Conscience (Hegel)

Conscience (Hegel)

Les trois premiers chapitres de la Phénoménologie de l'Esprit de Hegel ont pour sujet commun l'attitude de la conscience. Celle-ci s'élève de la certitude sensible à la perception, puis accède à l'entendement, qui permet le passage à la conscience de soi.

Sommaire

Présentation

Lhomme soppose au monde, cest la conscience du monde extérieur. Considérant ce point, nous voyons que celle-ci passe elle-même par plusieurs moments.

  • La sensibilité, qui est la certitude immédiate dun objet extérieur : lobjet est simplement, et il est un ceci, donné dans lespace et le temps, ici et maintenant. Il est bien distinct et déterminé. Cette conscience est en apparence d'une richesse infinie : elle sétend à tout ce qui est dans le temps et lespace. Mais lici et le maintenant du ceci, de tel objet, disparaissent (lobjet change, est détruit, etc.), tandis quil y a toujours un ceci et un maintenant en général, sappliquant à tous les ici et maintenant. Lici et le maintenant, dans leur universalité (généralité) ne sont donc aucun ici et maintenant en particulier, mais une multiplicité de moments et de lieux. Ce qui est donné, la certitude de la sensibilité, ce nest donc pas une détermination sensible, un ici et maintenant, mais une 'perception' universelle. Lobjet devient donc linessentiel : la négation de la conscience sensible nous fait parvenir à luniversel, à la perception.
  • La perception nous élève donc à luniversel, qui est la vérité de la sensibilité ; cest un mixte de déterminations sensibles et de déterminations réflexives. Lobjet de la perception est la 'chose et ses déterminations. Ces déterminations sont immédiates dans la sensibilité (ici et maintenant) et pourtant médiatisées par notre relation avec elles. Elles appartiennent à la chose dans sa singularité, mais sont en même temps universelles car, dune part, elles peuvent être attribuées à dautres choses, et, dautre part, elles sont indépendantes les unes des autres (par exemple : couleur, poids, étendue, etc). La relation du sujet à lobjet est ainsi constitutive des propriétés de lobjet ; cest pourquoi ces propriétés se modifient et sont ainsi des accidents de la chose. Mais puisque les choses ne sont rien dautre que leurs propriétés, elles se transforment, deviennent, ou, autrement dit, disparaissent et surgissent sans cesse. Dans ces modifications, le modifiable est supprimé et ce qui reste est le devenir, la modification elle-même.
  • Lentendement, sil est aussi déterminé accidentellement, saisit également lessentiel qui demeure dans le changement des choses : il est la conscience en tant quelle 'considère lintérieur des choses', i.e. la force qui, identique à elle-même et se réalisant, sextériorise et lie les déterminations universelles entre elles. Cet intérieur est la pensée ou 'concept' de lobjet, qui est le propre forme de la conscience, par laquelle elle se prend elle-même pour objet. La différence entre le sujet et lobjet sest donc abolie, et elle laisse place à la conscience de soi.

Ce chapitre analyse la dialectique du savoir sensible, lexpérience, et lobjet et le sujet qui la constituent par leur devenir, jusquà la perception.

Notre premier savoir est la certitude sensible immédiate, pas encore conceptuelle. Cest la certitude sensible, connaissance immédiate dont le contenu concret possède deux caractéristiques :

  • sa richesse nous semble ne pas avoir de limites autres que lespace et le temps.
  • cette connaissance semble être la plus vraie, parce quelle ne quitte pas son objet quelle a devant elle.

Mais cette certitude est en réalité très pauvre, car son contenu se résume au constat que telle chose ou quun « je » singulier est. La certitude sensible nest donc quune « relation pure immédiate, » lêtre pur constitue son essence.

