Lecture et écriture du persan

Lecture et écriture du persan
Calligraphie de MirAli al-Katib, circa 1500-1550

Cet article traite de la lecture et de lécriture du persan telles quon les pratique en Afghanistan et en Iran. Dans ces pays (à la différence du Tadjikistan), le persan sécrit dans un alphabet proche de larabe ; la plupart des caractères sont identiques, mais les différences sont grandes du point de vue phonétique. Les huit premières sections de larticle décrivent lusage dun style décriture élémentaire (naskh basique). Des explications concernant les versions courantes du même style (naskh courant) et des styles plus complexes (naskhr élaboré, nastaligh et chékasté) se trouvent dans la section 9.

Sommaire

Contrastes avec le français

La lecture et l'écriture du persan présentent d'importants contrastes avec celles du français. Le français s'écrit de gauche à droite dans l'alphabet latin, et le persan principalement de droite à gauche dans un alphabet proche de l'arabe. De découlent des différences concernant, non seulement le sens de l'écriture, mais aussi la variété des formes pour chaque lettre, le choix des formes et les principes de liaison graphique.

En français, dans chaque style d'écriture (ou chaque fonte), chaque lettre a deux formes (ou deux caractères: une majuscule et une minuscule. Le choix d'une forme dépend typiquement de la position de la lettre ou de la nature grammaticale du mot ; ainsi on utilise une majuscule pour la première lettre d'une phrase ou d'un nom propre. Dans un mot, selon le style d'écriture, les lettres sont toutes attachées, toutes légèrement séparées, ou pour certaines attachées et pour d'autres non.

En persan, dans le style d'écriture basique, le nombre de formes pour chaque lettre varie de un à quatre. Le choix d'une forme dépend de la nécessité ou l'interdiction d'une liaison graphique avec les lettres suivantes ou précédentes. Dans un mot, certaines lettres doivent, et d'autres ne peuvent s'attacher à certaines autres.

D'autres différences concernent les signes qui s'inscrivent au-dessus ou en dessous des lettres. En français, les points jouent un rôle marginal dans l'identification des lettres (le i et le j se reconnaissent facilement sans point ni tréma) ; et les accents accompagnent seulement des voyelles pour en modifier parfois la prononciation. En persan, les points jouent un rôle essentiel dans l'identification des lettres (parce que des lettres distinctes ont souvent la même forme à quelques points ou leur emplacement près) ; et des signes ressemblant à des accents, et résumant à eux seuls des voyelles, peuvent accompagner les consonnes.

Lettres particulières

Sept lettres, sur un total de trente-deux pour l'alphabet persan, ont la particularité suivante : leur liaison graphique est toujours interdite du côté gauche, c'est-à-dire toujours interdite avec la lettre suivante dans le sens de l'écriture. Le tableau suivant donne les noms, les prononciations, et les formes de ces sept lettres. Chaque forme est entourée par deux séries de tirets suggérant la ligne plus ou moins virtuelle autour de laquelle sorganise lécriture.

Nom Prononciations Forme
entourée ici
par des tirets
Alef Muet ou comme le a
de garden en anglais
--- ا ---
Dâl Comme le d de drap --- د ---
Zâl Comme le z de zèbre --- ذ ---
Comme le r en anglais --- ر ---
Comme le z de zèbre --- ز ---
Comme le j en français --- ژ ---
Vâv Muet ou comme le v français
ou le o de rose ou le ou d'oursin
--- و ---

Les mots qu'on forme à partir de ces seules sept lettres s'écrivent donc en juxtaposant les formes correspondantes, sans jamais les lier. Le mot persan dâd, par exemple, avec un â à prononcer comme le a de garden en anglais, et signifiant cri, sécrit داد ; et le mot zâr, avec un r à prononcer à langlaise et signifiant pleur, sécrit زار.

Voyelles volantes

Certains signes, qu'on appelle ici signes volants (et ailleurs, diacritiques), apparaissent aux alentours du sommet ou de la base d'une lettre. La prononciation quimplique un signe volant suit immédiatement celle de la lettre la plus proche.

Le tableau suivant donne les noms, les prononciations, et les formes de quatre signes volants qui correspondent chacun à une ou plusieurs voyelles. Les formes sont associées chacune à un alef dans ce tableau, pour donner des indications de proportion et de position.

