fils, Félix, l'année suivante. Il resta bloqué par la guerre en Amérique du Sud jusqu'en 1918, date de son retour définitif en France et à Charolles, où il s'installa dans une coquette maison située tout au bout de la rue Longeron, actuellement rue Davoine. Avant la construction des ateliers en 1932, c'est dans une pièce de cette maison que ses premières œuvres furent créées.

Dès 1920, le Carmel de Paray-le-Monial commanda un Saint-Joseph. René Davoine le sculpta sur place, en taille directe, c'est-à-dire avec seulement l'aide d'un dessin grandeur nature qu'il avait réalisé lui même. C'est la seule fois qu'il procéda en taille directe; par la suite, après avoir réalisé, au préalable, une maquette grandeur nature, il employait la méthode de mise-aux- points, en se servant de deux compas à branches droites et d'un troisième, pour l'épaisseur, à branches courbes. A noter qu'en 1966, le Carmel fit don de ce saint Joseph au Musée.

Pour le journal de Charolles, en 23 mars 1962, le poète Charolais Antoine Rigaud interviewa René Davoine. Ce dernier s'exprima ainsi: «grâce à l'appui et à la recommandation des Bonnes Sœurs (du Carmel de Paray), les commandes rappliquèrent: la Vierge de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, l'enfant Jésus fondateur, toutes deux pour le Carmel de Montmartre; un autre Enfant Jésus pour le Carmel de Valenciennes...Entre-temps je fus chargé de nombreuses réparations et restaurations. Mais si c'est la un travail rémunérateur, c'est aussi un travail ingrat. Ah! Si un jour je deviens riche, quels beaux projets j'aurai à mettre à exécution».

En effet, dans les années qui suivront, le statuaire va réaliser un grand nombre d'œuvres toutes taillées dans le bois.

En prenant son fils, âgé de neuf ans, pour modèle, René Davoine sculpta dans un tronc de noyer, un jeune garçon au regard malicieux, se tenant en équilibre, à cloche-pied, sur la carapace d'une tortue qui s'efforce, en vain, de regagner la mer. Cette œuvre intitulée Gaminerie va permettre au statuaire charollais de faire son entrée au Salon des Artistes français en 1925, mais écoutons son récit: » un matin, j'ai embarqué Gaminerie à Paris et m'armant de culot, car j'étais seul et sans appui, je l'ai présentée au jury. Quelques jours après, je recevais la bonne nouvelle: l'œuvre était admise. Et ma foi, je puis bien vous le dire,pour un début, c'est presque un succès.» Ce fut en effet un concert de louange de toutes les revues d'art.

Deux ans plus tard, l'Opprimée, esclave enchaînée évoquant les malheurs de la Pologne, est présentée au Salon des Artistes français. Elle a été taillée dans un tronc de noyer de 3,90 mètres de circonférence provenant du Guidon à St Julien de Civry. Elle valut à son auteur les félicitations du Président de la République, Gaston Doumergue, et l'attribution de la Médaille du Bronze, le dispensant, à l'avenir, du passage devant le jury d'admission.

René Davoine fut fidèle au Salon, chaque année, jusqu'à la guerre de 1939, puis à nouveau de 1952 à 1961.

Il fut un artiste complet. Après avoir pensé son sujet, il réalise la maquette en utilisant la plastiline (genre de pâte à modeler), ou de la terre. Lorsque la pièce atteint 50 cm et plus, il faut d'abord exécuter un squelette avec une armature en fil de fer, puis on procède au façonnage, en écrasant des boulettes de terre sur les parties du support. Cette technique a pour nom: modelage par adjonction de matière, qui laisse la trace des doigts, à moins que la terre ne soit lissée par la suite.

Quant aux grands modèles, réalisés en plâtre, il faut construire une armature en bois, recouverte de plusieurs couches de plâtre. La finition se fait à l'abrasif après séchage complet.

L'atelier, actuellement propriété de la ville, situé 34 rue René Davoine, renferme plusieurs maquettes grandeur nature: les monuments de la Résistance de Charolles et des Déportés de Paray; le projet de la Conquête de l'Air (1937) à la gloire de l'aviation et de Mermoz, disparu l'année précédente, est très avant-gardiste. Ce projet n'eut pas de suite.

Lorsque la maquette est terminée, René Davoine s'attaque alors à l'exécution dans la matière. Qu'a-t-il employé?

Au début de sa carrière, le bois, ce qui n'est pas le plus facile à travailler, mais le grain serré, dur, restitue le poli satiné de la peau.