Cette certitude est cependant constituée principalement de deux termes intermédiés, ce « Je »-ci et cet objet-ci qui sont chacun de leur côté. Ces termes de la relation nexistent pas séparément : la certitude du « je » passe par la chose, et la chose est certaine par lintermédiaire du « je ». À chaque fois, lessence de la certitude est exemplifiée par un ceci.

Il a deux aspects fondamentaux : maintenant et ici. Il y a toujours un « maintenant », c'est un universel, vérité de la certitude sensible.

Par le langage, en effet, nous énonçons luniversel, mais nous ne pouvons fixer ceci que nous avons à lesprit.

Lanalyse sera la même pour le « ici ». Lêtre pur de la certitude sensible est essentiellement médiation et négation, par opposition à lopinion, et que lobjet est linessentiel. La certitude sensible nest plus dans lobjet, mais se retrouve dans le « je », dans lobjet en tant quil est mon objet. En quoi consiste alors ce « je » auquel se rapportent le « maintenant » et le « ici » ?

Le « je » est soumis à la même dialectique : la certitude du « je » est niée par un autre « je » qui possède la même certitude. Le « je » ne demeure donc quen tant quuniversel. On reconnaît ici une formulation du principe aristotélicien : il ny a pas de science du singulier.

« Il apparaît clairement que la dialectique de la certitude sensible nest rien dautre que la simple histoire de son mouvement ou de son expérience, et que la certitude sensible elle-même nest rien dautre que simplement cette histoire. » Cet universel de notre expérience fait également apparaître la Nichtigkeit, la nullité (« la qualité de néant »), de la réalité des choses sensibles.

Ce que nous exprimons donc par notre langage, et ce que nous percevons et tenons pour vrai, cest toujours lensemble (« un Ici dautres Ici ») à la place du savoir immédiat par laquelle ce chapitre avait commencé.

Exposé détaillé

Introduction

Ce chapitre parcourt la dialectique du sujet et de lobjet du savoir sensible jusquà la perception. La certitude sensible est immédiate, elle na pas besoin dun savoir ou concept médiat. Si elle parait riche, elle est en fait abstraite et pauvre en informations puisque sa vérité contient seulement lêtre de la chose. Cest lêtre parménidien. Le singulier sait un pur singulier, ils sont deux termes intermédiés, qui nexistent pas séparément : la certitude du « je » passe par la « chose », et la « chose » est certaine par lintermédiaire du « je ». Dans chaque cas, lessence de la certitude est exemplifiée par un ceci.

1. Lobjet de la sensation : le ceci

Introduction

Lobjet est dessence immédiate, alors que le sujet est médiatisé (le savoir nest pas si lobjet nest pas). Mais lobjet est-il essentiel dans la certitude sensible ? Le ceci a deux aspects fondamentaux : maintenant et ici.

Dialectique du nunc (maintenant)

Le maintenant est la nuit ; à midi, cette vérité se sera éventée. Le « maintenant » essentiel (qui se conserve) nest pas limmédiat (la nuit), mais un « maintenant » médiatisé (le « maintenant » a besoin de la nuit pour exister, et aussi que ce ne soit plus la nuit). Il se conserve par le fait quautre chose nest pas. « Maintenant » est un « non-ceci », médiatisé par la négation, nous le nommons un universel. Nous nous représentons le sensible, mais nous nommons luniversel, médiatisé par le sensible. [Réfutation du sensualisme].

Dialectique du hic (ici)

L’ « ici » lui-même ne disparaît pas, il est et demeure dans la disparition de la maison, de larbre, etc. Le ceci se montre à nouveau comme simplicité médiatisée, ou comme universalité.

Transition

Le pur être est ce qui demeure. Dans la certitude sensible, la vérité est luniversel médiatisé, et non limmédiat que nous visions au départ comme être.

2. Le sujet de la sensation : le moi abstrait

Introduction

Lessence est donc être passée de lobjet au savoir auparavant inessentiel. Lobjet est, parce que moi, jai un savoir de lui. La certitude est refoulée dans le moi.