Nom Prononciation Forme associée ici
à un alef
Fathé Comme
le a de chat
Fathe alef.png
Kasré Comme
le é en français
Kasre alef.png
Zammé Comme
le o de rose
Zamme alef.png
Madd Comme le a de garden
en anglais
Madd alef.png

Les deux syllabes du nom fathé sont fat, à prononcer comme le mot anglais signifiant gras, et . Le fathé et le kasré ont tout deux la forme dun petit tiret incliné vers la gauche, mais lun se place au-dessus, et lautre au-dessous des lettres. Le zammé a la même forme que le vâv, mais en plus petit. Comme on la indiqué, chacun de ces signes se prononce juste après la lettre quil accompagne. Ainsi دَر, qui signifie porte, se prononce dar ; دِژ, qui signifie forteresse, se prononce déj ; et دُزد, qui signifie voleur, se prononce dozd.

Le alef est muet quand on lui associe un signe volant. Ainsi اَژدَر, qui signifie dragon, se prononce ajdar ; اِزار, qui signifie vêtement, se prononce ézâr ; et اُردو, qui signifie camp, se prononce ordou.

Le madd, qui ressemble à une vague ou un tilde et dont le nom signifie aussi marée montante, s'inscrit seulement au-dessus d'un alef, presque toujours en position initiale dans un mot. Et comme on le déduit du tableau et des propos dans cette section, le mot آرد, qui signifie farine, se lit ârd, en prononçant le â comme le a de garden en anglais.

Liaisons graphiques

Dans le style d'écriture basique, la nécessité ou l'interdiction des liaisons graphiques résultent d'une règle simple qui implique, entre autres, une lettre nommée héyé do-tchéchm. La règle est qu'à lexception des sept lettres alef, dâl, zâl, , , , vâv, du héyé do-tchéchm lorsqu'il est muet, et de la dernière lettre d'un mot, chaque lettre est liée par la gauche à la lettre suivante.

Variété et choix des formes

Neuf lettres ont chacune une forme quon utilise dans tous les cas de liaison graphique. Ces neuf comprennent les sept lettres alef, dâl, zâl, , , , vâv, et deux autres qu'on appelle (ou teyn) et (ou zeyn). Le , par exemple, se prononce comme le t de toile ; la forme correspondante est ط  ; et le mot tarz, qui signifie façon (d'être ou de faire), s'écrit طـَرز.

Vingt lettres ont chacune deux formes quon utilise selon la nécessité ou l'interdiction d'une liaison graphique du côté gauche. Le tableau suivant donne le nom d'une de ces lettres, sa prononciation et les formes qu'elle prend selon les cas. Comme dans le premier tableau de cet article, chaque forme est entourée par des tirets suggérant la ligne autour de laquelle sorganise lécriture.

Nom Prononciation Formes selon les cas de liaison graphique,
entourées ici par des tirets
Liaison à gauche
interdite
Liaison à gauche
nécessaire
Comme le b en français --- ب --- --- ﺑـ ---

Ainsi, le mot babr, qui signifie tigre, s'écrit بَـبـر  ; tarab, qui signifie joie ou fête, s'écrit طـَرَب ; et rotab, qui veut dire datte, s'écrit رُطـَب.

Trois lettres ont chacune quatre formes qui correspondent aux quatre cas qu'on obtient en considérant la nécessité ou l'interdiction d'une liaison graphique du côté droit ou gauche. Ces trois lettres comprennent le héyé do-tchéchm, dont les prononciations et les formes apparaissent dans le tableau suivant, avec des tirets suggérant la ligne d'écriture. (Héyé do-tchéchm signifie le au deux yeux, comme évoque certaines de ses formes et pour faire la distinction avec un autre , le heyé djimi, c'est-à-dire le ressemblant à la lettre djim.)

Nom Prononciations Formes selon les cas de liaison graphique,
entourées ici par des tirets
Liaison à gauche
interdite
Liaison à gauche
nécessaire
Héyé
do-tchéchm
Muet ou comme
le h de hat
en anglais
--- --- --- ﻫـ --- Liaison à droite
interdite
--- ـﻪ --- --- ـﻬـ --- Liaison à droite
nécessaire

Ainsi le mot havâ, qui signifie air, s'écrit هَـوا ; bahâr, qui signifie printemps, s'écrit بَـهـار ; béh, qui signifie meilleur, s'écrit بـِه ; râh, qui signifie chemin, s'écrit راه ; et râhha, qui signifie chemins (au pluriel), sécrit راه ها.

