Paul-Louis-Felix Philastre

Paul-Louis-Felix Philastre

Paul-Louis-Félix Philastre

Paul-Louis-Félix Philastre (né le 7 février 1837 à Bruxelles - mort le 11 septembre 1902 à Buyat-Beaveau, France) est un officier de marine, un diplomate et spécialiste de l'extrême-Orient français.

Sommaire

Début de carrière

Diplômé de l'École navale en 1854 [1], Paul-Louis-Félix Philastre entre au service sur plusieurs navires de guerre, en Méditerranée puis dans les mers de Chine sur le Laplace, la Némésis, l’Avalanche, le Primauguet, la Durance et la Persévérance de 1857 à 1861. Il arrive en Cochinchine cette dernière année.

En 1863, il est nommé inspecteur aux affaires indigènes à My Tho dans le delta du Mékong et, deux plus tard, devient directeur de la loi indigène. Il tombe malade en 1868, ce qui l'oblige à revenir en France pour se faire soigner. La guerre avec la Prusse le surprend en métropole où il combat lors de la défense de Paris, comme officier d'artillerie.

Service en Cochinchine et au Tonkin

Après le conflit, il retourne en Cochinchine comme chef de la justice et inspecteur des affaires indigènes de 1871 [2] à 1874. Après un court congé en France, il est une nouvelle fois affecté en Cochinchine. La France à cette époque se tourne vers le fleuve Rouge et son bassin alluvial, le Tonkin, partie nord de l'empire d'Annam, explorations qui indisposent l'empereur Tu Duc, dont l'autorité sur la région, dèjà bien faible, se trouve menacée.

Envoyé en 1873 dans la région par l'amiral Dupré, Francis Garnier s'était emparé le 20 novembre 1873 de la citadelle de Hanoï puis, en peu de temps, des principales place-fortes du delta, remplaçant les mandarins en place par des mandarins alliés, catholiques pour la plupart.

Il revint à Philastre, alors simple lieutenant de vaisseau, personnellement peu favorable à ces expéditions, de négocier avec Tu Duc, à Hué, un traité qui prévoie l'évacuation des forces françaises du Tonkin. Arrivé à Hué accompagné de l'ambassadeur en second Nguyên Van Thuong, il lui était difficile de faire accepter un traité de paix et d'amitié alors que Garnier faisait la guerre, qu'il fallait d'abord arrêter.

Philastre se rendit donc au Tonkin via Tourane où il embarqua le 20 décembre. Le lendemain, Garnier était tué par les Pavillons Noirs lors d’une sortie à la porte ouest de Hanoï.

Dès son arrivée, Philastre organisa le départ des troupes françaises. Le 5 janvier 1874 il signait une convention sur l’évacuation de Ninh-Binh and Nam Dinh, et une autre le 6 février sur l’évacuation de Hanoï, qu'il quitta avec les dernières troupes françaises le 12 février. Il eut plusieurs entrevues orageuses avec Jean Dupuis le 17 et le 19 janvier [3]. On lui reprochera d’avoir abandonné à leur sort les mandarins installés par Garnier et de ne pas avoir empêché les massacres de chrétiens[4]. Il sera de retour à Saigon le 4 mars 1874.

Le second Traité de Saigon, signé le 15 mars 1874, reconnaissait la prise de possession par la France des trois provinces de la Cochinchine occidentale, affirmait la reconnaissance par la France de la souveraineté de l'empire d'Annam sur cette région (ce qui sous-entendait la fin de la suzeraineté envers la Chine), obligeait l’Annam à accorder sa politique étrangère avec la France et prévoyait la possibilité de demander l’aide de la France en cas de désordres internes[5].

Mission au Cambodge et à la cour impériale

Après ces missions diplomatiques, Philastre est envoyé d'avril à novembre 1876 représenter la France auprès du royaume du Cambodge. Il succède à Jean Moura qui, quelques mois plus tard, retrouvera une nouvelle fois ce poste. Après ce court séjour, il est nommé chargé d'affaire à la cour de Hué, poste qu'il conserve jusqu'en 1879, date de sa mise en retraite de la marine, avec le grade de lieutenant de vaisseau. Il quitte la Cochinchine en 1880 pour enseigner les mathématiques à Cannes et à Nice jusqu’en 1884.

Travaux savants

Philastre parlait couramment vietnamien et lisait le chinois classique. Il est l'auteur de nombreux travaux sur les administrations chinoises et vietnamiennes. Les plus importantes sont la première traduction en Français du Yì Jīng et celle, complète et inégalée, du code de l'empereur Gia Long basée sur le code Qing.

Notes

  1. ou en 1857 ?
  2. ou 1873 ?
  3. Dupuis (1879) pp.251-252 & 253
  4. Encyclopædia Britannica (2009); Maestri (2000) pp. 65-69 ; McAleavy (1968) pp. 141-145. Pour une version très défavorable à Philastre, voir Antonini (n.d.) pp.260-264 et les ouvrages de Jean Dupuis.
  5. Le texte du traité est reproduit in Dupuis (1879) pp.305-309.

Bibliographie

  • Le Yi king, ou, Livre des changements de la dynastie des Tsheou, traduit pour la première fois du chinois en français par P.-L.-F. Philastre. Paris: Ernest Leroux, 1885-1893. Réédition Editions Zulma, 1966, 890 pp; 1992, 890 pp. Dsponible en version htm : [1] ou pdf, doc et rtf (1271 pp.): [2]
  • Le code annamite: nouvelle traduction complète. 2 vols, Études sur le droit annamite et chinois. Paris: E. Leroux, 1909.
  • Le Yi king. Traduit du chinois par Paul-Louis-Félix Philastre et présenté par François Jullien.Zulma, 2006, 896 pp. ISBN : 978-2843043536

Références

  • Dupuis, Jean (1898). « Le Tong-Kin et l’intervention française. Francis Garnier et Philastre ». A. Challamel, Paris, 1898, 350 pp.
  • Gros, Jules (1887). « Origines de la conquête du Ton-Kin, depuis l'expédition de Jean Dupuis jusqu'à la mort de Henri Rivière ». Lettre-préface de Jean Dupuis. A Picard et Kaan, 1887, 252 pp.
  • McAleavy, Henry (1958). "Dien in China and Vietnam". The Journal of Asian Studies, Vol. 17, No. 3. (May, 1958), pp. 403-415.
  • McAleavy, Henry (1968). “Black Flags in Vietnam: The Story of a Chinese Intervention”. George Allen and Unwin, Ltd., London, New York, 1968, 296 pp.
  • Osborne, Milton E. (1969; 1997). "The French Presence in Cochinchina and Cambodia: Rule and Response (1859-1905)". 1st edn. Cornell University Press, Ithaca, London, 1969, ix + 379 pp. 2nd edn. White Lotus Co. Ltd, Bangkok, 1997, 397 pp.
  • Ta van Tai (1982). "Vietnam's Code of the Lê Dynasty (1428-1788)". The American Journal of Comparative Law, Vol. 30, No. 3. Summer 1982, pp. 523-554.
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