Dialectique du hic et nunc

La certitude sensible se trouve maintenant dans limmédiateté du voir, de lentendre, etc. Mais si moi, je vois larbre, un autre moi voit la maison, etc. Ces deux vérités ont la même authenticité [Réfutation du solipsisme]. Ce qui ne disparaît pas (conservé, aufgehoben) cest le moi en tant quuniversel.

Transition

En disant un « Je » singulier, je dis dune manière générale tous les Je. » On reconnaît ici une formulation du principe aristotélicien : il ny a pas de science du singulier. La science ne peut ainsi dire ce quelle vise, du savoir ou de lobjet.

3. La sensation dans son ensemble

Introduction

La certitude sensible nest donc dans son essence ni dans lobjet, ni dans le moi. Son immédiateté nest ni celle de lun, ni celle de lautre, elle est dans leur rapport envisagé comme totalité singulière.Laissons-nous identifier à ce moi-ci qui sait avec certitude, et voyons comment est constitué limmédiat quon nous indique.

Dialectique du nunc

Le maintenant a déjà cessé quand on le montre. Il na pas la vérité de lêtre. Il se montre en 3 moments : Jindique un maintenant vrai. Il est passé, supprimé Ce qui est passé nest pas. Négation de la négation. Lacte dindiquer un maintenant est un mouvement. Mais le maintenant de la fin du mouvement nest pas celui du début : il est réfléchi en lui-même, il est simple tout en ayant en lui une multiplicité. Cest lobjet nouveau de la conscience percevante. Lacte dindiquer est un mouvement qui fait lexpérience que le maintenant est un universel.

[Expérience : Terme de base, qui désigne à la fois le mouvement global de laccomplissement de la conscience sous la forme de la science et chacune des étapes de ce chemin : expérience de la perception, expérience de la raison observante,. Il implique que lon sastreigne à « séjourner » (verweilen) dans la situation déterminée par la réalité dune figure ; une telle « attention à ce qui est présent comme tel », cest cela que « lon nomma expérience » Extrait de Pierre-Jean LABARRIERE « La phénoménologie de lesprit de Hegel »]

Dialectique de hic

Lici indiqué est un avant, un arrière, qui sont eux-mêmes des hauts et des bas. Il disparaît dans dautres ici, qui à leur tour disparaissent. Ce qui est tenu ferme, ce qui demeure, cest un ici négatif, un mouvement.

Transition et conclusion

La certitude sensible nest rien dautre que lhistoire de son propre mouvement, un être réfléchi. Cest la négation de la réalité des êtres sensibles qui est la vérité de la certitude sensible et non linverse [contre Schulze]. On aboutit (comme on le retrouvera dans le domaine pratique cf chap. IV) à douter puis à désespérer de la réalité des êtres sensibles. Les animaux eux lont compris puisquils les consomment sans se poser plus de questions. Le ceci sensible est inaccessible au langage qui appartient à la conscience, à luniversel. Le ceci sensible en tant quinexprimable est le non-vrai, le non-rationnel. Seul lacte dindiquer saisit le vrai de la certitude sensible, qui est un mouvement. Il est le signe que je prends un objet dans sa vérité. Je le perçois.

La perception ou La chose et lillusion

A Introduction

1. La perception dans son ensemble

Dans la certitude sensible tombe dans la conscience la vérité du percevoir, mais elle rate son « essentiel » : le ceci car sa vérité est luniversel du percevoir. La perception, par contre, atteint son but « essentiel », luniversel. Elle ne dit pas : « ceci est », mais « je perçois ceci ». Les moments de la perception: le « je » et l’ « objet » universel, ne se distinguent quau niveau du phénomène : le percevoir est un mouvement alors que lobjet est quelque chose de simple. Essentiellement ils sont une seule et même chose. Mais pour la conscience, en tant quils sont opposés, un seul peut être essentiel. Cest dabord le perçu qui est simple alors que le percevoir semble pouvoir être ou ne pas être.