En noyer du pays:

Saint-JosephGamineriel'OppriméeBas relief, communion de Marguerite-Marie AlacoqueGinette dans sa fin de danse (disparue) – Bernadette - Marguerite-Marie Alacoque

En acajou, dès 1931:

Eve la tentationSacré cœurBaigneuseLe BûcheronBeaufortaiseMaternitéBigouden

En amarante:

Fin de sonate

En 1934, il utilisa le marbre de Carrare pour réaliser Maria Gracia Plena destinée au grand séminaire d'Autun. Monseigneur Le Bourgeois en fit don au Musée en 1970.

Par la suite, il abandonna presque complètement le bois pour la pierre, en particulier les calcaires à grain fin:

Pierre de Lens (Moulezan – Gard):

Chemin de croix de la Colombière à Paray le Monial

Pierre d'Artiges (Poitou):

Monument de la résistance Vierge de Busseuil

Pierre de Brouzet:

Mère et Enfant L'Aurore Vierge de l'école

Pierre de la Meuse (Euville):

Monument des déportés

Marbre de St Georges (Prémeaux – Côte d'or)

Dr Weissembach Madame Davoine Pascal Jeune femme aux colombes Diane s'éveille Comte du Corail

Granit Paloma (Arudy – Pyrénées Atlantiques)

Monsieur Alt

Cette liste bien qu'incomplète, donne une idée du travail accompli par René Davoine au cours de sa vie.

Après guerre, il réalisa différents portraits et rendit, à chacune de ses créations, «le sentiment de la vie» par un regard, une attitude, mais toujours avec un léger sourire, en restant fidèle au sujet.

Il consacra alors plusieurs années pour élaborer les deux monuments commémoratifs de Charolles et Paray (Saône et Loire).

A sa ville natale, il offrit le monument situé aux Garnauds, représentant la France résistante dans la Paix veillant sur ses Héros. L'inauguration eut lie, le 21 septembre 1947, en présence du Général de Gaulle qui déclara: «Vous avez fait, Monsieur Davoine, un magnifique monument». Il en profita pour demander au statuaire de présenter un projet pour rappeler le sacrifice des Fusillés du Mont Valérien. Les trois maquettes conçues par René Davoine sont exposées au Musée, mais le Général préféra une simple plaque en granit rouge à un monument.

En 1946, le Comité des Déportés de Paray-le-Monial sollicita René Davoine qui présenta un projet en 1948. Mais ce n'est qu'en 1951 que celui-ci fut adopté par les Beaux-Arts de Paris, et en avril 1953, par la Commission Centrale des Monuments Commémoratifs. L'emplacement fut également choisi: à l'angle de l'avenue de Charolles et de la route de Volesvres.

René Davoine débuta la taille en 1952. Cependant, devant l'ampleur du travail, et pour la seule fois dans sa carrière, il dut faire appel à un metteur aux points pour l'aider à dégrossir le bloc de pierre de la Meuse pesant 35 tonnes. L'inauguration eut lieu le 18 septembre 1955, relatée dans toute la presse nationale y compris des journaux allemands et anglais.

Le thème choisi par René Davoine, fut «La volonté dans l'union dominant les misères de la guerre – Les Déportés». Il employait la technique du «non-fini» puisque seul le haut du corps des 3 personnages émergeait du bloc de pierre. L'homme placé au centre, représente la force, la volonté de combattre; à sa gauche, il soutient l'opprimé qui a cessé de vivre, alors qu'à sa droite, une femme les bras croisés, paraît résignée dans sa douleur.

Nous avons parlé de la technique du «non-fini»; l'idée est-elle venue à René Davoine, en 1948, lorsqu'il n'acheva pas un portrait qui lui avait été commandé, et laissa le visage émergeant seul de la masse? En 1952, il réalisa l'Aurore: également seul un fin visage apparaît au milieu d'un bloc de pierre de Brouzet, taillé grossièrement. Enfin en 1954, dans le très beau buste Mère et Enfant, le visage de ce dernier, caressé par une main maternelle, se dégage de la masse, alors que le portrait de la mère est complètement achevé.

La femme tient une place importante dans les créations de René Davoine, aussi bien religieuse de profanes. Il a su rendre la grâce féminine sous diverses attitudes et donner, au visage, une expression pathétique souriante, maternelle, mystique ou juvénile.