Voici maintenant un tableau donnant les noms, les prononciations et les formes de toutes les lettres de l'alphabet persan hormis les sept (particulières) dont la liaison à gauche est toujours interdite. Comme dhabitude, chaque forme est entourée par des tirets suggérant la ligne décriture.

Nom Prononciations Formes selon les cas de liaison graphique,
entourées ici par des tirets
Liaison à gauche
interdite
Liaison à gauche
nécessaire
Comme le b en français --- ب --- --- ﺑـ ---
Comme le p de pélican --- پ --- --- ﭘـ ---
Comme le t de toile --- ت --- --- ﺗـ ---
Comme le s de soie --- ث --- --- ﺛـ ---
Djim Comme le Dj de Djakarta --- --- --- ﺟـ ---
Tché Comme le tch de tchèque --- چ --- --- ﭼـ ---
Héyé djimi Comme le h de hat en anglais --- ح --- --- ﺣـ ---
Khé Comme le j en espagnol --- خ --- --- ﺧـ ---
Sine Comme le s de soie --- س --- --- ﺳـ ---
Chine Comme le Ch de Chine --- ش --- --- ﺷـ ---
Sâd Comme le s de soie --- ص --- --- ﺻـ ---
Zâd Comme le z de zèbre --- ض --- --- ﺿـ ---
Comme le t de toile --- ط ---
Comme le z de zèbre --- ظ ---
Eyn Légère contraction
de la glotte ou
légère interruption
dans la prononciation
--- ع --- --- ﻋـ --- Liaison à droite
interdite
--- ـﻊ --- --- ـﻌـ --- Liaison à droite
nécessaire
Gheyn Comme on prononcerait
à la suite un g dur
(comme le g de galet)
et un h aspiré
(comme le h de héron)
--- غ --- --- ﻏـ --- Liaison à droite
interdite
--- ـﻎ --- --- ـﻐـ --- Liaison à droite
nécessaire
Comme le f de farine --- ف --- --- ﻓـ ---
Ghâf Comme un g et un h aspiré à la suite --- ق --- --- ﻗـ ---
Kâf Comme le k en français --- ک --- --- ﮐـ ---
Gâf Comme le g de galet --- گ --- --- ﮔـ ---
Lâm Comme le l de lime --- ل --- --- ﻟـ ---
Mim Comme le m de mûre --- م --- --- ﻣـ ---
Noun Comme le n de nez --- ن --- --- ﻧـ ---
Héyé
do-tchéchm
Muet ou comme le h
de hat en anglais
--- --- --- ﻫـ --- Liaison à droite
interdite
--- ـﻪ --- --- ـﻬـ --- Liaison à droite
nécessaire
Comme le y ou les i de yiddish
ou a de garden en anglais
--- ـی --- --- ﻳـ ---

Prononciation

Comme il apparaît dans les tableaux précédents, on a parfois plusieurs lettres ou signes pour une même prononciation. En fait, quinze lettres de lalphabet persan et quatre signe volants (dont trois sont présentés dans la section suivante) nont pas de prononciation spécifique, dans le sens chaque lettre ou signe se prononce toujours ou parfois comme un autre (le kasré, par exemple, se prononce parfois comme le , le se prononce toujours comme le , et le héyé do-tchéchm se prononce parfois comme le héyé djimi). Cette particularité correspond à une réduction de la variété phonétique qui a touché les mots dorigine arabe, mais aussi ceux dorigine persane, turque et autre encore.

On a parfois aussi plusieurs prononciations pour une même lettre ou un même signe. C'est le cas, en fait, pour un signe volant, le kasré, et quatre lettres, le alef, le vâv, le héyé do-tchéchm et le .

Le kasré se prononce comme les i de yiddish sil est immédiatement suivi par un et un alef. Autrement, il se prononce comme le é en français. Ainsi مِـیـان, qui signifie milieu, se lit miyâne ; et آسِـمـان, qui signifie ciel, se lit âsémâne.

Comme on la dit, le alef est muet quand on lui associe un signe volant, mais aussi en position initiale dans un mot, ou sil vient dans un mot juste après une voyelle (transcrite par une lettre ou un signe volant) ou juste après un héyé do-tchéchm muet. Autrement, le alef se prononce comme le a de garden en anglais. Ainsi ایـزَد, qui signifie dieu, se lit izad ; پـرتـوای, qui signifie un rayon (de lumière), se lit parto-i ; et خـانِـه ای, qui signifie une maison, se lit khâné-i.