2. Lobjet de la perception

La simplicité de lobjet est médiatisée, car lobjet est universel (à base de négation). Le ceci est donc un non-vrai sursumé, déterminé par des propriétés.

a) Lobjet en tant quuniversel positif Les propriétés sont indifférentes les unes aux autres, elles se compénètrent dans la chose sans se toucher.

b) Lobjet en tant quuniversel négatif. Pourtant, les propriétés ne sont « déterminées » que dans la mesure elles excluent leur négation auxquelles elles se rapportent. Ainsi, lunité simple du medium nest pas simplement un « aussi », mais aussi « unité excluante ».

c) Lobjet en tant quun tout. Cest dans ces moments pris ensembles que la chose semble achevée comme le vrai de la perception. Universalité passive indifférente, le « aussi » La négation comme simple, ou le un, lacte dexclure les propriétés opposées. Luniversalité sensible, ou unité immédiate de lêtre et du négatif, est la synthèse du un et de luniversalité pure. Cest la chose.

3. Le sujet de la perception

Lillusion : inégalité de lobjet à lui-même, ne peut être le fait que de la conscience en tant quinessentielle.

B. Dialectique

1. Introduction

Lexpérience de la conscience est donc la gestion des contradictions que nous avons rencontré dans lobjet.

2. Lobjet de la perception

Lobjet que jappréhende se propose comme essentiel, mais japerçois en lui la propriété (dêtre une chose) universelle. La non-vérité tombe donc dans moi, en saisissant lobjet comme communauté. Ce qui nest pas possible, ainsi je perçois maintenant lobjet comme opposé, excluant. Mais dans le un séparé, je trouve beaucoup de propriétés indépendantes, donc je ne le saisissais pas correctement. Lobjet devient alors pour la conscience « medium communautaire universel », lui-même battu en brèche en tant que « simple et vrai », en tant quêtre. Nétant ni propriété (de quelque être) ni un être (phénoménal, sans négativité), il va repasser par la perception mais du point de vue de la dialectique du sujet.

3. Le sujet de la perception

a) Introduction

La conscience fait lexpérience (dans le 2.) que le vrai du percevoir est sa résolution dans elle-même à partir du vrai [de lobjet]. Le percevoir nest donc pas un pur acte de saisir, mais un acte de saisir réfléchi dans soi, à partir et hors du vrai. Laltération du vrai par la conscience lui est ainsi connu, donc elle maintiendra pur lobjet. Elle distingue donc son acte de saisir le vrai de la possible non-vérité de son percevoir. Le « je » de la perception se connaît à la fois comme vrai et non-vrai, il sursume cette non-vérité dans une complexification de lacte de saisir.

b) Le moi en tant que medium et la chose en tant quunité

Jai à maintenir fermement la chose comme « un ». Si dans la perception ceci est contredit, cela est du fait de ma réflexion. Dans ma perception sont les diverses propriétés qui paraissent être propriétés de la chose, mais qui tombent en moi du fait de lunité de la chose. Les qualités sont donc rapportées à mes sens. Je suis le medium universel ces qualités sisolent et sont pour moi.

c) Le moi en tant quunité et la chose en tant que medium

Mais ces qualités, prises séparément, sont aussi des choses de la perception. Elles doivent donc être le vrai, être en elles-mêmes. Cest donc la chose qui est le medium universel ces propriétés multiples subsistent sans se toucher dans le « aussi ». La conscience est donc ce qui fait lunité.

d) La conscience comprend donc que la chose est aussi contradictoire quelle-même

Ce nest pas seulement son acte de prendre le vrai qui a en lui la diversité du saisir et du revenir en soi, mais le vrai lui-même, la chose, se montre de cette double manière : elle est à la fois essentiellement (pour soi) unité et inessentiellement (pour lautre) médium

4. La perception dans son ensemble

La conscience croit résoudre les contradictions en les hiérarchisant sur des plans différents : « la contradiction de lessence objective est répartie en des choses diverses : chacune nest pas différente delle-même, mais seulement de lautre. Or cest précisément par son op-position que la chose est en relation à dautres, elle nest essentiellement que cet acte dêtre en relation. En excluant, la chose entre en relation, elle nest plus pour soi. Lobjet est dun seul et même point de vue le contraire de soi-même.