Ce dernier adjectif nous fait penser aux deux vierges-enfants qu'il réalisa à la fin de sa vie. La Vierge à l'Ecole représente une sage écolière, tenant d'une main une plume d'oie et de l'autre un livre; deux colombes sont à ses pieds. Quant à la Vierge de Busseuil, le statuaire a choisi le thème moyenâgeux du manteau écarté par les bras, semblant accueillir les fidèles. Par leur taille, leur jeune et délicat visage, leurs nattes, le Maître a voulu ainsi bien personnifier la vierge-enfant.

Une des plus belles œuvres de René Davoine, très original dans sa conception, est Diane s'éveille: «La déesse, couchée, sortant de son sommeil, dresse son buste. Son arc est à terre, près d'elle». La première exécution en marbre de St-Georges fut exposé au Salon des Artistes Français 1939; une seconde, datant de 1943, appartient à une collection particulière dans le Brionnais. Un plâtre, réalisé sans retouche par le statuaire lui-même, issu d'un moule à pièces, est exposé au Musée, avec à ses côtés le bronze qui en fut tiré, en 1905, grâce à l'association des Amis du Musée Davoine.

En 1961, un an avant sa disparition, René Davoine présenta au Salon des Artistes Français, une œuvre réalisée en 1949, en marbre de St-Georges, mais jamais exposée. Il s'agit de Pascal, portrait d'un tout jeune enfant décédé à l'âge de quelques mois. Notre artiste charollais obtint, cette année là, le prix Joyeux.

René Davoine avait débuté officiellement sa carrière sous le sourire espiègle d'un enfant Gaminerie; elle s'achevait sous le visage reposé de Pascal. La boucle était bouclée, mais que de créations entre ces deux salons 1925-1961!

Nous ne pouvons passer sous silence le rôle tenu par Madame Davoine dans l'accomplissement de la carrière de son mari. Tout d'abord, elle fut son modèle mais également son soutien, l'encourageant dans son travail. Notre statuaire charollais était un homme discret, réservé, mais son épouse fut toujours présente pour mettre en valeur son talent, tant auprès du public que de la presse artistique.

Félix Davoine disait: «Mon père était un artiste calme et renfermé, qui mit beaucoup de cœur dans ses œuvres». Pour Madame Davoine: «Mon mari aimait la beauté et respectait la création».

Récompenses

Salon des Artistes Français de Paris :

  • Médaille de Bronze 1927,
  • Médaille d'Argent 1929,
  • Médaille d'Or 1954,
  • Election comme membre du jury de sculpture et réélection ininterrompue jusqu'à sa mort en 1962.

Récompenses obtenues lors d'autres expositions:

  • Primes d'encouragement de la ville de Paris 1928,
  • Médaille d'argent exposition internationale 1927,
  • Prix du comité su salon d'hiver Paris 1956,
  • Médaille d'argent de la ville de Paris 1959,
  • Prix du Comité des Anciens Elèves de l'Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Paris 1959,
  • Prix de l'institut de France 1959 et 1960.
  • Prix Malvina-Brach 1952, Prix de la sculpture 1953, Prix Bonnat 1954, Prix Taylor 1956, Prix "un ami des artistes" 1956, Prix Joyeux 1961.

René Davoine a légué à la ville de Charolles, l'ensemble des collections en sa possession, auxquelles se sont ajoutées, au fil des ans, de nombreuses œuvres offertes par leur propriétaires. Les locaux du Musée situés dans la maison du statuaire, devenant exigus, les petits enfant de René Davoine ont demandé que toutes les pièces transportables soient présentées au public, dans la chapelle du Musée du Prieuré. L'Espace Davoine y fut ainsi créé en 2006.

Où pouvez-vous admirer les œuvres de René Davoine?

A Charolles:

Musée du Prieuré ouvert de juin à septembre

Atelier, 34 rue René Davoine ouvert la nuit des musées et les journées du patrimoine

Église: Marguerite-Marie Alacoque et Bas-relief Aux Garnauds: Monument de la Résistance

A Paray-le- Monial

Avenue de Charolles: Monument des Déportés Chapelle de la Colombière: les 14 stations du Chemin de Croix

Sources:

Catalogues rédigés, le premier par la veuve du statuaire, le second par son fils, Félix Davoine.

Mémoire de maîtrise d'histoire de l'art présentée par Nathalie Furtin, en juin 1999.

Archives de la famille Davoine.

[Article en ébauche:photos à venir]

Liens externes

  • [1](Répertoire des arts du spectacle, ministère de la culture et de la communication)
  • [2]
  • [3]
  • [4]
  • [5]
  • [6]

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