Le vâv est muet quand il a un khé juste à sa droite et un alef ou un juste à sa gauche. Autrement, le vâv est une consonne ou une voyelle selon quil précède immédiatement ou non une voyelle du même mot (transcrite par une lettre ou autrement) ; sil est une consonne, il se prononce comme le v français ; et sil est une voyelle, il se prononce comme le o de rose ou comme le ou doursin, sans règle évidente (autre que la connaissance du vocabulaire) pour choisir entre ces deux prononciations. Ainsi خـواب se lit khâb et signifie sommeil ; خـویـش se lit khich et signifie parent ; جَـوان se lit djavân et signifie jeune ; et مـو se lit mo quand il sagit de vigne, et mou quand il sagit de cheveux.

En position initiale ou intermédiaire dans un mot, le héyé do-tchéchm se prononce comme le héyé djimi, c'est-à-dire comme le h de hat en anglais. En position finale, le héyé do-tchéchm est muet ou il se prononce comme le héyé djimi, encore une fois sans règle évidente pour faire le tri. Ainsi هُُـنـر se lit honar et signifie art ; کـُهَـن se lit kohane et signifie ancien ; et بـِه se lit béh quand il sagit de ladjectif meilleur, et quand il sagit dune préposition proche à en français.

Le est muet ou sonore selon qu'il est ou non surplombé par un signe volant particulier, qu'on appelle alefé bâlâ et dont on dira plus dans la section suivante. Le sonore se prononce comme le y de yiddish si, dans un mot, il est en position initiale ou immédiatement précédé par une voyelle (transcrite par une lettre ou non). Autrement, le sonore se prononce comme les i de yiddish. Ainsi یار se lit yâr et signifie compagne ou compagnon ; پـِیـمان se lit peymân et signifie serment ; ایـل se lit il et signifie tribu ; et پـیـر se lit pir et signifie vieille ou vieux.

Autres signes

Le persan utilise quatre autres signes volants dont les noms, les prononciations, et les formes apparaissent dans le tableau suivant. Chacune des formes est associée à une lettre pour donner une idée de proportion et de position.

Nom Prononciations Forme associée ici
à un , un dâl
ou un alef
Alefé
bâlâ
Comme le a de garden
en anglais
Alefe bala ye.png
Tachdid Implique une double
prononciation de la lettre
Tachdid dal.png
Tanevine Comme les trois dernière
lettres de platane
Tanwin alef.png
Hamzé Comme la dernière syllabe de noyer
ou comme le eyn
Hamze alef.png

Le alefé bâlâ a la même forme qu'un alef, mais en plus petit, et son nom signifie alef d'en haut, en allusion à la manière dont il s'inscrit (au-dessus d'une lettre). Comme tous les signes volants, la prononciation quimplique le alefé bâlâ vient juste après celle de la lettre associée, c'est-à-dire la plus proche. Ainsi عـیـسـیٰ, qui signifie Jésus, se lit Issâ, avec une légère contraction de la glotte avant le I et en prononçant le â comme le a de garden en anglais.

Le tachdid, qui ressemble en petit à la minuscule de la lettre grecque oméga, et dont le nom signifie renforcer ou raffermir, sinscrit sur une consonne quil faut prononcer deux fois de suite, comme parfois lorsquon double une consonne en français. Ainsi le مَـدّ, le nom de la voyelle volante ressemblant à un tilde, se lit madd en prononçant les deux d ; et تـَـپّـِه, qui signifie colline, se lit tappé en prononçant les deux p.

La première syllabe du nom tanevine se prononce comme la dernière du mot platane. Le signe a la forme de deux petits tirets parallèles et inclinés vers la gauche. Comme tous les signes volants, la prononciation ane quimplique un tanevine vient juste après celle de la lettre la plus proche (ou lettre associée), en loccurrence toujours un alef qui devient muet (comme chaque fois quon lui associe un signe volant). La combinaison dun alef et dun tanevine napparait quen fin de mot et sert à former un adverbe à partir dun nom ou dun adjectif. Ainsi ذاتاً, qui se prononce zâtane et signifie essentiellement, se forme à partir du nom ذات, qui signifie essence ; et شـدیـداً, qui se prononce chadidane et signifie fermement, se forme à partir de l'adjectif شـدیـد, qui signifie ferme.