C. Transition

Mais lobjet est encore « être pour soi conditionné » à côté duquel se trouve un autre être pour soi. Le « bon sens » qui distingue luniversalité et la singularité, lessentiel de linessentiel, se trouve ainsi renvoyé dune erreur à lautre. Ce parcours alternatif déterminant le vrai et sursumant ce dernier constitue la vie qui « opine » se mouvoir dans la vérité, alors quelle se meut dans lillusion. Luniversalité absolue inconditionnée est lessence du vrai.

Force et entendement

A. Introduction au chapitre "Force et Entendement"

1. Résumé des deux premiers chapitres

Après avoir dépassé la certitude sensible, la conscience a rencontré les contradictions de lobjet de lobjet de sa perception. Comme unité excluante, il rejette les propriétés particulières dans la conscience, qui nont alors pas le statut dobjet. Comme multiplicité de propriété, il renvoie à la conscience les contradictions de lobjet. La conscience ne peut plus tenir pour vrai que ce qui est dépourvu de propriétés, luniversel «  inconditionné » Mais celui-ci reste un objet pour la conscience, qui ne se reconnaît pas encore en lui. De plus, pour la conscience, cet universel entre en relation avec elle, sinon il serait simplement opposé et aussi inessentiel quelle (comme lobjet de la perception)

2. Thème du chapitre

La conscience a donc dépassé sa propre non-vérité propre et celle de lobjet, mais elle persiste dans lillusion que le vrai, luniversel inconditionné, gère son essence pour soi-même et quelle na aucune part à sa réalisation.

B. Dialectique

1. Luniversel inconditionné

a) Introduction

Luniversel inconditionné consiste à être pour soi et à entrer en relation avec lautre en général.

b) Dialectique

Luniversel inconditionné est objet pour la conscience, il est medium universel de beaucoup de matières subsistantes, ce qui réduit à rien ces matières car elles sont « pour un autre » (c'est-à-dire lui). Autrement dit, luniversel inconditionné est un mouvement unificateur de ce qui le compose. Ce mouvement est ce que lon nomme la force.

2. La force

a) Introduction

La force apparaît alors comme non-objective, (elle est ce qui fait « tenir » lobjet) ou comme « intérieur des choses ».

b) La force unique

Même sil faut que la force sextériore, que cet autre des matières déployées la sollicite, celui-ci lui doit son autostance. La force rencontre donc une difficulté à sortir de soi.

c) Le jeu des forces

Une autre force est donc nécessaire pour que la force sorte de soi. Sont donc présentes en même temps deux forces, lune ne tenant son essence que de lautre.

Le concept de force ne se maintient donc que par le jeu des forces. La force nest quextériorité, que le fait de se sursumer soi-même. La réalisation de la force est donc perte de réalité. Au terme de cette expérience, lentendement voit disparaître la « réalité » objectivée quil comprend maintenant comme conceptuelle. Lessence est donc reconnue comme logique, désontologisée. La conscience devient entendement.

3. Linterne et le phénomène

a) Introduction

Il y a alors deux universels, lentendement et la force refoulée dans soi, comme objet de lentendement, reconnu comme concept mais encore posé comme objectif. Ce second universel est lintérieur des choses. Le moyen terme qui syllogise ces deux extrêmes est lêtre déployé de la force, un disparaître nommé « phénomène ». Dans lintérieur vient à souvrir au-delà du monde sensible compris comme phénoménal, un monde suprasensible, vrai. Lexpérience se déroule désormais dans cet intérieur. Lentendement renoncera peu à peu à son objectivation.

b) Dialectique
  • Le monde suprasensible.

Lintérieur peut être connu (voir la Critique de la Raison Pure de Kant), il est déterminé justement comme lau-delà de la conscience. Mais sil ny avait rien de plus dans lintérieur, il ne resterait alors quà sen tenir au phénomène, c'est-à-dire de prendre comme vrai quelque chose dont nous savons quil ne lest pas.

Pour lentendement, lintérieur est le vrai comme simple, non-rempli par le jeu des forces. Cest-à-dire la « différence », la loi de la force.

  • Le royaume des lois.

Cette différence universelle simple a pour essence léchange apaisé, égal à soi. Ceci est exprimé dans la loi, comme image permanente du phénomène instable. Le monde suprasensible est du même coup un calme royaume des lois.

Mais le royaume des lois naccomplit pas le phénomène. Par demeure au phénomène un côté qui nest pas dans lintérieur. Une loi déterminée ne peut être universelle, une loi universelle ne peut être déterminée et accomplir le phénomène. Il y a donc une déficience de la loi.

La loi apparaît ainsi sous un double aspect : la loi proprement dite bascule du côté du phénomène mais en tant quelle exprime le tout sous la raison de la simplicité, elle est à nouveau la force intérieure, différence pure.

Il y a donc un cycle. Il sensuit un mouvement qui sappelle « expliquer ». La différence de la chose lui est soustraite (cest la loi du monde suprasensible). Le mouvement tombe seulement dans lentendement, non dans lobjet, et ce mouvement est immédiatement le contraire de lui-même.

  • Le monde renversé.

Lentendement fait lexpérience que cest de la loi du phénomène lui-même quadviennent des différences qui nen sont pas, le « devenir inégal de légal ».

Une deuxième loi dont le contenu est opposé à la première exprimant le devenir égal de linégal émerge alors. Lentendement tente de rassembler ces deux lois. Le calme royaume des lois se trouve inversé donc dans son contraire. Un deuxième monde suprasensible se forme, cest le « monde renversé ».

Dans le monde renversé, lintérieur devient phénomène, lancien phénomène conservant pour soi le principe de léchange. Finalement le monde renversé est le monde phénoménal passé par la médiation du premier monde suprasensible.

c) Transition et conclusion

Cest donc le pur échange, ou lopposition dans soi-même, ou contradiction, quil importe pour lentendement de penser. Dans la différence intérieure, lopposé nest pas seulement un des deux : lautre est immédiatement présent-. Il est lui-même et son opposé dans une unité. Cest ainsi seulement quil est la différence comme intérieure, ou infinité.

Que le simple de la loi soit linfinité, signifie : la loi est quelque chose dégal à soi-même, mais qui en soi est la différence : elle est un homonyme qui se dédouble. Cette infinité simple, ou le concept absolu, est nommée lessence de la vie. Toujours-déjà lunité est scindée et la question de lentendement qui porte sur une causalité de type représentatif vient trop tard. Linfinité, ou cette inquiétude absolue de se mouvoir soi-même, a été lâme de tout ce qui précède, mais cest seulement dans lintérieur, comme acte dexpliquer, quelle est venue au jour librement. En tant quelle est enfin objet pour elle-même, la conscience est autoconscience ou conscience de soi.

Le progrès à partir des figures de la conscience auxquelles le vrai était une chose, non seulement nest possible que pour une auto conscience, mais également elle seule est la vérité de ces figures. Ceci, la conscience ne le sait pas encore. Nous voyons que dans lintérieur du phénomène, lentendement nest pas autre chose que le phénomène lui-même : la conscience ne fait lexpérience que delle-même. Ce que la conscience sait en tant quelle se sait elle-même est exposé dans la partie autoconscience.

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