Le hamzé a la forme, en petit, de la portion typique dun eyn sans liaison à droite ; et le signe se prononce comme le eyn ou comme la dernière syllabe de noyer, selon qu'il surplombe ou non un héyé do-tchéchm muet. A la différence des autres signes volants, le hamzé peut se poser sur la ligne décriture, à la fin dun mot et sans liaison graphique avec la dernière lettre. Mais il peut aussi surplomber un héyé do-tchéchm muet ou l'une des formes suivantes :

  • un alef qui sera muet,
  • un vâv qui se prononcera comme le o de rose,
  • une dentelure additionnelle, c'est-à-dire la même forme quun , , , , ou lié à gauche, mais sans point ni prononciation autre que celle du hamzé.

Pour illustrer l'usage du hamzé, convenons qu'une apostrophe inversée (c'est-à-dire le signe ‘) se prononce comme le eyn. Ainsi اِمـضـاء, qui signifie signature, se lit emza ; رَأی, qui signifie vote, se lit rai ; سـؤال, qui signifie question, se lit soâl ; مـسـئـلِـه, qui signifie problème et dont la dernière lettre est muette, se lit massalé ; et مـسـئـلـِۀ روز, qui signifie problème du jour, se lit massaléyé rouz.

Les signes pour les chiffres de zéro à neuf apparaissent dans le tableau suivant :

0 1 2 3 4 5 6 7 8 9
--- ٠ --- --- ١ --- --- ٢ --- --- ۳ --- --- ۴ --- --- ۵ --- --- ۶ --- --- ٧ --- --- ٨ --- --- ٩ ---

Ces signes, proches de ceux quon utilise et connait en France sous le nom de chiffres arabes, sont en fait dorigine indienne ; ce qui explique que les nombres sécrivent, en persan comme en français et en arabe, de gauche à droite. Ainsi écrit-on سـالِ ۱۳۸۷ هِـجـری pour signifier lan 1387 de lhégire.

Les signes de ponctuation ont les mêmes formes quen français, à une rotation près pour la virgule et le point-virgule qui sécrivent ، et ؛, et une inversion près pour le point d'interrogation qui s'écrit ؟.

Ambiguïtés

On a décrit, dans une section précédente, lindétermination ou lambiguïté concernant la prononciation, la lecture ou le sens de certaines lettres ou certains mots. Une autre source dambiguïté, considérable tant que lhabitude fait défaut, est celle-ci : les signes volants sont tous, à des degrés divers, volatiles ; leur inscription est facultative, les voyelles volantes (dont le alefé bâlâ) sont presque toujours omise sauf sil sagit denseigner la lecture ou lécriture, et les tachdid, tanevine ou hamzé peuvent manquer, sauf sil sagit dun hamzé surplombant une dentelure.

Des ambiguïtés dun type différent, concernant le sens ou la lecture des mots mais non leur prononciation, sont liées à lespacement des mots et des lettres. En français, la distance entre deux mots est supérieure à celle qui sépare deux lettres consécutives dans un mot, ou celle qui sépare un trait dunion de la lettre immédiatement précédente ou suivante. En persan, certains suffixes, préfixes, et composants peuvent sécrire comme des mots, sans aucun trait dunion, et on tolère que la distance entre deux mots soit égale à celle qui sépare deux lettres dans un même mot.

Variantes et variété des styles

L'écriture introduite dans cet article est une version basique d'un style qu'on appelle naskh. Le naskh, qui signifie aussi copier, s'est affirmé à partir du Xe siècle. Une version élaborée du style a beaucoup servi à la reproduction du Coran, et des versions plus simples se sont largement imposées dans l'imprimerie et sur les supports électroniques, pour le persan comme pour l'arabe. L'écart entre notre version basique et les versions courantes du naskh est faible, et se comble facilement à partir du tableau suivant :

Suite de lettres
dans un ou plusieurs cas
de liaison graphique
Formes
dans le naskh
basique
Alternatives
dans les versions courantes
du naskh
Héyé do-tchéchm
lié des deux côtés
He naskh 1.png He naskh 2.pngHe naskh 3.pngHe naskh 1.png

lié d'aucun côté
Ye naskh 1.png Ye naskh 2.png
Lâm immédiatement suivi d'un alef
(avec un lâm lié ou non par la droite)
Lam alef 1.png Lam alef 2.png
Lâm immédiatement suivi d'un alef,
sans liaison du lâm par la droite
Lam alef 1.png Lam alef 3.png

Dans les versions plus élaborées (et aujourdhui moins courantes) du naskh, certaines courbes peuvent sétirer, dautres peuvent sinverser, et certaines lettres peuvent se chevaucher. Létirement va dans le sens de lécriture et peut concerner la dernière portion horizontale dune forme nécessairement liée à gauche, ou la forme du ghaf, du noun ou du en dernière position dans un mot. Ainsi طوفان et سَماوی , qui se prononcent toufân et samâvi, et signifient tempête et céleste, peuvent sécrire de la manière suivante :

Naskh etirement.jpg

Le naskh comporte des dentelures (convexes) qui correspondent aux terminaisons des lettres sine, chine, sâd et zâd, comme aux lettres , , , et quand elles sont liées à gauche. Lorsquune dentelure précède immédiatement un mim, un noun ou un en dernière position dans un mot, ou lorsquelle précède une des lettres djim, tché, héyé djimi, khé, , ou , alors la dentelure peut céder la place à une forme (concave) quon appelle arc et qui sattache par la gauche commence lécriture de la lettre suivante. Ainsi, les mots بَـهار, نـَسـیـم et خـوشـی, qui signifient enfant, brise et bonheur, peuvent s'écrire

Naskh arcs.jpg

Les lettres djim, tché, héyé djimi, khé, et mim (en particulier) permettent des chevauchements : Toute portion liée à lune de ces lettres peut sécrire à un niveau supérieur et sattacher commence lécriture de la lettre. Ainsi les mots حُجره , سِمسار et مَخمَل , qui se prononcent hodjré, semsâr et makhmal, et qui signifient boutique, brocanteur et velours, peuvent sécrire

Naskh chevauchement.jpg

Dautres styles décriture, dont le développement et l'usage sont plus spécialement associés au persan, sont le nastaligh et le chékasté. Ces styles sont des évolutions dans le sens d'une fluidité croissante, mais dans le sens aussi d'une complexité croissante dans les formes, leur choix, et les principes de liaison. Il s'agit, en fait, décritures plus exigeantes du point de vue de l'apprentissage, mais plus économiques du point de vue des mouvements.

Le nastaligh s'est développé à partir du XIVe siècle. Il a largement servi à la rédaction de documents officiels. Son usage reste important pour la poésie, le titrage et les enseignes, et il domine dans l'écriture manuelle. Le nom du style vient de la composition et de l'abréviation des termes naskh et taligh, dont le second signifie suspendu et désigne également un style d'écriture. Certaines options du naskh élaboré, comme la substitution de certaines dentelures par des arcs et le chevauchement de certaines lettres, sont impératives dans le nastaligh. Comme le naskh, le nastaligh s'écrit dans un couloir horizontal, avec des débordements occasionnels vers le haut, surtout sur le bord droit de la page ; mais les portions de mots qui semble posées sur une ligne horizontale dans le naskh, semblent posées chacune sur une pente descendante dans le nastaligh. Le nastaligh se distingue aussi du naskh par un adoucissement des crêtes dans lécriturecelles des dentures, celles du sine et du chine qui peuvent entièrement disparaitre, et celles des lettres , , et quand elles sont liées à droite.

Les trois images suivantes montrent un même poème de Saadi en naskh courant, en naskh élaboré, et en nastaligh :

Saadi naskhr simple.jpg
Saadi naskhr elaborated.jpg
Calligraphie d'Amir Falsafi, XXe siècle

Le chékasté, ou plus précisément nastalighé chékasté, est apparu au XVIIe siècle. Son utilisation concerne les mêmes domaines que le nasta'ligh, mais de façon marginale seulement. Généralement, chékasté signifie brisé ou rompu ; et la suggestion concernant le style d'écriture est celle d'une rupture avec certaines règles. Le chékasté se distingue du nastaligh standard ou régulier par une liberté dans les liaisons graphiques ; les mots restent détachés les uns des autres, mais la liaison à gauche est permise (sans être nécessaire) pour les sept lettres alef, dal, zal, , , , vâv. Une autre spécificité du chékasté est l'usage fréquent de formes très étirées en fin de mot, en particulier pour les lettres lâm, noun et . Limage suivante, à comparer aux deux ou trois images précédentes, montre le même poème de Saadi dans le style chékasté.

Calligraphie d'Amin Etessami, XXe siècle


Articles connexes

Concernant les alphabets arabe et persan, et la transcription latine du persan :

Concernant la composition du persan :

Liens externes

Concernant les styles d'écriture


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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Lecture et écriture du persan de Wikipédia en français (auteurs)

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